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OUI, ON PEUT SAUVER L'ÉCOLE

De
112 pages
Depuis une dizaine d'années, l'école républicaine a dû affronter des défis nouveaux : scolarisation massive de nouveaux enfants, hétérogénéité croissante des élèves, apparition de la violence dans les collèges et les lycées. Par ailleurs, l'école a subi les difficultés économiques et sociales qui ont frappé la société toute entière ; l'école et les enseignants perdaient leur monopole de la transmission des savoirs. Et pourtant oui, on peut sauver l'école!
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Oui, on peut sauver l'école

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-0323-2

Yves DURAND

Oui, on peut sauver l'école

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

France

L' Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita Il. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

INTRODUCTION
La France a cette particularité de faire de son école l'un des grands psychodrames de sa vie politique: De batailles en guerres scolaires, l'Ecole a fourni à la démocratie française l'un de ses clivages les plus intangibles et les plus profonds. L'école a fait tomber des Républiques, échouer des coalisions, jeter dans la rue des millions de Français. Il n'y a peut-être que l'affaire Dreyfus qui n'ait, pour un temps seulement, déchiré autant de familles, qu'elles soient politiques ou privées. C'est dire l'importance prise par la question scolaire dans l'évolution de la société française depuis la Révolution, et peut-être même au-delà: Républicains et monarchistes s'affrontaient déjà autour de l'instruction du peuple, espoir des uns dans le progrès humain continu et universel, crainte des autres, de la contestation d'une autorité sans laquelle la société humaine ne pourrait que chanceler sur ses bases. Le XIXème Siècle fut bien avant tout celui de la lutte pour l'école ouverte à tous, y compris - grande révolution à l'époque - aux filles. Toute victoire sociale ou politique incluait l'accès à l'école pour le plus grand nombre. Le combat républicain puis, celui de la gauche toute entière, s'identifient à l'idéal recherché d'une école libératrice.

A contrario, quand, avec Pétain, une grande partie des forces politiques conservatrices choisirent la collaboration avec le nazisme, faisant reculer l'histoire de notre pays de plusieurs décennies, c'est à l'école républicaine qu'elles s'attaquèrent.

De plus, derrière cette inévitable guerre scolaire, se profile la lutte séculaire que l'Etat républicain et l'Eglise Catholique se livrent en France depuis la fin du moyenâge, pour le contrôle du pouvoir, et notamment le pouvoir d'enseigner. Ainsi, le combat pour la laïcité ne se réduit pas à la seule querelle scolaire; il pose le problème de la nature même de la société. C'est pourquoi, au regard de notre histoire, on peut affirmer que la loi de séparation des églises et de l'Etat, qui fait de la France à la fois un exemple et un modèle dans le monde, est le prolongement direct des lois scolaires de la fin du XIXème siècle, incarnées par Jules Ferry et les républicains de cette époque. Dans aucun autre pays on n'a connu de guerres scolaires comme en France, et nos voisins regardent avec toujours autant d'étonnement la férocité d'engagements qu'ils considèrent, quant à eux, comme un nouvel épisode folklorique de « la guerre des boutons» ou des aventures de Clochemerle. Pourtant, aujourd'hui les Français qui s'y sont plongés avec la passion qu'ils portent à leur école, seraient-ils las des débats enfiévrés et se détacheraient-ils de l'enthousiasme militant? Il est de bon ton de le dire et tous les discours savants sur la mort des idéologies tentent de l'attester. Aujourd'hui l'Ecole se voudrait objet du consensus! Les relations entre enseignement public et enseignement privé ont été apparemment pacifiées. Il aura fallu la maladresse de quelques députés de droite appuyés par le Ministre de l'Education Nationale de l'époque, François BA YROU, tentant au détour d'une fin de session parlementaire, de remettre en cause ce fragile équilibre 12

pour rallumer les braises du feu scolaire, l'espace d'un dimanche de Janvier 94. BA YROU, vite ressaisi, oublia dès le lundi matin sa fâcheuse initiative et tout put rentrer

dans l'ordre

...

