Pédagogie des Grands Groupes et Education Primaire Universelle

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Le phénomène des classes à grands effectifs affecte depuis une vingtaine d'années les écoles des pays africains où les classes de plus de 100 élèves sont très fréquentes. C'est pourquoi on parle de plus en plus d'une Pédagogie des Grands Groupes comme un modèle pédagogique visant à transformer la contrainte "grands groupes" en ressources pour un enseignement / apprentissage profitable à tous. Après avoir fait l'état de la question, cette étude se veut être une voie de recours pour les Etats africains au sud du Sahara afin de relever le défi de l'Education Primaire Universelle en l'an 2015.
Publié le : lundi 1 mai 2006
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EAN13 : 9782336272412
Nombre de pages : 138
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Pédagogie des grands groupes et éducation primaire universelle
Afrique subsaharienne

Educations et Sociétés Collection dirigée par Louis Marmoz
La collection Educations et Sociétés propose des ouvrages, nés de recherches ou de pratiques théorisées, qui aident à mieux comprendre le rôle de l'éducation dans la construction, le maintien et le dépassement des sociétés. Si certaines aires géographiques, riches en mise en cause et en propositions, l'Afrique subsaharienne, l'Europe du Sud et le Brésil, sont privilégiées, la collection n'est pas fermée à l'étude des autres régions, dans ce qu'elle apporte un progrès à l'analyse des relations entre l'action des différentes formes d'éducation et l'évolution des sociétés. Pour servir cet objectif de mise en commun de connaissances, les ouvrages publiés présentent des analyses de situations nationales, des travaux sur la liaison éducation-développement, des lectures politiques de l'éducation et des propositions de méthodes de recherche qui font progresser le travail critique sur l'éducation, donc, sans doute, l'éducation elle-même... Déjà parus Lucila JALLADE et Vittoria CA VICCHIONI (sous la dir.), Agir pour l'éducation des filles en Afrique subsaharienne francophone,2005. Cécile DEER, L'Empire britannique et l'instruction en Inde (1780-1854),2005. Françoise CROS (sous la dir.), Préparer les enseignants à la formation tout au long de la vie: une priorité européenne ?; 2005. M. LAWN et A. NOVOA, L'Europe réinventée, 2005. Brigitte ALESSANDR!, L'Ecole dans le roman africain, 2004. Léopold PAQUAY (sous la dir.), L'Evaluation des enseignants :tensions et enjeux, 2004. Anne BESNIER, La violence féminine, du vécu au transmis, 2004. Pierre LADERRIERE (dir.), La gestion des ressources humaines dans l'enseignement: où en est l'Europe ?, 2004. Pierre LADERRIERE (dir.), Les nouveaux métiers de l'enseignement: où en est l'Europe ?, 2004. Françoise BUFFET (sous la direction de), Education et culture en Europe. Le rôle du partenariat, 2003.

Madana Nomaye

Pédagogie des grands groupes et éducation primaire universelle
Afrique subsaharienne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
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http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr
((';) L'Harmattan, 2006 ISBN; 2-296-00764-3 EAN ; 9782296007642

DEDICACE

Nous dédions ce travail à tous les enseignants en Afrique subsaharienne confrontés aux problèmes

d'enseignement dans les classes à grands effectifs. Nous saluons leur courage et leur abnégation.

INTRODUCTION Au lendemain des Indépendances, de nombreux gouvernements des pays africains avaient placé leur espoir légitime dans l'éducation considérée comme un facteur de développement. Le développement étant défini comme un changement dans un sens positif des structures sociales, économiques et politiques d'une société, changement caractérisé par une élévation du niveau de vie et du bienêtre des populations. Dans une analyse de l'éducation en Mrique, C. Vinayagum 1 constate que «depuis les années 60... les nations africaines ont massivement investi dans le secteur de l'éducation, et ce, à tous les niveaux, convaincues que l'éducation est la condition sine qua non du développement et que seul un peuple éduqué est à mesure de maîtriser le savoir-faire nécessaire pour assurer une croissance économique durable et une meilleure qualité de la vie ». Mais quelques décennies plus tard, les gouvernements et les peuples de nombreux pays africains ont commencé à se rendre compte que l'éducation n'entraînait pas les rapides changements économiques et sociaux souhaités. Bien au contraire, l'entreprise éducative réclamait sans cesse de nouveaux fonds et commençait à devenir trop onéreuse pour les budgets de ces pays pauvres. Malgré ce constat, les gouvernements des pays africains restent persuadés que l'éducation demeure un instrument indispensable au développement socioéconomique de leurs pays. Le lien entre l'éducation et le développement s'appuie sur l'hypothèse que plus les hommes sont transformés par l'éducation, plus leurs comportements sociaux sont élaborés, mieux ils produisent économiquement et plus ils participent aux activités politiques. On
(l)Vinayagum C. 1991

