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Paroles de prof...

De
134 pages
« Je fus un professeur heureux ». C'est par ce cri du coeur que l'auteur commence ce récit dans lequel elle nous révèle tous les petits bonheurs rencontrés en quarante années de carrière dans l'enseignement privé sous contrat. Ce livre vous fera plonger dans cet univers si particulier et si enrichissant : c'est l'autre face de l'enseignement, celle qu'on ne voit jamais et que la plupart ignore, celle qui fait qu'un « prof » a été heureux d'avoir beaucoup donné mais aussi d'avoir infiniment reçu.
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Madeleine Paroles
CovasParoles de prof...
40 ans dans de prof...l’enseignement privé
40 ans dans l’enseignement privé
« Je fus un professeur heureux ». C’est par ce cri du cœur
que l’auteur commence ce récit dans lequel elle nous révèle
tous les petits bonheurs rencontrés en quarante années de
carrière dans l’enseignement privé sous contrat.
« Je n’ai été qu’un brin de ce fl ininterrompu de transmetteurs
de savoirs » explique celle qui a tenté, et réussi, à naviguer
le mieux possible entre les écueils de l’administration et les
exigences des parents, sans jamais se lasser.
Ce livre vous fera plonger dans cet univers si particulier
et si enrichissant : c’est l’autre face de l’enseignement, celle
qu’on ne voit jamais et que la plupart ignore, celle qui fait
qu’un « prof » a été heureux d’avoir beaucoup donné mais
aussi d’avoir infniment reçu.
Madeleine Covas, auteur franco-suisse, professeur
de collège et retraitée de l’enseignement, consacre
son temps à l’écriture, à la peinture et à la culture
des roses. Auteur de nombreux livres pour
adolescents et enfants, elle continue à se rendre
dans les classes : le fl n’est ainsi jamais rompu.
Illustration de couverture : © Mélanie Kerebel.
http://www.madeleine-covas.com
ISBN : 978-2-343-04989-2
14 € Graveurs de MémoireG Série : Récits / Vie professionnelle (Éducation nationale)Graveurs de Mémoire
Cette collection, consacrée essentiellement aux récits
de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également 9 782343 049892
aux études historiques.
Madeleine Covas
Paroles de prof…Paroles de prof...
covas-modifié.indd 1 13/12/2014 08:09:41Graveurs de mémoire

Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de
textes autobiographiques, s’ouvre également aux études
historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en
fonction essentiellement de critères géographiques mais
présente aussi des collections thématiques.


Déjà parus

Brilman (Jean), Nos familles au Viêtnam, (1897-1954), 2014.
Beïda (Nejma) en collaboration avec Hélène Dumarty, La
mariée avait treize ans, Une histoire marocaine, 2014.
Jaffrezou (Raymond), Un jeune breton dans la guerre, 2014.
Rabaraona (Rocky A. Harry), L’aventure des Surfs, Souvenirs
d’un groupe vocal malgache, 2014.
Walliser (Andrée), Grandeurs et servitudes scolaires, Itinéraires
passés et réflexions présentes d’un professeur, 2014.
Quesor (Gérard), Chez la tardive, Une amitié inachevée, 2014.
Penot (Christian), Du maquis creusois à la bataille d’Alger, Albert
Fossey dit François de la résistance à l’obéissance, 2014.
Messahel (Michel), Itinéraire d’un Harki, mon père, De l’Algérois
à l’Aquitaine, Histoire d’une famille, 2014.
Augé (François), Petites choses sur l’école, Mémoires et réflexions
d’un enseignant, 2014.
Moors (Bernard), J’ai tant aimé la publicité, Souvenirs et confidences
d’un publicitaire passionné, 2014.
Pérol (Huguette), Gilbert Pérol, Un diplomate non conformiste,
2014.
Gritchenko (Alexis), Lettres à René-Jean, 2014. Madeleine Covas
Paroles de prof...
40 ans dans l'enseignement privé
covas-modifié.indd 3Du même auteur :
Collection jeunesse chez CABEDITA
Bière canton de Vaud (Suisse)
Le mur de la frontière
Voleurs de chouettes
La grotte perdue du Salève
Zamba chien fdèle
L’orphelin de Morat
Albums avec Mélanie Kerebel :
J’veux plus y aller
Le ver à soie et autres contes
Pour adultes :
Chez Publibook
10 nouvelles pour rire, sourire ou grimacer
Secrets ardéchois Éditions et régions,
la Bouquinerie Valence
covas-modifié.indd 4 13/12/2014 08:09:41Je dédie ce livre à tous les enfants qui ont été mes
élèves et à tous les collègues avec lesquels j’ai travaillé.
