Tchad 1998

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Pays miné par les guerres civiles et la disparition des institutions lors des événements de 1979, le Tchad s'efforce de retrouver, depuis les années 1990, une certaine stabilité. Un timide processus de démocratisation s'instaure qui, bien que diversement apprécié, s'avère néanmoins porteur d'espoir. Ce livre tente un inventaire, par rubriques, des différents secteurs de la vie économique, politique et sociale du Tchad.
Publié le : vendredi 1 mai 1998
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EAN13 : 9782296362246
Nombre de pages : 146
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TCHAD 1998

Collection Études Africaines

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Photo de couverture: Musée de Gaoui. Photo au dos de l'ouvrage: peinture murale kotoko, village de Gaoui.

@ L'Harmattan, ISBN:

1998 2-7384-6544-7

Marcel Bourdette Donon

TCHAD 1998

L'Harmattan 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA my

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Nous adressons nos remerciements les plus chaleureux à toux ceux qui, d'une façon ou d'une autre, par leurs informations, leurs conseils, par la communication de rapports ou travaux divers, nous ont permis de mener à bien la réalisation de cet ouvrage. Qu'ils trouvent à travers ces lignes le témoignage de notre profonde reconnaissance.

Introduction

Pays des déserts mythiques tels l'Ennedi et le Tibesti, des gravures rupestres et de brillantes civilisations comme la "civilisation de l'argile" des Sao ou celle des forgerons et mineurs Mougo ; point de convergence des grandes expéditions européennes, pays des grands royaumes (le Kanem fut fondé par Sef au lXe siècle, le Bomou connut son apogée à la fin du XVIe siècle, le Baguirmi, le Ouaddaï, le Fitri aux XVIIe et XVIIIe siècles), cet état enclavé, peu peuplé, dont la superficie fait plus de deux fois celle de la France, indé~ndant depuis le Il aoOt 1960, a connu rébellions, coups d'Etat militaires et guerres civiles, depuis 1972. Après la rébellion de 1972, ce fut, en 1973, l'occupation, par la Libye, de la bande d'Aouzou qui ne sera év~uée et rendue au Tchad qu'en 1994. Survint ensuite le coup d'Etat de Félix Malloum et l'assassinat de François Tombalbaye, le 13 avril 1975. Les troubles continuèrent avec 7

la guerre civile de 1980, persistèrent avec la prise de N'Djamena par Hissène Habré en 1982, l'occupation libyenne dans le nord du Tchad en 1983, les combats de 1986 dans le Tibesti, la rébellion de 1989 qui renversa Hissène Habré, les événements du Lac en janvier 1992, les massacres de Hadjaraïs par les partisans du président Idriss Deby, à N'Djamena, en octobre 1991, le "complot sudiste" qui généra, en février 1992, une sévère répression dans le Sud, les tensions ethniques en 1992 et, pour clore ce sanglant inventaire, les événements de Moundou mettant aux prises les FARF (Forum des Alliances pour la République Fédérale), ex-rébellion sudiste, coordonnés par Laokein Bardé, et les forces armées le 30 octobre 1997. Une telle situation de guerre quasi constante a mis à rude épreuve l'unité nationale du pays et réduit considérablement son potentiel d'infrastructures techniques, économiques et sociales. La succession des institutions provisoires qu'a connue le Tchad n'a pas favorisé une stabilité politique ni permis de créer un climat socio-économique favorable à la démocratie, au respect des droits de l'homme et au développement. Les institutions tchadiennes ont en grande partie disparu en 1979 et si la reconstruction du pays a effectivement démarré dans les années 1985, il a fallu néanmoins attendre 1990 pour qu'une certaine stabilité commence à s'instaurer. La région du B.E.T, au Nord, couvre un très vaste territoire qui représente, à lui seul, 46,67% de la superficie totale du pays mais ne compte que 73183 habitants, soit 0,1 habitant au km2 contre 52,4 habitants au km2 dans les contrées les plus peuplées. Source de conflits traditionnels, le Nord, composé de pasteurs nomades, musulmans, de tradition guerrière, se différencie fortement du Sud, peuplé majoritairement d'agriculteurs sédentaires, d'animistes ou de catholiques, objets de razzias de la part de leurs voisins et contraints à leur payer tribut. Dès janvier 1963, le congrès du Parti Progressiste Tchadien insistait, à Fort-Archambault (l'actuelle ville de Sahr), sur la nécessité d'unir, sur le plan national, les chrétiens et païens du Sud avec les musulmans du Nord. Pierre Hugo écrivait à ce sujet: "Il reste qu'un effort important est à faire pour obtenir la participation équitable du Dar el-Islam tchadien à la vie nationale. L'exemple du Soudan montre combien est difficile à réaliser l'unité de 8

