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Ultimes secours pour Diên-Biên-Phu (1953-1954)

De
160 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 157
EAN13 : 9782296288782
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Collection Mémoires asiatiques dirigée par Alain Forest

ROBERT GENTY

DLTIMES SECOURS POUR DIEN BIEN PHU 1953-1954

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Mémoires asiatiques Col1ection dirigée par Alain Forest

Déjà parus:
- Philippe RICHER, Hanoï 1975, un diplomate et la réunification du Viêt-nam. -DONG SY HUA, De la Mélanésie au Viêt-nam, itinéraire d'un colonisé devenu francophile. - Gilbert DAVID, Chroniques secrètes d'Indochine (19281946) tome l - Le Gabaon tome 2 - La Cardinale

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@ L'HARMATTAN,

1994 ISBN: 2-7384-2497-X

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AVANT-PROPOS

Les récits qui suivent ont . dans leur ensemble - été traités .àla première personne du singulier. Aussi bien, il m'est apparu courtois vis-à-vis du lecteur de fournir quelques détails sur ce Je qui revient plusieurs fois par page. Ainsi donc Je suis né le vingt-trois février mil neuf cent dix à Nantes, Loire-Atlantique - on disait à l'époque: Loire Inférieure, et on ne s'en portait pas plus mal. Mon père était chef de district aux chemins de fer du P.O. (Paris-Orléans). Il était aussi le fils d'un chef de district de la même compagnie. Ma mère, violoniste distinguée, était dotée, en outre, d'une jolie voix de soprano. Son père, mon grand-père maternel, était lui-même chef de bureau au P.O. Quelque temps après ma naissance nous nous installâmes, parents et grands-parent." dans deux petites maisons particulières, baptisées à Nantes du nom pompeux d"'hôtel", dans la rue de Coulmiers à l'est de la ville. Tout jeune j'étais déjà très cocardier. J'adorais les uniformes. Il me souvient d'un jour où j'étais sur le balcon campé sur un cheval de carton et coiffé d'un képi de capitaine, le sabre à la main - (képi et sabre de panoplie bien entendu) et où j'ai vu arriver une formation de dragons, un officier en tête. Il m'aperçut et s'écria 9

gentiment: "Salut, mon petit capitaine". J'étais rouge de plaisir et de jubilation. Je commençai de fréquenter le lycée très tôt. J'avais un peu plus de trois ans. En fait j'écoutais attentivement ce qui se disait autour de moi et à quatre ans et demi je savais déchiffrer les écritures imprimées. Ma famille en était très fière. C'est également l'âge où je connus la déclaration de guerre de 1914. Ma mère m'emmena un jour dans la cour de la gare pour voir partir le 65e régiment d'infanterie, et l'un des "tambours" me donna un morceau de ce cordonnet tricolore qui adornait son instrument. Je le conservai précieusement pendant des décennies, puis, vraisemblablement au cours d'un déménagement, je l'égarai. Nous restâmes à Nantes jusqu'en 1916, date de la mobilisation de mon père dans le corps du génie- Chemin de fer de campagne - artillerie lourde sur voie ferrée. Ma mère et moi rejoignîmes alors mes grands-parents maternels à Paris où mon grandpère venait d'être muté. Et c'est là que je pris contact avec le temps de guerre, à peu près inconnu à Nantes. Nous subîmes les restrictions dont je ne me rendais pas très bien compte. Mais je ressentis beaucoup plus l'effet des alertes données par les pompiers actionnant leur corne "bitonique". Je me rappelle parfaitement les raids nocturnes des avions ennemis: Taub et Gotha, ceux-ci reconnaissables au bruit cadencé des moteurs que j'appris plus tard - bien plus tard- être le fruit d'un phénomène de résonance. Mais j'étais bien plus impressionné par le survol des dirigeables Zeppelin souvent pris dans les feux des projecteurs. Cependant nous ne descendions pas encore à la cave. Au début de 1918 - j'avais alors huit ans - mon père devenu capitaine du génie fut placé en affectation spéciale au P.O. à Paris. C'est alors que les bombardements commencèrent sur la capitale sans qu'on sache à quoi on les devait. Les impacts semblaient être le produit du hasard. Devant le risque, nous commençâmes à descendre à la cave. Au cours d'une de ces manoeuvres de sécurité, j'entendis un de nos voisins déclarer: "Il paraît qu'il s'agit de tirs au canon". Mon père qui avait l'humour facile expliqua: "Un canon de Marseille probablement!". En fait, mon père, pour une fois, avait tort. C'était bel et bien un canon baptisé la "Grosse Bertha", mais cette appellation était erronée. En effet, la Gross-Bertha, la vraie, était un obusier de gros calibre et de courte portée. Et le canon tirant sur Paris - pièce de marine allongée - avait en Allemagne reçu le nom de "Wilhelm 10

