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Procès de la Démocratie en Côte d'ivoire

De
336 pages
La Côte d'lvoire et le monde entier se souviennent de la date du mardi 18 Février 1992. De nombreuses personnalités militant pour les droits humains et la démocratie ont été interpellées incarcérées pour avoir participé à une marche, mode d'expression démocratique. Ils ont été jugés par le Tribunal correctionnel d'Abidian...puis par la cour d'appel. Le verdict ne sera jamais connu. L'écho de ce procès a résonné dans le pays, en Afrique et dans le monde. Procès de la démocratie livre tout le procès, ses contours et ses suites, ses implications depuis la date des motivations et arrestations, jusqu'à la libération des marcheurs pour la démocratie le vendredi 31 Juillet 1992.
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PROCÈS DE LA DÉMOCRATIE EN CÔTE D'IVomE

Collection

Études Africaines Déjà parus

Alfred BOSCH, Nelson Mandela

- Le dernier

titan

Ambroise KOM, Éducation et démocratie en Afrique - Le temps des
illusions. ATANGANA, Éducation scolaire au Cameroun. Claude RAYNAUD, Sociétés d'Afrique et Sida. Thibaut MOURGUES, Les Ethiopiens. La Misère et la Gloire. Fweley DIANGITUKWA, Qui gouverne le Zaire? La république des copains. Essai. Fabien EBOUSSI BOULAGA, La Démocratie de transit au Cameroun Jean-Pierre LACHAUD, Les Femmes et le marché du travail urbain en Afrique subsaharienne. Olivier MEUNIER, Dynamique de l'enseignement islamique au Niger Olivier MEUNIER, Les Routes de l'Islam. Anthropologie politique de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest en général et du pays Hawsa en particuliel; du VIlIè au XIXè siècle. Heike BEHREND,La Guerre des esprits en Ouganda Le mouvement du Saint-Esprit d'Alice Lakwena (1985-1996). Jean-Baptiste N. WAGO, Préface de Lahsen ABDELMALKI. L'Afrique face à son destin. Quel projet de développement en l'an 2000 ? Manuel RUBEN N'DONGO, L'Afrique Sud-Saharienne du XXI ème siècle. Programme d'un émissaire pour l'Afrique. Jean-Claude GAKOSSO, La nouvelle presse congolaise. Emmanuel AMOUGOU, Etudiants d'Afrique en France Une jeunesse sacrifiée? Jean-Paul NGOUPANDE, Chronique de la crise Centrafricaine Le syndrome Barracuda. Bruno JAFFRÉ, Biographie de Thomas Sankara La patrie ou la mort .. Jean-Bernard OUÉDRAOGO, Violences et Communautés en Afrique noire Suzie GUTH, Lycéens d'Afrique. Colette DUBOIS, Djibouti 1888-1967, héritage ou frustration ?

FRANÇOISE

KAUDJHIS-OFFOUMOU

PROCÈS DE LA DÉMOCRATIE
" EN COTE D'IVOIRE

Préface de MeEmile DERVAIN A vocat à la Cour Ancien bâtonnier de l'Ordre des Avocats du barreau de Côte d'Ivoire

L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue St-Jacques Montréal (Qc) Canada H2Y IK9

Du même auteur

Mariage en Côte d'Ivoire: de la Polygamie à la Monogamie, Essai suivi de Réflexion sur l'excision, KofÉditions 1994 Les Droits de la Femme en Côte d'Ivoire, KofEditions/Editions Neter et Editions CODESRIA, 1995-1996.

-

-

@ L' Harmattan, 1997 ISBN 2-7384-6052-6

SOMMAIRE
PRÉFACE
INTRODUCTION

0000000. . . . . .. . . . .. . . .. . .. .. .. .. 0.. .. .. .. .. .. .. .. . . .. . . . . .. .. .. .. 0.. 0 0

007

0

0.0

0...

0"

15 23 26
29

SUR LES FAITS

0

00.. 0 o...

0..

Quelques détails sur les violences et les voies de fait
S'agissant des morts, des disparus Pour le ministre de l'Education Nationale Pour les ministères de la Défense, de l'Intérieur et
00 0 o"

0 025
0 0

de la Sécurité

0.0

0.0.0

29
0
0 0 0

Pour les autorités militaires L'ordonnance N° 92-80 du 17 février 1992

o... 0 0..0
00

30 49
0 0 0.00

Devant le Tribunal Correctionnel d'Abidjan L'Audition interrogatoire de Laurent Gbagbo
Du RÉQUISITOIRE Sur la flagrance DU PROCUREUR

58 84
107

DE LA RÉPUBLIQUE.

0o

00.0.. 107

Sur l'inviolabilité
Sur les faits

parlementaire
0 0

0...0
00.0...

108
108

DISCUSSION DE LA PROCÉDURE DE FLAGRANT DÉLIT

o

0 0

0

0 0

127
127

De la procédure injustifiée Sur la base de la poursuite
De l'inexistence Sur la plainte d'une

0

o

0

0

130
134

co-action

00 de l'ordre,
o

0
o' o 0"

Sur les prétendues pièces à conviction
contre les forces
0

139
0.00..

pompiers
0

et militaires bérets rouges Sur la liberté provisoire Procès de Simone Gbagbo et Georges Coffi

141

143 146
0 0..0 0

Sur la rebellion

o

162
163

Sur l'action du sieur Koyokaba Gbatomé et de dame Tonkpo épouse Bouelo 0 0.0.. .
DES PROCÈS DES « PETITS CALIBRES»

Devant la Cour d'Appel:

«

0.. 0 171 du Procès des petits calibres» ?. 189

LE PROCÈS DES « GRANDS CALIBRES»

DEVANT LA COUR D'ApPEL
0.00000000

203
209

DES DEMANDES DE MISE EN LIBERTÉ EN SOUFFRANCE
5

L'audience de la Cour d'Appel du 27 AvriI1992 «CONCLUSIONSEN APPEL» Sur la répression En répression condamne:. Rappel des faits et procédure Des motifs de l'appel sur l'incompétence du Tribunal des flagrants délits Sur l'immunité parlementaire ... Sur la répression De l'inexistence de la co-action ... Sur lajonction des procédures Sur la culpabilité .., ... Sur la rebellion Par ces motifs Sur la répression Sur la culpabilité Sur la constitution de partie civile
DES PLAIDOIERIES DES AVOCATS DE L'ÉTAT PARTIE CIVILE DE CÔTE D'IvOIRE,

212 217 218 218 219 222 228 235 235 243 244 245 ... 254 255 255 255

263 269

DE LA PLAIDOIERIE DES AVOCATS DE LA DÉFENSE

De la suspicion légitime 279 Sur le motif de la suspicion légitime 280 Sur la recevabilité de la requête en suspicion légitime 284 Sur le mal fondé de la requête en suspicion 285 C'est pourquoi, il y a lieu de se demander ce qu'est devenu le dossier 286 Sur la procédure politique 289
DES INCIDENCES DU PROCÈS DE LA DÉMOCRATIE
LE MESSAGE DU CHEF DE L'ÉTAT PORT ANT SUR LA LOI D'AMNISTIE 1992 PRONONCÉ AU PALAIS

293

POUR LES DÉTENUS

DU 18 FÉVRIER

PRÉSIDENTIELLE 24/02/1992 L'APRÈS PROCÈS CONCLUSION .. ...

