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PIERROTINS ET SAINT-PIERRAIS

De
77 pages
L'ouvrage traite de la vie des habitants de Saint-Pierre, des habitants de souche, les Pierrotins, et de ceux qui y résident temporairement, les Saint-Pierrais. Il évoque certains aspects de la ville, prodigieusement vivante, que l'ensemble de sa population contribue à animer, les femmes, les jeunes en particulier. Les témoignages d'époque abondent, généralement très admiratifs à l'égard de cette cité, célèbre dans toute la Caraïbe et qui jusqu'à sa brutale disparition, en 1902, savait séduire…
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LILIANE CHAULEAU

PIERROTINS ET SAINT-PIERRAIS
La Vie quotidienne dans la Ville de Saint-Pierre avant l'éruption de la montagne Pelée de 1902

Édité à l'occasion du Centenaire de l'éruption

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - Hongrie

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - Italie

@ L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2521-X

AVANT-PROPOS
Cet ouvrage est le recueil, la somme de conférences faites sur la ville de Saint-Pierre depuis les années 1970. Il concerne les habitants de Saint-Pierre, habitants de souche, les Pierrotins ou ceux qui y résident de façon non permanente, les Saint-Pierrais. Ces conférences ont été données à la demande de certaines associations: La première, pour « le Mai 1972 », à Saint-Pierre, dans le cadre des manifestations culturelles, organisées par l'Association des Anciennes Elèves du Lycée de Jeunes Filles avec le concours de la municipalité de la ville de SaintPierre sur le thème: Saint-Pierre, ville d'autrefois, cité de demain Puis pour « le Mai 1973 », à Saint-Pierre, à la demande du Rotary de Saint-Pierre: Distractions et vie culturelle à Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902

Rotary de Saint-Pierre,à l'occasion de son Se anniversaire:

Puis pour «le Mai 197S », à la demande également du

Le Saint-Pierre d'antan, quelques aspects de la vie des Pierrotins d'autrefois Puis à la demande du Club des officiers et sous-officiers, en 1983 :
Saint-Pierre, la vie quotidienne all X/Xe siècle 7

Parallèlement, nous évoquons Saint-Pierre dans l'ensemble de nos ouvrages et surtout dans La Vie quotidienne aux Antilles françaises au temps de Victor Schoelcher (Paris, Hachette, 1979) et dans Ii était unefois Saint-Pierre (Fort-deFrance, Société des Amis des Archives, 1994). Nous lui avons consacré aussi des communications, par exemple, Saint-Pierre au XVIIIe siècle dans les Actes du Colloque de Saint-Pierre, 14-16 décembre 1973, organisé par le Centre Universitaire Antilles Guyane, sous la présidence de Jacques Adélaïde-Merlande; et au Colloque international pluridisciplinaire, organisé en 1986, par l'Université, à l'initiative de MM. Toumson et Porset, La Ville de SaintPierre sous la Révolution ~française, dans les Actes La période révoiutiol1naire aux Antilles, images et résonnances. Nous avons fait des contributions, celle par exemple à l'Histoire des communes, sous la direction de Jacques Adélaïde, parue sous le titre Saint-Pierre (Martinique), t. 6, 1986, p. 108-146. Nous avons publié des articles aussi, notamment dans le numéro Martinique de la Revue Richesses de France du 2e trimestre 1971, «La Ville de Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902. » Cependant ce que nous voudrions retenir dans la publication d'aujourd'hui, c'est non pas l'aspect commerce ou l'aspect urbanisme que nous évoquons dans plusieurs de nos publications et dont traitent certains auteurs, non pas tous les traits de cette ville, mais plutôt comme notre titre l'indique, l'aspect vie quotidienne des habitants de SaintPierre, objet de nos premières conférences. Liliane CHAULEAU

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UNE VILLE QUI PORTE BIEN SON NOM
« Nous avons, dit Lafcadio Hearn, débarqué à Saint-Pierre, la plus bizarre, la plus amusante et cependant la plus jolie de toutes les villes des Antilles françaises. Elle est entièrement construite de pierre, pavée de pierre.. .La ville, ajoute-t-il, a un aspect de grande solidité. C'est une création de roc: on dirait qu'elle a été taillée dans un fragment de la montagne,