et François BAYROU rester ministre de

l'Education Nationale D'autre part, même les quelques innovations pédagogiques de ces dernières années ne provoquent plus la colère des orthodoxes de l'enseignement comme au bon vieux temps de la naissance du mouvement Freinet et de la nouvelle pédagogie. Le débat médiatisé auquel se livrent régulièrement quelques intellectuels, se cantonne aux limites des écoles sorbonnardes, les anathèmes d'un Alain Finkelkraut ou d'un Régis Debray contre l'affaissement des savoirs et le lycée light n'ont pas encore déclenché de vastes mouvements populaires. Tant de ministres, de droite comme de gauche, ont cherché à faire de l'école un objet du consensus politique (on dirait aujourd'hui républicain ou citoyen!) que personne ne parle plus de rien et que l'idée même d'un débat sur l'école semble être devenu iconoclaste. Jacques CHIRAC avait bien promis un référendum sur l'éducation pendant la campagne présidentielle de 1995; élu, il s'est empressé d'oublier cette promesse rangée au magasin des accessoires électoralistes, sur la même étagère sans doute que la lutte contre la fracture sociale. De toutes façons, l'idée de demander à tous les Français de trancher un sujet aussi complexe que celui de l'enseignement par référendum est aussi absurde que démagogique. L'abandon de cette promesse n'a rien de dramatique pour l'avenir de l'Ecole. Quand tout récemment un ministre malheureux, certes maladroit, ose lancer quelques idées nouvelles sur 13

l'école, le réveil est tellement brutal qu'il se retrouve vite emporté par la vague déferlante des conservatismes réunis. Le consensus aurait-il tué le débat? Et pourtant, aujourd'hui plus que jamais, l'Ecole en France mérite un vrai débat national.

Les Français ont consenti en 2000 un effort
financier de plus de 630 milliards de francs, par l'intermédiaire de l'Etat ou des collectivités territoriales pour l'éducation de leurs enfants. Le budget de l'Education Nationale est redevenu le premier budget de la France. Il n'y a pas à le regretter et encore moins à contester ce choix politique: l'éducation est un investissement pour l'avenir autant qu'une dépense au présent... encore faut-il que chacun, citoyen, parent ou enseignant, puisse être à un moment donné, l'acteur d'un projet éducatif qui donne un sens cohérent à la mission que la nation donne à son école et qui justifie un tel effort financier I Ce débat ne peut se réduire à des discussions entre spécialistes, pédagogues ou enseignants. La France ne peut pas se résoudre à n'entendre parler de son école qu'au moment où les fermetures de classes déclenchent ici ou là des mouvements de protestation qui ont au moins le mérite de mettre en évidence le souci que les parents ont de l'éducation de leurs enfants, mais qui ne constituent pas à eux seuls une réponse au vrai problème! Les élèves et les maîtres à qui on demande tellement de s'impliquer personnellement, n'ont pas une conscience nette de la finalité de leur engagement, et du but de leurs efforts. Ainsi, c'est parce que l'on ne sait pas vraiment ce que la société attend de l'école, que toute nouvelle réforme, même techniquement juste, apparaît comme une contrainte supplémentaire. C'est parce qu'elle ne s'intègre pas dans une démarche globale et concertée, que toute réforme est 14

le plus souvent rejetée par ceux là même qui devraient en être les premiers bénéficiaires. Oui, le débat citoyen sur l'Ecole est nécessaire. Le refuser, ce serait donner la parole aux seuls contestataires de l'école elle-même, au motif du coût financier qu'elle exige. Ce serait leur permettre d'instiller chez les citoyens contribuables, l'idée pernicieuse que la notion même d'Education Nationale est dépassée, en dressant le « parent contribuable» contre le « parent citoyen». L'angle d'attaque est simple: L'Ecole serait en crise, « serait devenue une usine à chômeurs et à illettrés» pour reprendre la page de garde du dernier pamphlet de Thierry Desjardins dont le titre accrocheur et fallacieux: (<< scandale de l'Education Nationale») est déjà en luile même tout un programme. Quand on prend le courage (et il en faut !) de lire ces 251 pages d'insultes au travail et à l'abnégation de milliers d'enseignants accusés de tous les maux: (chômage, violence, drogue, etc... ), quand on a pu surmonter la première réaction d'écœurement et de dégoût, il faut bien se poser la question qui saute immédiatement à l'esprit: à qui profite cette condamnation à mort de l'école? A qui profite ce crime contre l'école? D'abord à ceux qui n'ont pas voulu voir le monde évoluer; à tous ces nostalgiques de l'enseignement destiné à la seule élite; à ceux qui considèrent encore que chaque élève qui entre en 6èmedoit être un futur docteur dans la discipline qu'ils enseignent eux mêmes, bien sûr. Accordons leur ce crédit! ceux-là sont souvent de bonne foi et croient bien faire quand ils entonnent à longueur de déclarations savantes ou de conseils de classe, la litanie de 15