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Petite histoire locale d'un groupe d'accompagnement scolaire

De
160 pages
Cet ouvrage est avant tout un témoignage d'un ensemble d'acteurs locaux sur leurs efforts pour apporter une aide parascolaire à des adolescents de tous milieux sociaux. Ni observation pédagogique, ni étude sociologique, ce document est le produit d'une co-écriture de son auteur et des participants du groupe de soutien scolaire, qu'ils soient élèves ou encadrants.
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PETITE HISTOIRE LOCALE D'UN GROUPE D'ACCOMPAGNEMENT SCOLAIRE

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7267-2

Guy LUCAS

PETITE HISTOIRE LOCALE D'UN GROUPE D'ACCOMPAGNEMENT SCOLAIRE Ils ne redoubleront pas!

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Remerciements Je tiens à remercier pour leur contribution: Morgane Bréard, Philippe Lucas, Margarete Allouche, Marega Boubakar, Brigitte et Régis Sachot, Magali Mathé pour la lecture attentive et critique du texte.

À Suzanne... si elle l'accepte

L'implicite d'un projet d'enseignement Que va-t-on, ou quefaut-il dire et ne pas dire du savoir qu'on transmet: cette question fondamentale supposerait de très longs developpements. Elle est inséparable des conceptions que l'on se fait des capacités potentielles des élèves et de ce qu'il est souhaitable qu'ils sachent tant pour leur épanouissement personnel que pour leur préparer une place dans une société donnée. Les réponses qui y sont apportées sont donc sous-tendues par ce que ['on peut avoir comme vision du monde, et supposent de trouver une pédagogie qui y soit conforme.
Stella Baruk "Dictionnaire de mathématiques élémentaires"

Seuill992

Préface
Depuis plus d'une dizaine d'années, des initiatives locales d'aide aux élèves en difficulté scolaire se sont développées à travers toute la France. Qu'elles aient été impulsées par les collectivités locales, par des associations, des travailleurs sociaux ou des familles, ces actions procèdent toutes d'une préoccupation commune: apporter des réponses même très informelles aux difficultés croissantes d'adaptation aux apprentissages scolaires auxquelles les élèves et leurs parents sont conftontés. Ces initiatives ont émergé dans le vaste mouvement national de réhabilitation des quartiers urbains d'habitat social, celui du développement social des quartiers, mais elles l'ont largement débordé. L'émergence des groupes de soutien scolaire, également appelés d'entraide scolaire ou d'aide aux devoirs, dans des contextes régionaux et locaux très divers, manifeste à quel point la vie scolaire tient une place centrale dans la vie sociale aujourd'hui. C'est le souci de la réussite scolaire des collégiens et des lycéens qui s'y exprime aux différentes étapes d'une formation initiale obligatoire visant de plus en plus souvent un niveau de baccalauréat. Cette réussite scolaire commence par permettre aux élèves de reprendre confiance dans leur scolarité et de comprendre comment réaliser le travail scolaire demandé. Il s'agit bien de rendre possible une réinsertion ou une meilleure insertion dans l'espace scolaire et dans le parcours de formation en cours: l'objectif premier est de mettre les élèves en situation de mieux répondre aux attentes des enseignants et de mieux maîtriser les apprentissages défmis par les programmes. Dans cette perspective, la réussite scolaire concerne non seulement la progression des apprentissages et des résultats évalués mais aussi le maintien d'une attention et d'une compréhension du discours enseignant. Cette défmition qui s'éloigne des critères sélectifs de l'orientation scolaire vers les filières les plus valorisées, marque la dimension sociale de cette

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entreprise: lutter contre la marginalisation et l'exclusion au sein de l'école, maintenir le sens d'une relation à l'institution, et par delà l'école, à une communauté sociale de quartier ou de ville. Ce livre relate l'expérience d'une action de soutien scolaire conduite pendant quinze ans. Il montre comment les objectifs effectivement atteints pour une majorité d'élèves vont au-delà d'un premier niveau de réussite scolaire pour permettre la réinsertion dans un cursus délivrant un titre scolaire. Quelques parcours d'élèves qui ont particulièrement tiré profit de ce milieu éducatif extra familial et extra scolaire, viennent éclairer et souligner la complexité des conditions requises pour un développement global de l'élève en lien avec son milieu familial, son environnement social et l'univers scolaire. Patricia Portelli Maitre de conférences INRP Paris

