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Mon voyage au Soudan Tchadien

De
266 pages
Paru en 1929, personne n'a percé à ce jour l'identité de son auteur. Il se présente comme un commerçant en peaux et cuirs dans le bassin du lac Tchad, se proclame libéral et humaniste mais fait pourtant des affaires comme un colon avisé. Il rêve d'offrir à la France un empire digne de sa grandeur. Cet ouvrage démêle aussi les ressorts des troubles actuels au Sahel : des croisières djihâdistes du Moyen Age, en passant par les Tripolitains au XIXe siècle, les Senoussistes au XXe siècle, et les Forces armées tchadiennes au Mali. Ce texte rédigé il y a 90 ans semble n'avoir pris aucune ride.
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Abou-Digu’en
MON VOYAGE AU SOUDAN TCHADIEN
Présentation de Nimrod avec la collaboration de Roger Little
MON VOYAGE AU SOUDAN TCHADIEN
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Abou-Digu’en MON VOYAGE AU SOUDAN TCHADIEN Présentation de Nimrod avec la collaboration de Roger Little L’HARMATTAN
En couverture : Timbre-poste de l’Afrique Équatoriale Française (1947) © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01465-4 EAN : 9782343014654
INTRODUCTION par Nimrod
Du même auteur Aux éditions Obsidiane : Pierre, poussière, poèmes, 1989 ; Prix de la Vocation Passage à l’infini, poèmes, 1999 ; Prix Louise-Labé En saison, suivi dePierrepoussière, poèmes, 2004 Babel, Babylone, poèmes, 2010 ; Prix Max-Jacob Visite à Aimé Césaire, essai, 2013 Chez Actes Sud : Les Jambes d’Alice; Bourse Thyde Monier de la, roman, 2001 Société des gens de lettres Le Départ, récit, 2005 Le Bal des princes, roman, 2008; Prix Ahmadou-Kourouma et Prix Benjamin-Fondane, Prix Édouard Glissant La Nouvelle Chose française, essais, 2008 Rosa Parks: non à la discrimination raciale, roman (Actes Sud Junior), 2008 L’Or des rivières, récits, 2010 Aimé Césaire : non à l’humiliation, Actes Sud Junior), 2012 Un balcon sur l'Algérois,roman, 2013 Chez d’autres éditeurs : Tombeau de Léopold Sédar Senghor, essai, Cognac, Le Temps qu’il fait, 2003 Léopold Sédar Senghor, essai cosigné avec Armand Guibert, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris, Seghers, 2006
INTRODUCTION : L’INVENTION DU TCHAD– Que crains-tu ? Lui avait demandé le vieux Bou Baker. – Rien ! Pas même le soleil. Roland Dorgelès,Sous le casque blanc * – Allah Akbar : Dieu est le plus grand ; et c’est sa volonté seule qui se fait. De l’autre côté, les razzieurs ne manquent sans doute pas de remercier Dieu par les mêmes termes : – Allah Akbar: Dieu est le plus grand; car il a mis les infidèles à côté des croyants pour que ceux-ci en fassent leurs captifs. Abou-Digu’en,Mon voyage au Soudan tchadien * De là-haut, je domine une contrée d’une sauvage-rie parfaite. Abou-Digu’en,Mon voyage au Soudan tchadien Qui est Abdou-Digu’en ? Il est vain de percer à jour un pseudonyme. Le lecteur me pardon-nera de lui infliger l’issue d’un débat que je n’ai même pas eu l’élé-gance d’amorcer. Abou-Digu’en a ses raisons; on s’en aperçoit assez vite. L’existence duVoyage au Soudan tchadienn’est pas en cause ; pour son auteur, c’est moins sûr. Avant de me résigner à ce constat, je m’étais souvenu d’un échange avec Alain Vivien, an-cien ministre français et auteur de l’excellentN’Djaména naguère 1 Fort-Lamy, à qui je disais ma perplexité. Il m’avouera avoir lui aussi cherché en vain à débusquer le vrai Abou-Digu’en. Il avait écrit à la Bibliothèque nationale de France, sans succès. Ou, plutôt, m’avait-il incité à le faire ? Je ne sais. Entre-temps, j’ai regardé sur Gallica le volume 15 desNotices et extraits des manuscrits de la 1  AlainVivien,N’Djaména naguère Fort-Lamy. Histoire d’une capitale africaine,Paris, Sépia, 2006.