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comprend donc aisément l'intérêt des parents et des pouvoirs publics de garantir une éducation de base à tous les enfants et à tous les citoyens. De nombreuses études ont montré, en effet, que le fait d'avoir suivi une formation scolaire améliore les conditions de vie, notamment au niveau de la santé ou du revenu. Sur le plan national, un niveau scolaire plus élevé de la population a des retombées économiques et sociales positives, autant pour les individus que pour la société dans son ensemble. En Mrique subsaharienne, la conception de l'école, c'est-à-dire une éducation formelle dans une institution scolaire comme élément moteur dans le processus de développement socio-économique n'a pas toujours été évidente. La perception des populations africaines du rôle de l'école dans le processus de développement est passée par plusieurs phases qui se sont traduites, sur le plan de la politique éducative, par diverses mesures administratives et techniques parmi lesquelles le forcing, l'incitation au moyen de la propagande, l'instauration des cantines scolaires, l'augmentation des structures d'accueil, le relèvement du budget de l'Etat en faveur de l'éducation, la formation des enseignants, les tentatives de réformes des systèmes éducatifs pour mieux les adapter aux réalités nationales, etc. De nos jours, on assiste à une demande quasigénéralisée de l'école par les populations africaines. L'école est maintenant perçue par ces populations comme un facteur de promotion sociale et par les pouvoirs publics comme un puissant moyen de lutte contre la pauvreté humaine. Il y a plus d'une décennie (Jomtien, 1990), la conviction que l'accès à une éducation de base de qualité
(2) Conférence Mondiale sur l'Education, 2000

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est un droit fondamental a fait naître le mouvement de l'Education Pour Tous (EPT). L'éducation est reconnue comme un droit de l'homme. Le cadre d'action de Dakar(2)

stipule que « d'ici 2015 tous les enfants aient la possibilité
d'accéder à un enseignement primaire obligatoire gratuit et de qualité ». Les objectifs de l'Education Pour Tous (EPT) comprennent l'extension des services de protection et d'éducation au niveau de la petite enfance, la promotion des possibilités d'apprentissage pour les jeunes et les adultes, l'augmentation du taux d'alphabétisation et l'amélioration de la qualité de l'enseignement sous tous ses aspects, afin que tous les apprenants obtiennent des résultats reconnus et quantifiables. Un des objectifs phares de l'Education Pour Tous est d'assurer l'accessibilité à l'Education Primaire Universelle (EPU) dans chaque pays à travers le monde et de faire bénéficier tous les individus d'une scolarisation à travers laquelle ils pourront acquérir des habiletés fondamentales comme la lecture, l'écriture et le calcul. Les gouvernements se sont engagés d'ici 2015 à garantir à tous les enfants l'accès à l'éducation primaire et la possibilité de l'achever, tandis que les organismes internationaux suivent de près les progrès vers l'objectif de l'Education Pour Tous. Tous les ans, l'UNESCO publie un rapport mondial de suivi de l'Education Pour Tous. Dans un article intitulé «Education Pour Tous: l'Mrique est-elle sur la bonne voie? »3, John Daniel, SousDirecteur Général pour l'éducation, UNESCO, estime que 28 pays du monde (soit 28 % de la population mondiale) n'ont aucune chance d'atteindre l'Education Primaire Universelle. Les deux tiers de ces pays sont situés en Mrique subsaharienne.
(3) John Daniel avril-septembre 2003