313 323 ...331

6

Je dédie ce livre à Son Eminence le cardinal Bernard Yago Archevêque d'Abidjan

Pour le remercier de toute la confiance qu'il a placée en moi en me demandant de me constituer pour la défense de la liberté et de la justice. Je voudrais lui exprimer mon filial et indéfectible attachement et l'assurer de ma sincère admiration pour son courage dans l'accomplissement de sa mission d'enseignement de la vérité et la paix.

A la mémoire de mon très regretté père Feu Achy Kaudjhis Joseph, Chef de Canton Central d'Adzopé, Commandeur de l'Ordre National à titre posthume.
A ma mère Veuve Kaudjhis-Amin Chiadon Marie Louise

A mon cher Epoux Professeur Michel Atté Offoumou A mes chères filles: Ghislaine, Lidwine, Evelyne, Jocelyne, Stéphanie A mes beaux-parents et collatéraux, A mes camarades Très Cordialement

Remerciements

- Monsieur le Bâtonnier Emile Dervain a su transmettre à plusieurs promotions de jeunes avocats, l'amour du metier, la probité, la conscience professionnelle, les justes égards, la modération... toutes les vertus cardinales que requiert l'exercice de la noble profession d'avocat, par les cours de déontologie qu'il nous dispensait, pendant la préparation du CAPA (Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat) comme pendant les conférences de stages. Avocat Emérite, permettez-moi de louer ici son courage et son sens prononcé pour la primauté du Droit. Monsieur le Bâtonnier Dervain a participé à la défense des prévenus du 18/02/92. Pour l'honneur qu'il me fait de rediger la préface de ce livre, je voudrais lui signifier mon infinie reconnaissance.
- Monsieur Camille Hoguié a été président de la Commission d'enquête sur les Evénements de la cité Universitaire de Yopogon - 1991. Homme pétri de Science juridique, il a su faire profiter à tous les jeunes juristes de Côte d'Ivoire, de son expérience, de sa droiture, de sa liberté d'expression et d'opinion. Pour l'honneur qu'il m'a fait de parcourir ce livre, et en faire la critique juridique, je voudrais lui exprimer ma profonde gratitude. - Monsieur Adama Dieng, par son dévouement pour les questions juridiques en Afrique, a dépêché une délégation de la Commission Internationale des Juristes en qualité d'observateur au procès suite aux événements du 18/02/1992. Il m'a apporté ses encouragements pour la rédaction de cette oeuvre. Je voudrais lui adresser mes vifs remerciements. J'exprime ma respectueuse et profonde
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gratitude à Monsieur Edgar Pisani de m'avoir encouragée dans la rédaction de cet ouvrage et d'avoir bien voulu consacrer de son temps précieux, pour nous faire comprendre que chaque africain doit faire des efforts pour conquérir la liberté en vue d'un meilleur devenir de l'Afrique, à l'occasion du Colloque International sur l'Intégration des Économies Ouest-Africaines et Défis Démocratiques tenu à Abidjan les 7, 8 et 9 février 1992 organisé par le FPI et la Fondation Jean Jaurès de Paris, et dans notre organisation de la défense des marcheurs pour la démocratie suite aux événements du 18/02/1992. Monsieur Edgar Pisani n'est pas resté sourd à notre appel à l'occasion du procès de la démocratie. Il a toujours su en toutes circonstances, en sa qualité d'expert des questions du tiers-monde, transmettre son savoir, son expérience par la maîtrise parfaite d'une parole franche et directe. Il est une véritable bibliothèque vivante pour les Africains, pour l'Afrique en particulier et le monde en général. Pour ce qu'il est et pour ce qu'il fait, je voudrais l'assurer de ma sincère admiration. A mes camarades du MIFED (Mouvement Ivoirien des Femmes Démocrates), pour toute la confiance placée en moi en me constituant pour assurer la défense de la Démocratie, j'exprime toute ma reconnaissance et les assure de mon entier dévouement. Je remercie très sincèrement tous ceux des détenus politiques du 18/02/92 ou autres qui m'ont personnellement constituée, et tous ceux et celles qui m'ont encouragée et soutenue dans la rédaction de cette œuvre, pour l'histoire.

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« Agis de sorte que ton action soit érigée en règle universelle» (Morale de Kant)

Préface

Maître Emile DERVAlN

« qu'un

Faites-moi
temps limité

cette préface, mais, malheureusement
pour le faire: huit jours, car l'éditeur

vous n'aurez
attend ».

C'est donc une étrange aventure que d'avoir cet honneur de donner sous extrême urgence une préface à un livre important, puisqu'il rapporte des faits historiques précis survenus au cours d'une période récente. Diantre! Vous n'auriez pas refusé, vous? Et pourtant je m'y suis essayé. Voici donc cette préface. Cette préface se couronnera elle-même du succés du livre. Je ne saurais dire si elle y contribuera, de quelque manière que ce soit. Tous ceux qui avaient participé à la défense des prévenus du procès dont il est ici parlé avaient résolu de relater dans un « livre blanc» les événements survenus à cette période. Il y a eu des réunions, des notes ont été prises, puis plus rien. Chacun est retourné à ses occupations. C'est pourquoi, en dehors de ma réelle et profonde amitié pour l'auteur, je ne me suis pas drapé dans le refus. Pour ma part, je n'ai plaidé qu'en appel, à la demande expresse œ l'un des prévenus. Et ce n'était que justifié, tellement apparaissaient évidentes les instructions données au sujet des prévenus et recherchée une application complétement incongrue de textes pris à la hâte et dénués de toute valeur juridique.Il y avait là un probléme d'une extrême gravité, auquel pour le progrès de la démocratie il fallait apporter une solution durable, comprise par tous et pour y parvenir, faire, en conséquence le procès de la démocratie. Cela n'a pas été fait jusqu'à ce livre, consciencieux ( s'il est permis de qualifier ainsi un livre, mais je ne trouve aucun autre terme! ) de la première à la dernière ligne. Consciencieux, en effet, parce que tous les faits survenus ont été rapportés dans les termes mêmes où l'auteur les a vécus, ou les a recueillis, dans l'instant même. 13

