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Nous retournerons à l'école quand elle ira mieux !

De
162 pages
L'Education nationale, qui ne parvient pas à répondre clairement à un profond besoin de transparence ni à fournir une évaluation crédible du système scolaire, n'apprécie guère que l'on mettre à jour ce qu'elle prend grand soin de dissimuler aux parents, à l'opinion publique et même à ses personnels. Même si le regard sur l'état des lieux est parfois dénué de complaisance, il n'est pas question de prôner un quelconque retour à l'école d'antan. L'auteur propose quelques pistes de bon sens susceptibles de fournir des chances raisonnables de "rétablissement" à une Ecole en proie aux affres d'une langueur chronique.
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Nous retournerons à l'école

quand elle ira mieux!

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la coIIection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions

Gaspard-Hubert LONSI KOKO, Un nouvel
2005

élan

socialiste,

Marie-Carmen GARCIA, William GENIEYS, L'invention du pays cathare, 2005. Daniel CUISINIER, Energie et transport, 2005. Cyril LE TALLEC, Les Sectes ufologiques 1950-1980, 2005. Henri GUNSBERG, L'Ogre pédagogique. Les coupeurs de têtes de l'enseignement, 2005. Michel ADAM, L'association image de la société, 2005. J.P. SAUZET, La personne en fin de vie. Essai philosophique sur l'accompagnement et les soins palliatifs, 2005; Victor COLLET, Canicule 2003. Origines sociales et ressorts contemporains d'une mort solitaire, 2005. Nicole PERUlSSET-FACHE, La modernisation de l'Ecole, 2005. A. Léon COL Y, Vérité de l'histoire et destin de la personne humaine,2005. Bernard SERGENT, La Guerre à la culture, 2005. Frédéric COUS TON, L'écologisme est-il un humanisme ?,2005. Harold BERNAT-WINTER, Prométhée déchaîné. Qui a peur de l'individu ?, 2005. Stéphane RULLAC, Et si les SDF n'étaient pas des exclus ? Essai ethnologique pour une définition positive, 2004. Thierry DEBARD et François ROBBE (sous la dir.), Le caractère équitable de la représentation politique, 2004. Jacky CHATELAIN, Pourquoi nous sommes européens, 2004. Bonnie CAMPBELL (dir.), Qu'allons-nous faire des pauvres?, 2004.

,

François BENARD

Nous retournerons à l'école quand elle ira mieux!

L'Harmattan

A mes anciens élèves de cours moyen de l'école Avenue du Parc des Princes, à Paris qui, pour nombre d'entre eux, m'ont donné l'immense satisfaction de les voir dépasser leur maître. A mes anciens élèves du Collège Jean Moulin d'Arnouville-lès-Gonesse, dont j'ai conservé un excellent souvenir (et, notamment, à ceux d'entre eux d'origine arménienne, qui m'ont prouvé qu'une intégration pleinement réussie pouvait aller de pair avec une ardente fidélité à ses origines).

Remerciements à Michel DAOUST ainsi qu'à tous ceux qui m'ont confié leurs préoccupations quotidiennes et suggéré la plupart des propositions contenues dans ces pages.

~L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8051-2 EAN : 9782747580519

SOMMAIRE

Sommake Avant-propos Situer le débat et préciser les enjeux La gestion des ressources humaines est inexistante Une faillite organisée des corps d'inspection L'inspection du second degré: grandeur et décadence Très chère évaluation Les syndicats d'enseignants: un Etat dans l'Etat? Le désarroi des maîtres Les classes sont-elles surchargées? Et si l'école maternelle française n'était plus à la hauteur de sa renommée. .. Les 2-3 ans à la maternelle: on frôle la maltraitance ! Babel à l'école primaire ou la confusion des langues Du bon usage des remplaçants Assistants d'éducation: partir sur de nouvelles bases Psychologue scolaire: moitié bureaucrate, moitié électron libre Le vide sidéral de la formation initiale Trop de vocations par défaut « Vous n'auriez pas vu mes stagiaires?» Enseignant à vie? Incohérences administratives? ou désinvolture? L'intérêt des élèves Des trimestres déséquilibrés, un troisième trimestre « peau de chagrin»