pays où se coudoient, en nombre sensiblement équivalent, musulmans et chrétiens ou animistes et le danger pour ceux qui assument le pouvoir de se réclamer trop massivement de l'un ou de l'autre .
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Et l'on commence à peine, depuis les guerres civiles de 1965 et de 1979, à oser évoquer le caractère conflictuel de la société tchadienne. Citant des propos tenus lors d'un colloquel organisé sur ce thème, en 1995 à N'Djamena, T. Michalon rapporte que "c'est la dispute autour du pouvoir central qui nourrit le conflit Norp-Sud" et le Message de Noëll997 délivré par la Conférence Episcopale du Tchad renchérit sur un tel constat en ces termes: "Le processus de démocratisation, diversement apprécié par les uns et les autres, a porté nos espérances. Mais sa traduction dans la réalité demeure encore très fragile et demande à être consolidée. /...1 le tribalisme et d'autres formes d'exclusion tendent à s'installer comme des pratiques normales dans notre pays. 1.../ Les partis politiques, malgré leur charte, n'ont pas échappé au régionalisme 1...1 la découverte récente de ressources naturelles importantes semble exciter bien des convoitises et dicter des conduites dangereuses pour la justice sociale et l'harmonie de notre vie nationale. 1...1Il ya malheureusement une erreur que commettent tous les régimes successifs: elle consiste à imposer comme norme et modèle, le groupe ethnique au pouvoir. Mais que serait notre pays s'il n'y avait que des éleveurs, que des pêcheurs, que des chasseurs ou que des agriculteurs ? 1.../ En niant ce pluralisme et la nécessité de reconnaître nos différences comme complémentaires, nous nous engageons dans une voie qui ne peut que conduire une catégorie de citoyens à vouloir dominer sur les autres."2
1 Centre culturel AI-Mouna, Conflit Nord-Sud, mythe ou réalité? . Actes du colloque tenu à N'Djamena du 22 au 26 mai 1995, ed. Sépia, Paris, 1996. Cf. aussi MlCHALON (Thierry), Conflit Nord-Sud, mythe ou réalité, in. Le Monde Diplomatique, p. 29, février 1997. 2 Conférence Épiscopale du Tchad, N'Djamena, le 18 décembre 1997. 9

Ces déséquilibres, ces forts clivages ethniques alliés à un environnement naturel déjà difficile, à l'immensité de la superficie, à l'enclavement du territoire et à la dépendance du Tchad vis à vis de ses voisins, le Nigeria et le Cameroun, pour son approvisionnement, à la perméabilité des frontjères, et au marché noir, traduisent le manque à gagner d'un Etat dont le Gouvernement engage, avec pour point de mire les années 2000 et les revenus du pétrole, l'ambitieux pari de lutter contre la pauvreté et d'améliorer les conditions de vie des tchadiens. Pour l'heure, le Tchad est classé au troisième rang des pays les plus pauvres par la Banque mondiale et le taux d'alphabétisation n'y est que de 13,5%. Un prêt de 23 millions de dollars US a été octroyé, en mars 1994, par le F.M.I. au terme d'un accord appuyé par un "Programme de référence pour la période d'octobre 1994 à juin 1995". La production, par le F.M.I. et la Banque Mondiale, d'un document cadre de politique économique pour 1995-1998, constitue, par ailleurs, une stratégie qui s'insère dans le "Plan d'orientation du Tchad vers l'an 2000. A travers ce dernier document, daté de 1995, l'État tchadien s'engage à garantir une croissance du P.I.B. de l'ordre de 5% et à contenir la hausse des prix à 5% également. L'augmentation des recettes publiques au 1er janvier 1996, grâce à la fiscalisation du secteur informel, à l'introduction de la T.V.A., à la réduction des effectifs militaires de 32.000 hommes à moins de 25.000 fin 96, à la privatisati<Jn de quarante deux entreprises dont vingt-cinq sociétés d'Etat et établissements publics, devraient permettre de dégager des ressources en faveur de l'éducation et de la santé notamment qui connaissent une situation particulièrement difficile.