Consciencieux, sincère aussi parce que voilà un livre écrit avec du coeur. Je suis heureux de dire que c'est un livre de parti pris, car le parti a été pris du courage et de l'honnêteté. Cela entraînera contestations, démentis, rectifications, attitudes hostiles et c'est en cela que je suis heureux qu'il ait été écrit. Préférer l'injustice au désordre, avait proposé le Président HOUPHOUËT-BOIGNY. Quelques uns d'entre nous ont pensé et pensent encore que s'il est vrai, comme l'enseigne MACHIAVEL, que «l'on ne gouverne pas innocemment », le désordre le plus grand c'est l'injustice. Alexis de TOCQUEVILLE ne dit pas autre chose dans son livre sur la démocratie en Amérique (2° partie, chapitre 3). C'est du reste pourquoi les avocats existent et font partie du système politique, même si eux-mêmes pensent le contraire: ils se trompent. Ils n'ont pas d'autre rôle que d'éviter que se produise, trop fréquemment, ce plusgrand des désordres, qu'est l'injustice. Ce sont donc des hommes de l'ordre. Quoiqu'il en soit de ce que chaque lecteur pourra conclure de ce livre, de sa véracité ou de sa fausseté, de ses insuffissances ou de la mauvause interprétation donnée aux faits racontés, il est nécessaire ci: relever que l'initiative de l'écrire provient en droite ligne de la leçon admirable de Bernard DADIE et peut être considérée comme une initiative neuve, dont il fautse réjouir. La discussion est ouverte, et elle le demeurera. Le plus important, pour l'instant, le nouveau est qu'elle le soit comme disaient les latins «HIC ET NUNC: ICI ET MAINTENANT ». Pour ma part, qu'il me suffise de dire que le discours tenu par le Président de la République HOUPHOUËT-BOIGNY, a été, autant qu'il m'en souvienne, intégralement rapporté, dans œ livre, qui me parait être un exact reflet de la réalité. Mais il m'apparait nécessaire de devoir montrer mon désaccord avec l'emploi presque ci-onstant de pseudonymes pour certaines personnes, car ce n'est ni un roman, ni une pseudo-étude, et il est vraisemblable que tous ceux, qu'on aura revêtu de masques DAN, n'auront aucun mal à ce reconnaître. Et, je l'ai dit à l'auteur, cela m'est apparu d'autant plus regrettable que la plus grande objectivité a été sans cesse et manifestement recherchée. Si les opinions ici exprimées en contredisent d'autres, celles-ci s'exprimeront avec la même liberté et un tel échange ne peur qu'être fructueux. Parlant de la démocratie, qui est toujours à parfaire, nous engageons son procès. Hé bien! s'écrie l'auteur, faisons-le! Je souhaite donc le plus grand succès à ce livre nécessaire à tous points de vue. 14

Introduction

L'année 199] suivam tous les évéœments qui ont conduit au 30 avril 1990 date à laquelle la Côte d'Ivoire accéda à l'acceptation de la pratique du multipanismc, a connu une nouvelJe fièvre. En effet, depuis le mercredi 15 mai 1991 le système scolaire et Universitaire était de nouveau pris en grippe par le pou 'lOlL Le ministre de l'Éducation Nationale, Monsieur Vaban a refusé de reconnaître le nouveau bureau du SYNESCI, Syndicat National des Enseignants du Secondaire de Côte d'Ivoire, alors que ce bureau présidé par Monsieur Takpi était élu par le Congrès tenu à Bingerville les 2 et 3 mars 1991. Monsieur le ministre voulait maintenir l'ancien bureau présidé par Monsieur Wedja. Le SYNESCI a fait deux jours de grève pour protester contre cette attitude du ministre. Le ] 5 mai] 99], une Conférence de presse de la FESCI la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d' l voire, a dégénéré en bagarres entre les Forces de l'ordre et les étudiants. Cette Conférence qui avait acquis l'autorisation préalable du Recteur pour se tenir au forum du Campus Universitaire de Cocody s'est achevée dans une confusion totale, et dans les gaz lacrymogènes de\ militaires car, des actes de barbaries étaient commis par des loubards qui, selon la presse, seraient embauchés par le Présid,..,t F.H.B. qui les rémunérerait. Ces loubards auraient fait irruption dans la salle de réunion, sur ordre de Monsieur Jeviz, Directeur du CNOU. Le ]6 mai 1992 c'est 'le tour du SYNARES Syndicat National de Recherche et J'Enseignement dirigé par Monsieur Marcel Etté de se voir empêcher J'accès à son siège sis sur le 15

Campus Universitaire, et ce, sur ordre du Recteur Batior, alors qu'il devait y tenir son Assemblée Générale prévue à la susdite date. La liberté syndicale était plus que bafouée. Pour couronner cette lutte entre le pouvoir et la liberté, dans la nuit du vendredi 17 au 18 mai 1991, les Forces de Répression dont la Force d'Intervention Rapide des Para-commando:" Ib FIRPAC), l'Ann6e, la Gendarmerie, la Police ete..,ont investi la Cité Universitaire mixte de Yopougon en pleine nuit. Al' occasion de cette descente armée des Forces Militaires sur le Campus des Étudiants. de tr~s nombreux d'entre nos enfants om été battus, tonurés, humiliés et nos filJes violées. Grâce aux journaux qui se font l'écho de cette violente répression, nous avions suivi avec beaucoup d'attention les déclarations du SYNARES, du Ministre Alsa Yedian, de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur, du Recteur Batior, la Conférence de presse des Ministres Mibo de l'Intérieur et de la Sécurité Intérieure, et Vaban de l'Éducation Nationale, la déclaration des femmes du PDCIRDA, la conférence de presse de Monsieur Laurent Gbagbo, Secrétaire Général du Front Populaire Ivoirien, la déclaration de la Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme présidée par le Professeur Degni Segui, la déclaration des parents d'élèves, la Conférence de presse du Mouvement Ivoirien des Femmes Démocrates dite MIFED dont la Secrétaire Générale est Madame Kadio Morokro Françoise, etc... Tous ont reconnu que s'est produit à la Cité Universitaire de Y opougon, un événement historique, sauf l'UNAPEECI (Union Nationale des Parents d'Élèves) qui a déçu... Et la déclaration des femmes du PDCI-RDA qui était accompagnée de la danse de «joie et de fierté» de Madame le Ministre Clalise de la Promotion Féminine et sa suite, et qui comme telle a visé, en tant que motion de soutien, à chanter les louanges du Président (L: la République, Président du PDCI, Monsieur F.H.B., dans la crise, au moment où les filles sont violées. Trois questions essemidles se posaient à tout Ivoirien digne de conscience quant au degré de gravité de l'intervention des Commandos d'État dans la nuit du 17 au 18 mai 1991 à la Cité des Étudiants à Yopougon. 1 - De quoi s'agit-il?

