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Pie XII contre De Gaulle

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15mn d'Histoire : une collection numérique de textes courts pour apprendre et comprendre l'Histoire en 15 minutes !
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Comment le pape a évité l'épuration massive des évêques de France à la Libération...



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couverture

Du même auteur

Les Giscardiens (avec Christian Sauvage), Albin Michel, 1978.

L’Après-Communisme de l’Atlantique à l’Oural (avec Jacques Lesourne), Robert Laffont, 1990.

La vérité l’emportera toujours sur le mensonge (Comment le pape a vaincu le communisme), J.-C. Lattès, 1991.

Le Bunker (Vingt ans de relations franco-soviétiques), J.-C. Lattès, 1993.

Nadia (roman), Le Rocher, 1994.

Revue de presse (roman), J.-C. Lattès, 1997.

Dictionnaire politique du XXe siècle (avec Patrick Ulanowska), Le Pré aux Clercs, 2000.

Histoire illustrée de la droite française, Le Pré aux Clercs, 2002.

Jean-Paul II, coll. « Biographies », Gallimard, 2003.

La Bourgogne, quelle histoire ! (avec Jean-Louis Thouard), Editions de Bourgogne, 2004.

Aux Bourguignons qui croient au Ciel et à ceux qui n’y croient pas (entretien avec Mgr Roland Minnerath), coll. « Libre parole », Editions de Bourgogne, 2005.

Jean-Paul II (édition augmentée), coll. « Folio », Gallimard, 2006.

Benoît XVI, le dernier pape européen, Perrin, 2006.

Blog à part (Vous reprendrez bien un peu de campagne électorale), Editions de Bourgogne, 2007.

Le pape qui fit chuter Lénine, CLD, 2007.

J’ai senti battre le cœur du monde (conversations avec le cardinal Etchegaray), coll. « Témoignages pour l’histoire », Fayard, 2007.

Les Secrets du Vatican, Perrin, 2009.

Pourquoi le pape a mauvaise presse (entretien avec Marc Leboucher), DDB, 2009.

Il était une fois la Puisaye-Forterre (avec Xavier Lauprêtre), coll. « Patrimoine », Editions de Bourgogne, 2010.

100 photos pour comprendre Jean-Paul II, L’Editeur, 2010.

Benoît XVI (réédition actualisée et complétée), Perrin, 2011.

Le Roman des papes, Le Rocher, 2011.

 

 

Pour en savoir plus

sur les Editions Perrin

(catalogue, auteurs, titres,

extraits, salons, actualité…),

vous pouvez consulter notre site internet :

www.editions-perrin.fr

Bernard Lecomte

Pie XII face à De Gaulle

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Pie XII contre de Gaulle

Comment le pape a évité l’épuration massive
 des évêques de France

« Il faut laisser du temps au temps. »

Sagesse populaire

Rome, 30 juin 1944. Un peu avant 9 heures du matin, une longue silhouette traverse à grandes enjambées les salons du palais apostolique en direction de l’antichambre du pape. Peu de cardinaux connaissent ce personnage solennel, qui se pose comme un des futurs vainqueurs de la guerre. Il se dit « chef du gouvernement provisoire de la République française », mais ce titre n’a rien d’officiel. C’est un militaire. Un résistant. Un catholique. Le protocole, qui l’appelle simplement « Son Excellence le général Charles de Gaulle », a hésité sur la forme à donner à cette audience improvisée, au point que – fait rare au Vatican – personne n’a pensé à photographier la rencontre entre ces deux géants du siècle.

C’est le cardinal Tisserant, alors secrétaire de la congrégation pour les Eglises orientales, qui a introduit le général de Gaulle dans le grand jeu diplomatique du Saint-Siège. Le prélat à la barbe altière, qui ne pratique pas la langue de bois, est connu à Rome pour son hostilité viscérale aux nazis et au maréchal Pétain. Gaulliste de la première heure, il a même été surnommé, du côté de l’ambassade de France, le « cardinal de Gaulle ». Depuis avril 1943, c’est lui qui fait discrètement le lien entre le Vatican et le chef de la France libre, même si Mgr Jullien, doyen de la Rote, est nommément chargé de cette relation officieuse. Deux autres ecclésiastiques participent à ces échanges discrets : Mgr Fontenelle, correspondant du journal La Croix ; et l’abbé Martin, camérier secret du pape et futur préfet de la Maison pontificale.