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Carte du Tchad

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Le Tchad: présentation générale

Le Tchad se présente comme une très vaste pénéplaine de 1 284 000 km2, étalée sur 1700 km du Nord au Sud et sur 1000 km de llEst à l'Ouest. Le pays s'étend de la forêt équatoriale, au Sud, jusqu'au Sahara, au Nord (Tibesti, Ennedi). C'est, quant à ses dimensions, le cinquième pays dlMrique continentale, après le Soudan, l'Algérie, le Zaïre et la Libye. N'Djamena, la capitale, se situe à 2060 km de Douala au Cameroun, à 1765 km de Port Harcourt au Nigeria, à 2975 km de Pointe Noire au Congo et à 2400 km de Port Soudan sur la Mer Rouge. Entouré par la République Centrafricaine, la 13

Libye, le Niger, le ~igeria, le Cameroun et le Soudan, le Tchad apparaît comme un Etat patfaitement enclavé. Le relief se caractérise par une vaste dépression bordée, au Nord, par le massif du Tibesti où l'Emikoussi culmine à 3415 m, au nord-est par le plateau du Ouaddaï et de l'Ennedi (1200-1300m) qui s'étend jusqu'au centre pour atteindre 1613m au sommet du Guéra. Le réseau fluvial est constitué par le Chari (d'une longueur de 1200 km) qui prend sa source en République Centrafricaine, ainsi que par le Logone, son principal affluent. Le Lac Tchad, qui a donné son nom au pays, est, quant à lui, alimenté principalement par le fleuve Chari. Sa superficie connaît des variations énormes pouvant aller de 3000 km2 à plus de 20 000 km2 en fonction de la pluviométrie. Les autres lacs principaux sont des lacs d'eau douce, très poissonneux, comme le lac de Léré, le lac Iro, le lac Fitri et le lac Tikem. On distingue trois grandes zones climatiques: a -le climat tropical (qui enregistre une pluviométrie supérieure à 950 mm) b -le climat sahélien (avec 300 à 600 mm de pluie) c - le climat désertique saharien. Le Tchad renferme de très nombreux groupes ethniques. On peut distinguer sommairement, les populations pastorales du Centre et de la partie saharienne: les Arabes, les Toubou (qui sont des nomades sahéliens), les Hadjerai, les Fulbe, les Kotoko (qui constituent une population de pêcheurs), les Kanembou (qui sont les populations pastorales du Centre), les Baguirmi, les Boulala, les Zaghawa et les MaOO.Au Sud résident les Saras (ce sont les populations paysannes du Sud que l'on retrouve aussi dans le Moyen-Chari, le Logone Oriental et le Logone Occidental), les Ngambaye, les MOOye, les Goulaye, les Moundang (que l'on trouve dans le MayoKebi), les Moussei et les Massa. Le français et l'arabe (tchadien) sont les deux langues officielles mais il existe aussi, parallèlement, environ deux cents langues vernaculaires. Le nombre et le pourcentage de sujets francophones sont estimés à 1.900.000 habitants, soit 30% de la population. 14