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2 - De qui s'ilgÜ-il ? 3 - Que faut-il faire?

La première question: de quoi s'agit-il? A trouvé sa réponse dans la violation f1agran~e des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales et commission d'infractions pénales. - Violation de domicile (par effraction) la nuit (apr\';s minuir) et sans mandat de perquisition ni du Juge d'Instruction, ni du Procureur de la République; - Violation du Droit au sommeil: certains étudiams dormaient, d'autres étudiaient; - Violation de la sécurité d'un internat de Cité Universitaire car seul le Directeur de Cité ou du CNOU (Centre National des Oeuvres Universitaires) Monsieur Jeviz devait être avisé et donner son accord de principe pour l'intervention musclée des Forces de l'Ordre dans les chambres des étudiants et étudiantes, par effraction; - Coups et blessures volontaires, peut être avec ou sans intention de donner la mort ; - Viols en réunion sur des jeunes filles endormies et sans défenses; - Vol s d'effets personnels de pauvres étudiants; - Attentats à la pudeur ; - Contrainte au vampirisme (les Commandos d'État auraient contraint des étudiants à laper le sang de leurs camarades blessés sous les coups de matraques, à boire des urines ou des eaux sales d'égouts, par ces temps ou le SIDA, Syndrome Immuno Déficitaire Acquis, fait des ravages. - Violences et voies de fait, et peut être homicides (non découverts). Tous ces crimes et délits aggravés par les circonstances de nuit, de réunion et de moyens nous ont interpellés pour poser la deuxième question. Celle de savoir: De qui s'agit-il? Il s'agissait des étudiants, nos enfants, notre Jeunesse espoir de l'Avenir du Pays. Les parents d'élèves, 'Ies parents des jeunes également étaient concernés, par ce qu'ils devaient prendre conscience de l'avenir de leurs enfants, prendre une part responsable
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dans l'éducation, la formation de leurs enfants, en dialoguant franchement avec les pouvoirs publics. Ces pouvoirs publics qui ont toujours prôné le dialogue et la Paix étaiem censés être interpellés; La Nation Ivoirienne en général était visée dans l'application du multipartisme et de la démocratie vraie. Il s'agissait dans le cas présent, en particulier, de celui qui a donné l'ordre lugubre aux Commandos d'État de pén(trer par effraction dans les chambres des étudiants, emre minuit et 2 heures du matin. Face à cette La réponse Gouvernement proposition de situation, que fallait-il faire? à cette troisième question visait à suggérer au nommé par Monsieur le Président EH.B. sur Monsieur le Premier Ministre Alsado, de :

- Reconnaître ouvertement, publiquement et officiellement par les médias d'État que les exactions des Commandos d'État les premières de ce degré en cité universitaire en Côte d'Ivoire depuis 30 années de monopartisme, sont inqualifiables, en ces débuts de multipartisme. Comprendre que la Côte d'Ivoire n'a aucun intérêt à replâtrer toutes les pratiques qui seraient en usage au Burkina Faso ou au Zaire, le contexte étant différent; - Condamner avec la dernière énergie, toute femme ou tout homme ou toute autre personne morale, qui cautionne les débordements des commandos d'État car aucune personne digne et honnête ne peut encourager de telles exactions. - S'excuser auprès des étudiants au lieu de s'évertuer à les empêcher de faire le récit sincère des atrocités qu'ils ont vécues, ou les radier implicitement en faisant disparaître secrètement leurs dossiers à l'université dès qu'ils ont osé parler, pour faire croire qu' ils n'ont jamais été étudiants et n'ont rien vécu; - Laisser la justice libre et indépendante pour suivre son cours dès que les victimes majeures ou parems des victimes mineures déposeraient entre les mains du doyen des juges d'Instruction (pour éviter -le classement sans suite éventuel du Parquet, Ministère Public ou procureur de la République), des plaintes avec constitution de partie civile, appuyées de
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leurs certificats médicaux, précisant le montant des dommages et intérêts réclamés pour le préjudice moral et matériel subi par chacun d'eux. - Accepter la Constitution d'une Commission Nationale et/ou Internationale d'Enquête sur les événements de la Cité Universitaire de Yopougon. - Dissoudre l'UNAPEECI et créer une association des parents d'élèves responsable et démocratique qui défende véritablement les intérêts des enfants et non les intérêts politiques ou inavoués de certains de ses membres. - Remplacer le recteur Monsieur Batior qui est en discordance permanente avec les étudiants et les professeurs d'université. - Remplacer tout autre recteur qui agirait comme lui, parce qu'il méprise sans cesse les franchises universitaires. Ce qui suppose qu'il n'est pas raisonnable de souhaiter une police au Campus, et dans le même temps appeler à la reprise des cours et à la réintégration des cités alors même que les forces de l'ordre se trouvent encore sur les Cités, les portes fracassées sont encore toutes béantes; elles n'ont pas été remplacées. Comment les jeunes filles pouvaient-elles y revenir pour se faire violer et battre à sang de nouveau? Remplacer Jeviz, qui est visiblement devenu incapable de gérer les cités selon les étudiants qui n'en veulent plus; lorsqu'un directeur de CNOU est contesté par les étudiants, il faut le remplacer pour avoir la Paix. Ce fut le cas de Monsieur John, Monsieur Pot, Monsieur B. Joachim, etc...qui ont été remplacés. Le maintien de Jeviz à la direction du CNOU perdure et les Étudiants se demandent le pourquoi, ce qu'il a inventé, ce qu'il est, et quel rôle il joue pour les mains obscures, puisque son maintien fait monter de cran l'agitation universitaire. Dans le même ordre d'idées, la démission de Messieurs les ministres Vaban, Alsa Yedian et Mibo a été suggérée pour des raisons qu'ils connaîtraient et que le peuple Ivoirien n'ignore pas a-t-on dit et écrit.. Les étudiants attendaient donc de voir leurs doléances satisfaites ou au moins s'entendre écouter, la Côte d'Ivoire étant un pays de dialogue- et de paix.

