Parcours de femmes à l'université

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Depuis cinquante ans, les femmes sont de plus en plus visibles au sein de l'université, sans pour autant avoir un accès aux postes de professeure ou de direction. Cet ouvrage s'intéresse aux parcours académiques et traite de questions comme le rapport des étudiantes au savoir, l'introduction des recherches féministes, les politiques d'équité, les freins à la sélection de femmes professeures... Les auteurs qui contribuent à cet ouvrage présentent des pistes d'analyse et d'action en fonction de la situation dans leur pays (France, Canada, Suisse, Belgique,...).
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
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EAN13 : 9782336263595
Nombre de pages : 194
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PARCOURS DE FEMMES À L'UNIVERSITÉ

www.librairieharmattan.com diffusion .harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
I!;)L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01048-2 EAN : 9782296010482

Sous la direction de

Edmée OLLAGNIER et Claudie

SOLAR

PARCOURS DE FEMMES À L'UNIVERSITÉ
Perspectives internationales

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

Fac..des

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KlN XI de Kinshasa - RDC

L'Harmattan Italia Via DegIi Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 Ingements villa 96 12B2260
Ouagadougnu 12

Université

Série Genre et éducation Dirigée par Nicole Mosconi

Les recherches se développent aujourd'hui sur les pratiques éducatives différenciées selon le sexe, sur les relations entre filles et garçons, sur les effets du sexisme et des stéréotypes de sexe en éducation, sur la division sociosexuée des savoirs. La série «genre et éducation» se propose de publier des travaux réalisés sur ces thèmes et , en général, toute recherche en éducation et formation qui prend en compte la perspective du genre, c'est à dire, la construction sociale de la différence des sexes et de la hiérarchie entre les sexes.

t Hommage

à Soledad Perez

Ce livre est dédié à la mémoire de Soledad Perez, une amie, une collègue. C'est elle qui a donné âme à ce livre en initiant un symposium sur les femmes et l'université dans le cadre des rencontres du Réseau international de recherches en éducation et formation (REF). Le thème des femmes et de l'université lui tenait à cœur et ensemble nous avons pensé cette rencontre qui permettait des regards croisés entre la Belgique, la France, le Canada et le Québec, la Suisse et plusieurs pays sudaméricains. Pour elle, cette question était directement reliée aux accords de Bologne et à la manière dont les universités, notamment européennes, prenaient ou non en considération les besoins et attentes de femmes étudiantes et enseignantes. Le REF a bien eu lieu à Genève en septembre 2003. Elle y était présente et elle a présenté, au même titre que les autres auteures, son projet de chapitre. .. Elle n'a pas pu le compléter. Malgré une énergie et une volonté de vivre exemplaires, la maladie qui la tenaillait depuis des années a eu raison de sa vitalité. Jusqu'au bout nous avons été avec elle et nous avons pu admirer son courage qui ne cessait d'étonner.. . Soledad Perez s'en est allée sans pouvoir compléter la démarche du livre mais en laissant la trace de nombreux écrits en éducation comparée. Elle nous laisse le soin, avec cet ouvrage, de nommer des réalités qu'elle a vécues et de poser des questions qui restent habituellement sous silence même si elles sont souvent discutées de manière informelle avec des proches et des amies: être femme à l'université. Comme beaucoup d'autres femmes, elle s'est là aussi battue pour concilier vie familiale et engagement académique, pour prouver qu'elle était compétente, pour obtenir une stabilité et un statut honorable après des années de précarité. Cet ouvrage prend ainsi toute la valeur et la force qu'elle aurait voulu lui donner et insuffler ainsi une nouvelle force de vie. Soledad: Gracias por ese regalo de vida.