7 9 Il 19 23 31 35 39 43 47 49 55 59 65 67 71 73 77 79 83 85 87 93

« Collège unique, collège inique» ? Une orientation scolaire très orientée L'enseignement professionnel: « Je suis le mal-aimé. ..» Donner aux chefs d'établissement une véritable marge d'initiative Le respect à sens unique laisse le champ libre à la violence La démission des hommes La faillite de l'intégration Un enfer pavé des meilleures intentions: l'enseignement des langues et cultures d'origine Faut-il introduire un enseignement des religions? Enseigner la démocratie par l'exemple De l'art de multiplier le nombre des mécontents Que la lumière soit' ... Et le rapport Thélot fut ! In cauda venenum En guise de conclusion (provisoire)

95 103 105 109 113 115 119 125 129 133 137 141 147 153

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AVANT-PROPOS
Familier de l'enseignement à tous les niveaux (successivement instituteur d'école d'application, profèsseur certifié, profèsseur d'Ecole Normale, agrégé par liste d'aptitude) et pourvu d'une bonne connaissance du fonctionnement des divers rouages de l'Education nationale, à travers l'exercice de fonctions de responsabilité administrative (chargé de mission au Ministère, puis dans un Rectorat, chargé d'une mission d'inspection, chef d'un service multimédia, directeur de cabinet d'un Recteur), l'auteur de ces lignes, désormais dégagé de l'obligation de réserve, ose jeter sur l'univers scolaire le regard sans concession de ceux qui lui restent très profondément et très fidèlement attachés. Il s'agit ici de prendre à témoin les parents, les élèves, les enseignants consciencieux et responsables, les personnels administratifS de bonne volonté, de ce qui se passe de l'autre côté du miroir de l'institution scolaire, en espérant que lecteurs et responsables politiques prendront connaissance avec intérêt de cette description circonstanciée de situations concrètes et qu'ils parviendront à imposer un changement d'état d'esprit à tous les niveaux de l'institution.
Analyser le fonctionnement de l'Education nationale revient malheureusement, trop souvent, à mettre en relief ses dysfonctionnements. Soyons clair, il ne manque pas, parmi les personnels enseignants, parmi les personnels d'encadrement et de direction, parmi les personnels administratifS, des fonctionnaires qui exercent leur métier avec compétence et dévouement Qu'ils veuillent bien ne pas se sentir visés, mais considèrent, qu'une fois de plus, il a fallu se résoudre à passer sous silence «les trains qui arrivent à l 'heure ». Laissons aux sphères dirigeantes de l'Education nationale le soin de s'auto-congratuler ,. ce qu'elles font toujours avec une ardeur effrénée et une verve intarissable! Ce qui est en cause, c'est justement cette « machine» impersonnelle, inefficace, broyeuse d'initiatives et de bonnes volontés,. c'est elle, qu'il convient, poliment, mais fèrmement, de remettre en question.

L'essentiel de l'analyse portera sur le premier maillon faible du système seo/aire, l'enseignement primaire, sur la formation de ses maîtres et sur l'évolution de leur carrière. Cet enseignement premier représente un enjeu vital à plus d'un titre: un enjeu scolaire, un enjeu profèssionnel, un enjeu humain. Pour autant, on ne se dispensera, ni de jeter un regard sur des dispositions qui ont fait du collège le second maillon faible de l'institution, ni d'examiner dans quelle mesure le lycée et les services de l'orientation scolaire répondent aux préoccupations des élèves.
Chaque dysfonctionnement constaté a été assorti de suggestions destinées à y porter remède. On veut en espérer le meilleur bénéfice, à la fois pour les élèves et pour les deniers de l'Etat. Par la même occasion, l'intérêt des personnels se trouvera, lui aussi, pris en compte,. même s'il ne fait guère de doute qu'un certain nombre d'entre eux n'en auront pas immédiatement conscience et que bien des propositions ne manqueront pas de faire pousser les hauts cris ici ou là. Pour faire sauter les blocages qui paralysent toute velléité de réforme depuis plus de trente ans, il convient de renverser l'ordre des facteurs: dans une démocratie, ce n'est pas aux seuls enseignants, mais au peuple tout entier, s'exprimant par les urnes, qu'il appartient de définir des choix fondamentaux pour l'Ecole. C'est ensuite - et ensuite seulement - qu'il y aura lieu, avec toutes les parties concernées, d'en préciser les modalités,. à la condition expresse que ce dialogue ne soit pas l'occasion de remettre en cause des principes préalablement et démocratiquement adoptés.

