Quand l'opium finançait la colonisation de l'Indochine

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Met en évidence le point de vue de l'administration coloniale française pour laquelle l'opium avait un intérêt avant tout économique.

Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296244481
Nombre de pages : 107
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QUAND L'OPIUM FINANÇAIT LA COLONISATION EN INDOCHINE

il

Collection Recherches Asiatiques, dirigée par Alain Forest

Chantal DESCQURS-GATIN

QUAND L'OPIUM FINANÇAIT LA COLONISATION EN INDOCHINE
L'élaboration de la régie générale de l'opium (1860 à 1914)

Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

Collection ~ Recherches asiatiques»

dirigée par Alain Forest

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VOlr, 1991.

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àJacques, Aurélien et Laure

Principales abréviations utilisées
AOM archives d'Outre-mer (Aix-en-Provence). : SOM:section d'Outre-mer des archives nationales(Aix-en BEFEO Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient : BSEI Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises. : Provence).

NOTA:Le signe« $ . représente ici la piastre. L'orthographe adoptée id pour les noms chinois et vietnamiens est celle qui est employée dans les documents utilisés, même lorsqu'elle est manifestement fantaisiste. Sauf lorsque nous citons des sources coloniales, nous utilisons le terme de Vietnamiens pour désigner les habitants de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin.

Unités de poids

BOULE: nité de poids utilisée pour les ventes d'opium brut, aussi bien en Inde u qu'en Chine, dont la valeur est comprise entre 1,6 kg et 1,8 kg. CAISSE:unité de poids utilisée pour les ventes d'opium brut sur le marché indien. Le poids moyen d'une caisse s'établit autour de 60-72 kg, mais certaines sources attribuent à la caisse un poids de 40 kg. PICUL: unité de poids dont la valeur varie, selon les sources, entre 60 et 62,600 kg. TAEL:unité de poids d'une valeur moyenne de 37,60 g. 7

Introduction

générale

Ce livre retrace l'histoire du rôle de l'opium dans les finances de l'Indochine française depuis la conquête de la Cochinchine en 18581862, jusqu'au début du xxe siècle, aboutissement d'une évolution cinquantenaire qui vit l'élaboration progressive de la Régie générale de l'opium. La Régie indochinoise de l'opium - système de «distribution

contrôlée de l'opium .(1) constitue en tant que telle un

«

épisode de

l'histoire du droit de la drogue, un état transitoire sur la route de la prohibition générale et absolue .(1). Dès leur arrivée en Cochinchine, les administrateurs français, militaires puis civils, se heurteront au grave problème du financement, non seulement de la conquête coloniale, mais aussi de la présence française dans cette région. C'est que, pour des raisons qui tiennent à la politique européenne de la France, la conquête de la Cochinchine est très contestée en métropole: celle-ci va donc mesurer son aide financière, d'où la nécessité, pour les administrateurs cochinchinois, de trouver sur place des ressources suffisantes, ce à quoi ils vont s'employer avec beaucoup de pragmatisme, en s'inspirant notamment des pratiques financières du Sud-Est asiatique. La question de l'opium dans l'Indochine française au XIxe siècle ne peut donc être évoquée que par référence aux autres pays d'Asie du Sud-Est et surtout de la Chine. C'est en Chine que naît le problème de l'opium au milieu du Xlxesiècle, c'est à partir de la Chine que sera menée au début du xxe siècle la grande campagne internationale
(1) F. CABAU.ERO, roit de la drogue, D Dalloz, 1989, p. 122-123.

9

contre l'opium. Dans ces deux occasions, le rôle moteur sera tenu par les E{Jropéens, plus particulièrement par les Anglais qui, au XIX" iècle, s pour des raisons commerciales y introduisent l'opium de force, et qui, un demi siècle plus tard, sous couvert de moralité et de salubrité publiques(2), vont contraindre une Chine en proie à de graves troubles intérieurs à éliminer la culture du pavot.

I-

LA CUL1URE ET LA FABRICATION DE L'OPIUM EN ASIE AU MILIEU DU XIXe SIECLE

L'opium, remède de la pharmacopée

traditionnelle

Depuis des temps lointains, l'opium est employé en médecine, notamment en Chine. Cet usage tient aux propriétés particulières de ce médicament complexe composé d'une douzaine d'alcaloïdes dont le plus important est la morphine, qui a pour principale vertu de calmer la douleur. Au milieu du XIXesiècle, l'opium est donc couramment utilisé comme analgésique. En outre, ses applications thérapeutiques sont multiples: en particulier pour les cas d'inflammation, comme la pneumonie, la péritonite ou la méningite(3). On a aussi recours à lui pour combattre un certain nombre de fièvres, telles que le paludisme, la variole, certaines rougeoles ou certaines scarlatines. C'est enfin le seul remède permettant de lutter contre la dysenterie chronique et le choléra. En des temps où les connaissances médicales sont limitées, l'opium et ses dérivés, telle laudanum, apparaissaient comme une véritable panacée.

La culture du pavot en Inde
Avant la présence anglaise, la culture du pavot était libre en Inde qui en était depuis très longtemps un grand producteur; à l'époque
(2) Cf. Dr F. BRUNET, La mort des fumeurs d'opium, 1903, p. 35 : il est juste de in remarquer... que l'Angleterre, au nom de l'humanité et de la civilisation, sans doute, a pesé de toute son influence, a même fail la guerre pour rendre inefficace la prohibition de l'opium et répandu, au contraire, son usage, dont elle tire sa principale source de richesse en Orient. Là encore, l'action moralisatrice de l'Occident s'est affirmée en développant /es anciens vices ou en introduisant de nouveaux. (3) Cf. Dr MORICE," ur les narcotiques, /es alcools, le thé et le bétel en Indochine S " in Actes de la Société d'ethnographie, Paris, t. VIII, session de 1874, p. 151-159.

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