TABLES DES MATIÈRES
PARCOURS EDMÉE DE FEMMES À L'UNIVERSITÉ: SOLAR UNE INTRODUCTION

OLLAGNIER

et CLAUDIE

13 14 15 17 17 18 18

Problématique L'ouvrage Des combats de femmes aux réalités institutionnelles Femmes étudiantes et femmes professeures Études féministes Femmes et carrière universitaire

CHAPITRE RAPPORT NICOLE

1 AU SAVOIR ET PARCOURS UNIVERSITAIRES DE FEMMES ÉTUDES CLINIQUES

MOSCONI

21 22 22 22 23 24 24 27 31 36 36 37 38 38 39 39

1. La notion de rapport au savoir 1.1 Le rapport au savoir: entre psychanalyse et sociologie 1.2 Rapport au savoir et personnalité psychofamiliale 1.3 Rapport au savoir et personnalité psychosociale 2. Rapport au savoir et études cliniques 2.1 Aline ou la galère à l'université 2.2 Marianne: l'écrit et l'oral 2.3 Cécile: «prendre une vengeance» par rapport aux hommes 3. Des éléments typiques du rapport au savoir 3.1 L'empreinte du milieu familial 3.2 La scolarisation et la transformation du rapport au savoir 3.3 Le rôle des identifications 3.4 Formation et exercice professionnels: les remaniements du rapport au savoir Conclusion Bibliographie

CHAPITRE 2 ÊTRE PROFESSEURE ET FÉMINISTE: UNE COURSE D'OBSTACLES D'HIER À AUJOURD'HUI CLAUDIE SOLAR 41

1. Devenir féministe 1.1 Devenir féministe hier 1.2 Entre hier et aujourd'hui: l'institutionnalisation

des études féministes

42 42 45

10 1.3 Devenir féministe aujourd'hui 2. Devenir professeure 2.1 La démarche doctorale 2.2 L'embauche dans les universités 2.3 La précarité: un passage obligé 2.4 La rétention dans les universités 2.5 La relève Conclusion Bibliographie 47 49 49 50 52 58 59 60 62

CHAPITRE 3 PARCOURS DE FEMMES DANS LES UNIVERSITÉS: ÉTAT DE LA RECHERCHE EN BELGIQUE NADINE PLATEAU 65

1. Introduction 1.1 Avant les années 1980 1.2 La prise de conscience féministe 1.3 Les priorités de la recherche féministe 1.4 La recherche sur les femmes dans les carrières universitaires 2. La recherche en études féministes et sur les femmes 2.1 La politique d'égalité 2.2 La recherche orientée vers la décision politique 3. La recherche en éducation 3.1 L'impulsion fédérale 3.2 L'impulsion féministe 3.3 Le passage aux communautés 4. La recherche en Flandre 4.1 Les études commanditées 4.2 Les études de la KU Leuven 4.3 Une approche pragmatique 5. La recherche en Communauté française 5.1 Les articles 5.2 La recherche Conclusion Les contraintes de la recherche orientée vers la décision politique Les ouvertures de la recherche orientée vers la décision politique Bibliographie

65 66 66 66 67 67 67 68 69 69 70 70 71 71 75 78 79 79 80 85 86 87 88

CHAPITRE 4 L'INSTITUTIONNALISATION DES «ÉTUDES FÉMINISTES» À L'UNIVERSITÉ: UNE MISE EN PERSPECTIVE EUROPÉENNE MURIELLE ANDRIOCCI et NICKY LE FEUVRE

91

1. L'institutionnalisation des «études féministes» en Europe 2. Les obstacles en matière d'institutionnalisation des études féministes

92 97

Il 2.1 Les caractéristiques des systèmes d'enseignement supérieur 2.2 Les politiques de promotion de l'égalité des sexes 3. l'Avenir de l'institutionnalisation des études féministes en France Conclusion Bibliographie 97 101 106 109 110

CHAPITRE 5 Du DOCTORAT À LA CARRIÈRE ACADÉMIQUE: LES CHANCES SONT-ELLES ÉGALES? SITUATION À LA FACULTÉ DE PSYCHOLOGIE ET DES SCIENCES DE L'ÉDUCATION DE L'UNIVERSITÉ DE GENÈVE DE 1991 À 2001 ÉLIANE BARTH ET EDMÉE OLLAGNIER

115 116 118 118 120 121 121 123 125 129 129 130 132 134 136 137 138

1. Les spécificités d'un contexte local et fédéral 2. Méthodologie 2.1 Complémentarité des outils et des publics 2.2 Évolution des publics et des représentations 3. La thèse 3.1 La thèse: une étape de vie genrée ou le déterminisme de la situation familiale 3.2 Des motivations variables 3.3 La thèse: un double contrat 4. La carrière universitaire 4.1 De la thèse à la carrière: responsabilités et pouvoir des professeurs 4.2 Un rapport à la carrière genrée 4.3 Des facteurs déterminants 4.4 Les responsabilités 5. Conditions pour un futur plus égalitaire: les suggestions des doctorants Conclusion: vers un nouveau modèle de travail à l'université? Bibliographie