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Situer le débat et préciser les enjeux
C'était il y a vingt-cinq ans. Lesté par le poids des exigences syndicales, le paquebot «France}} avait fini par sombrer - économiquement du moins - dans le port du Havre. Par un curieux rapprochement de sigles, la C.G.T. (Confédération Générale du Travail) avait défmitivement conduit la C.G.T. (Compagnie Générale Transatlantique) à sa perte. Jusqu'à une date récente, les Norvégiens, qui sont loin d'être d'horribles rétrogrades en matière sociale, ont prouvé que ce navire, rebaptisé « N01Way», pouvait être rentable. Comme le splendide paquebot, l'Ecole, minée de l'intérieur, continue de s'enfoncer sous les coups répétés de démolisseurs venus, en majorité, de la galaxie marxiste et de la nébuleuse gauchiste. En majorité, certes. .. Mais pas seulement. S'il est un secteur, où une véritable nomenklatura exerce, depuis plus de trente ans, l'intégralité du pouvoir, s'il est un domaine, où un groupe de pression s'est arrogé, une fois pour toutes, le gouvernement de la pensée et le pouvoir de nommer à tous les postes de responsabilité, c'est bien le secteur scolaire. Pour conserver la mainmise sur ce territoire stratégique, tout un système défensif parfaitement organisé et soigneusement coordonné a été mis en place: il s'agit de contrôler les abords, de monter la garde denière chaque créneau et de prendre sous des feux croisés les impertinents qui oseraient contester I'hégémonie que ces «bien-pensants» d'un nouveau genre se sont définitivement arrogée. Quelle est donc cette nomenklatura toute puissante? En tête, marchent les idéologues de tout poil, adeptes de la fuite en avant, accompagnés par le chœur des tenants du détenninisme social. A côté d'eux, s'affairent les «Docteurs Tant Mieux», champions de la statistique orientée. Deni ère, mêlée aux forcenés de la contestation et aux fanatiques de l'autodafé, se déploie la longue procession des boulimiques de crédits et des allergiques à toute réfonne. De part et d'autre de ce cortège, des politiciens de tous bords, plus soucieux de se concilier les

bonnes grâces d'une clientèle électorale influente que de défendre les intérêts de l'Ecole, saluent avec complaisance ceux qui s'obstinent à conduire les élèves vers l'impasse et à les fourvoyer définitivement. Cette nomenklatura a failli. Son échec est consommé; et elle le sait. L'ennui - pour elle - c'est que, désormais, il ne lui est plus possible de le cacher. Ce n'est pas faute, pourtant, d'avoir sciemment abreuvé l'opinion publique et, plus particulièrement, les élèves et les parents d'élèves, de vérités partielles et de mensonges avérés. En matière de désinformation et de manipulation des esprits, cette nomenklatura a su, il faut le reconnaître, faire preuve d'une parfaite compétence et d'une remarquable efficacité. Adepte, à l'occasion, du terrorisme intellectuel, il lui est même atrivé de se montrer particulièrement experte dans l'art de déconsidérer ceux qui refusent les facilités du conformisme; voire, pire encore, de rejeter vers les ténèbres éternelles les intrépides - ou les inconscients - qui tentent de traverser le rideau de fumée soigneusement tendu par les « têtes pensantes» de l'Administration et par ses obligés des organismes . . . Clfcumvolsms. Il faudra bien, un jour, se demander pourquoi les mentalités des enseignants se sont modifiées à ce point en une quarantaine d'années et comment on est passé d'un état d'esprit encore proche de celui des «hussards noirs de la République », fiers d'une mission qu'ils assumaient avec bonheur, à un corps enseignant trop souvent aigri, marginalisé, dépressif et contestataire jusqu'à la haine et, parfois, jusqu'à la violence. Ceux qui, aujourd'hui, entendent réclamer que l'on rompe clairement avec les erreurs du passé, comme avec la confusion et l'indécision actuelles, ne sombrent nullement dans une nostalgie de mauvais aloi. Ds espèrent seulement qu'il est encore temps de dégager l'institution scolaire de l'ornière où elle s'est trouvée précipitée. 12