Merci à Geneviève, Marie, Marie-Mad qui m’ont
permis d’avancer.
Je remercie particulièrement Geneviève Sublet qui a
relu mon manuscrit.
covas-modifié.indd 5 13/12/2014 08:09:417
covas-modifié.indd 6 13/12/2014 08:09:41Avant propos
Je fus un professeur heureux. Les médias, presque
chaque jour, nous parlent de situations si désastreuses
dans certains collèges et pour certains enseignants
qu’on peut se demander s’il n’est pas indécent
d’exprimer ce sentiment de bonheur.
Certains penseront que l’époque à laquelle j’ai
enseigné était plus heureuse, que les enseignants y étaient
plus respectés, plus choyés par l’administration, plus
écoutés par les parents. Il y a certainement un peu de
tout cela. Pourtant, je me souviens avoir entendu des
plaintes concernant les parents, l’académie, la direction
de l’école, les élèves, et cela pendant quarante années.
Les choses sont un peu différentes actuellement mais,
en gros, c’est la même chose : il faut faire un choix à un
moment donné, s’adapter aux situations et regarder ce
pour quoi on est là : instruire, donner le meilleur de ce
que l’on sait, apprendre à travailler aux enfants pour les
rendre moins dépendants et ne rien attendre du reste.
Parfois, je les rencontre, mes élèves, avec leurs
enfants, des années plus tard  : ils me reconnaissent
toujours. Et c’est un vrai bonheur quand ils disent :
7
covas-modifié.indd 7 13/12/2014 08:09:41Madame, qu’est-ce qu’on a bien travaillé avec vous,
mais qu’est-ce qu’on a ri aussi...
J’ai toujours pensé qu’un enfant ne devait pas
s’ennuyer en classe et mes propres enfants me désolaient
quand ils venaient me dire : Maman, on s’ennuie en
français, c’est « chiant » la géologie disait plus
prosaïquement mon fls.
Mais j’ai aussi entendu : le prof d’histoire est génial
et j’adore ses cours. La prof de maths est agaçante par
ses exigences mais super intéressante.
Je me souviens qu’en sixième, le professeur d’histoire
savait si bien faire aimer cette matière à ses élèves, que
lors d’un voyage en Grèce, mon fls sautait sur les
colonnes couchées de l’Olympéion en évoquant Zeus ou
courait sur les sentiers des Thermopyles en se prenant
pour Leonidas...
Et la géographie le passionnait à tel point qu’il avait
appris les noms de toutes les capitales des états du
monde avec l’intention de les visiter.
Lorsque, des années plus tard j’ai reçu une carte de
la gare d’Oulan Bator, j’ai su qu’il avait réalisé un de ses
rêves en visitant la capitale de la Mongolie.
J’ai été une enseignante passionnée, j’ai toujours
cherché à améliorer mes cours, à apprendre avec les
autres. Et j’ai rencontré beaucoup d’enseignants qui me
ressemblaient. Ceux qui échouent (il y en a) ne sont pas
responsables de leurs échecs car les diplômes
d’enseignement n’existent pas, il n’existe que des diplômes de
connaissances.
Mais la pédagogie, le sens de la communication, le
sens de la mise en scène du cours, tout cela ne s’apprend
8 9
covas-modifié.indd 8 13/12/2014 08:09:41pas dans les universités. On peut acquérir certaines
techniques pour tenir une classe, pour avoir de l’ordre.
J’ai connu une institutrice qui n’avait jamais de bruit
dans sa classe à plusieurs niveaux : les enfants la
craignaient terriblement et ils devaient faire de la copie en
attendant les autres. L’année suivante, comme
l’institutrice n’avait pas eu son certifcat d’aptitude
pédagogique, une remplaçante est venue dans cette classe : elle
a été catastrophée par le niveau d’orthographe : les
enfants de l’année précédente n’avaient rien appris, leurs
copies n’étant jamais vérifées. Ils étaient silencieux,
certes, mais incapables de travailler : ils avaient rempli
le temps.