CHAPITRE 6 LA FÉMINISATION DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS: L'EXEMPLE DE L'UNIVERSITÉ DES SCIENCES ET TECHNOLOGIES DE LILLE NICOLE GADREY ET SÉGOLÈNE PETITE

141 142 143 143 145 150 150 150 154 156 156

1. La place des femmes dans l'université française 2. Les recrutements à Lille 1: des différences disciplinaires 2.1 Les procédures de recrutement des enseignants-chercheurs 2.2 La situation des femmes enseignantes-chercheuses à Lille 1 3. Les commissions de spécialistes: une ouverture aux femmes 3.1 La composition des commissions de spécialistes 3.2 Les femmes au sein des commissions de spécialistes de Lille 1 4. Recrutement et mixité: des pistes d'interprétation Conclusion Bibliographie

12
CHAPITRE 7 LES CARRIÈRES UNIVERSITAIRES FRANÇAISES À L'ÉPREUVE DU GENRE EMMANUELLE LATOUR ET NICKY LE FEUVRE

159

1. Méthodologie 2. La féminisation de l'université française 2.1 Des disparités disciplinaires qui perdurent 2.2 Une asymétrie des parcours universitaires entre hommes et femmes 2.3 La carrière universitaire en France 2.4 L'entrée dans la carrière universitaire: du doctorat aux postes de MCF 2.5 La progression de carrière: de MCF à professeur 3. Quelques pistes de compréhension des mécanismes du «plafond de verre» 3.1 Des motivations et des activités universitaires différenciées selon le sexe? 3.2 Une «conciliation» vie professionnelle/vie privée plus difficile à réussir chez les femmes? 3.3 Un manque de soutien et d'encouragement pour les femmes? Conclusion Bibliographie

160 161 161 163 165 167 168 170 174 176 181 184 185

DES PARCOURS CLAUDIE SOLAR

DE FEMMES ET EDMÉE

À L'UNIVERSITÉ: OLLAGNIER

UNE

CONCLUSION

189 193

Notices biographiques

PARCOURS DE FEMMES À L'UNIVERSITÉ

UNE INTRODUCTION
Edmée Ollagnier
Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation Université de Genève edmee.ollagnier@pse.unige.ch et

Claudie Solar LABRIPROF-CRIFPE, CIRDEP, Université de Montréal claudie.solar@umontreal.ca
Et puisque la femme est la raison première du péché, l'arme du démon, la cause de l'expulsion de l'homme du Paradis et de la destruction de l'ancienne Loi, et puisqu'en conséquence, il faut éviter soigneusement tout commerce avec elle, nous défendons et interdisons expressément que quiconque se permette d'introduire quelque femme que ce soit, fût-ce la plus honnête, dans la dite université. (Décret de l'Université de Bologne!, 1377)

Durant des siècles, les femmes ont été exclues des universités et par le fait même n'ont pas eu accès aux savoirs qui y étaient diffusés et aux professions auxquelles les études universitaires conduisaient. Un peu plus de mille ans après la création de la première université, elles ont fait progressivement leur entrée dans ces hauts lieux du savoir. Cette entrée, qui a débuté dès la fin du 1ge siècle mais surtout à partir du milieu du 20e siècle, ne s'est pas faite sans heurt ni résistance: il y avait des interdits à soulever autant auprès des institutions et de ses membres que des femmes ellesmêmes. S'il est question en ce début du troisième millénaire d'une présence massive des femmes dans les universités, cette présence et son évolution, au sein des études universitaires et des carrières académiques, masquent encore aujourd'hui, en ce début du troisième millénaire, des inégalités importantes et des iniquités peu connues ou peu reconnues tant s'entrechoquent les rapports entre savoirs et croyances en ce qui concerne les femmes, le savoir et les métiers du savoir.

Cité par Jean Duché, Le Premier sexe, Paris, Laffont, 1972: 375.