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Face à ces problèmes sérieux du milieu universitaire qui s'accroissent chaque jour, le Président EH.B. a refusé de donner son nom à l'Université d'Abidjan. Ce refus a été interprété comme l'évitement de financer l'université afin de mettre les Étudiants dans de bonnes conditions de travail. Cette pensée des étudiants confortée en ce que la Côte d'Ivoire dans la répartition de son budget, a déversé à la sécurité qui pourtant serait responsable de l'insécurité, la somme de 31 milliards, (peut être pour rémunérer par tranche de 100000 F. CFA un policier qui tue un bandit ou présumé bandit), et a donné seulement 2 milliards au secteur de l'Éducation Nationale, la base du développement humain durable. Tout le monde était conscient que les doléances ne peuvent pas être toutes satisfaites. Mais l'on sait que la discussion crée un climat de confiance et d'apaisement. Parmi ces propositions en droite ligne dans la recherche des voies et moyens pour intégrer la protection des Droits Humains au programme global de la sécurité Nationale en Côte d'Ivoire, les pouvoirs publics, ont choisi, sous la pression des Partis politiques, des organisations autonomes des Syndicats et autres qui organisaient des marches et meetings à cet effet, de constituer une Commission Nationale d'Enquête le 15 juin 1991, soit un mois après les faits. Même si ce temps perdu a pu effacer certaines traces des faits, cette Commission était nécessaire pour connaître tous les contours de l'affaire «Holocauste à la cité universitaire de Yopougon » ou «Nuit de terreur à Yopougon» qui continuait de
faire des victimes. En effet, des vagues d'alTestations ,arbitraires dont par exemple celle de Monsieur Vasse Diomandé, Professeur au Lycée Garçon de Bingerville arrêté le 25 mai 1991, parce que deux soldats, l'on accusé d'avoir traité les militaires de «sauvages et violeurs ». Des militaires «bérets rouges» se présentaient aux domiciles notamment des leaders de l'opposition ou de syndicats autonomes pour procéder à leurs arrestations, souvent sans motifs. C'est dans ces circonstances que Monsieur- Etté Marcel Secrétaire Général du SYNARES et Monsieur Bamba Moriféré ont failli se retrou-

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ver en prison. Le pays était comme en érat de siège ou au moins d'urgence. Fina1emem, la Commission Nationale d'Enquête a été mise sur pied Cette Commission composée d'avocats, de magistrats, de parlementaires, de religieux et représentants de parents d'élèves et autres... a travailJé durant 17 semaines; 1è 15 novembre 1991, une panie des concJusions d;; la commission a éi:é remise au Chef de l'Érat. Le 16janvier 1992, l'autre partie, composée de ,grosses cantines, a éré portée à la connaissance du Chef de l'Etat. Ce même jour sous la forte pression de la jeunesse ivoirienne en général et des Étudiants en particulier, le Président de la République a décidé de laisser publier les résultats de l'enquête en sa possession en déclarant en substance il la Nation: «on a tué des enfants. Des enfants ont disparu. Voilà le problème... Vous aurez les résultats de la Commission d'Enquête le 27 janvier 92... On ne lira pas tous les documents. .. On donnera l'essentiel... » Le 27 janvier passa sans que le peuple ait connu les résultats de l'enquête. Le mercredi 29 janvier 1992 à 11 heures, la presse nationale et internationale ont été invitées au palais de la présidence de la République par le Chef de l'État, pour voir livrer les résultats de la Commission d'Enquête sur les événements de Yopougon.

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Sur les faits

Monsieur Camille Hoguié, Président de la Commission d'Enquête après avoir situé le cadre socio-politique de la «Nuit Tragique de la Cité Universitaire de Y opougon ,> a présenté les résultats de la Commission dans les termes suivants : « Dans la nuit du 17 au 18 mai 1991, la Cité Universitaire de Y opo}lgon a enregistré l'intervention des forces de l'ordre: police, gendarmerie et militaire de la FIRP AC. Cette intervention a été mise sur le compte d'une banale opération de maintien de l'ordre dont la justification n'a pu convaincre, même les membres de bonne volonté de la Commission d'Enquête. Pourtant, la date de l'intervention donnait à tout, l'air d'une véritable expédition punitive. En effet, à la suire de la perturbation d'une Conférence de presse de la FESCI le 15 mai 1991, sur le Campus de Cocody, les responsables et sympathisants de cette association ont invité leurs camarades à un meeting sur le stade de maracana de la Cité Universitaire de Y opougon dans la nuit du 17 mai, vers 20 h 30. Le meeting n'a pas eu lieu, la tentative de rassemblement ayant été dispersée, sans incident, par les éléments des forces de l'ordre en permanence constituées de policiers et gendarmes de Y 0pougon. Vers 21 h a lieu une seconde tentative de rassemblement. Le Colonel Tyoud Commandant de la Première Légion de gendarmerie en informe le Commandant Supérieur de la gendarmerie, qui avise, à son tour, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, le Colonel Mibo. Sur instructions téléphoniques de Monsieur le ministre, le Commandant Supérieur de la Gendarmerie donne l'ordre au Commandant de Légion de disperser les participants du meeting et d'empêcher tout débordement, sous-entendu « sur 23

la voie publique ». Cette tentative de meeting n'a pas eu de succès. Vers 23 h, quand les escadrons de Gendarmerie d'Agban et d'Abobo-Gare, appelés en renfort depuis la résidence Universitaire de Yopoûgon par les Gendarmes les plus gradés, Commandant des deux Corps opérant sur le terrain, arrivent sur les lieux, il ne restait plus qu'à procéder à des contrôles d'identité, n'ayant trouvé de partictpants à un meeting à disperser. Le calme est revenu, les étudiants ayant rejoint leurs chambres. Néanmoins, les dispositifs de sécurité sont maintenus sur place. Et, voilà que vers I h du matin, surviennem, de façon inattendue, très inattendue, des militaires de la FIRP AC sous le commandement du Chef de Bataillon Bizanfe Rise d'Akouedo. Celui-ci agissait en exécution de l'ordre venu du Chef d'État-Major, le Colonel Guéro, de se rendre à la résidence universitaire de Y opougon, a l'effet de libérer les éléments de Police et de la Gendarmerie «débordés ». Lequel Colonel a ainsi décidé sur la foi de ce que, sans aucune vérification, lui a rapporté son chauffeur resté à l'écoute de la radio de son véhicule de commandement, alors qu'il participait, au Camp d'Akouédo, à la « Fête du Soldat» qu'il a fait orgamser. Par ailleurs, arrivés sur les lieux, ni le Chef de Bataillon Bizanfe Rise, ni ses hommes n'ont cherché à prendre contact avec le lieutenant Colonel Fenousi de la Gendarmerie et le Commissaire de Police du 16" Arrondissement de Y opougon, Ramacaya, dont les éléments avaient déjà ramené le calme à la résidence Universitaire de Y opougon. Une fois sur le terrain, le Chef de Bataillon Bizanfe et ses hommes se sont mis à briser portes et fenêtres des chambres des étudiants pour les extirper de leurs couchettes et de se livrer sur eux à toutes sortes de violences, voie de fait, attentat aux mœurs voire viols, à la destruction de leurs effets, si ceux-ci sont pas simplement emportés.