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Bibliothèque nationale: je n’ai rien trouvé. Chercher Abou-Digu’en chez les Orientaux et les orientalistes c’est faire fausse route. Il ne se range ni chez ceux-ci, ni chez les explorateurs fran-çais des années 1900. Il se cache, et bien. Seuls les sites de vente en ligne sont loquaces sur son compte ou, plutôt, sur son ouvrage, unanimement présenté sur plus d’un million de notices comme un « témoignagetrès précieux». Je les comprends. Comment ne pas soigner une marchandise dont les qualités littéraires laissent pan-tois le plus avisé des littérateurs? Abou-Digu’en, dit-on, serait le surnom d’un commerçant français. C’est ainsi qu’il se présente dans sa relation. Aucune bibliothèque américaine universitaire, aucune boutique de vente électronique ne met en doute la qualité du bouquin. Publié en 1929 – une date qui à elle seule justifierait qu’on le déclare épuisé –, j’ai appris à me méfier des sites qui affichent les mentions « il n’en reste que deux ». Par un simple clic sur une plateforme concurrente, on en déniche huit. Lorsqu’on revient au site visité initialement, il affiche soit les deux d’il y a un certain temps, soit les porte à son tour à huit comme pour faire bonne mesure. Ma conviction est queVoyage au Soudan tchadienfut un fiasco à sa publication. Incidemment, j’apprendrai que Abou-Digu’en est aussi l’auteur d’un autre livre,Notre Empire 1 africain noir. Ses problèmes politiques et militaires, qui aurait précédéVoyage au Soudan tchadienannée. Il s’y révèle d’une géopoliticien bardé de références, et au style péremptoire. Les deux ouvrages sont à dire vrai la face diurne et nocturne d’un même auteur et d’une même personne.Mettons l’infortune duVoyage au Soudan tchadienle sur compte des deux volumes que sontVoyage au CongoetLe Retour du Tchadd’André Gide. Ilsfurent publiés en 1927 et 1928 par la NRF. Sous la même enseigne, ajoutonsTchadde Denis Moran, en 1934, qui est le récit d’une épouse de gouverneur colonial. L’effa-cement d’Abou-Digu’en de la mémoire commune vient de là. La notoriété de Gide a tout ensemble révélé et éclipsé le Tchad et les auteurs qui lui ont succédé, y compris Jean Guéhenno,La France 2 et les Noirs ,où des pages magnifiques sont consacrées au Tchad. 1 ie  Auxéditions Charles Lavauzelle & C , Limoges et Nancy, 1928. Il signe son ouvrage Abou Digu’en, sans trait d’union. Son identité est en perpétuelle métamorphose. 2 Jean Guéhenno,La France et les Noirs,essai, Paris, Gallimard, 1954. viii
MêmeLes Racines du ciel,de Romain Gary, qui se passe lui aussi au Tchad, roman auréolé du Prix Goncourt en 1956, n’a laissé qu’une trace fugitive dans notre souvenir. Gide est l’auteur qui au e XX siècleportera à un plus grand retentissement le termevoyage: sa fortune, on le sait, est contemporaine de l’invention de l’Occi-dent. L’intérêt littéraire du Tchad, faisons-le remonter au premier Goncourt attribué à un auteur d’origine noire, à savoirBatoualade René Maran. Il reçoit ce prix prestigieux alors qu’il est en poste à Fort-Archambault, au sud du Tchad ou, plus précisément, dans l’Oubangui-Chari. De ce point de vue, Batouala « le moukoundji », le personnage de son « véritable roman nègre » est à la fois centra-fricain et tchadien. La future Centrafrique et le Tchad (plus préci-sément la région du Moyen Chari, rattaché administrativement à l’Oubangui-Chari par un décret tardif afin de contourner la loi et soumettre ses ressortissants à la conscription et aux travaux forcés) partage les mêmes peuples de part et d’autre de la frontière. C’est à Koumra, petite circonscription dont le chef-lieu est Fort-Archam-bault, que René Maran dira adieu tout ensemble à son séjour tcha-dien et à sa carrière de fonctionnaire du ministère des Colonies. Le Goncourt les a pourris l’un et l’autre. Voilà comment il en té-moigne : Mon séjour est fini. Je commence, non sans regret, à préparer mon départ.Il n’est si bonne compagnie qui ne se quitte. Auparavant, j’ai convoqué à Koumra les vieillards les plus re-nommés des environs, et leur ai demandé, au terme de la palabre que je leur ai tenue, de me dire, en toute sincérité, à moi qui suis de leur race, ce qu’ils pensaient des Européens. Voici ce que tous m’ont répondu, par le truchement de l’un d’eux. « Nous aimons les blancs. Il y en a de bons. Il y en a d’autres qui le sont moins. N’importe. Avec eux, la vie est bonne et belle. » Nous qui te parlons aujourd’hui et qui sommes vieux et chenus, si nous pouvons le faire, si nous avons pu atteindre au grand âge qui est le nôtre, c’est grâce à eux. » Iln’en était pas ainsi, du temps de Rabbi. Si Rabbi était encore 1 de ce monde, il y a beau temps que nous aurions disparu. »1  RenéMaran,Le Tchad. De sable et d’or,essai, Paris, Librairie de la Revue française, Alexis Redier éditeur, coll. «Toutes nos colonies », n° 4, 1931, p. 107-108.
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