Geschutz", soit "bouche à feu de Gui1laume", ou encore "Pariser Kanonen" . Devant le danger réel, ma grand-mère nous emmena ma mère et moi en Bretagne, dans la propriété de famille, où ma soeur pourrait naître en toute sérénité, dans la commune de Saint-PierreQuiberon dont je suis maintenant maire adjoint. Néanmoins, nous regagnâmes Paris à la rentrée des classes, et c'est en compagnie de mon père que, sur le pont d'Austerlitz, nous entendîmes sonner les cloches des églises à toute volée, puis le canon. Mais c'était le canon de la paix, c'est-à-dire l'armistice du 11 novembre 1918. Nous restâmes dans la capitale jusqu'en 1922, date à laquelle je passai mon certificat d'études primaires. Cependant, mon père promu chef de section à Orléans, nous nous rendîmes dans cette grande vi1lede la Beauce où mes parents devaient rester jusqu'à la mort de mon père en 1945. C'est donc en 1922 que j'entrai au lycée Pothier; puis j'y gravis les diverses étapes classiques du secondaire, y compris les baccalauréats de "Math Elém." et Philo". A ce moment, le mauvais sort commença de s'abattre sur moi, la santé surtout me joua de vilains tours. Bref, je me présentai à St-Cyr en 1932 et y fus reçu. Mais ce n'était là qu'un sursis car après quelques semaines d'école je fus renvoyé chez moi pour inaptitude physique. J'étais très loin de mes rêves d'aviateur militaire. Cependant, je ne me décourageai pas et, soutenu par mes parents, je terminai au cours de l'année 1932-1933 une licence de sciences que j'avais commencée, et j'appris fortuitement que ce diplôme me permettrait d'entrer sans concours à l'Ecole des élèves Officiers de réserve de la Marine, branche aéronavale. J'eus alors la chance d'être admis à l'examen médical, et c'est ainsi que je devins aviateur dans la Marine. Toutefois, je me rendis bien compte que cette situation ne pourrait être que provisoire. Aussi, quand le ministre de l'air de l'époque commença de structurer la jeune armée de l'air, je me portai candidat et fus accepté, toujours dans la réserve. En fait, après l'affaire de Munich, je passai dans l'armée active. J'avais enfin atteint mon but: officier de l'armée de l'air française, pilote d'avion, d'hydravion et navigateur. A la déclaration de guerre je fus, sur ma demande, envoyé à Toulouse en réentraînement de pilotage, car je venais de passer deux ans - extrêmement intéressants d'ailIeurs - au service technique de l'aéronautique. Et c'est à Toulouse que je créé le 11