au lieu d'avoir été construite pierre par pierre 1. » C'est la
ville du « saint du rocher », renchérit-il encore. La ville est située sur la côte nord-ouest de la Martinique, au pied de la montagne Pelée qui culmine à 1430 m., que nous décrit encore Lafcadio Heam. «La courbe en demi-cercle du havre, dominé par le sommet de la montagne Pelée, bien mal nommée car elle est verdoyante jusqu'aux nuages mêmes, d'où la terre descend de chaque côté vers la mer par d'immenses ondulations, est un des plus beaux spectacles que l'œil humain puisse contempler. ..Ainsi vue, toute l'île semble une masse de verdure. ..tant les rues dégringolent à pic jusqu'au port en des cascades de maçonnerie, dominées par l'ondoiement des toits de tuiles rouges, au milieu desquels se dressent d'énormes palmiers ii .» La montagne Pelée qui devait, en 1902, anéantir SaintPierre inspire encore à Lafcadio Hearn ces lignes: «Ce soir, tandis que j'écris, dit-il, la Pelée est plus lourdement coiffée que d'habitude. Sa coiffure est faite de nuages pourpres et lilas, magnifique madras que le couchant strie de jaune. La Pelée est parée de son costume de fête, comme une câpresse habillée pour un baptême ou un bal et dans son turban fantôme, une étoile scintille en guise de broche iii.»
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Un lieu privilégié des habitants
C'est ce lieu, alors habité, au nord, par les Caraïbes, que choisit, en 1635, Pierre Belain d'Esnambuc pour y créer la première habitation, c'est à l'embouchure de la Roxelane qu'il fonda le premier fort, c'est à ce site que, repartant vers Saint-Christophe dont il était le gouverneur, il confia le soin d'abriter le premier embryon de la présence française. C'est ce lieu qu'après plusieurs tentatives d'implantation, au FortRoyal, au Carbet, son neveu Du Parquet, gouverneur puis seigneur propriétaire, en 1650, adopta pour en faire la capitale de la Martinique. Il s'était fait construire sur son habitation de La Montaglle (habitation qui existe encore) une belle maison de pierres de taille. Il aménagea, à Saint-Pierre, des entrepôts, une petite place où il rendait la justice, sous son calebassier. C'est pour ce lieu enfin que les habitants de la Martinique optent: ils refusent de rejoindre le Fort-Royal (Fort-de-France actuellement) qui, dès 1692, est devenu la capitale; c'est là qu'ils ont choisi de vivre, qu'ils veulent demeurer. Le charme du site avait, en effet, séduit les habitants: une rade échancrée, peu abritée, bien sûr, mais pleine d'attrait; des collines qui enserrent la ville: le morne Abeille, Tricolore, le Trou- Vaillant, le morne d'Orange. Mais le lieutenant général Blénac avait voulu, en raison de sa baie en eau profonde, faire du Fort-Royal, la capitale. Cependant, alors que les lieutenants généraux (ou gouverneurs généraux) regagnaient le Fort-Royal, le second personnage de l'administration à la Martinique, l'intendant, persistait à demeurer à Saint-Pierre qu'il appréciait, et faisait la sourde oreille aux invitations, impératives pourtant, qui lui étaient faites de rejoindre le Fort-Royal. «Les intendants, Monsieur le Duc, même les mieux intentionnés, sont tous coiffés de Saint-Pierre, c'est leur marotte» écrivait, en 1763, le gouverneur général Fénelon à Choiseul. 10

Cependant Saint-Pierre qui n'était encore, sous Du Parquet, « qu'une espèce de bourgade iv», prit vite de l'extension et devint, à la fin du XVIIe siècle, une ville déjà importante, que

l'on qualifiaitde « Babylone v ». A ce terme de Babylone,le
lieutenant général Machault ajoutait, lui, une note nettement péjorative. Saint-Pierre lui paraissait déjà, en effet, vers les années 1700, une ville où l'on se perd vi. Mais n'en déplaise à Machault, l'extension de Saint-Pierre devait se poursuivre. La ville était devenue, selon le gouverneur général Caylus qui avait, il est vrai, choisi d'y résider, «la capitale de la Martinique; on l'appelle, ajoutait-il, le Paris des lies vii.» Elle comptait, en 1895, 2985 maisons, réparties sur 75 ha; elle abritait, à cette date, un peu plus de 25 000 habitants (25382) , 26011 habitants à la veille de l'éruption.

Rues pavées et cales grimpantes
De longues rues traversaient Saint-Pierre: en bordure de mer, la rue Bouillé, du nom d'un gouverneur; la rue Royale qui devait devenir, à la mort du poète, la rue Victor Hugo lui était parallèle. A partir du bord de mer, de petites rues transversales grimpaient vers les mornes avoisinants. «Aucune rue n'est absolument plate, indique Lafcadio Hearn; presque toutes escaladent les collines, tournent, s'entrelacent et décrivent des angles brusques... Les rues descendent vers le port par de vieux degrés de pierre moussue, ajoute-t-il, et elles sont si escarpées qu'en regardant en bas, vers l'eau bleue, on al' impression d'être sur une falaise. » « Rues tortueuses et accidentées », au nord, observe Garaud (dans ce quartier du Fort que nous verrons),« régulières quoique étroites », dans l'autre quartier ( celui du Mouillage), «voies spacieuses et bien entretenues viii», autour de la mairie (dans le même quartier). Toutes ces rues étaient pavées, comme on peut encore en voir. Précisons qu'en 1757, une ordonnance du gouverneur général Bompar et de l'intendant Il

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