Père Gabriel Deshayes 1767-1841 et l'enseignement des sourds

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Gabriel Deshayes fut un des pionniers de l'éducation des sourds-muets. Peu connu de nos jours, il est à l'origine du développement de dix écoles. Cet ouvrage s'attache à découvrir tout le cheminement intellectuel et concret qui va le mener à s'intéresser à des écoles spécialisées et à favoriser l'amélioration des méthodes d'enseignement, d'abord bien tâtonnantes, puis, progressivement, plus structurées.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296932807
Nombre de pages : 137
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Sommaire
Introduction ………………................................................. 9 I- Gabriel Deshayes ………. ............................................. 13 II - Situation des sourds au début du 19e siècle ................. 23 III - Deshayes fondateur…….. .......................................... 29 1810 – Ecole d’Auray : garçons et filles ....................... 31 1829 – Ecole de Loudun : garçons ................................ 41 1833 – Ecole de Pont-Achard Larnay : filles ................ 42 1835 – Ecole d’Orléans : filles ...................................... 45 1837 – Ecole de Rouillé : garçons ................................. 48 1838 – Ecole de Loudun : garçons ................................ 50 1839 – Ecole d’Orléans : garçons ................................. 52 1840 – Ecole de Lille : garçons et filles ........................ 56 1840 – Ecole de Soissons : garçons et filles .................. 62 Autres projets……………. .............................................. 67 IV - Deshayes et la formation des maîtres ......................... 79 V - Deshayes et la scolarité des sourds .............................. 89 VI - Deshayes, homme de publicité ................................. 103 VII - Deshayes et la mixité .............................................. 109 VIII - Deshayes et la Providence ..................................... 113 IX - Une œuvre qui se prolonge ...................................... 117 En France …………….. .............................................. 117 A l’étranger - actuellement .......................................... 129 Conclusion …………….. ............................................... 133

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Introduction

Il est immense le patrimoine sourd ! De ce point de vue, l’histoire du XIXe siècle est d’une richesse que l’on est bien loin d’avoir totalement découverte. Tant de documents dorment encore dans des archives ou sont insuffisamment exploités ! En France, l’abbé de l’Epée a eu le mérite d’être à l’origine de l’éducation des enfants sourds-muets et de former des enseignants qui vont démultiplier son œuvre. L’abbé Sicard lui a succédé. Ces deux personnages, qui ne les connaît pas ? Ils sont devenus célèbres, et le restent, à juste raison. Pourtant, bien d’autres pionniers ont eux aussi travaillé et ont pris leur place dans l’instruction de ces enfants jusque-là si oubliés, et ont fondé des écoles, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. Parmi eux, un certain nombre de sourds, tels Commery, Pélissier, Massieu, Dunan. Des ecclésiastiques prirent également leur place dans cet effort. Citons les abbés Deschamps, Jamet, Beulé et surtout Deshayes qui, ici, va particulièrement nous intéresser. N’oublions pas non plus que des laïcs se trouvèrent au premier rang : Blouin, Saint-Sernin, Duler. Certes, l’éducation des sourds-muets n’a pas commencé avec Gabriel Deshayes. Mais l’on peut dire que ce breton en fut bien un des pionniers. Peu connu de nos jours, il est cependant à l’origine du développement de dix écoles : cinq pour les garçons et cinq pour les filles. Personne d’autre ne connut une telle efficacité. 9