14 PROBLÉMATIQUE

Edmée Ollagnier et Claudie Solar

L'ouvrage que nous proposons aborde cette problématique et traite des Parcours de femmes à l'université, un thème qui se conjugue au pluriel. Il est en effet question du parcours dans le temps en termes d'évolution historique, car, il n'y a pas si longtemps encore, les femmes étaient exclues des universités et les savoirs qui les concernent omis. Dans cette perspective, on peut se demander combien d'universités, dans le monde occidental d'aujourd'hui, proposent par exemple des cours sur l'histoire de femmes, la violence faite aux femmes, l'apport des femmes au développement des sciences exactes, pour ne donner que quelques exemples. Il est aussi question du parcours de femmes dans les carrières universitaires, car l'accès aux professions de l'enseignement supérieur leur a été encore plus longtemps inaccessible: font-elles face à des pratiques discriminatoires ou, au contraire, à un accueil enthousiaste? Quels statuts ont-elles? Dans quel secteur? Parcours aussi dans le champ des savoirs universitaires, car les savoirs institués sont encore peu porteurs des savoirs féministes. Ainsi, traiter du parcours des femmes à l'université permet de déployer le thème selon plusieurs perspectives qui s'entrecroisent et se complètent: des perspectives sociologique et comparative, épistémologique, organisationnelle. Du point de vue sociologique et comparatif, il y a notamment la question des effectifs qui dérange: selon les perspectives, il y aurait un trop grand nombre ou trop petit nombre de femmes. L'effectif grandissant de femmes étudiantes, surtout en premier cycle, joue un effet de trompe-l' œil et parfois agace: leur présence massive soulève une peur non avouée que les femmes ne deviennent les seules détentrices du savoir et que les hommes perdent cette prérogative du pouvoir. Si la question de l'équité est bien réelle et porte à s'interroger sur le décrochage des hommes, il n'en demeure pas moins que, dans les pays dits développés, les femmes sont encore largement minoritaires dans bien des secteurs scientifiques: l'équité se joue dans les deux sens. De fait, la présence timide de femmes dans certains secteurs scientifiques a mené la revue québécoise du Conseil du Statut de la femme, la Gazette des femmes, à titrer son numéro spécial développé sur le sujet en collaboration avec la revue Québec Science, «La conquête inachevée» (mars 2004). Le titre est des plus adéquats, car il y a conquête et ce, même si les femmes demeurent toujours moins nombreuses que les hommes au niveau des études du troisième cycle. Et même si elles sont également peu représentées dans le corps professoral et les postes permanents, alors qu'elles sont plus nombreuses dans les charges d'enseignement et de recherche, celles qui sont de statut précaire ou sous contrat limité dans le temps. Les femmes sont encore moins nombreuses comme titulaires de chaires. La situation des hommes et des femmes est loin d'être égalitaire, même en sciences humaines et sociales. Nous le constaterons dans ce livre. Si les chiffres assurent la visibilité de la situation, que dire de l'aspect plus qualitatif qui permet d'aborder des questions épistémologiques. En effet, que dire du savoir transmis ou créé à l'université? Les femmes ont-elles accès aux savoirs féministes? Où, quand, à quelles conditions? Dans quels champs? Quels sont les lieux de recherche «par les femmes, sur les femmes et pour les femmes» pour reprendre une expression militante des années 1970 et 1980? Le travail de construction de connaissances alors se réalise-t-il dans la marginalité ou fait-il partie du mainstreaming? Quel est le rapport des femmes aux savoirs?

Parcours de femmes à l'université

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L'université n'est pas seulement un lieu de transmission et de création de savoirs. Elle est aussi un milieu de vie et de travail. Les questions sont alors d'ordre organisationnel et on peut se demander quels sont les mécanismes mis en place pour assurer la rétention des meilleures candidates autant sur le plan des études que sur celui de la sélection des personnels et des promotions. On peut aussi se demander si les universités offrent un climat propice à l'apprentissage, si elles prennent en compte la spécificité des femmes lorsqu'elles poursuivent leurs études à l'âge de la maternité et du début de la vie familiale. Le corps professoral porte-t-il attention à ces situations qui différencient encore aujourd'hui la situation des femmes et des hommes tant ces dernières sont chargées majoritairement des dimensions dites «ménagères ». Les professeurs, femmes et hommes, offrent-ils les mêmes possibilités aux femmes et aux hommes engagés dans la construction d'un parcours académique? Il y va de la sélection des assistants d'enseignement ou de recherche, de l'évaluation des dossiers lors de l'embauche ou des promotions, ou encore de la sélection des personnels de direction. Autrement dit, les femmes sont-elles invitées à contribuer au fonctionnement de l'institution au même titre que les hommes?