INTRODUCTION
Ils ont passé leur enfance à tirer sur la corde,. un beau jour enfin ils l'ont cassée,. et voilà comment ils sont entrés dans la vie, comme ces chiens suspects qui traînent un bout de corde. Alain "Propos- L'odeur du réfectoire" Alors que des études de maths/physique me destinaient à travailler dans un laboratoire de recherche électronique, j'ai préféré au bout d'un an d'expérience professionnelle chez Citroën prendre une orientation différente. En 1964, je suis "entré en animation" non pas comme on entre en religion mais par curiosité, pour chercher l'aventure dans un métier nouveau. À cette époque, il n'existait aucune formation spécifique et encore moins de diplôme pas de DEFA ., de BEA TEp. ou de BAPAAT. pour sanctionner une quelconque aptitude à "l'animation" et, si ma mémoire est bonne, c'est avec un modeste diplôme de moniteur de colonies de vacances le BAFA. n'existant pas que je devais faire mes premières armes dans la fonction d'animateur de jeunes. Auparavant j'avais tenté ma chance en enseignant les mathématiques dans un établissement confessionnel de la région parisienne. Des méthodes pédagogiques peu conformes aux principes religieux, et surtout aux intérêts fmanciers de ce collège de luxe, m'avaient valu d'être remercié "chaleureusement" par un supérieur peu soucieux de la législation du travail. La chance me souriait: les banlieues n'étaient pas encore chaudes, les populations en difficulté relativement rares et les étrangers très demandés pour concourir à l'épanouissement de la société de consommation. Il existait bien quelques jeunes marginaux qui "n'avaient rien compris au film" et qui se bastonnaient joyeusement à coups de chaines de moto, pillaient les premières cabines

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. Diplômes d'animation divers

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téléphoniques ou les tout nouveaux supermarchés, mais il ne s'agissait de toute évidence que d'une minorité, celle justement qu'il m'appartenait de canaliser et de remettre dans le droit chemin. Le travail n'était pas sans risques et quinze jours après mon entrée en fonction, j'allais être confronté à deux jeunes, armés d'un rasoir, qui avaient décidé que j'étais de trop sur leur territoire. Il m'a fallu confisquer quelques couteaux à cran d'arrêt et plusieurs armes de poing afm de ramener le calme dans un secteur quelque peu agité. Quelques années plus tard, promu directeur adjoint puis directeur du centre social, nanti de la médaille d'honneur de la Jeunesse et des Sports, pour "service rendu à la cause de la jeunesse", je m'installai derrière un bureau, à l'abri des intempéries, où je croulais très vite sous les dossiers : montages fmanciers, rapports d'activités, demandes d'agrément, déclarations de sinistres, gestion de personnel, avaient remplacé mes "potes", les photographes de l'identité judiciaire et les séances de travail avec le juge du tribunal pour enfants de Pontoise. Les banlieues avaient bien changé. On ne construisait plus des paradis pour les petits enfants du siècle, on réhabilitait des quartiers d'habitat social dégradés, d'où les jeunes cadres à l'avenir prometteur avaient disparu, remplacés par les populations en difficulté et les travailleurs étrangers maintenant chômeurs de longue durée. Devenu "ringard", le terme d'animateur ne faisait plus recette, on lui préférait celui d'agent de développement local et les municipalités, qui avaient enfm compris l'intérêt des centres sociaux, n'entendaient pas qu'ils échappent à leur contrôle. On me "municipalisa" en même temps que le centre social. Devenus trop nombreux pour être marginaux, les jeunes délinquants, à la différence de leurs aînés, n'avaient plus de "projet de délinquance" et faisaient commerce de tout, de l'autoradio à l'AK47. Dans un tel contexte, j'avais pensé que mes méthodes pédagogiques, jadis jugées peu orthodoxes par les autorités catholiques romaines, pouvaient avoir quelque avenir auprès