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Quelques détails sur les violences et les voies de fait
S'agissant des violences, voies de fait et attentat à la dignité et à la pudeur, il faut les voir, d'abord, envers les étudiants et, ensuite envers les étudiantes; cette nuit-là la plupart des étudiants ont été battus à coups de crosse, de ceinturon, de rangers. Certains l'ont été plus sévèrement, parce qu'ils voulaient simplement savoir ce qu'ils avaient fait. Il en est résulté aussi bien des blessures légères (œdèmes plus ou moins graves) que des blessures graves telles que celles infligées à un étudiant malade et qui dormait sous l'effet de gardénal et qui a été battu à sang. Il y a même eu encore des blessures plus graves ayant entraîné des fractures de membres et de tassement de vertèbres, tel que subi par certains étudiants qui, surpris par l'irruption des militaires dans leurs chambres, ont sauté du premier, du deuxième du troisième étage de leurs bâtiments respectifs. De plus, ces étudiants ont été soumis à des tortures... inhumaines. Les commandos les ont fait ramper dans des eaux usées des caniveaux et des fosses septiques et dans la boue, nager dans les mares d'eau de ruissellement. Certains étudiants ont été obligés de traverser à genoux ou en rampant, sur la chaussée bitumée, d'autres étudiants, de ramper dans des ordures ménagères. Un traitement particulier a été réservé à quelques-uns: ils furent contraints de se dévêtir totalement, montrant ainsi leur nudité à leurs camarades qui avaient eu le privilège de conserver soit leur slip ou culotte ou pantalon. Des étudiants ont subi le supplice dit « du poulet mort », lequel consiste à fixer l'index au sol, un pied levé et pivoter sans tomber. Ils ont, sous la contrainte, eu également à se masturber. Les étudiants ont fait l'objet d'un traitement barbare consistant à laper le sang d'un de leurs camarades blessé à la tête. Des étudiants nus ont été contraints d'exposer leur sexe au regard de leurs camarades étudiants. Commencés à la résidence universitaire de Yopougon, ces supplices se sont poursuivis aux Camps militaires Galliéni et Akouédo, tel le désherbage du jardin du Chef et arrosage d'eau fraîche des blessures subies.

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S'agissant

des morts ou disparus

y a-t-il eu des morts ou des disparus, à la suite de l'intervention des forces de l'ordre, dans la nuit du 17 au 18 mai 1991? C'est une question fondamentale. Pour y répondre, la Commission a procédé à des auditions des autorités civiles et militaires, des leaders politiques et syndicaux. et des directeurs de publication dont certains avaient annoncé des morts et des disparus et publié des listes dans certaines de leurs éditions. A l'audition, des Sapeurs pompiers militaires, des travailleurs gérés tant par le CNOU que par les sociétés privées liées au CNOU par des contrats et lois de service de gardiennage des deux Cités... des étudiants; à l'audition en particulier du nommé Doguin connu sous son seul prénom de André, lequel a énergiquement repoussé l'accusation portée à son endroit par une certaine opinion d'avoir aidé à embarquer à bord d'un véhicule militaire un corps d'étudiant mort préalablement recouvert de bâche. A des appels répétés lancés par voie de presse à l'attention de tout sachant, parents de victimes portés disparus, à communiquer tout renseignement à la commission, en venant déposer, soit en écrivant ou en téléphonant à son siège, au sujet des événements. . . On a procédé également au recensement exhaustif des résidents des deux cités de Y opougon, à l'exception de quelque 180 qui ne se sont pas présentés au contrôle et au nombre desquels tous ceux que les événements ont traumatisés à tel point qu'ils ne veulent plus mettre les pieds dans une résidence Universitaire que ce soit. A la recherche et à l'audition après leur découverte, des sept Étudiants annoncés par des organes de presse et des organisations politiques et syndicales comme morts, qui sont: - Blagué Jacob, entendu le 18 septembre 9l. - Goly Gnamble Egnan. entendu le 25 07 9l. - Lama Virginie, entendue le 30 juillet 9l. - Oppouh Bertine, entendue le 24 septembre 9l. - Bro Angoran Désiré, entendu le 14 août 9l. - Sih Kah Thomas, entendu le 25 juillet 91.

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A part ces sept, la Commission s'est aussi intéressée aux personnes signalées par des dénonciateurs anonymes ou par des organes de presse comme étant des Étudiants morts 0 U disparus, ou grièvement blessés au cours ou à la suite des événements du 17 au 18 mai... ce sont: - Alico Amani Simplice, non Étudiant et non résident de la Cité de Yopougon 1 et 2, décédé, le 23 mai 91, d'un accès palustre. - Kanzé Hubert, Étudiant en Médecine, mort, le 27 mai 91 pour insuffisance rénale au CHU de Y opougon. - Adé a été entendu le 9 août 91 et qui a affirmé que les événements de Yopougon n'ont occasionné le décès d'aucun de ses enfants, en particulier le décès d'Annick, élève en terminale. - Béhi Jean-Claude, non Étudiant, membre d'un groupe de jeunes dit loubards, poignardé par un élément d'une autre bande rivale, au cours d'une bagarre au maquis la Terrasse

des 220 Logements, la nuit du 31 mai au 1tr juin 91 transféré
et inhumé, le 8 juin 91, à Dakpadou, Sous-préfecture de Sassandra, son village natal. Son meurtrier, G. Balou Olivier, est aux mains de la Justice depuis le 14 juin 91...