L'OUVRAGE Les auteures des chapitres du présent ouvrage abordent ces questions et fournissent des données sur la communauté universitaire francophone internationale de pays occidentaux. À partir de recherches actuelles, elles proposent des perspectives inédites et prometteuses dévoilant des parcours de femmes à l'université et, en ce faisant, présentent des savoirs trop longtemps restés dans l'ombre et l'ignorance. Elles sont des chercheuses de la Belgique, de la France, du Québec et de la Suisse, et développent, dans leur texte, une vision de la situation des femmes dans les universités de la francophonie occidentale en Amérique du Nord et en Europe. Au-delà de la représentativité nationale des auteures, les références à des recherches européennes ou canadiennes donnent une dimension comparative internationale qui permet de saisir des différences selon les pays, mais surtout, la similarité des résistances, mettant ainsi à jour des tendances quasi universelles en occident quant aux parcours de femmes dans les universités. Certains chapitres entraînent les lectrices et lecteurs dans des résultats de recherche européens, destinés à apporter des preuves complémentaires sur le plan international aux discriminations existantes vis-à-vis des parcours de femmes dans les universités et à leurs mécanismes. D'autres insistent sur la manière dont les événements politiques et sociaux ont influé, au fil du temps sur la situation actuelle dans leur pays, autant sur le plan de la place quantitative et statutaire des femmes dans les universités, que sur celui de la transmission de savoirs féministes. Enfin, plusieurs chapitres permettent de jeter un regard plus détaillé sur des situations analysées au sein d'une université ou d'une faculté. Qu'il s'agisse de résultats à des niveaux microfacultaires ou macro-européens, dans tous les cas, l'analyse permet de pointer des dimensions spécifiques des parcours de femmes au sein des universités et d'en dégager des pistes de changement. Au-delà du constat d'inégalité des sexes, tous les chapitres de l'ouvrage permettent l'analyse de ses mécanismes et des responsabilités qui y sont afférentes.

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Edmée Ollagnier et Claudie Solar

Cet ouvrage permet donc à toute personne d'être séduite par la conviction des nombres mais aussi d'être émue par des histoires singulières. En effet, des approches méthodologiques extrêmement variées cohabitent dans ces pages et c'est probablement une des forces de cet ouvrage de proposer à la fois des analyses statistiques multivariées et de donner la parole à des actrices de la scène universitaire. Les nombres ont le mérite de rendre visible l'invisible et de donner vie à des réalités autrement occultées par leur absence dans les données officielles. De nombreuses personnes conceptrices de collecte de données ignorent, ou oublient, encore à l'heure actuelle le fait que «la variable sexe» pourrait être d'une quelconque utilité scientifique. En allant au-delà de cette variable de base, des chiffres nous autorisent ici à sonder des états des lieux au sein des universités ou des points de vue d'acteurs et d'actrices. Ils nous suggèrent une vision moins statique que celle que l'on peut trouver dans certains textes voués uniquement à dénoncer des discriminations. Ici, les nombres interrogent et bousculent les mécanismes de construction des discriminations. D'autres auteures utilisent des démarches qualitatives, voire cliniques, pour analyser les parcours de femmes dans les universités. Le style des textes diffère de ceux qui jouent avec la complexité des interprétations statistiques, mais les résultats des analyses convergent vers le même type de constat: celui des inégalités et de la complexité des mécanismes qui les induisent. Pour les sciences de l'éducation comme pour la recherche féministe, les approches cliniques et biographiques permettent des niveaux de compréhension des mécanismes identitaires et de socialisation fort précieux. Les lectrices et lecteurs en auront la preuve ici. Certaines zones de la vie universitaire restent peu explorées dans l'ouvrage. Aucun chapitre n'offre des informations et analyses concernant le personnel administratif et technique des universités. Dans le même ordre d'idée, les conditions de travail au quotidien et leur ancrage dans des systèmes organisationnels ne sont pas traités de manière explicite. Mais, les effets des contraintes organisationnelles restent omniprésents dans l'analyse de la gestion des carrières au sein des universités concernées par les recherches relatées. Trois grands volets de la vie universitaire sont traités dans cet ouvrage: les parcours des étudiantes et étudiants au fil de leurs études, les carrières académiques et la place des études féministes. Pour chacun de ces volets, des constantes émergent: la sous-représentation des femmes dans des filières d'études et des postes à responsabilité ou encore leur invisibilité dans les programmes de formation. Les données de différents chapitres convergent vers le fait que les discriminations sont toujours présentes. Elles sont à la fois horizontales, filières sexuées, et verticales, diminution des effectifs féminins autant dans les études avec une proportion moindre de femmes doctorantes qu'en premier cycle que dans la hiérarchie des postes académiques. Les obstacles à la poursuite des études et à la carrière sont interrogés comme les mécanismes de précarisation. L'originalité de cet ouvrage réside dans des données inédites (rapport au savoir d'étudiantes et problématique de la relève en études féministes), mais aussi dans la manière dont certains constats en partie connus sont explorés. Chacun des chapitres permet aux lectrices et lecteurs de trouver des éléments d'analyse et de réponse originaux à ces constats. En ce qui concerne les études féministes, ce sont les offres existantes, mais aussi le manque d'offres dans certains contextes qui sont interrogés. Les offres de cours relatives à la place des femmes dans certains domaines disciplinaires sont fortement