Je n’ai pas toujours réussi, naturellement. Il y a eu des
années meilleures que d’autres mais dans l’ensemble, je
n’ai pas d’amertume. La preuve en est que maintenant
que je suis en retraite et que j’écris des livres pour
enfants, je retourne avec plaisir dans les classes, en France
ou en Suisse. Je retrouve donc les enfants : ils sont
toujours les mêmes, intéressés et amicaux.
L’ambiance des classes que je visite n’est liée ni au
matériel, ni au lieu, elle est liée à l’enseignant : cela n’a
pas changé.
J’ai aussi eu au cours de cette « bataille des livres »,
dont je parlerai plus tard, un échec dû au désordre ou
au manque de préparation des élèves mais dans
l’ensemble, quand une classe reçoit un auteur, le travail
préparatoire a été bien fait et c’est un vrai bonheur de
se replonger dans une classe, de voir tous ces regards
attentifs, de répondre aux questions parfois saugrenues
du genre « Avez-vous écrit le livre toute seule ? »
8 9
covas-modifié.indd 9 13/12/2014 08:09:42Et oui, j’ai écrit mes livres pour eux, dans un
souci de continuité pédagogique, pour les distraire en les
instruisant, pour les remercier aussi de toutes ces
années-bonheur, pour toutes ces rencontres qui m’ont
aidée à surmonter mes propres problèmes, à tenir debout.
10 11
covas-modifié.indd 10 13/12/2014 08:09:42Quand cela a-t-il commencé ?
À quel moment ai-je voulu devenir enseignante ? Je
ne sais plus exactement, mais il me semble que c’est
depuis toujours. À partir du moment où, à l’école, j’ai
trouvé le bonheur avec des institutrices compétentes
que j’ai admirées et que j’ai voulu imiter.
Je suis orpheline de guerre et la disparition tragique
et longtemps inexpliquée de mon père avant ma
naissance a plongé mon enfance dans la misère et
l’incertitude du lendemain. Je le dis maintenant mais je n’en
parlerai plus, réservant cette histoire pour d’autres
pages car mon intention n’est pas de parler de moi, mais
de mes élèves.
L’école était l’endroit où je pouvais lire, écrire,
réféchir, apprendre, et où personne ne savait que j’avais
souvent faim, où on reconnaissait que j’existais malgré
ma pauvreté. L’école m’ouvrait des portes pour l’avenir.
Hélas, j’ai dû la quitter à 16 ans pour aller travailler et
tout a été remis en question.
Pourtant deux ans plus tard, je me suis retrouvée
à Salon de Provence, appelée par une religieuse que
j’avais connue auparavant et qui m’a proposé de devenir
10 11
covas-modifié.indd 11 13/12/2014 08:09:42surveillante dans son établissement qui comportait une
école primaire et un collège.
La communauté religieuse, dans les années soixante,
était encore assez nombreuse et très internationale. Je
me souviens en particulier de la cuisinière portugaise,
toujours de mauvaise humeur, qui aboyait littéralement
ses ordres par le passe-plat donnant sur le réfectoire et
qui nous paralysait par ses exigences. Quant à
l’Américaine, musicienne et maniaque, elle ne voulait pas
que les élèves passent devant la porte de sa salle de
musique sans avoir des semelles impeccables tant elle avait
la phobie de la poussière, mais elle chantait
magnifquement. La petite Espagnole, elle, chantait et
dansait constamment, toujours nostalgique de sa lointaine
Espagne. Au rez de chaussée de l’école, Sœur Elisabeth
avait sa classe de Cours élémentaire. Cette religieuse
était une force de la nature, un véritable colosse qui ne
pouvait se peser sans démolir les balances. Elle passait
toutes voiles dehors dans les couloirs et son rire énorme
résonnait jusqu’au premier étage. Ses élèves l’adoraient
et elle m’a laissé l’image de quelqu’un qui vivait
vraiment sa vocation. La religieuse sénégalaise, d’un beau
noir brillant, qui tenait la classe du cours préparatoire,
parlait aux petits d’une voix si douce qu’on l’entendait à
peine et les enfants lui répondaient de même.
Ce séjour à Salon fut une délivrance : je me suis
remise au travail pour passer mes diplômes et le hasard
faisant bien les choses, je me suis retrouvée dans une
classe primaire comme aide pour soulager l’institutrice
avec ses quarante-trois élèves.
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