Une enquête menée par la Commission pendant cinq jours à Abidjan, Sassandra, à San-pédro, à Soubré, à Gagnoa, avec audition d'une douzaine de personnes, nous a donné la certitude que sa mort n'est pas liée aux événements de Yopougon... - N' guessan Agodio Emmanuel, signalé comme disparu, sans indication précise du nom ou prénom au départ, a été découvert à la suite de recherches minutieuses ayant nécessité des déplacement~ de Commissaires d'Abidjan dans les villages environnants de la Sous-préfecture de Dabou et qui a été entendu, une fois découvert, le 8 octobre 91... - Aka Charles a été découvert chez ses parents et entendu le Il octobre 91. Il a cessé ses activités Universitaires depuis les événements de mai 1991, faute de n'avoir pu payer ses droits d'inscription pour l'année 90-91 et ne se trouvant pas à la cité de Yopougon dans la nuit du 17 au 18 mai. - Kam Sami, présenté -par un journal local comme blessé lors des événements de Yopougon, s'est avéré avoir été blessé à Figayo une semaine avant, admis au CHU de Yopougon et
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qui s'est trouvé incidemment dans la même chambre que Moussa Sanogo qui, lui a été blessé par les forces de l'ordre dans la nuit du 17 au 18 mai. Après avoir, dans un premier temps, confirmé les affirmations du journal, Kani Sami a fini, grâce à la sagacité des Commissaires, par passer aux aveux le 26 juillet 1991. - Panou Hervé Bertin Kodjo, signalé par plusieurs appels téléphoniques anonymes comme un étudiant ivoirien grièvement blessé par une grenade lacrymogène lancée par les Forces de l'Ordre, dans la nuit du 17 au 18 mai et admis en cachette à la chambre 251 de la PISAM, à la demande du Gouvernement, à coup de millions de francs, pour acheter le silence de sa mère, a été entendu. Il est établi, après enquêtes civile et médicale, qu'il n'est ni ivoirien, ni présent dans la nuit des événements. Il se trouvait à la date du 10 mai 1991, déjà porteur de ses blessures à l'acide subies à l'étranger, trois semaines avant les événements de Yopougon. - Sur la base de toutes ces diligences, tout le long de ces travaux et pour qui sait qu'en Afrique, en général, et en Côte d'Ivoire, en particulier, on répugne de manière atavique à cacher ses morts ou disparus, la commission s'est autorisée à conclure en l'état, à l'absence de morts ou de disparus consécutives à l'intervention des forces de l'ordre en la résidence universitaire de Yopougon. S'agissant des dégâts matériels, il y a dégradation des bâtiments : - y opougon I : 34 portes et 6 fenêtres endommagées. - y opougon 2 : 44 portes fracturées. Outre ces dégâts, les étudiants revenus dans la Cité, le lendemain, ont constaté la disparition d'ouvrages, de vêtements, de bijoux, de postes radiophoniques, de magnétophones, de téléviseurs, quelques sommes d'argent et la destruction de leurs cahiers de cours. A la lumière des événements ainsi exposés, il apparut opportun à la Commission de situer les responsabilités au niveau tant des agents de l'État ayant décidé de cette véritable expédition punitive qu'à celui de ceux ayant été de simples exécutants. Sans oublier l'implication de l'État lui-même au nom et pour le compte de qui, les autorités ayant pouvoir de décision et agents d'exécution, sont intervenus.

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Ce sont les ministres de l'Éducation fense, de l'Intérieur et de la Sécurité.

Nationale, de la Dé-

Pour le ministre

de l'Education

Nationale

Aux yeux de la commission, la cause immédiate de l'intrusion des forces de l'ordre dans l'enceinte de la cité universitaire de Yopougon a été l'interdiction par lui, de toutes réunions à caractère non académiques sur le forum de cette résidence et ce, suivant arrêté du 17 mai 1991, n° 68. Car sans cette interdiction, rendant ipsofacto le meeting du 17 mai 91 illicite et partant nécessaire, l'intervention de force de l'ordre, l'opération visant au rétablissement de cet ordre dit menacé, n'aurait pas été envisagé. Or en vertu des textes en vigueur, en particulier, l'article 12 de l'accord de coopération du 24 avril 61, passé entre la France et la Côte d'Ivoire rendant applicable à l'université d'Abidjan, le texte relatif aux franchises universitaires, notamment la loi du 15 novembre 1811... Le ministre de l'Éducation Nationale n'avait pas le pouvoir d'assurer directement l'administration de l'Université ou la résidence universitaire de Yopougon, n'étant ni le recteur ni le directeur du CNOU. C'est donc en exécution d'une décision illégale en l'occurrence l'arrêté ministériel engageant la responsabilité de son auteur, que les forces de l'ordre sont intervenus à la résidence universitaire de Yopougon.

Pour les ministères et de la Sécurité

de la Défense, de l'Intérieur

Au cours de leur déposition devant la commission réunie en séance plénière, les 19 et 21 août, en leurs cabinets respectifs, les deux hautes autorités sus-nommées, en charge de la sécurité, ont déclaré avoir été excédées par les agitations estudiantines endémiques à la cité universitaire de Yopougon, 29

agitations qu'elles attribuent au groupe de la FESCI, dont certains éléments, en contact avec des enseignants, auraient appris la fabrication et la manipulation des cocktails molotov. Selon ces deux autorités, cette situation a rendu nécessaire l'intervention de l'Armée à la résidence universitaire de Y0pougon. Bien sûr, elles ont tenté de légitimer ce déploiement de l'armée avec les conséquences que l'on sait aujourd'hui, par référence à une résolution du Conseil National du PDCI tenue le 28 septembre 89. Pour la commission, ainsi qu'il a été exposé plus haut, il apparaît établi que l'intrusion de la FIRP AC à la cité universitaire de Yopougon, est survenue sur la seule initiative du Chef d'État Major, sans consultation des deux ministres, au surplus pas même avisés. Dès lors, et aux yeux de la Commission, cette initiative du Chef d'État Major signe, la part des ministres, sinon leur apathie ou leur démission, à tout le moins, leur légèreté à travers leur tentative de légitimation a posteriori de ladite initiative. Et faute pour les autorités républicaines compétentes de lui avoir donné une forme légale ou réglementaire adéquate, cette résolution, ayant eu valeur de simples recommandations, n'a pu avoir une quelconque valeur juridique et partant, fonder l'intervention précitée. En conséquence, pour avoir laissé au Chef d'État Major des FANCI une liberté d'action exorbitante dans un domaine aussi délicat que celui de la sécurité de l'État et des libertés publiques et pour s'être, ensuite, retranchées derrière une résolution n'ayant aucune valeur légale. .. les deux autorités ont, de l'avis de la commission fait preuve d'une légèreté coupable engageant leur responsabilité.