Parcours de femmes à l'université

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liées à des contextes sociopolitiques nationaux, à une pression sociale ou encore au militantisme de certaines pionnières au sein des universités. Certaines disciplines échappent à un questionnement féministe et on est loin de la systématisation d'offres de formation et encore plus loin d'une posture féministe de la part du corps enseignant. Là aussi, les mécanismes sont analysés en mettant en scène l'articulation entre vie universitaire et volonté politique, projet scientifique et professionnalisation des étudiantes et étudiants.

DES COMBATS DE FEMMES AUX RÉALITÉS

INSTITUTIONNELLES

Chacun des chapitres de cet ouvrage apporte un éclairage relatif à un niveau d'analyse déterminé. Nous choisissons ici de les présenter brièvement en abordant en premier lieu la manière dont des femmes vivent et se représentent leur parcours au sein des universités, autant les étudiantes que les professeures. Puis, l'introduction à deux écrits permet de mieux comprendre la venue progressive de l'institutionnalisation des recherches et des études féministes. Enfin, trois textes sont consacrés à l'analyse des inégalités entre hommes et femmes face à la carrière académique.
FEMMES ÉTUDIANTES ET FEMMES PROFESSEURES

Dans son chapitre, Nicole Mosconi traite du rapport au savoir. Elle commence par nous rappeler ce qu'est cette notion selon sa double filiation, psychanalytique et sociologique qui se constitue dans une dynamique psychofamiliale et psychosociale. Elle étudie ensuite la manière dont se constitue et se transforme le rapport au savoir d'étudiantes en procédant à l'analyse des récits de trois femmes adultes recueillis par le biais d'entrevues cliniques. Elle met ainsi à jour le dédale de leur cheminement scolaire et universitaire et nous fait partager avec beaucoup de finesse ces trois parcours de femmes adultes. Qu'il s'agisse d'un échec universitaire causé par une inhibition intellectuelle, d'un parcours réussi au moyen de solutions de compromis ou d'un rapport obsessionnel au savoir, l'auteure insiste sur l'empreinte du milieu familial, le rôle des identifications, mais aussi sur les remaniements du rapport au savoir en fonction notamment du parcours de formation et du parcours professionnel. Elle nous montre comment le rapport au savoir se reconstruit tout au long de la vie en gardant un caractère dynamique. Quel défi que celui de devenir féministe et professeure d'université à la fois! C'est dans le processus d'accès à ce double devenir que Claudie Solar nous entraîne. Elle présente une série d'obstacles et décrit les exigences incontournables pour accéder à une stabilisation et à une reconnaissance académique. Elle nous explique comment la majorité des professeures féministes au Québec ont obtenu un poste dans les universités alors que la «révolution tranquille» provoquait un renouveau et comment elles ont progressivement réussi l'insertion des études sur les femmes et études féministes au sein des universités. L'auteure analyse les distanciations grandissantes entre milieux académiques et milieux communautaires. Enfin, elle se montre très convaincante pour expliquer comment le départ à la retraite des pionnières dans le contexte actuel de vague antiféministe en Amérique du Nord pose la question de la relève de manière cruciale.

