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MOTIVATION À APPRENDRE : MYTHE OU RÉALITÉ ?

De
142 pages
La motivation est souvent invoquée comme la cause de toutes les difficultés dans les apprentissages. Cependant, l'idée que seule la motivation, entraîne l'action, pourrait très bien être une idée à l'envers : c'est tout autant la réussite qui engendre l'engagement, que l'inverse ! Comment expliquer alors qu'un concept comme la motivation soit tant en vogue dans les milieux éducatifs ? Cet ouvrage a été rédigé en essayant de mettre à la portée de chacun les avancées récentes sur ce thème. Il est destiné aux formateurs, aux éducateurs, aux enseignants..
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Motivation à apprendre: mythe ou réalité?
Point d'étape des recherches en psychologie

Du même auteur: 1995. «Expertiser des compétences ou identifier les déterminants de la satisfaction au travail? ». Education Permanente, supplément Association pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA) N°124/1995-3. 2000. En collaboration avec De Gaillard, E; «Apports de la docimologie à la validation des compétences professionnelles en fin de formation ». Communication au ]]e congrès de Psychologie du Travail et des Organisations de l'Association Internationale de Psychologie du Travail de Langue Française, Université de Rouen, 28-31 août 2000.

Hervé LEGRAIN

Motivation à apprendre' mythe ou réalité?
Point d'étape des recherches en psychologie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-3974-1

SOMMAIRE
Introduction QU'EST-CE QUE LA MOTIVATION? Définition pratique On peut réussir sans faire beaucoup d'efforts.. La motivation n'est pas un trait de personnalité La réussite est indispensable à la motivation La motivation n'est pas une .valeur Un système de régulation des efforts Exemp le au travail Exemple en form.ation Exemple en insertion professionnelle Le sentiment de compétence Pour un modèle socio-cognitif de la motivation COMMENT ENTRETENIR LA MOTIVATION ? 7 Il 13 19 29 33 40 42 44 46 50 52 55 63 65 71 76 80 84 96 101 106 109 111 115

Travailler avec des objectifs difficiles, spécifiques et acceptés Evaluer sans dévaloriser Se méfier des grands discours Sortir de la dictature du projet Mettre les apprenants en situation de pouvoir choisir Savoir récompenser Faire travailler en groupe Aider à la recherche .d'emploi COMMENT LUTTER CONTRE LA DEMOTIV ATION ? Quels sont les indicateurs de la démotivation ? Quels sont les déterminants de la démotivation ?

La non-perception des objectifs pédagogiques La non-adhésion aux objectifs La certitude de ne pas pouvoir réussir Quelques principes d'action pédagogique CONCLUSION
Bib Ii 0 gr ap hie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

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Introduction
Le but de cet ouvrage est de tenter de mettre à la portée de chacun les avancées récentes des travaux de psychologie scientifique ayant pour objet la pédagogie et les apprentissages. Il ne requiert pas de connaissances particulières en statistique et les aspects méthodologiques ont été simplifiés dans la mesure du possible. Ce manuel doit permettre au public le plus large d'accéder aux connaissances actuelles sur ce thème particulier qu'est « la motivation à apprendre ». Il est destiné en tout premier lieu aux formateurs du domaine de la formation professionnelle d'adultes. Il pourra être également utile aux éducateurs sportifs, aux enseignants, et plus largement à toute personne qui a à transmettre des connaissances ou des savoir-faire d'ordre pratique. Les parents soucieux de l'éducation de leur enfant, par définition situation de transmission d'apprentissages, trouveront aussi dans cet ouvrage matière à réflexion sur la difficile pratique de l'exercice parental. Pour certains formateurs et enseignants, une des sacrosaintes clefs de la réussite des apprentissages serait avant tout la motivation. Il suffirait en quelque sorte d'être motivé pour réussir. Les choses ne sont, hélas, pas aussi simples et nous verrons que les résultats de travaux montrent au contraire que la motivation pèse relativement peu dans la balance réussite / échec, surtout si l'on ne prend pas soin de différencier les apprenants. Il y a une influence de la motivation, certes, mais son pouvoir sur la réussite de chaque apprenant est à relativiser, tant est complexe et multivarié le déterminisme des apprentissages. Dans l'exposé qui va suivre, nous nous attacherons à considérer la motivation à apprendre au sens où un individu se trouve face à une situation d'apprentissage, qu'il soit en formation professionnelle, à l'école ou dans une situation de la vie de tous les jours. La motivation ne s'applique pas de la même façon à toutes les occupations humaines; on conçoit aisément que l'on puisse être motivé pour faire une chose et très peu motivé à l'idée d'en faire une autre. Lorsque l'on parle de motivation, il est impératif 7

