Où mène le Bac pro ?

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A l'heure où le baccalauréat professionnel connaît sa grande réforme en s'alignant, avec un cursus en trois ans, sur les deux autres baccalauréats, général et technique, l'ouvrage étudie certains aspects de l'enseignement professionnel, comme les accidents du travail et les atteintes précoces à la santé. Les auteures explorent les voies de la construction sociale et de l'expérience en santé au travail des jeunes dans la période de transition entre l'année de baccalauréat professionnel et l'entrée en vie active.
Publié le : mardi 1 juin 2010
Lecture(s) : 182
EAN13 : 9782296257740
Nombre de pages : 250
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Où mène le Bac pro ?
Nathalie Frigul Annie ThébaudMony Où mène le Bac pro ? Enseignement professionnel et santé au travail des jeunes L’Harmattan
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Remerciements Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette recherche, en particulier :  Les jeunes gens qui nous ont permis de les suivre pendant quatre ans dans leur parcours scolaire et professionnel. Ils ont accepté de témoigner sur leurs atteintes à la santé et de ce qu’ils ont vécu comme des formes de violence au travail. Ils nous ont autorisés à en faire l’analyse. Leurs récits portent l’expérience de leur génération et des choix effectués par la société française en ce qui concerne l’entrée en vie active des jeunes issus de l’enseignement professionnel.
 Les enseignants et proviseurs des établissements dans lesquels s’est déroulée l’enquête. Disponibles pour répondre à nos interrogations, organiser les entretiens individuels et collectifs avec les élèves lors de l’année de terminale, intéressés par les résultats de cette recherche, leurs propres questions nous ont aidés à approfondir nos hypothèses et à inscrire l’analyse de nos résultats en référence au contexte de l’enseignement professionnel en France. La construction de l’expérience en santé au travail des jeunes constitue pour eux une préoccupation d’autant plus grande que les moyens dont ils disposent pour former les élèves sont sans commune mesure avec les besoins.
 Les institutions ayant soutenu et financé la recherche. Celleci a fait l'objet de conventions de recherche avec la Direction de l'Enseignement scolaire du Ministère de l'Education, avec la Direction de l'Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques du Ministère du Travail et avec l'Institut National de Recherche et de Sécurité. L’Agence Nationale de la Recherche, dans le cadre d’un appel d’offre inter laboratoires, a ensuite permis que s’achève le travail de rédaction, dans la perspective de cette publication. Un comité de suivi de la recherche coordonné par Daniel Blondet de la direction de l’enseignement scolaire nous a fait bénéficier de ses réflexions, critiques et suggestions.
 Les unités de recherche dans lesquelles nous avons pu mener ces travaux et les collègues qui ont pris le temps d’en discuter avec vous : l’unité Inserm 292 de Kremlin Bicêtre, le Centre de Recherche sur les Enjeux Contemporains en Santé publique (CRESP) intégré depuis au laboratoire de recherche IRIS (UMR 8156 CNRSINSERMEHESSUniversité Paris 13), l’équipe de recherche SASO (Savoirs et socialisation en éducation et formation) intégrée au laboratoire de recherche CURAPP (UMR 6054 CNRSUniversité de Picardie), particulièrement pour leur soutien Arlette Meunier, maître de conférences et Guy Brucy, professeur des Universités. Nous voulons remercier aussi Lucette Aussel de l’unité Inserm 292 et Véronique Anohan du CRESP pour leur aide dans l’organisation logistique de la recherche.
 Les Editions l’Harmattan et Bruno Péquignot, directeur de la collection « Logiques Sociales », qui nous donnent la possibilité de faire connaître les résultats de cette recherche.
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Avantpropos Cet ouvrage présente la synthèse de travaux de recherche menés entre 1995 et 2002 sur les accidents du travail chez les jeunes et sur la formation à la prévention des risques professionnels dans l’enseignement professionnel. Quelques années plus tard, le « malaise lycéen » met en question beaucoup plus largement l’ensemble du système éducatif et fait émerger l’angoisse des jeunes qui prennent conscience de l’incertitude de l’avenir et du décalage entre le bac et ce qui les attend au sortir des études.