Loin de considérer l'école d'antan comme un univers idéal qu'il conviendrait de ressusciter, ils proposent seulement que l'on s'efforce, dans une vision moderne de la société, de réaliser l'amalgame de tout ce que l'école traditionnelle comportait d'exigences positives (formation civique, respect de règles, maîtrise de soi, exercice de la mémoire, culture historique et poétique commune à l'immense majorité des écoliers, etc.) et de tout ce que l'esprit nouveau a apporté de progrès (élargissement de l'accès aux études, participation des élèves, démarche de découverte, esprit d'équipe, utilisation de nouvelles technologies, etc.) On ne le dira jamais assez: à l'heure actuelle, les véritables passéistes, les conservateurs attardés, les rétrogrades avérés sont ceux pour qui le plan Langevin- Wallon représente encore et toujours la parole sacrée, l'alpha et l'oméga de tout édifice scolaire digne de ce nom. Depuis cinquante ans, le système scolaire français - de l'école primaire à l'Université - n'a cessé de pâtir de la mise en œuvre de ce plan conçu au lendemain de la Seconde guerre mondiale par une commission inspirée par Paul Langevin et Henri Wallon. La preuve est (hélas!) apportée que ce projet gravé dans le marbre ne fonctionne pas. Au-delà de tout ce que l'on pouvait craindre. La responsabilité de ce programme d'inspiration collectiviste se trouve engagée à tous les niveaux, qu'il s'agisse du collège unique, de l'enseignement professionnel en déshérence, de la formation des maîtres, etc. En la circonstance, il apparaît légitime d'incriminer les « politiques» - de droite comme de gauche - qui, au cours des quarante dernières années, ont adopté, «réforme» après « réforme», pratiquement toutes les dispositions préconisées dans le plan Langevin-Wallon, sous la vigoureuse pression des idéologues et sous la poussée opiniâtre des groupes de pression syndicaux. Au fur et à mesure que l'Ecole renonçait à diffuser ses valeurs et à s'imposer par la qualité de ses résultats, l'opinion publique s'est mise à douter de ses enseignants: la confiance, qu'elle leur avait si longtemps portée, s'est trouvée remise en question. 13

Maîtres et professeurs ont très mal vécu cette désaffection à leur égard. Poussés par des gourous imprégnés d'a priori idéologiques (et souvent très haut placés dans la hiérarchie f), ils se sont obstinés à nier l'accumulation des échecs et ont refusé, a priori, toute responsabilité en la matière. Plutôt que s'interroger sur le foisonnement des cours de soutien à domicile1, il est infiniment plus commode et tellement plus rassurant de tout reporter sur le « manque de moyens» ou sur des détenninismes sociologiques réputés irrémédiables! Bien évidemment, il n'est pas question de nier que les réactions et les comportements des élèves se sont considérablement modifiés. Problème global de société, qui, certes, dépasse l'Ecole, mais ne l'exempte pas de sa part de responsabilité. Comment ne pas rappeler qu'il y a quelque cent vingt ans, un grand nombre d'instituteurs avaient en face d'eux des petits ruraux, dont beaucoup ne parlaient pas le français et dont les parents ne savaient ni lire ni écrire? L'ambition des maîtres d'alors n'était assurément pas de faire entrer tous leurs élèves à Polytechnique, mais de leur pennettre, selon leurs possibilités et leurs «mérites », d'accéder à une situation professionnelle meilleure que celle de leurs parents. Pour les aider à y parvenir, ils ne ménageaient, ni leur temps, ni leur peine, et il n'était pas rare que le maître (ou la maîtresse) convoque les parents d'un(e) élève pour les exhorter à faire poursuivre des études à leur enfant. Devant leur refus, il est même arrivé que des maîtres proposent d'assumer tous les frais de scolarité sur leurs propres deniers. On n'en demande pas tant aux enseignants d'aujourd'hui ! Simplement que chacun fasse ce pour quoi il est payé: que les professeurs professent, que les directeurs dirigent, que les inspecteurs inspectent, etc. Depuis quelques lustres, subrepticement, le «pédagogiquement correct» s'est confondu avec le «politiquement COITect» . Omniprésent dans les programmes et dans les manuels, il règne
1

TIest vrai que l'Etat lui-même reconnaît que ces cours de soutien à domicile pallient les
de l'Ecole, puisqu'il accorde un dédommagement fiscal aux parents qui y

insuffisances ont recours.