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Alors que faire quand il n'y a pas assez de salles de classe pour accueillir tous les enfants et moins d'enseignants pour un encadrement efficace? Il n'y a pas d'autre solution que de surcharger les classes. L'administration de l'établissement scolaire confie donc à chaque enseignant un nombre élevé d'élèves par classe pour répondre à la demande scolaire, d'où l'existence des grands groupes dans les classes. Ces grands groupes posent d'énormes problèmes d'organisation des situations d'apprentissage. Les maîtres sont souvent désemparés car n'étant pas toujours formés pour faire face à de telles situations pédagogiques. La qualité de l'enseignement sera compromise si aucune solution n'est trouvée à ce problème. La solution durable aux problèmes des grands groupes dans les classes réside dans l'augmentation du nombre d'enseignants et des classes. Or l'état actuel de l'économie des pays africains ne permet pas d'envisager cette solution dans un avenir immédiat. Les grands groupes risquent de demeurer encore longtemps les normes des classes africaines. Il y a donc nécessité de rechercher les voies et les moyens pour gérer cette réalité. En d'autres termes, il s'agit d'entreprendre des actions pédagogiques spécifiques liées aux grands groupes dans le but de donner à chaque enfant une chance d'apprendre quelque chose durant son séjour scolaire. C'est un choix qui n'encourage en rien ce que les critiques de la pédagogie des grands groupes appellent « la démission des pouvoirs publics face à leurs

responsabilités» .
Prenant en compte les multiples problèmes d'organisation de l'enseignement et soucieux de maximaliser l'apprentissage chez l'enfant, les pédagogues ne cessent de varier les démarches ou formules pédagogiques. L'on a parlé de l'enseignement programmé, du micro-enseignement, de la pédagogie active, de la pédagogie différenciée, de la pédagogie par objectifs, de la 10

pédagogie de contrat, de la pédagogie du projet, de la pédagogie communautaire, etc. De plus en plus, l'on parle d'une Pédagogie des Grands Groupes, pour répondre au problème de l'explosion démographique scolaire jusqu'alors inconnu dans les systèmes éducatifs africains. Le problème de la Pédagogie des Grands Groupes se pose de la façon suivante: comment organiser l'enseignement de telle sorte que des élèves nombreux dans une classe sous la conduite d'un maître puissent apprendre quelque chose durant leur séjour à l'école? En d'autres termes, comment transformer la contrainte «grands groupes» en ressources pour que chaque enfant puisse bénéficier des activités d'apprentissage? Après avoir fait l'état de la question et en s'appuyant sur les fondements théoriques des situations d'enseignement! apprentissage, la présente étude propose quelques techniques et pratiques pédagogiques éprouvées susceptibles de soulager les enseignants de tous les niveaux confrontés aux problèmes d'enseignement dans les classes à grands effectifs et se veut une solution pédagogique aux engagements des Etats africains au sud du Sahara de fournir une Education Pour Tous (EPT) de qualité d'ici l'an 2015.

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CHAPITRE 1 QUELQUES DEFINITIONS Dans cette étude, un certain nombre de mots seront employés à propos des classes à grands groupes et des classes multigrades. Il convient donc de s'entendre sur ces mots. 1.1. Qu'est-ce qu'une classe? Il existe diverses acceptions du mot « classe ». Mais en restant dans le cadre scolaire, voici quelques définitions. «Le mot classe désigne de manière générale, un cycle, une division, une école, des élèves, équipe, maître, matériel scolaire, mobilier scolaire, niveau, etc. »1. Pour Mialaret, l'utilisation du mot « classe» dans le domaine de l'éducation renvoie à trois réalités: (i) tantôt le mot classe désigne les élèves, ceux à qui l'on enseigne habituellement; (ii) tantôt il désigne le local et par extension, il peut même désigner l'école entière; (iii) tantôt ce mot classe désigne l'enseignement lui-même (préparation de la classe; faire la classe). R. Lafon, en donne une définition un peu précise: «la classe est un établissement d'enseignement où un groupe d'élèves sont réunis dans la même salle et travaillant avec le même maître. C'est aussi la salle qui reçoit les écoliers aux heures de travail» 2. Pour Ph. Champy et ses collaborateurs, «la classe vient du mot latin «classis» qui veut dire «groupe de citoyens », au sens de «groupe spécifié»; la classe désigne un ensemble d'élèves regroupés qui suivent le même enseignement ou le cours lui-même (faire la classe),
(l)Mialaret G. 1979 (2) Lafon R. 1960
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