Un autre aspect de ce « malaise lycéen » est celui de l’inégalité et des discriminations entre les jeunes qui atteignent des proportions telles qu’elles suscitent des formes de violence interne à la jeunesse ellemême, tant les écarts font obstacle à toute forme de solidarité au sein d’une même génération lycéenne, tant l’inquiétude individuelle face à la lutte des places prend le pas sur toute conscience collective de problèmes communs.
Ce livre n’aborde pas directement ces problèmes de fond qui sont au cœur du débat social et politique de ces temps actuels. Cependant en montrant le devenir des jeunes issus du baccalauréat professionnel, en pointant les impasses d’une formation qui n’ouvre à une majorité d’entre eux d’autre porte que celle de l’intérim des travailleurs non qualifiés, en identifiant les « empreintes » si précoces du travail sur leur santé, nous voulons apporter quelques éléments aux débats qui ont cours depuis plusieurs années. Bien au delà des réformes de l’instruction et de l’éducation qui ont été menées ces vingt dernières années, c’est l’avenir même des jeunes marginalisés puis exclus de la voie « générale » (voie royale ?) qui est posé. Le baccalauréat professionnel peutil conserver l’image d’une formation qualifiante quand ceux qui en sortent se retrouvent dans une impasse ? Le système éducatif français seraitil désormais porteur d’une société de castes qui épouse étroitement les besoins de la division capitaliste du travail, faisant fi des idéaux républicains qui l’ont fondé? La révolte des jeunes de banlieue, qui s’est exprimée le 8 mars 2005 contre leurs collègues manifestants lycéens venus d’autres quartiers et d’autres origines sociales, n’estelle pas de même nature que toute révolte des « damnés de la terre » ? Un an plus tard, les manifestations lycéennes et étudiantes contre le projet du CPE, puis celles de 2009 contre les plans Darcos et Pécresse ne sontelles pas l’expression de résistances contre le sort commun réservé à la jeunesse dans son ensemble, celui de vivre dans l’incertitude de l’avenir et dans la précarité ? Ces révoltes ne manifestentelles pas le rejet de cette assignation voulue par une société dite libérale qui destine les jeunes, au mieux au « sale boulot », au pire à la galère de l’exclusion ?
Si un accident sur quatre touche un jeune de moins de 25 ans, si plus de 80% des jeunes entrent sur le marché du travail par la précarité, comment les adultes peuventils s’affirmer en donneurs de leçon en matière de construction de compétences, d’acquisition de qualification par le travail, de comportement de prévention ?
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Les récits recueillis au cours d’une enquête longitudinale menée sur 4 ans auprès de lycéens de Bac pro – parce qu’ils nous parlent du devenir de la société dans laquelle nous vivons – nous interpellent sur nos responsabilités e d’adultes, citoyens d’une société qui, en ce début du 21 siècle, accepte au nom de la croissance, l’usure et le vieillissement précoces de jeunes entrant dans la vie active et les destine à connaître davantage de précarité dans l’avenir. Alors que l’alternance comme voie de formation se généralise et tente d’entrer dans nos écoles de plus en plus tôt, qu’elle s’appelle formation apprenti junior en 2006 ou maintenant dispositif d’initiation aux métiers en alternance, alors que l’Education nationale entend rénover la voie professionnelle, en faire une voie d’égale dignité avec la voie générale et technologique, accroître le nombre de jeunes qui accèdent au niveau du bac professionnel et alors que la réforme de ce diplôme introduisant un cursus en trois ans est entrée en application dans tous les lycées à la rentrée 2009, il est plus que nécessaire de réfléchir sur les missions de l’alternance, sur les cadres de l’intervention formatrice et certificative de l’entreprise, sur ses engagements et devoirs concernant la prévention des risques professionnels et la protection de la santé des jeunes élèves stagiaires de la formation professionnelle.
Comme sociologues et chercheures en santé publique, nous tenons à travers ce livre à assumer toute notre responsabilité en donnant l’alerte sur la situation de jeunes en danger, non pas parce qu’ils prendraient inconsidérément des risques superflus – image trop souvent véhiculée par les médias de ces jeunes « cassecous »  mais parce que le travail dans lequel ils sont contraints de faire leurs premières expériences professionnelles met en danger leur santé, leur identité, leur dignité et donc leur avenir.
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