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Sciences et traditions africaines

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110 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 63
EAN13 : 9782296245051
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SCIENCES ET TRADITIONS

AFRICAINES

Mfika Victor MUBUMBILA

SCIENCES ET TRADITIONS AFRICAINES

Les messages du Grand Zimbabwe

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1074-X

En hommage aux travaux du Professeur Cheik Anta Diop

INTRODUCTION

Le voyageur qui, par une fraîche matinée australe, s'arrête devant la Grande Enceinte du Grand Zimbabwe, et, au terme d'une escalade pénible de la colline sacrée, pénètre dans la grande cour de son Acropole, se sent envahi d'un étrange sentiment: la grandeur et le prestige du Grand Zimbabwe lui sont révélés. Cette impression que les visites des nombreuses ruines dispersées dans le royaume du Zimbabwe avaient été impuissantes à créer, la splendeur du site et le silence de ses monuments la lui imposent soudain : il se sent vraiment en présence de l'une des grandes civilisations de notre planète. Cet achèvement, cette antiquité que l'esprit saisit difficilement, impressionnent tellement le touriste qu'il paraît évident que les fondateurs d'une telle civilisation ne pouvaient être que nos égaux, si ce n'est plus. Devant la maîtrise avec laquelle leurs ingénieurs traitèrent les problèmes architecturaux qui se posaient à eux, on leur prêterait plutôt des connaissances aujourd'hui perdues. Quand le Grand Zimbabwe fut découvert par les Européens à la fin du XIxe siècle, il avait derrière lui un long passé. De ce passé, nous ne savons que peu de choses. Pendant très longtemps, les seuls étrangers à avoir vu le site de Zimbabwe ont été les commerçants arabes qui faisaient la navette entre le plateau et les ports du Mozambique. Les capitaines portugais du XVIesiè9

cle parlent aussi de Zimbabwe dans leurs journaux de voyages, mais ils n'y étaient jamais allés [26]. C'est seulement à la fin du XIxe siècle que les ruines ont été décrites par des Européens [26]. Elles se trouvent sur le site de Zimbabwe qui est le long du lac Kyle, près de Masvingo, à 300 km au sud d'Harare, la capitale de la République du Zimbabwe (carte n° 1). Elles comportent un monument principal, l'enceinte royale, une série alentour de ruines de moindre importance, et une acropole (carte n° 2). De l'enceinte royale (ou Grande Enceinte), il reste une haute muraille de granit en forme d'ellipse, à la fois massive et élégante. Cette muraille, qui mesure 5 m de large à certains endroits, est entièrement faite de blocs simplement posés les uns sur les autres. Une partie de la muraille est décorée d'une très belle frise à chevrons (figure 1). Une tour conique, dont la signification n'a jamais été vraiment éclaircie, donne à l'ensemble une silhouette très impressionnante (figure 2). A l'est de la Grande Enceinte subsistent des morceaux de murs et des plates-formes sur lesquelles étaient construites les huttes des dignitaires de la Cour (figure 3). L'Acropole, à laquelle on accède par un escalier datant de l'époque de Zimbabwe (VIe siècle après J.C. suivant certains historiens, au XIIIe seulement selon d'autres) (figure 4), comprend un important ensemble de ruines dont les mieux conservées sont celles d'une seconde enceinte royale comportant une muraille ornée de petites tours (figure 5). Les premières fouilles furent entreprises en 1871 par Karl Mauch et furent poursuivies par Phillips, Willoughby et Bent. Tous mirent à jour d'importantes quantités de perles, de tessons de poteries, d'ossements de bétail, de pointes de lance et de bracelets de cuivre. Mais la découverte la plus originale fut celle de 10

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MOZAMBIQUE ZAMBIA

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CARTE I a) Quelques pays de l'Afrique Centrale et Australe b) La République du Zimbabwe 11

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CARTE II

Le schéma du site monumental du Grand Zimbabwe
1) 2) 3) 4) 5) 6) 12 L'Acropole La route ancienne qui conduit à l'Acropole La route moderne qui conduit à l'Acropole Le musée La Grande Enceinte La vallée et les ruines des cases des dignitaires
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quatre colonnes de stéatite, soutenant des sculptures d'oiseaux (Posselt, 1889). Huit oiseaux stylisés au total, aux ailes repliées, à l'allure de rapaces, hauts de 35 cm et taillés dans la pierre furent découverts au site de Zimbabwe: quatre sur l'Acropole dans l'enceinte rituelle dont les murs existent encore et quatre dans la vallée. Actuellement, sept de ces oiseaux sont conservés au musée de ce site historique. Le mieux connu d'entre eux constitue l'emblème national de la République du Zimbabwe. Cet oiseau fut découvert en 1903 dans la haute Vallée de l'Enclos dans le site du Grand Zimbabwe. Il présente sur son corps des signes graphiques et des motifs décoratifs intéressants (figure 6). Certains historiens pensent que ces oiseaux datent du royaume de Zimbabwe (VIe ou XIIIe siècle), d'autres qu'ils ont été sculptés plus tard, lorsque le royaume rozvi (1650-1834) est venu s'installer à son tour sur le site de Zimbabwe. La date exacte de la construction du Grand Zimbabwe reste inconnue. Par contre, une étude soigneuse des débris de poteries a permis de déterminer la date à laquelle le royaume de Zimbabwe avait commencé

à décliner: début du XVIe siècle.
Depuis les fouilles de Carl Mauch (1871) jusqu'à celles de Summers et Robinson (1958), la construction du Grand Zimbabwe fut attribuée à de multiples civilisateurs. Mauch déclara par exemple que l'Acropole était purement et simplement une copie du temple de Salomon sur le mont Moriah. Selon ce géologue allemand, la Grande Enceinte était une réplique du palais que la reine de Saba avait habité à Jérusalem. Cette thèse de Mauch fut reprise par les pionniers anglais qui visitèrent les ruines en 1881. Pendant la première moitié du xxe siècle, cette thèse fut délaissée. La construction du Grand Zimbabwe fut attribuée aux Phéniciens, puis aux Arabes. 13