Parlons tcherkesse

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Plus connus en français sous le nom de Circassiens, les Tcherkesses se répartissent en divers groupes dont les Kabardes, qui ont donné leur nom à une république autonome russe du Caucase (la république de Kabardino-Balkarie). La vie des Tcherkesses fut l'enjeu de luttes continuelles entre les Russes, les Perses et les Turcs. Voici un aperçu de la richesse de leur culture et de l'originalité de leur langue.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782296242197
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Un peupleà l’histoire incroyable
Plus connus en français sous le nom de Circassiens, les
Tcherkesses se répartissent en divers groupes dont les noms
sont encore moins familiers. Ainsi les Kabardes, qui ont
donné leur nomà une républiqueautonome russe duCaucase
(la république de Kabardino-Balkarie), les Adyghées ont
aussi leur république et les Tcherkesses proprement dits qui
se partagent avec les Karatchaïs la république de
Karatchaevo-Tcherkessie. Jadis ils vivaient surtout d’élevage
mais bon nombre d’entre eux servaient comme mercenaires
dans lesarmées des empires perse, romain oubyzantin, où ils
étaient très appréciés pour leurs qualités guerrières. Ils ont
constitué une bonne partie des troupes ottomanes des
mamelouks et, à ce titre, ont occupé des fonctions très
importantes. Cependant, leur influence politiqueaatteint un
sommet lorsque, en 1382, un Tcherkesse mamelouk monte
sur le trône d’Egypte et y installe la dynastie desBurdjite qui
subsistera jusqu’en 1517.
Dans le Caucase, la vie des Tcherkesses a été profondément
troublée par les guerres successives qui s’y sont déroulées.
ème èmeDurant plusieurs siècles,aux XVI etXVII , la région fut
l’enjeu de luttes continuelles entre les Russes, les Perses et
les Turcs. En 1864, les Russes l’envahirent, ce qui provoqua
l’exode de 400.000 Tcherkesses, soit la très grande majorité
de la population, qui s’exila en Turquie et dans d’autres
parties de l’empire ottoman. Elle s’efforça d’y maintenir sa
culture. Au total, on peut évaluer à près de 5 millions le
nombre des Tcherkesses mais seulement un million d’entre
eux habitent leurs terres traditionnelles.
- 5 -La diaspora tcherkesse
Après la première guerre mondiale, les communautés
tcherkesses se retrouvèrent réparties entre les divers
nouveaux pays du Proche-Orient issus de l’éclatement de
l’empireottoman: laSyrie,la Jordanie et la Palestine mais
aussi le Kossovo ou la Bulgarie. Ces pays eurent divers
comportementsà l’égard de lacommunauté tcherkesse.Ainsi
les Tcherkesses de Bulgarie ont quitté le pays dès 1878, lors
de l’indépendance du pays. Iln’y reste que 1.300 personnes.
Ceux duKossovo sont rentrés dans leCaucase russe en 1998.
Aujourd’hui de un à deux millions de Tcherkesses vivent en
Turquie.Uneautrecommunauté importante de 130.000âmes
habite la Jordanie. En Syrie, on en compte près de 100.000,
en Iraq 10.000 et environ 4.000 enIsraël.Quelquescentaines
de Tcherkesses habitent divers pays d’Europe ou
d’Amérique.
Ceux qui sont restés en Russie sont au nombre d’environ 2
millions dont la moitié habite toujours les républiques du
Nord du Caucase et les autres dans le reste du pays. Les
Tcherkesses du Caucase constituent 24,2% de la population
en République des Adyghés, 60 % en Kabardino-Balkarie et
11,3% enKaratchaïevo-Tcherkessie.
Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, lesTcherkesses
peuvent voyager à l’étranger, ce qui a permis de rétablir des
liensculturelsavec la diaspora.
- 6 -Quelques précisions sur lescommunautés de la diaspora
En Turquie, les Tcherkessessont surtout dans les provinces
de Samsun, Kahramanmaras, Kayseri et Düzce. D’autres se
sontassimilés.Jadis,On les trouvait en grand nombreau sein
des mamelouks. La dynastie des sultans burjites a été fondée
par des mamelouks adyghéens. Les femmes tcherkesses,
réputées pour leur beauté, étaient souvent choisies pour le
eharem des sultans surtoutà partir duXVIII siècle
EnSyrie, la moitié des 30.000Tcherkesses étaient établis sur
les hauteurs du Golan, occupées par Israël depuis 1973. Ils
ont déménagéàDamas ou ont émigréauxEtats-Unis.