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désoffilais en maître dans le cours de beaucoup de professeurs, souvent même - faisons leur ce crédit - sans qu'ils en aient clairement conscience. Il serait d'ailleurs injuste de faire porter toute la responsabilité de ces dérives sur les seuls enseignants. Sans vouloir entièrement les absoudre, constatons que ce discours orienté a été, depuis plus de trente ans, sans discontinuer, véhiculé par les textes ministériels, développé dans les publications officielles, répandu dans des colloques ou dans des stages inscrits aux « plans académiques de fOffilation ». C'est ainsi que l'enseignement dispensé a, depuis longtemps, fait litière de la neutralité que des parents d'opinions diverses sont en droit d'attendre de ceux à qui ils confient leurs enfants. Quant au malheureux professeur qui oserait encore parler de « discipline », honte sur lui! Tout au plus lui est-il pennis de répéter le mot « respect» comme une incantation vide de sens, puisque, de toutes façons, on ne se donnera pas les moyens de l'exiger. En présence d'attitudes provocatrices et de comportements violents, la souveraine «bien-pensance» ne se fera jamais faute d'imposer la compréhension la plus indulgente, assortie d'une absolution immédiate. Quant à ceux qui auraient encore l'outrecuidance de vouloir se faire respecter, un texte ministériel (M. Jack Lang étant alors ministre) ne facilite guère leur démarche: il a été bien spécifié que, dans les conseils de discipline, les représentants des élèves seraient plus nombreux que ceux des professeurs 1. Il serait malheureusement aisé de trouver un véritable foisonnement d'exemples identiques, tous plus dommageables les uns que les autres. Que l'Education nationale commence déjà par ne plus se payer de mots, qu'elle cesse de manier la langue de bois avec délectation. En la matière, l'usage quasi systématique de
1 Ces dispositions particulièrement laxistes viennent 176 du 19110/2004 sur les procédures disciplinaires). d'être cOITigées (cf. Cire. N° 2004-

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l'euphémisme pensées.

ou de la litote n'est jamais dénué d'arrière-

Ainsi, chacun sait que « l'illettrisme» est (hélas !) une donnée bien réelle. Mais c'est un fort vilain mot. Est-ce la raison pour laquelle l'un de nos plus éminents professeurs d'université, autorité reconnue en matière d'apprentissage de la lecture et adepte résolu du parler-vrai, en vient à suggérer de remplacer ce tenne déplaisant par l'expression « insécurité linguistique»? N'est-ce pas révélateur de cette pratique de plus en plus répandue qui consiste à user de subterfuges sémantiques pour escamoter des réalités dérangeantes ? De la même façon, il n'existe plus « d'enfants en difficulté ». L'expression est, semble-t-il, passée de mode; il n'y a plus désonnais que des «enfants ayant des besoins éducatifs spécifiques ». Voilà qui change tout! Que n'y a-t-on pensé plus tôt! A n'en pas douter, les résultats futurs seront assurément miraculeux. Poursuivons dans la même veine: on a longtemps mis l'accent sur le pouvoir éminent de la « motivation ». Ces temps derniers, il semblerait que ce terme soit en voie d'être supplanté par une périphrase autrement plus séduisante: dorénavant, on nous recommande de «placer l'enfant en situation d'enrôlement ». Voilà qui renouvelle le débat de façon fondamentale. Et qui pennet, au passage, de noter que les gourous attitrés d'un corps enseignant traditionnellement fort peu militariste en viennent à puiser leur inspiration chez les militaires! Jusqu'à passer maître dans l'art du camouflage? On POUITait n rire, s'il e ne convenait d'en pleurer. On mesure à ce galimatias, à quel point on se trouve en présence d'une volonté délibérée de brouiller les esprits et de camoufler ce qui dérange. Il est temps d'en finir avec toutes les fonnes de mystification et de parler vrai à des citoyens lassés par trente ans d'artifices et de faux-semblants. Le temps de la dissimulation et de la désinfonnation n'a que trop duré. Les élèves de nos écoles, de nos collèges et de nos lycées méritent mieux; leur intérêt doit 16