Pour les autorités

militaires

Ces autorités ayant pris une part active dans les événements, sont le Chef d'État-Major des FANCI, le Général Guéro et le Chef de Bataillons Bizanfe Rise qui est, aujourd'hui Lieutenant colonel. Comme également exposé plus haut, le calme régnait à la résidence universitaire de Yopougon, après la dispersion de la 30

réunion par la police et par la gendarmerie, dès la première alerte de radio-minas. Et pourtant, vers une heure du matin, cette résidence devait être investie par les para-commandos de la FIRP AC sous le commandement du chef de bataillon Bizanfe, agissant lui-même en exécution d'un ordre reçu du chef d'État-Major, qui n'a pris le moindre soin de recouper l'information en provenance de Radio-minas captée à bord de son véhicule par son chauffeur. Pour ces deux autorités militaires, la commission s'est posée la question de savoir si elle pouvait décider, surtout pour le chef d'État-Major, comme ill' a fait, de faire intervenir des unités, sans en avoir été autorisées conformément à la loi. La réponse de la commission est négative (décret du 1/8/67 relatif à la participation des forces armées au maintien de l'ordre, article 25 du même décret) »... La commission d'enquête, après avoir établi la responsabilité de l'État de Côte d'Ivoire dans ces événements, a fait des recommandations au Président de la République. Cellesci visaient à l'amélioration de vie des Étudiants à la cité Universitaire de Yopougon et à la prise de sévères sanctions à l'encontre des personnes civiles et militaires dont les responsabilités ont été établies. Suite à la présentation du rapport d'enquête à la télévision, et en réponse aux résultats des travaux de la commission d'enquête, le chef de l'État chef suprême des Armées son excellence le Président de la République Monsieur EH.B. a fait une déclaration d'une heure d'horloge dont les traits saillants exposés par lui-même, dans les propos suivants qui ne prêtent à aucune équivoque quant à leur caractère cynique, sont en italiques pour être mis en évidence: «Messieurs les commissaires, je voudrais vous remercier pour ces résultats que vous venez de nous livrer avec beaucoup de compétence, mais surtout avec beaucoup de conscience. Personne n'a porté plainte contre les militaires, les policiers, personne. Les journalistes qui n'ont pas repris d'ailleurs leurs publications, les gens de la rue ont parié de morts et de disparus, de nos jeunes filles violées. Nous le soulignons souvent parce que c'est la réalité, nous voulons que notre Côte d'Ivoire soit un pays de droit, un pays de paix dans la tolérance, de paix dans l'amour. Vous m'avez fait des recommandations. Certaines seront scrupu31

leusement observées. Mais il faut situer ceci dans le cadre, dans le contexte actuel d'Afrique et dans le monde. A l'occasion de la présentation des vœux, j'ai demandé aux militaires d'avoir confiance d'abord en eux-mêmes... Je ne suis pas de la classe des responsables qui jouent à la division pour régner. Je suis pour l'unité, pour la concorde. Confiance entre eux, confiance aussi dans notre belle Côte d'Ivoire. Ce ne sont pas des excuses mais ce sont des réalités avec lesquelles il faut compter. Les journalistes sont là, nous sommes les seuls et je le dis avec fermeté à avoir accepté de mettre sur pied une commission d'enquête pour les faits douloureux qui se sont produits à Yopougon. On a fait pire ailleurs. Est-ce que j'ai besoin de citer des noms de ces pays? On les connaît. Ils ne tolèrent même pas la présence d'un homme venant leur demander, alors qu'ils sont investis de ce pouvoir, le sort réservé à des détenus qui, depuis des années, parfois même depuis des décennies n'ont pas pu faire connaître leurs nouvelles à leurs familles. En 45, à l'issue de la dernière guerre, un vent de liberté a soufflé sur tous les pays, notamment les pays sous-développés. Depuis deux ans, c'est un autre vent pour ne pas dire un ouragan, qui souffle sur tous les pays. Aucun n'est épargné. Nous nous efforçons de résister en Côte d'Ivoire à cet ouragan qui détruit tout dont ce qui est le plus cher pour nous: la morale. Je le dis, je ne vais pas donner des noms, c'est pénible, mais je vous fais confiance. Voyez plus loin, en Afrique du Nord, les pays où des pires se sont produits, on n'a jamais supporté de mettre sur pied des commissions d'enquête comme les nôtres. C'est exceptionnel en Afrique, il faut qu'on en tienne compte. Au nom du gouvernement, faisant appel à toutes les couches socio-économiques, j'ai donné des noms, plutôt des chiffres. Tel groupe a tant de membres à désigner. Mais c'est vous-mêmes qui, librement, sans aucune pression de notre part, et avec votre seule conscience, avez choisi parmi vous, ceux capables d'assurer les responsabilités dans l'enquête que nous vous avons confiée. Vous l'avez faite en toute indépendance. Si nous regardons en Afrique noire c'est pire. Parce que de petits gamins, de petites filles ont jeté des cailloux, des bâtons, froidement on a ordonné de tirer sur eux. Et ce sont des dizaines et des dizaines qui sont morts. 32

Nous attendons les enquêtes. Il n'yen aura pas. On chargera peut-être le gouvernement. Mais pas un seul cas, la justice s'est même pas encore prononcée. Quand un chef dit : «je n'aime pas donner des ordres, je suis le chef des armées mais je n'aime pas donner des ordres. Nos troupes ont été attaquées à coups de pierre. Je n'étais pas là-bas, avec eux ils n'ont pas eu le sang froid nécessaire pour ne pas appuyer sur la gâchette. Ils ont tiré, des gens sont morts; je le déplore ». Ce n'est pas suffisant. Le responsable n° 1 c'est le chef des armées. C'est moi. Pourquoi vous allez vous arrêter à des échelons. C'est moi le chef des armées. Je ne serai jamais dans ma vie au rendez-vous de la force. Mais toujours au rendez-vous de la conciliation, de la réconciliation, de la paix. Ce que la population attend, c'est que la commission lui dise si oui ou non il y a eu des morts, des disparus, c'est cela que la population attend. Et je suis heureux tout de même, après le travail difficile que vous avez accompli vous êtes arrivés à une conclusion, à l'unanimité, parce que vous n'êtes pas tous d'un même parti, c'est tous les partis confondus, sauf Monseigneur qui n'est que du parti de Dieu. Tous partis confondus, à l'unanimité, vous avez déclaré qu'il n'y a pas eu de disparus, il n'y a pas eu de morts. C'est cela qui compte. Pour le reste, je vous souffre que mes frères Ivoiriens qu'ils soient de l'armée ou qu'ils soient civils, aient maltraité leurs frères, surtout moi, qui suit d'une génération qui a connu les souffrances endurées par nos frères, nos pères, nos mamans. Personne n'a échappé à ces tortures. Nous avons lutté pour mettre fin à tout cela. Nous ne pouvons pas chausser la botte des colonialistes que nous avons combattus. Nous ne pouvons pas permettre à ce que l'bn frappe, à ce que l'on méprise l'homme. Les scènes que vous avez décrites, sont des scènes qu'on a vécues depuis quarante ans et nous ne voulons pas recevoir cela dans notre pays. Nous tiendrons compte de certaines de vos recommandations qui sont de deux ordres. Celles qui exigent l'amélioration des conditions de vie au campus que nous pouvons satisfaire, dans la mesure de nos moyens, nous le ferons. Nous demanderons même aux étudiants de nous aider. Vous parlez des clandestins. Qui les a admis là-bas, dans leurs chambres? Ce n'est pas nous. C'est certains d'entre 33