de parler de motivation à faire quelque chose, en prenant soin de préciser ce quelque chose. On ne trouvera donc pas dans cet ouvrage de théories générales des motivations humaines. La portée de cette étude est empirique, basée sur des faits, elle restreint le champ de l'investigation de la motivation aux conduites d'apprentissage. Le principe de cet ouvrage est de partir de faits expérimentaux pour en tirer des conclusions utilisables dans la pratique quotidienne des formateurs. Les études citées dans ce livre sont le plus souvent des expériences portant sur le thème de l'apprentissage, réalisées dans des situations de la vie quotidienne, de la formation professionnelle continue, du sport et du travail. Nous avons, bien sûr, pris plus spécifiquement en considération les études réalisées en formation d'adultes ou en contexte scolaire. Des précautions devant toujours être prises pour généraliser à un autre contexte des expériences réalisées dans un cadre donné. Cet ouvrage s'inscrit donc dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler une psychologie à caractère scientifique, celle qui repose sur des faits vérifiables, reproductibles et surtout réfutables. Le débat sémantique et linguistique autour de la notion de motivation nous intéresse peu. Les sens donnés à la notion de motivation sont très nombreux. Il nous a semblé plus utile de définir ce qui nous paraît être un individu motivé, que la motivation elle-même. Un apprenant motivé n'est jamais défini uniquement par des performances exceptionnelles ou une réussite supérieure à la moyenne, mais plutôt par un comportement persévérant devant les difficultés rencontrées au cours de l'apprentissage: il fait des efforts, y passe du temps, répète les exercices, en demande d'autres, se concentre et persévère. C'est ce comportement persévérant qui nous a intéressés en premier lieu, ainsi que les raisons qui font qu'une personne a ce type de conduite et qu'une autre ne le présente justement pas. Dans ce travail, les travaux ne se basant pas sur des expérimentations, ont donc été écartés, ainsi que les affirmations reposant sur un cas unique ou les constatations du sens commun, excluant au passage la psychanalyse qui nous aurait fait sortir du cadre volontairement scientifique de l'exposé. Tous les travaux ne comportant pas la preuve expérimentale de ce qui est avancé ou ne permettant pas 8

d'être répliqués afin d'en vérifier les conclusions, n'ont pas été retenus. Nous avons donc passé en revue les études marquantes de ce siècle, afin d'illustrer les différentes théories de la motivation qui ont traversé l'histoire de la psychologie. Une première catégorie d'études pose une définition de la motivation et en assure la mesure dans des expériences, mais sans toujours tenir compte de ses effets éventuels. La motivation est alors prise comme variable dépendante et les chercheurs tentent de trouver tout ce qui est susceptible de la faire varier, ainsi que les interactions entre ces différentes variables (sentiment de compétence, perception de contrôle, attributions causales). Ces études sont intéressantes du point de vue théorique mais se révèlent assez peu fécondes pour les praticiens. Elles enrichissent la théorie mais n'aident pas la pratique des formateurs. Nous les citerons pour étayer le modèle théorique mais sans entrer trop dans le détail. Nous donnerons aux lecteurs particulièrement.. .motivés par cet aspect de la question, différentes références. Une deuxième catégorie d'études s'intéresse aux variables et à leurs effets, c'est-à-dire à la motivation considérée comme variable indépendante. On mesure alors la motivation par ses effets sur les processus cognitifs (sur la mémorisation, l'attention par exemple), sur des processus affectifs (les intérêts, la satisfaction) ou sur des comportements directement observables (persistance à la tâche, en terme de temps passé sur ce travail, réussite en formation) : on lui donne alors un contenu opératoire, mesurable. Les études où la motivation est considérée comme ayant des effets sur les comportements persistants, source de réussite, sont les plus riches d'enseignement pour les praticiens. Nous verrons qu'il y a essentiellement quatre modèles contemporains qui se révèlent particulièrement riches d'enseignements pratiques pour les enseignants: la théorie du but ou des objectifs (goal setting dans les travaux anglo-saxons ), . la théorie dite probabilité valence (expectancy value), . la théorie dite des attributions causales, et la théorie dite de l'engagement.

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D'autres travaux et théories seront évoqués (pyramide de Maslow, théorie bifactorielle d'Herzberg, théorie de l'autodétermination. ..) mais ceux-ci comportent mOIns d'implications pratiques pour le formateur.