terrible moment de l'annistice de 1940. Je ne souhaitai pas rester sous l'unifonne dans une situation nationale aussi douteuse. Je demandai et obtins mon congé d'annistice puis entrai sur titres à l'Ecole Supérieure d'Electricité. J'y retrouvai dix officiers ou ingénieurs militaires qui, eux ,appartenaient à l'année d'annistice et étaient en service détaché. Je sortis, en fin d'études, 2e de ce Groupement. Mais déjà les prémices d'une résistance à l'occupant se manifestaient et, pressenti par des camarades de l'aéronautique, je cherchai un poste de couverture qui me pennettrait en tout état de cause de recueillir des renseignements sur l'ennemi intéressant les forces alliées. Mon vieil ami Joseph Roos, ingénieur en chef de l'air, qui venait de prendre la présidence du comité d'organisation de l'industrie aéronautique, me confia un poste d'ingénieur dans ce nouvel établissement. On ne pouvait imaginer mieux pour assumer les fonctions clandestines qui se concrétisèrent bientôt par mon appartenance au réseau "Confrérie Notre Dame" (CND) - Castille - créé par le Colonel Rémy, puis au réseau Brutus Blanqui sous les ordres du commandant de bord bien connu de la compagnie nationale Air France Gaston Vedel (le Pilote oublié). Dans le même temps d'ailleurs je préparai et passai avec succès mon doctorat de sciences (d'Etat), et je m'inscrivis à l'Ecole Libre des Sciences Politiques. Mes communications de renseignements au BCRA par le canal de mon vieux camarade Oreste Dufour, mort à Dachau en avril 1945, devaient me valoir d'être rappelé dans l'armée active le 4 septembre 1944. En conséquence j'interrompis mes études à l'Ecole libre des Sciences Politiques que je devais tenniner nonnalement en 1946. Je me vis sur le champ confier la fonction de Commandant en second d'un groupement de commandos scientifiques et techniques qui oeuvra en avant des troupes alliées dans leur mouvement vers l'Allemagne. Ce groupement baptisé la MIST (Mission d'Infonnation Scientifique et Technique) fournit une somme considérable de renseignements, de rapports et de matériels relatifs à l'aviation ennemie, non seulement à la France, mais aussi à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis: ainsi les cahiers des ingénieurs allemands sur les parachutes à ruban, à l'origine des parachutes à fentes actuels, la soufflerie d'Ostwall qui devait devenir la soufflerie géante de Modane, un Messerschmidt 104 en état de marche, l'ensemble des travaux de la finne du même nom sur le vol supersonique, enfenné dans des caisses étanches et
récupéré dans un lac des Alpes autrichiennes.

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Cette mission fut dissoute à l'automne 1945, date à laquelle j'entrai dans le cadre de l'état-major de l'Air, bureau Etudes et Plans, puis 2e bureau. Je fus alors demandé par Joseph Roos qui occupait le poste de Directeur des transports aériens, pour seNir sous ses ordres au Secrétariat général de l'Aviation Civile et Commerciale et tenter d'initier les compagnies aériennes à l'usage des procédures de navigation radioélectriques mises au point et employées pendant la guerre. Grâce aux excellentes relations que j'avais nouées avant le dernier conflit mondial avec Didier Daurat, je paNins à convaincre les aviateurs commerciaux de l'intérêt de la V.H.F. Je fus alors rappelé à l'état-major de l'Air, bureau scientifique, où je pris en charge les questions aéronautiques bien entendu, mais aussi tout le domaine de la géophysique. C'est ainsi que je rencontrai à plusieurs reprises le professeur Dessens de Germont-Ferrand, qui s'était spécialisé dans les processus de la pluie provoquée. Mais ce fut également pour moi le moment décisif de ma carrière scientifique puisque je déposai à l'Académie des Sciences mes deux premières notes concernant l'espace et rédigeai aussi un premier article de mécanique spatiale dans la Revue des Forces Aériennes Françaises: "L'astronautique est-elle une réalité d'aujourd'hui ?" - 1948. Enfin, en 1949, je fus désigné comme stagiaire au Cours Supérieur d'Etudes Techniques de l'Armée de l'Air (CSET), jumelé avec l'Ecole Supérieure de Guerre aérienne. J'en sortis en décembre 1949 après avoir soutenu avec succès une thèse portant sur le calcul et la définition d'un missile de 10.000 km de portée. C'est l'instant que le sort choisit pour m'être à nouveau favorable. Le 1er janvier 1950, je me retrouvai en effet affecté au Cabinet, ou plutôt à l'état-major particulier du secrétaire d'Etat à l'Air, M. André Maroselli, un homme tout en rondeur mais d'une belle fermeté d'âme. J'eus à partir de ce moment-là des responsabiHtés écrasantes, jusqu'à me voir charger de tout ce qui touchait à la science, à la technique, à la fabrication et à l'emploi des matériels aéronautiques. Il y avait fort à faire, non pas que mes prédécesseurs n'eussent pas consenti les efforts nécessaires, mais peut-être que célibataire et très entraîné à travailler même nuitamment, j'avais acquis une capacité d'abstraction assez exceptionnelle. Il fallait pouvoir donner au ministre des conseils avisés et pertinents dans tous ces domaines d'activité, d'où le besoin 13

