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NOTRE CHEMIN D'ECOLE

De
80 pages
Les débats sur l'école sont souvent confisqués par ceux qui sont éloignés de la réalité quotidienne d'une classe. En tant qu'homme de terrain, instituteur de profession et de sacerdoce, devenu directeur d'école, l'auteur témoigne de sa vie professionnelle et familiale, partagée entre une épouse institutrice et trois enfants élèves.
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NOTRE CHEMIN D'ÉCOLE

Couverture 1 : Dessin de l'auteur, route de Rozet à Combiers. Couverture 4 : Photo de l'auteur, par Patrice SCHWAB.

Bernard MOCOEUR

NOTRE CHEMIN D'ÉCOLE

L'Harmattan L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris-FRANCE Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

cgL'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0356-9

Avant- propos

Ce recueil de textes est un témoignage sur ma vie d'enseignant qui passa trop vite. Il porte en lui une certaine charge sentimentale et intimiste. Parfois il se montre peut-être un peu technique et partisan. J'ai choisi de parler de mon métier en suivant un plan chronologique qui, tout en restant sommaire me permet d'aborder des sujets très souvent évoqués par les parents et les enseignants à qui ils tiennent à cœur. Les débats sur l'école sont souvent confisqués par des gens éloignés de la réalité quotidienne d'une classe. Mon propos est donc de parler de mon métier en homme de terrain, avec la passion que je lui ai consacrée.

Bernard Mocoeur

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UN PREMIER POSTE DOUBLE A LA CAMPAGNE

Nous roulons sur une petite voie communale, verte de ses fougères envahissant les bas-côtés, longeant les taillis de châtaigniers, puis les prés, les blés et les vignes, arbres fruitiers, troupeaux. . . Juin éclate dans sa splendeur bucolique, l'agriculture ici, n'a pas encore standardisé le paysage et confère son charme à ce joli pays qui nous accueille. Mais où se cache donc la maison d'école? Au sortir d'un virage, voici la douce combe où se réfugie le village et les deux pignons caractéristiques encadrant le toit plus haut qui forme le logement. Nous sommes arrivés: la vigne vierge enguirlande les fenêtres des classes, à droite celle des petits, à gauche celle des grands. A nos pieds, un gentil petit jardin d'agrément, limité par une plate-bande de corbeille d'argent, s'ouvre sur l'espace public formant le centre du village et qui reste encore comme un lieu intime et privé. Vue d'ici, l'école regarde l'église qui la regarde. Entre elles, un virage de maisons serrées les unes aux autres, aux façades ornées de treilles. A quelques pas, le pont et le chant de la rivière. Quatre tilleuls centenaires dans la pelouse donnent au petit jardin sa sagesse et sa pérennité: voici donc l'école et le but de notre voyage.

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Inutile de dire que l'impression est plus que favorable: l'idée de travailler dans ce cadre si simple et hospitalier, dont nous percevons immédiatement la vérité, nous enchante. Je pensai, sans vergogne: une rentrée buissonnière et des mois de travail en vacances! Ce qui devait se confirmer par la suite tout au long de notre séjour en ces lieux.

Nous rencontrons les collègues à qui nous succédons: accueil, informations indispensables et conseils, présentation à M Le Maire qui nous toise: Vous êtes bien jeunes! On s'excuse presque, on bafouille de bonnes intentions, mais allez dire à ce monsieur, minotier prospère bien installé dans la place, qu'il ne l'est plus, lui, jeune, et que ce n'est pas grave, qu'on ne lui en veut pas - "car le temps ne fait rien à l'affaire" - et que "son" école ne brûlera pas pour autant ... Il est vrai que le souvenir de Mai 68 est tout proche. Il lui faudra attendre le Il novembre suivant et la petite cérémonie commémorative de l'Armistice à laquelle nous ferons naturellement participer les élèves pour qu'il soit totalement soulagé. Nous ne sommes pas totalement iconoclastes. A ce propos, j'aurai l'occasion, tout au long de ma trop courte "carrière" de constater la "crispation" des

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