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QU'EST-CE QUE LA MOTIVATION?

Définition pratique
La motivation désigne, dans le langage courant: «Ce qui fait agir et constitue un ensemble de motifs» (définition du Petit Robert et du Petit Larousse). De cette définition, on peut tirer deux conséquences: d'une part, rien ne pourrait se faire sans motivation, d'autre part, plus quelqu'un peut énoncer de motifs pour faire quelque chose, plus il serait motivé. Il suffit, dans ces conditions, de demander à quelqu'un d'énoncer les motifs qui l'animent: plus il en donne, plus on le tient pour motivé. L'on pourrait se contenter de fonctionner ainsi, cependant les faits expérimentaux viennent gâter cette belle déduction: Ce n'est, hélas, pas celui qui est capable d'énoncer le plus de motifs qui réussit le mieux ses apprentissages!. Les enfants de milieux sociaux dits «défavorisés» énoncent beaucoup plus de motifs pour réussir que les enfants dits de milieux «favorisés », notamment le désir d'ascension sociale, le souhait d'obtenir une meilleure situation que leurs parents. Les études réalisées dans ce sens montrent l'absence de rapport entre les bonnes raisons que l'on a de faire quelque chose et le fait de le faire. La motivation pourrait bien ne pas être une condition indispensable à toute activité humaine d'apprentissage. Dans une expérience déjà ancienne, un psychologue du nom de Tolman en 1930, a montré comment des animaux réussissent à apprendre sans motivation, grâce à un apprentissage latent. Pribam, autre chercheur, en 1974 a également montré qu'un singe réussit plus vite le conditionnement discriminatif d'une lettre si celle-ci a été affichée auparavant dans sa cage. La conclusion de l'auteur avait, à l'époque, quelque peu surpris: «Nous pouvons apprendre sans être motivé pour apprendre ». Lorsqu'il nous arrive d'entendre un air de musique à la radio le matin, puis de l'avoir dans la tête et de fredonner la chanson toute la journée, c'est bien souvent malgré nous que nous l'avons apprise. En bref, nous savons aujourd'hui que les motifs énoncés n'expliquent pas toute la motivation et que toute acquisition de connaissances ne nécessite pas
1 Voir par exemple: Carré, 2000. 13

forcément de fortes motivations préalables: les académiciens en tiendront-ils compte dans la définition donnée de « motivation» dans une prochaine version de leur dictionnaire? La psychologie n'a pas été la seule science à se préoccuper de ce concept. La science économique a, de son côté, utilisé le terme de « motivation» en le définissant comme un ensemble de facteurs qui détermine le comportement du consommateur (le terme est notamment repris pour constituer les «études de motivation »). On aperçoit l'ébauche d'une vision où l'homme aurait des motifs d'agir qu'il ignore et où ces motifs pourraient aussi bien être extérieurs à l'individu, agissant contre son gré. Les études de motivation ont d'ailleurs suivi les avancées de la psychologie: essentiellement basées, après la seconde guerre mondiale, sur les désirs refoulés, ces études passaient alors par de longues discussions en profondeur avec les volontaires. Aujourd'hui l'approche est différente: des expériences sont réalisées dans une salle où l'on projette des diapositives montrant un linéaire de grand magasin. Le « cobaye» déambule alors dans cette salle, il est ensuite interrogé sur ce qu'il a retenu de ce qu'il a vu pendant ce temps bref. A t-il repéré telle bouteille de telle marque parmi le flot des autres marques? etc. Comme souvent, le monde du commerce a « récupéré» bien plus vite les avancées de la science comportementale que le monde de l'éducation... La psychologie, de son côté, a d'abord abordé la notion de motivation en essayant de répondre à la question, somme toute assez simple: « Qu'est-ce qui motive la personne? ». On regroupe traditionnellement ces théories sous l'appellation des théories du contenu (dans ce groupe de théories, on trouve notamment la fameuse pyramide de Maslow qui date de 1954). Un autre groupe de chercheurs dans une dynamique différente, élabore un peu plus tard un ensemble de théories différentes et s'intéresse à la question « Comment se motivent les personnes? » : Ce sont les théories du processus, celles qui apparaissent les plus intéressantes et les plus riches pour les pédagogues. Cette conduite motivée est supposée être provoquée par une cause première appelée « motivation », qui désigne en quelque sorte un : « Construit hypothétique utilisé afin de décrire les forces 14