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ÉTUDES FÉMINISTES

Edmée Ollagnier et Claudie Solar

Nadine Plateau poursuit l'analyse quant aux études féministes mais sous un autre angle. Elle dresse le portrait du processus d'institutionnalisation des études féministes et des politiques publiques d'égalité au cours des années 1980 et 1990 en Belgique. À partir des travaux de sociologie effectués en Flandre et dans la Communauté française, l' auteure interroge la place, la promotion et les perspectives féministes dans les études, la formation, l'enseignement et la recherche universitaires, à tous les niveaux et dans toutes les disciplines. Elle met ainsi en évidence les freins et les barrières qui causent les disparités entre hommes et femmes pour accéder aux postes les plus élevés de la hiérarchie universitaire. L'analyse permet de relever tout particulièrement les disparités entre les deux communautés et d'établir ainsi des liens entre le développement des études et des recherches féministes et les politiques d'égalité mises en place. Muriel Andriocci et Nicky Le Feuvre présentent, quant à elles, le degré d'institutionnalisation des études féministes dans neuf pays membres de l'Union européenne à partir des résultats d'une recherche récente. Elles mettent en évidence et discutent les facteurs qui facilitent ou empêchent le développement des filières d'enseignement et de recherche à l'université, comme les choix qui consistent à intégrer les études féministes dans les facultés ou, au contraire, d'en faire un département autonome. Elles montrent comment les liens entretenus par les universités avec leur environnement social constituent l'un des éléments clés pour élaborer un processus d'institutionnalisation des études féministes. En effet, des contextes sociaux émane une demande sociale, des contextes politiques émanent des directives en matière de promotion de l'égalité et des organisations universitaires une volonté de mise en œuvre. Les auteures soulèvent pour conclure la question à la fois éthique et politique de la combinaison entre savoirs appliqués et gestion d'une demande sociale.
FEMMES ET CARRIÈRE UNNERSITAIRE

Éliane Barth et Edmée Ollagnier ouvrent la partie de l'ouvrage qui traite des femmes et des carrières universitaires. Elles présentent les résultats d'une étude sur la relève académique au sein d'une faculté de l'Université de Genève. Cette étude traite des effectifs et des parcours des doctorants, femmes et hommes, et de leur insertion dans l'institution après l'obtention du titre de docteur en sciences de l'éducation. Les auteures montrent en quoi certains obstacles à la réalisation du doctorat et au projet de carrière concernent davantage les femmes que les hommes. S'engager dans un parcours de thèse et de carrière implique être confronté à un certain nombre de questions délicates et les stratégies à mettre en œuvre, les alliances à trouver, les conditions de travail à gérer sont autant d'éléments qui interrogent ce projet. Les auteures font part de pistes de réflexion mais aussi de propositions opérationnelles qui pourraient encourager les femmes à faire carrière, y compris en osant remettre en cause les normes traditionnelles de nomination aux postes académiques. Pour conclure, elles élargissent le débat en interrogeant la responsabilité des institutions universitaires dans leur manière de gérer les carrières des hommes et celles des femmes: à l'horizon, un futur plus égalitaire.