Le nombre et le pourcentage de francisants sont de 3.800.000 habitants, soit 60% de la population 1, Dans les faits, l'arabe sert de plus en plus de langue véhiculaire, tandis que le sara et le sango jouent un rôle identique dans la partie méridionale du pays. Dans le registre religieux, on recense trois cultes dominants qui sont: l'animisme, l'islam et le christianisme qui correspondent à trois types de société réparties du Nord au Sud. Tandis que les parties Septentrionale et Centrale sont le domaine de l'islam, implanté au Tchad depuis le XIe siècle et représentant environ 50% de la population, le Sud, en revanche, est chrétien, catholique ou protestant, et représente à peu près 25% de la population. Les religions traditionnelles, animistes, etc., sont, quant à elles, très répandues dans l'ensemble' du pays (elles concernent approximativement 25% de la population) . En ce qui concerne son Histoire moderne, le Tchad devient un protectorat français en 1897. Pacifié par le colonel Largeau en 1913, le pays est divisé en neuf régions avec, à la tête de chacune, un administrateur-maire assisté d'un chef de district urbain. Le Gouverneur, basé à N'Djamena, est assisté d'un Conseil composé de notables africains et métropolitains. Le pays obtient son Indépendance le 11 août 1960. La première Constitution, votée le 31 mars 1959, est suivie d'une deuxième, le 28 novembre 1960 et d'une troisième, en 1962, qui renforce le caractère présidentiel du régime. Le Président, qui est alors François Tombalbaye., doit faire face à une insurrection naissante dans le Guéra. En juin 1966 est créé le FROUNAT (Front de Libération Nationale). Le 13 avril 1975, un coup d'état porte Félix Malloum au pouvoir. Tombalbaye est assassiné. Le 29 août 1978, Hissène Habré devient Premier ministre. En 1980, une guerre civile éclate entre les forces armées du Nord de Hissène Habré et les forces coalisées dirigées par Goukouni Oueddeï qui finit par prendre N'Djamena avec l'appui des forces libyennes. En novembre 1981, sur pression de la France, Goukouni Oueddei, Président du Tchad, demande aux forces libyennes de quitter N'Djamena.

1 Source: Ministère des Affaires Etrangères. 15

En 1982, Hissène Habré s'empare à son tour du pouvoir à N'Djamena.. Goukouni Oueddei se réfugie au Cameroun. En août 1983. un détachement français de 3000 hommes prend position le long du ISe paraHèle. C'est l'opération "Manta". Goukouni Oueddei occupe alors le Nord du Tchad avec les libyens. Un accord franco-libyen est signé le 17 septembre 1984. stipulant un retrait simultané des troupes françaises et libyennes. En 1986. les combats reprennent dans le Nord. Le dispositif "Épervier" est mis en place par l'armée française. En décembre 1986. le Tibesti est le théâtre d'offensives libyennes d'envergure. En août 1989. le Tchad et la Libye signent l'accord d'Alger qui doit permettre de trouver une solution pacifique au conflit. En avril 1989. Idriss Deby. ancien commandant en chef de l'armée d'Hissène Habré, déserte avec ses sympathisants et se replie au Soudan. Traqué sur le sol soudanais par les troupes d'Hissène Habré. Idriss Déby mène une contre-offensive qui le conduit jusqu'à N'Djaména où il renverse Hissène Habré le 1er décembre 1990. La charte du 28 février 1991 met en place un pouvoir provisoire, sous l'égide du Mouvement patriotique du salut, qui doit élaborer une nouvelle constitution instaurant la démocratie et le multipartisme. En janvier 1992, Maldom Abbas. impliqué dans une "tentative de putsch" soutenu par des responsables politiques et militaires de l'ethnie Hadjarai en octobre 1991. est libéré et propulsé à la Présidence du Conseil de la République. En février 1992. Me Joseph Behidi. vice-président de la Ligue des droits de l'homme, est mystérieusement assassiné. Soupçonné de préparer un coup d'état. Abbas Koty Yacoub est arrêté le 22 octobre 1993 et exécuté par des membres de la Garde républicaine. Pendant ce temps. les gouvernements successifs mettent en oeuvre un programme de réconciliation nationale et élaborent un calendrier pour un processus devant aboutir à une démocratie pluraliste. Une Conférence Nationale Souveraine est organisée, de janvier à avril 1993. Elle élabore une proposition de constitution basée sur les principes du multipartisme et la décentralisation du pouvoir. Un gouvernement de transition et une assemblée provisoire. le Conseil Supérieur de Transition. sont mis en place. En trois ans, le Tchad connaît trois Premiers Ministres. trois Présidents du Conseil Supérieur de transition et plus de 1.50Ministres. La précarité de cette situation fragilise 16

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