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Misères de l'éducation en Afrique

De
172 pages
Au seuil de ce millénaire, le constat a été fait que 113 millions d'enfants de par le monde n'avaient accès à aucune espèce d'éducation et 880 millions d'adultes étaient analphabètes. L'Education Pour Tous est devenue alors un des objectifs majeurs, avec aujourd'hui un bilan largement contrasté. La réalité sur le terrain, au Cameroun par exemple, est bouleversante : absence d'objectifs propres et d'ambition de la part des Etats, rétrécissement constant de l'accès à l'éducation, précarisation du statut des enseignants, dégradation continue de la qualité de l'éducation, etc.
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Première partie : LA DIFFICILE LUTTE POUR UNE EDUCATION DE QUALITE ACCESSIBLE A TOUS

INTRODUCTION L’éducation est le bien acquis le plus précieux de l’être humain. De tous les biens culturels, elle est certainement celui qui, une fois acquis, nous appartient le plus, de manière définitive. L’éducation est essentiellement un bien inaliénable : même si nous le voulions, nous ne pourrions en disposer. Notre éducation nous colle à la peau, à vie. Mieux, elle est notre seconde peau, et pourquoi pas, de loin notre peau la plus épaisse, la plus protectrice. Serions-nous complètement nus, loin de toute garde-robe, il nous suffirait d’avoir reçu une éducation appropriée ; sans éducation, aucune garde-robe ne saurait nous protéger suffisamment. Priver un être humain d’éducation, c’est donc le dénuder, lui enlever jusqu’à sa peau, et l’exposer à la rigueur des intempéries ; c’est lui enlever toute chance de défendre son droit naturel fondamental, le droit à la vie. Refuser à un être humain l’éducation à laquelle il a droit, c’est subtilement le condamner à la peine capitale, aussi sûrement que si vous le mettiez devant le peloton

d’exécution. Et de quel droit vous prévaudriez-vous pour perpétrer un tel crime ? J’aimerais qu’on me le dise. Voici pourquoi le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) a choisi en 2005 de privilégier à tout la défense du droit à l’éducation, à une éducation de qualité, parce que l’éducation, si elle n’est de qualité, peut être plus dangereuse qu’une absence d’éducation. Au cours des décennies écoulées, une importante fraction de la population de ce pays n’a pas du tout eu droit à une éducation ; une autre, non moins importante, a eu droit à une éducation d’une qualité questionnable. Entre ceux qui aujourd’hui et demain ont impérativement besoin d’apprendre et ceux qui auraient surtout besoin de désapprendre, il reste une marge fort étriquée qu’il faut exploiter pour refaire l’éducation collective. Mais pour arriver à tracer la ligne de démarcation au-delà de laquelle tout redevient possible, il faut un diagnostic précis, et un travail de diffusion à la mesure de l’enjeu. Rien de tout cela n’est facile. Les réflexion et enquêtes qui suivent se veulent un pas dans cette direction, une contribution modeste que le SNAES met à la disposition des parents, des élèves et étudiants, de ceux qui ont la charge de concevoir notre politique éducative. En espérant qu’un jour nous aurons un véritable système éducatif. Le Secrétaire général Roger KAFFO FOKOU

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ACCES A L’EDUCATION : Une éducation de plus en plus réservée à une riche minorité Par Roger KAFFO FOKOU Au fil des années, il apparaît que la volonté de désengagement de l’Etat, l’érosion du pouvoir d’achat due entre autres à l’érosion constante de la monnaie, la paupérisation continue de la population (la classe moyenne est en voie de totale disparition au Cameroun), tous ces facteurs rendent l’accès à l’éducation de plus en plus difficile. L’éducation au Cameroun est en train de devenir l’affaire d’un oligopole de plus en plus étroit.
I. LE COÛT DE L’EDUCATION

Que ce soit en zone urbaine ou en zone rurale, l’éducation coûte cher. Il suffit pour s’en convaincre, de faire l’inventaire des indicateurs de coûts obligatoires d’éducation par niveau.

COÛT DE L’EDUCATION : ENQUETE ET SIMULATION
INDICATEURS Frais exigibles Frais APE1 Carnet médical Livret de notes Ecussons Tenue de classe Chaussures de classe Tenue de sport Chaussures de sport Livres Cahiers Stylos/crayons Sac de classe Divers Frais de répétition Taxi Fascicules (facultatif) Restauration Dossiers examen Total Tout compris zone urbaine Total zone urbaine exclus frais facultatifs Total zone rurale exclus Frais facultatifs NIVEAU D’EDUCATION Maternelle Primaire CES 7.500 7.500 2.000 2.000 5.000 500 1.000 1.000 1.000 5.000 5.000 5.000 5.000 5.000 5.000 15.110 3.000 6.500 90.000 90.000 224.110 134.110 2.500 2.500 38.895 2.500 500 3.000 3.500 35.000 90.000 2.060 90.000 835 284.290 282.230 192.230 2.500 2.500 61.420 5.000 1.000 3.000 6.500 30.000 90.000 10.000 90.000 5700 327.295 317.295 227.295 Lycée 10.000 5.000 500 1.000 1.000 5.000 5.000 2.500 2.500 69.600 6.000 1.000 3.500 11.500 30.000 90.000 15.000 90.000 8.270 356.870 341.870 251.870