En Jordanie, les Tcherkesses occupent une place importante.
Ils ont largement contribué jadis à la prise de pouvoir de la
dynastie hachémite et à la fondation de la capitale, Amman.
Certains Tcherkesses sont des officiers de hauts grades dans
l'armée. Les associations tcherkesses sont actives et des
écoles enseignent la langue et l’histoire en plus des
programmes officiels.
En Israël, on les trouve dans deux villages de Galilée,
Rihania et Kfar Kama. Ils font leur service militaire dans
tsahalet sont mieux considérés que les Arabes israéliens. La
langue est enseignée et le folklore conservé. Cependant,
nombreux sont les Israéliens qui ne connaissent pas cette
petite communauté que les Turcs ont fait jadis venir du
Caucase pour défendre les frontières de l'EmpireOttoman.
- 7 -Première partie: description de la langueLes langues duCaucase
Les linguistes distinguent trois groupes de langues qui
n’existent que dans le Caucase. Ces groupes se situent au
Nord-Ouest, au Nord-Est et au Sud-Ouest de cette chaîne de
montagnes. Les langues les plus caractéristiques et les plus
connues de ces groupes sont, dans l’ordre, le tcherkesse, le
tchétchène et le géorgien.Les linguistes se posent la question
d’une lointaine parenté entre les langues des deux groupes du
Nord et semblent renoncer à en trouver une avec celles du
groupe du géorgien. Il s’agirait, en tout cas, d’une parenté
remontant à 5.000 ans ou plus, c’est donc une question
purement académique. Dans le même ordre d’idées, une
parenté de ces langues avec l’ancien sumérien fait l’objet de
recherches. A titre d’information, l’encadréci-dessous donne
une liste des langues duCaucase, tous groupesconfondus.
- 16 -LESLANGUESPARLÉESAUCAUCASE
FAMILLECAUCASIQUE (ibéro-caucasique)
Groupecaucasique du nord-ouest (adyghé-abkhaze-ubykh)
Languesadyghées:
Tcherkesse (adyghé)
Tcherkesse(kabarde)
Languesabkhazes:
Abaza
Abkhaze
Ubykh (disparu)
Groupecaucasique ducentre-nord (vaïnakh)
Batsbi (Tsova-Tushian)
Ingouche
Kist
Tchétchène
Groupecaucasique du nord-est (langues duDaghestan)
Languesavaro-anda:
Avar
Andi
Akhvakh
Bagvala (Kvanada)
Botlikh
Godobéri
Karata
Tchamalal
Tindi
Langues lako-darghiennes:
Darghien
Lak
Langues lesghiennes:
Agoul
Artchi
Boudoukh
Khinaloug
Kry z
Lesghien ou lezgi
Oudi
Routoul
Tabassaran
Tsakhour
Langues tsèzes (dido):
- 17 -Bejita (Kapouchti)
Guinoukh
Gounzib
Khvarchi
Tsèze
Groupecaucasien du sud (langues kartvèles)
Géorgien
Mingrélien
Langues zanes :
Laze (Tchane)
Svane
FAMILLEINDO-EUROPÉENNE
Arménien
Groupe iranien
Langues iraniennes du nord-est:
Kurde
Talyche
Langues iraniennes du nord-ouest:
Ossète
Langues iraniennes du sud-ouest:
Persan (fårsi)
Tate
FAMILLETURQUE
Groupe du sud-ouest (oghouz)
Azéri
Groupe du nord-ouest (qiptchaq)
Karatchaï-balkar
Tatar deCrimée
Koumyk
Nogaï
FAMILLESÉMITIQUE
Aïssor
- 18 -Ecriture et prononciation
Ecrit jusqu’en 1923 avec les lettres arabes, le kabarde a
connu des essais d’écriture latine de 1928 à 1937, date à
laquelle il a définitivement adopté l’alphabet cyrillique,
complété et modifié pour répondre à la phonologie très
particulière de la langue. En particulier, on a introduit le
signe I qui marque les sons dits éjectifs. L’écriture du
kabarde peut paraître déconcertante et le nombre élevé des
consonnes laisse perplexe. Pour aider le lecteur, un CDRom
reprendcertaines pages du livre et permet d’entendre les sons
decesconsonnes dans lecontexte des phrases du livre.