Quelque cinquante ans avant lui, l’abbé de l’Epée avait ouvert à Paris la voie de l’enseignement à ceux qui, jusque-là, ne bénéficiaient que très rarement de l’attention d’un précepteur. Mais l’immense majorité d’entre eux ne pouvait avoir aucun accès à une quelconque instruction. Au début de ce XIXe siècle, il en était presque de même des autres enfants qui, eux entendaient pourtant bien. La Révolution avait laissé bien des traces et beaucoup d’écoles qui s’étaient mises peu à peu en place auparavant avaient maintenant disparu. Ce souci de l’éducation de tous les enfants, Gabriel Deshayes va le porter au plus profond de lui-même, toute sa vie, tant comme curé d’Auray que comme Supérieur général des congrégations montfortaines : Filles de la Sagesse et Pères et Frères du Saint-Esprit. Ouvrir des écoles fut l’un de ses désirs les plus chers. Il le fit au fur et à mesure de l’augmentation du nombre des sœurs et des frères. Il fallait assurer les conditions de leur fonctionnement et de leur pérennité. Certaines difficultés se présentèrent et quelques fondations ne durèrent pas longtemps. Mais l’élan était donné et le nombre d’établissements ne cessa de progresser. Curé d’Auray, dans le Morbihan, Gabriel Deshayes découvre dans sa paroisse des sourds-muets. Comment pourrait-on les éduquer ? Tout au long de ces pages nous nous attacherons à découvrir tout le cheminement intellectuel et concret qui va le mener à s’intéresser à des écoles spécialisées et à favoriser l’amélioration des méthodes d’enseignement, d’abord bien tâtonnantes, puis, progressivement, plus structurées. Les sources de renseignements sur cette action innovante et multiple du P. Deshayes sont fort diverses. Parmi les principales consultées, citons : 10

- Les archives des congrégations des Filles de la Sagesse et des Frères de Saint-Gabriel. Elles sont très riches. Les retrouver, les dépouiller est toujours source d’informations de premier ordre. - Les Chroniques des Frères Augustin et Abel ou celles de la sœur Agathange. - Les Chroniques, anonymes, de certains établissements, telles celles de Lille ou de Poitiers pour les garçons, celles de Lille pour les filles. Fidèlement tenues pour certaines, elles sont très intéressantes quant au déroulement de la vie au quotidien dans ces Maisons. - Une importante correspondance échangée par les directeurs ou directrices avec les préfets, les évêques, les commissions de surveillance ou d’autres responsables d’écoles nous offrent des éclairages à ne pas dédaigner. - Les monographies, établies à différentes dates, sur l’historique des écoles, spécialement à des dates anniversaires de leur fondation. - Les biographies de Gabriel Deshayes : celle de Laveau, la plus ancienne, mérite une mention spéciale de par les renseignements fournis ; celles de Crosnier et de Laveille, les reprennent généreusement, mais fournissent un certain nombre de détails que l’on ne trouve pas dans la première. - Les lettres échangées entre le P. Deshayes et les Filles de la Sagesse permettent également d’apporter des précisions très importantes au niveau historique. C’est donc à une étude à la fois historique et pédagogique, toujours référencée, que cette recherche invite. Vue globale de l’engagement de Gabriel Deshayes au service des jeunes sourds, qu’ils soient du sexe féminin ou masculin ; aperçu sur toutes les écoles de sourds-muets qu’il a fondées, qu’il a reprises ou bien projetées ; regard sur l’influence de ce grand ami des sourds, en son temps, mais aussi bien après sa mort, jusqu’à maintenant. 11

Nulle publication n’avait approfondi et mis en relief cet important développement d’écoles de sourds et de sourdes en France. Il est juste de rendre un hommage appuyé à cet « amoureux » d’enfants jusque-là privés de communication, d’enseignement et de reconnaissance de leurs propres valeurs. Le Père Gabriel Deshayes est l’un des « grands » que la communauté sourde française et même internationale peut et doit compter comme l’un de ses insignes bienfaiteurs.

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I - Gabriel Deshayes

Située au sud-est de la forêt de Paimpont, la bourgade de Beignon est distante de 40 km de Rennes, 60 de Vannes et 80 d’Auray. Légèrement vallonnée la commune a une altitude moyenne d’une centaine de mètres. La population a beaucoup varié selon les époques : en 1891 elle était de 1 391 habitants, en 1962 de 580 et maintenant de 1 420. Gabriel Deshayes est né le 6 décembre 1767, près de l’église. Son père, Michel, est à la fois agriculteur et boucher. Gabriel va connaître ses deux sœurs : Mathurine-Jeanne, née 13

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