impératif de m'informer, le plus souvent sur place et auprès des spécialistes. Je pense, quant à moi, avoir correctement rempli ma tâche... Aussi bien, M. Maroselli battu aux élections ayant perdu son portefeuille, il fut remplacé par M. Pierre Montel qui me garda auprès de lui. Mais bientôt ce dernier démissionna, jugeant trop faibles les crédits alloués à son département ministériel, et je me retrouvai sans affectation pendant quelques mois avant d'être demandé par le général Bergeron, président du Comité d'Action Scientifique de Défense Nationale (CASDN). Toutefois, dans l'intervalle, s'était déclenchée une "campagne" où j'étais particulièrement visé et qui devait, quelques années plus tard, m'être terriblement préjudiciable. Quoi qu'il en soit, au début de l'été 1953 je me vis confier un travail délicat, le problème des renforts en cadres du corps expéditionnaire d'Indochine que j'analyserai dans le chapitre I du présent ouvrage. Ayant rejoint le CASDN, je fus chargé aussitôt d'une importante mission sur le théâtre des opérations tonkinoises à la demande du général Navarre, mission pleinement réussie d'ailleurs, que j'étudierai en détail dans le chapitre 2 du même livre. La suite très différente des événements devait m'amener dans l'Antarctique pour une "redécouverte" en hélicoptère des Terres Australes Françaises au cours des années 1955, 1956, 1957. Puis, je fus appelé à assumer la responsabilité du contrôle général du tir des premiers engins spatiaux français, les fusées Véronique, à partir de 1958 et jusqu'en 1960, date à laquelle je me mariai avec la veuve d'un héros de la Résistance, compagnon de la Libération, elle-même évadée d'un train de la déportation. Et j'ai toujours connu, de cette épouse exemplaire, la joie d'une profonde communion. Je devais d'ailleurs, en total accord avec le chef d'état-major de l'Armée de l'Air de l'époque, quitter l'armée active pour me consacrer aux questions spaliales, dans une filiale de SudAviation d'abord, puis comme conseiller du général Puget, président de Sud-Aviation. C'est dans ces conditions qu'ayant pris contact avec l'enseignement supérieur technique (Conservatoire National des Arts et Métiers, Ecole Nationale Supérieure de Mécanique de Nantes, Palais de la Découverte à Paris), je me vis attribuer la chaire de mécanique spatiale de l'Ecole Nationale Supérieure des 14

Télécommunications (dernière année d'études) que j'occupai pendant 20 ans. Cependant en 1960 l'Aéroclub de France me demanda de créer la commission française d'astronautique, et la Fédération Aéronautique Internationale me confia la mise en oeuvre de la commission internationale d'astronautique dont je devins le secrétaire réélu chaque année avec la fonction de juge unique mondial des records spatiaux. Cette activité purement bénévole fut récompensée en 1987 par l'attribution de la médaille d'or mondiale de l'espace - suprême distinction accordée par la Fédération Aéronautique Internationale - que je suis le seul Français à posséder avec, avant moi, 15 Soviétiques et 12 Américains. Et j'en suis là.

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