L’alphabet kabarde comprend 60 lettres, dont 19 s’écrivent
avec deux signes (digraphes), 5 avec 3 signes (trigraphes) et
uneavec 4 signes (quadrigraphe).
Z y [ \ ] ]4 ]; ];4
^ ^% ^& _ J ‘ ‘> a
b c e e4 eI eI4 e; e;4
e6; e6;4f f; fI g h i
j jI k l m mI n p
pI q q4 q> q; q;4r rI
s t u uI w y | }
I I4 v x
Cet alphabet est donné en majuscules. Les minuscules
correspondantesaux 33 lettrescyrilliques du russe:
Z[ \ ] ^ _ J ‘a bce f gh ij
k lm n p X rs tuwy |} v x
sont parfaitement identifiables et sont:
~ ! " # $ ë %& ( ) * + , - ./
0 1 3 4 5 x 7 8 9 :<? @ A; >
- 19 -
Lelecteur sera surpris de constater que la même lettre y se
trouve deux fois dans l’alphabet. Lepremier y ne se trouve
jamais à l’initiale, il a un son proche d’un a court ou du e
muet français. Le second y, au contraire, ne se trouve qu’à
l’initiale et a le son è. Il ne s’emploie qu’avec des mots
empruntésà des langues étrangères.
Valeur des lettres
Les lettres suivantes se prononcent de façon presque
identiqueà leurscorrespondantes en français:
a=a / =b / !=v / "=g (dur comme dans gamin, jamais j
comme dans girafe) / #=d / %=j / &=z (comme dans zouave) /
(=i (c’est un i longcomme ee enanglais) / *=k / +=l / ,=m /
-=n / .=o / /=p / 0=r (roulé comme en russe) / 1=s / 3=t /
4=ou / 5=f / x=kh (comme la jota espagnole ou le ch
allemand) / 7=ts / 8=tch (comme dans Tchad) / 9=ch (le sh
anglais) / <=i (c’est un i bref, au son différent de son
homologue russe) / @=you / A=ya.
Les lettres suivies d’unI sont suivies d’unarrêt glottal.
En ce qui concerne les autres lettres, nous renonçons à faire
une description phonologique précise qui serait fastidieuse et
de peu d’intérêt pour notre objectif de compréhension du
mécanisme de la langue. Nous recommandons au lecteur de
se reporter au CD Rom prévu pour acquérir une bonne
prononciation de la langue.
Cependant voici quelques indications destinées à aider le
lecteur, sans prétention d’exactitude phonologique.
"4 est un gdur suivi d’un son ou/ w trèscourt (comme dans
gouaille mais en plusbref).
";correspondau r parisien grasseyé
";4 est la même lettre que la précédente mais suivie d’un ou
trèsbref.
#% est l’équivalent de dj en français ou de j enanglais (dans
John)
#& se prononce tout naturellement dz.
- 20 -
e se prononce ye à l’initiale et è dans le corps d’un mot. Il
n’est jamais en finale.
%> est un jalvéo-palatal.
) est une demi-voyelle équivalenteau y français
*4 se litcomme kw
*I se prononcecomme tchsuivi d’unarrêt glottal
*I4est un*4avec unarrêt glottalaprès le *.
*; équivautau G arabe habituellement transcrit q .C’est une
sorte de kguttural prononcé en arrière de la gorge, inconnu
en français.
*;4est la lettre précédente suivie d’un oubref.
*6; est un *; suivi de 6;, c’est-à-dire d’une jota espagnole
(voirci-dessous)
*6;4est la lettre précédente suivie d’un oubref
+; est un l mouillé
64 est un xsuivi d’un oubref.
6; est la jotaespagnole ou le qarabe
6> est un h fortement expiré,comme le lettrearabe l du mot
Mohammed
6;4est la lettre6; suivie d’un oubref
: n’a pas la valeur shtch qu’ellea en russe ; c’est seulement
un ch français (sh anglais) mais alvéo-palatal. Le prononcer
comme 9n’empêche pas lacompréhension.
I4enfin, est un arrêt glottal suivi d’un outrèsbref.
Les voyelles @ et B ne sont utilisées que dans les mots
empruntésà d'autres langues.
- 21 -

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