Le 5 juin au matin, les armées alliées étaient à peine entrées, quelques heures plus tôt, dans Rome libérée que le cardinal Tisserant remettait lui-même à la Secrétairerie d’Etat une lettre transmise par le général de Gaulle et adressée à Pie XII. Dans cette missive, le Général disait l’« attachement filial » du peuple français au Siège apostolique et s’engageait à protéger, au cours des opérations militaires à venir, les monuments religieux, « souvenirs de notre foi chrétienne ». Cela a plu à Pie XII qui a tout fait, lui-même, pour épargner la Ville éternelle des destructions qu’entraîne, habituellement, une reconquête militaire.

Le pape a chargé Mgr Tardini, chef de la section extérieure de la Secrétairerie d’Etat, de lui préparer une réponse conséquente, que le jeune diplomate Jacques de Blesson – qui a démissionné de son poste à l’ambassade française dès l’arrivée des Alliés – achemina à Alger le 16 juin. Quelques jours plus tard, profitant d’un séjour à Rome, de Gaulle a fait demander une audience au pape, aussitôt accordée. La rencontre figure en bonne place dans les Mémoires de guerre du Général, qui ne cache pas le respect et l’admiration que lui inspira le souverain pontife.

Après avoir présenté ses collaborateurs à Pie XII, comme le veut la coutume, le général de Gaulle se fait conduire à la chapelle Sixtine, puis devant le tombeau de Saint-Pierre, où il se recueille longuement. Entrée par le grand portail, cortège, accueil par les chanoines, visite de la Sixtine sous la conduite du camérier du pape : rapporté le soir même par L’Osservatore Romano, le programme de cette visite, au protocole calqué sur celui d’un… prince héritier, déclenche une vive protestation de la part du représentant de la France officielle, l’ambassadeur Léon Bérard. Mgr Tardini, faussement étonné, en reporte la responsabilité sur le journal ! Personne n’est dupe. Les deux hommes savent que le débarquement de Normandie, déclenché au début du mois, est en train de réussir, et que l’ambassadeur n’est plus là pour longtemps.

En sortant du bureau du pape, de Gaulle a aussi rendu visite au secrétaire d’Etat, le cardinal Maglione. Très concrètement, le « Premier ministre » du pape lui a exprimé son espoir que le changement de régime se déroulerait « sans secousse, notamment pour l’Eglise de France ». Réponse rassurante du Général, qui ajoute pourtant, entre deux phrases, une légère nuance prémonitoire :

– … bien que certains milieux ecclésiastiques français aient pris à mon endroit une attitude qui demain ne facilitera pas les choses !

Le nonce renvoyé !

25 septembre 1944. Mgr Valerio Valeri quitte définitivement Vichy où il n’a plus rien à faire. Accompagné de ses deux assistants, le conseiller Pacini et le secrétaire Rocco, le nonce apostolique prend la route de Paris. Dans le même convoi figurent aussi le chargé d’affaires d’Espagne et l’ambassadeur d’Irlande. Le 19 août, le maréchal Pétain a été emmené de force à Sigmaringen, en Allemagne. Le 25, la capitale a été libérée. L’armée allemande se replie. Le sort de la guerre ne fait plus de doute.

Mgr Valeri avait suggéré à sa hiérarchie d’envoyer à Paris un observateur officieux du Saint-Siège auprès du Gouvernement provisoire de la République française, afin de ne pas tarder à reconnaître le nouveau pouvoir. Le gouvernement d’Alger n’avait-il pas déjà mandaté un conseiller d’ambassade, Hubert Guérin, comme représentant officieux auprès du Vatican ? Le 29 août, après en avoir conféré avec le pape, Mgr Tardini avait répondu au nonce, par télégramme, que ce rôle lui incombait.

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