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APE : Association de Parents d’Elèves

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Taxi pour les Zones urbaines (500 FCFA par jour x 180) ; Divers : prévoir une gourde à la maternelle et de menus imprévus ; Calculatrices scientifiques pour les grandes classes etc ; Restau : petit déjeuner, goûter, repas du jour évalués à environ 500F par jour x 5 jours x 36 semaines ; Frais répétition : à l’école primaire, frais officieux de suivi par le maître et répétition proprement dite au CM2, au collège, (environ 5000f / mois x 6 mois). NB : Les coûts ont été sélectionnés au plus bas de l’échelle chaque fois. Il apparaît que l’éducation d’un enfant coûte au Cameroun de 785FCFA jusqu’à 1.985FCFA par jour.
COUT JOURNALIER DE L’EDUCATION (en FCFA)
Maternelle
1.245

Primaire
1.580

CES
1.820

Total T.C. Zone urbaine Total zone urbaine exclus frais facultatifs Total zone rurale exclus les frais facultatifs

Lycée Classique
1.985

-

1.570

1.765

1.900

745

1.070

1.265

1.400

Base de calcul : 9 mois = 36 semaines de 5 jours, soit au total 180 jours (inclus donc les semaines de congés de Noël et Pâques). Le montant global des coûts sera donc divisé par 180 (On aurait pu, pour plus de précision, 13

diviser par 160, soustrayant ainsi les 4 semaines de congés) NB : -La population urbaine représente 50,6% de la population camerounaise (source Jeunes Afrique l’Intelligent Hors-Série n° 8) ; Près de 50% de la population de l’Afrique au sud du Sahara vit avec moins de 1 dollar par jour Or le RNB au Cameroun est de 640 dollars par habitant, soit au taux de 1 dollar pour 483,6F CFA 848 FCFA par jour, juste de quoi envoyer un enfant à la maternelle en zone rurale, car en zone urbaine il faudrait déjà 1 245F CFA par jour. Quelles sont les conséquences de cet état de choses ?
II. BRICOLAGE ET ABANDON PRECOCE DES BANCS

La première conséquence est la portée des disparités entre la demande d’éducation par niveau d’éducation et la fréquentation effective des établissements scolaires.
Demande d’éducation 1.061.437 2.902.367 2.572.044 Effectifs réels 175.970 2.798.523 669.129 Pourcentage 16,57% 96,42% 26,01%

Maternelle (2004) Primaire (2003) Secondaire (2003)

Seule l’éducation primaire s’en tire avec 96,42% de taux de scolarisation. La plupart des parents préfèrent faire sauter la maternelle à leurs enfants, puis les retirent purement et simplement de l’école après le CM2. La deuxième conséquence est la généralisation du bricolage. Les enfants sont envoyés à l’école sans livres, sans cahiers, parfois avec la même tenue rapiécée d’année en année, autant pour les chaussures, passant des journées le 14

ventre creux. Or comme le dit bien l’adage, ventre affamé n’a point d’oreilles. Les rendements scolaires sont logiquement bas, mauvais pour la plupart. On comprend aussi pourquoi l’abandon précoce est sur une courbe de plus en plus vertigineuse au fil des ans. La société camerounaise de demain sera une société de quasi-analphabètes majoritaires. Elle l’est même déjà aujourd’hui. Cela constitue-t-il une force ou une faiblesse ? Les zones les plus développées du monde jouissent des taux d’alphabétisation conséquents : en Europe et en Amérique du nord, la couverture scolaire est de 100% pour le primaire et le secondaire. En Asie du sudest (zone où se retrouvent les dragons), 97% des enfants sont scolarisés et l’alphabétisation des adultes y est presque achevée (94% des adultes y sont alphabètes). Une société analphabète ne peut pas se défendre et défendre les valeurs de démocratie qui sont à la base de la bonne gouvernance au service du développement. « La stabilité politique et le renforcement de la démocratie, fondés sur la consolidation de la justice et des libertés individuelles, constituent des conditions essentielles au dynamisme de l’investissement et à l’accélération de la croissance », écrit Charles Konan Banny.
III. VERS UNE SOCIETE DE QUASI-ANALPHABETES

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LE SYSTEME EDUCATIF ANGLOPHONE AU CAMEROUN ET SES PROBLEMES Par Kamdem Kamdem Martin Lycée bilingue Bamenda L’objectif de ce travail n’est pas de comparer les deux systèmes éducatifs, francophone et anglophone, que le Cameroun a hérités des français et des Anglais ; mais plutôt de donner notre contribution à l’édification de la nation en jetant un regard critique sur le système éducatif anglophone tel qu’il est dans notre pays, afin de faire ressortir quelques-unes de ses insuffisances tout en suggérant quelques solutions. Notre principal but de ce fait est davantage de susciter une prise de conscience beaucoup plus que de proposer des solutions. Les problèmes de ce sous système éducatif trouvent leurs racines loin dans le passé, dès 1916, date de la partition du Cameroun. La partie confiée aux Anglais (Cameroun septentrional et Cameroun méridional) souffrit de la politique du ‘‘indirect rule’’. Le Cameroun était alors 17