Parcours de femmes à l'université

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En s'appuyant sur une recherche réalisée à l'Université de Lille l, Nicole Gadrey et Ségolène Petite auscultent avec minutie les mécanismes et les résultats des recrutements au sein des universités françaises. Elles bousculent les idées reçues en montrant comment les systèmes de concours de recrutement d'enseignants chercheurs qui font une place non négligeable aux procédures de cooptation sont producteurs d'égalité entre hommes et femmes et en quoi la mixité ne serait pas forcément un facteur favorisant cette égalité. Les contextes disciplinaires sont explorés pour analyser l'état de leur féminisation relatif aux fonctions enseignantes. Les auteures se penchent sur les relations entre mixité et égalité rarement prises en compte par tous ceux qui font de la mixité un pilier d'une politique pour l'égalité professionnelle. L'accès des femmes aux grades les plus élevés de la hiérarchie universitaire ainsi que leur participation aux instances de recrutement sont analysés afin de faire émerger quelques pistes d'interprétation des processus de féminisation de l'enseignement supérieur. Enfin, Emanuelle Latour et Nicky Le Feuvre proposent un bilan, statistiques à l'appui, de la répartition sexuée des effectifs universitaires en France, en fonction des cycles de formation pour les étudiants, des disciplines et des statuts professionnels pour les enseignants. Les femmes continuent d'être sous-représentées dans les postes stabilisés des échelons supérieurs. Les auteures débattent pour comprendre s'il s'agit d'un phénomène structurel lié aux règles mêmes du jeu promotionnel universitaire constituant l'un des résultats directs de la division sexuée du travail ou plutôt de l'aboutissement de pratiques et stratégies différenciées sexuées. Quant à elles, les discriminations augmentent au fil de la carrière. Pour mieux saisir les mécanismes de ce plafond de verre, les auteures montrent, grâce à une recherche européenne et par le biais de réponses d'hommes et de femmes occupant des postes universitaires, que la perception des difficultés des femmes est minimisée par les hommes enseignants. Par contre, les femmes restent lucides quant aux efforts supplémentaires à fournir, tant en termes de conciliation vie personnelle et vie professionnelle qu'en termes de visibilité de leurs compétences et de leur efficacité. En conclusion, quelques éléments de synthèse sont proposés pour mieux souligner l'apport du livre alors que de multiples facettes de la problématique des femmes et de l'université restent encore à éclairer dans de nouvelles perspectives de recherche tant cette problématique se conjugue au pluriel.

CHAPITRE 1

RAPPORT AU SAVOIR ET PARCOURS UNIVERSITAIRES DE FEMMES ÉTUDES CLINIQUES
Nicole Mosconi
Sciences de l'Éducation, Université de Paris X-Nanterre nicole.mosconi@wanadoo.fr

À partir de l'analyse du récit fait par trois femmes adultes à propos de leur parcours scolaire et universitaire, l' auteure de ce chapitre se propose d'examiner la manière dont se constitue et se transforme le rapport au savoir. Dans la première partie, elle précise la notion de rapport au savoir telle qu'elle est définie par l'équipe Savoirs et Rapport au Savoir à Paris X-Nanterre, à partir de sa double filiation, psychanalytique et sociologique, et sa double dimension, consciente et inconsciente. Les trois analyses d'entretien viennent illustrer cette conception: Aline, comme cas d'échec universitaire par inhibition intellectuelle; Marianne, comme parcours réussi, grâce à des solutions de compromis; et Cécile, comme cas de rapport obsessionne I au savoir. Dans la troisième partie, l' auteure revient sur les hypothèses et montre en quoi ces cas sont à l'image de son hypothèse centrale: le rapport au savoir du sujet singulier se construit dans une dynamique psychofamiliale et psychosociale. La notion de rapport au savoir tend à se constituer comme concept de base pour tous ceux qui s'intéressent aux phénomènes éducatifs et formatifs et veulent chercher à les comprendre. C'est pourquoi, dans l'Équipe de recherche «Savoirs et Rapport au Savoir» de Paris X-Nanterre, nous tentons, depuis les années 1980, de théoriser cette notion (voir bibliographie). À cet effet, Beillerot (1997, p. 841) propose de définir le rapport au savoir comme un «processus par lequel un sujet, à partir de savoirs acquis, produit de nouveaux savoirs singuliers lui permettant de penser, de transformer et de sentir le monde naturel et social». Par cette définition, il met l'accent sur les dimensions actives et créatives, pour un sujet donné, de son rapport au savoir. Il ne s'agit plus de définir des caractéristiques données et stables d'un sujet cognitif, mais de comprendre comment, dans un certain état des savoirs constitués d'une société dans lequel l'individu naît et se développe, celui-ci va pouvoir construire sa personnalité et forger sa manière propre de se rapporter aux savoirs existants

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