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des populations défavorisées des banlieues. Si tel était le cas, elles pouvaient offrir le double avantage d'aider les jeunes en difficulté et de me sortir de la routine des dossiers administratifs. Les résultats ont dépassé mes espérances dans tous les domaines. Cette aventure m'a réservé bien des surprises et quelques redressements de situations spectaculaires. Témoigner l'école des initiatives et des solidarités autour de

À la veille de la retraite, j'ai donc songé à réunir dans un livre les témoignages de ces quinze années de soutien scolaire. Ce n'est ni un manuel de pédagogie, ni un ouvrage de sociologie, et il n'a aucune prétention scientifique bien qu'on y trouve un ensemble de données concernant les élèves de l'année scolaire 1995-1996. Dans ces conditions certains lecteurs pourront s'interroger sur les raisons qui m'ont conduit à écrire ce livre. Dresser un bilan d'autosatisfaction? Il n'en était pas question. Elaborer une opération démagogique à l'usage des élèves de l'aide aux devoirs? Ces derniers ne seraient pas dupes. Ils me connaissent trop bien pour savoir qu'une telle démarche ne fait pas partie de mes habitudes. La réponse est tout autre. L'adolescent vit dans un monde où la violence et l'intolérance règnent en maîtresses, répercutées, amplifiées régulièrement par les médias. Dans un tel contexte les interdits se multiplient alors que les repères disparaissent noyés dans les affaires de corruption, les règlements de compte sauvages et les opérations médiatiques de camouflage. Entre l'échec scolaire et la désagrégation de la cellule familiale, les jeunes n'ont d'autre avenir que d'incendier les centres commerciaux entre deux opérations "d'apprentissage de la citoyenneté" organisées par les travailleurs sociaux, porte-parole ou kamikazes des pouvoirs publics. La violence est entrée dans les collèges et les lycées, et les espaces de liberté où jadis l'adolescent pouvait forger peu à peu sa personnalité et faire l'apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité n'existent plus. En écrivant

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cet ouvrage, j'ai voulu montrer qu'il était encore possible de faire vivre des lieux où le jeune peut s'exprimer librement pourvu qu'il respecte l'autre et apprenne à l'écouter. Nous avons souhaité qu'entre le permis et l'interdit existe une zone de négociation permettant de fIxer à chacun des limites adaptées à des confrontations spécifIques et... "quelquefois ludiques" au travers d'une relation d'aide dépassant largement le champ du scolaire. L'expérience valait bien d'être restituée dans toutes ses dimensions et c'est pourquoi j'ai volontairement sollicité la participation des jeunes et de l'équipe d'encadrement pour l'élaboration de cet ouvrage, car je souhaite avant toute chose relater l'aventure commune d'un groupe d'habitants de banlieue réunis autour d'un même objectif: aider quelques adolescents volontaires à se sortir de la "galère scolaire" où les circonstances les avaient plongés. C'est un livre qui a délibérément pris le parti d'ignorer les échecs, toujours trop nombreux. Le doyen des intervenants déclarait lors d'une interview: "Je ne veux pas me polariser sur les échecs, ce qui compte pour moi, ce sont les réussites". Nous souhaitons que le lecteur adopte le même point de vue en abordant ce témoignage d'une expérience de quartier. Nous souhaitons également qu'il nous pardonne le langage peu académique ainsi que les termes de verlan employés par les jeunes que nous n'avons volontairement pas traduits, afm que les élèves ne soient pas seuls tenus de faire des efforts de compréhension. Il s'agit d'un parti pris, celui de ne jamais modifIer le texte d'un interview ou d'une correspondance au risque de choquer quelques bien-pensants (mais après tout, n'est-il pas plus agréable de lire Rabelais comme on lit l'album de la comtesse en cherchant les contrepèteries ?). C'est aussi l'occasion de mettre en évidence la capacité des jeunes à exprimer leurs préoccupations quotidiennes, leurs "délires", leurs problèmes, avec une richesse de contenu que vous n'obtiendrez pas si vous leur demandez de raconter "votre meilleur souvenir de vacances en soignant particulièrement le plan et le vocabulaire". Quant à la construction du livre, c'est à la demande des élèves et de l'équipe d'encadrement que les données statistiques et