Pour une révolution pédagogique

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Former des enfants acteurs de leurs apprentissages, autonomes dans leur vie scolaire et socialement responsables est non seulement plus performant en termes d'acquisitions mais influe sur leur construction d'êtres humains. L'auteur, militant de l'éducation nouvelle et de la promotion d'une pédagogie autogestionnaire, présente la pédagogie de l'école Hautil en région parisienne. Une école différente est possible mais elle doit passer par une révolution pédagogique pour une autre éducation et un autre futur.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782336268880
Nombre de pages : 197
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A Marie bien sûr A Thérèse et Pacco nos grands complices Et à toutes celles et tous ceux qui nous ont accordé leur soutien sans faille.

« Former les hommes, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu ». Cette conception de l’éducation est proposée par Aristophane 4 siècles avant l’ère chrétienne. Pourtant de nos jours elle est encore loin de faire l’unanimité. Deux conceptions continuent de s’opposer. D’une part, celle d’une éducation fonctionnelle, normalisatrice au service de l’ordre établi, dont l’objectif est de fournir à la société des travailleurs techniquement formés tout en annihilant chez la plupart toute velléité de révolte voire de créativité et, d’autre part, depuis l’antiquité, l’idée qui cherche à s’imposer d’une éducation émancipatrice, au service de l’individu puis du genre humain par enrichissement collectif. Cette dernière conception s’accommodant assez mal des visées totalitaires, moralistes et productivistes a le plus souvent été combattue par les tenants d’une reproduction réactionnaire, cléricale, militariste ou bourgeoise de l’organisation de la société. Tout cela pourrait paraître caricatural. Je souhaite pourtant ici citer ce que j’ai pu entendre récemment dans la bouche d’une employée : « Je suis contente, j’ai eu une prime de 30€ parce que je suis une employée accommodante. Par contre, on m’a demandé combien j’avais eu d’absences cette année. J’ai répondu 3 jours. On m’a dit que c’était dommage car je perdais la prime de 20€. »1 Docilité, flexibilité, obéissance, manœuvrabilité, avancement au mérite, telle est bien souvent, la réalité du comportement au travail. On peut avancer de nombreuses explications à de telles réactions : mondialisation, chômage, perte de pouvoir des syndicats… Mais une interprétation qui me paraît très plausible est liée au comportement acquis à l’école. Où apprend-on à être docile, obéissant, manœuvrable ? Où distribue-t-on les bons points et les mauvaises notes ? Où apprend-on à se taire, à se retenir d’aller aux toilettes, à baisser les yeux, bref à courber l’échine ? Notre système scolaire est lourdement marqué par cette capacité normalisatrice. J’en veux pour exemple la perpétuation des inégalités sociales ou le manque d’ouverture et de créativité des adultes qui oblige grandes écoles et sociétés de production à imaginer des stages souvent bien déconcertants pour pallier ces lacunes notamment chez les cadres en formation. La complexité du problème réside dans le fait
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Dans ce registre on pourra visionner le film de J-M Carré : « J’ai (très) mal au travail».

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que les deux conceptions sont intimement mêlées dans la plupart des systèmes éducatifs occidentaux. Il faudrait donc plutôt parler de tendances que de planification. Malheureusement, pour ce qui m’intéresse ici, à savoir le système éducatif français, la tendance normalisatrice me paraît vouloir l’emporter. Cependant, il est illusoire de croire que cette propension à la normalisation va dominer sans difficultés. Il me paraît évident que notre école, au service d’une société où fleurit l’injustice, finira toujours par recueillir les fruits de son impuissance à changer le monde suite à la dégradation sociale engendrée. Il est donc temps de s’interroger sur le problème de la violence à l’école. Si autrefois l’élève était la victime, la situation semblerait s’être retournée aujourd’hui. Qu’en est-il réellement ? Une pédagogie de la non-violence Parfois surmédiatisée d’autres fois ignorée, la violence à l'école primaire, au collège et au lycée est sans doute la manifestation la plus évidente du malaise dont souffre l'Éducation Nationale. Les causes socio-économiques sont à prendre en compte, mais s'en tenir à ce constat tendrait à laisser croire que les moyens d'agir de l'école sont limités. Même si l'école publique n'a pas pour vocation de régler tous les problèmes de société, faire progresser l'humanité par l'éducation reste un projet exemplaire. Il est cependant fondamental de prendre le recul nécessaire pour se démarquer tout d’abord du verbiage sécuritaire, fonds de commerce de la démagogie politicienne, et comprendre ensuite en quoi l'école peut, elle-même, être génératrice de violence mais aussi relativiser notre propos. Le service public d’éducation français est sans doute parmi les plus performants au monde. Les critiques que je lui adresse dans ce livre visent à le faire progresser en mettant en évidence certaines erreurs, elles visent parfois les comportements inacceptables de quelques enseignants mais en aucun cas ne doivent faire le jeu des détracteurs libéraux de l’école publique. De plus, lorsqu’on évoque l’école publique, il ne faut jamais oublier que les réalités de terrain sont des plus variées et les situations de classe bien souvent très dépendantes de la personnalité de l’adulte qui en a la charge. Je me situe sur le plan pédagogique mais en restant 8

bien conscient qu’avant tout l’enseignant doit avoir intégré les qualités humaines indispensables à une relation à l’enfant respectueuse de son identité, une relation à la famille emprunte de la cordialité essentielle, une relation aux collègues aussi coopérative que faire se peut. Mon propos s’inscrit donc dans une volonté de non-violence au sens politique et historique du terme car je suis persuadé que l’école publique aujourd’hui, au mieux, n’a qu’un effet très faible dans la lutte contre la violence croissante de nos sociétés et au pire y contribue. Vous avez dit : « liberté, égalité, fraternité » ? La devise de notre république fondée il y a plus de deux siècles, est restée un vœu pieu. Si mon propos n'est pas d'analyser les causes de cet échec, nous pouvons cependant nous interroger sur l'incapacité de l'école à tenter de mettre en œuvre cette devise au moins à son niveau. L’un des premiers livres de Fernand Oury, « Chronique de l'école caserne » , mettait en évidence le fossé existant entre cette devise et la réalité. Mais une quarantaine d'années après, où en sommes-nous ? Si des avancées ont vu le jour grâce au travail des défenseurs du droit des enfants, militants pédagogiques, psychologues, chercheurs, voire politiques, l'école reste pour nombre d'enfants génératrice de violence alors qu'elle se devrait d'être un milieu protégé et protégeant y compris dans les périodes de régression sociale. C'est que l'école semble s'emmêler les crayons dans l'exercice de ses différentes missions. Nombre d'enseignants, de penseurs de l'éducation et de politiques ont cru bon de hiérarchiser ce que devaient être ces missions. Or, en ce qui me concerne, je pense qu'assurer ses apprentissages fondamentaux, apprendre à vivre en collectivité, développer son autonomie, exercer sa créativité ou satisfaire sa curiosité sont des tâches globales pour l'enfant. Vouloir favoriser un certain type d'apprentissage, en général lié à l'idée erronée d'une meilleure préparation à la compétition socio-économique, c'est créer des déséquilibres générateurs de violence.

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La pédagogie frontale génère l'affrontement Du fait des difficultés sociales, une pression persiste sur l'école. L'enseignant victime de ces pressions se retrouve le plus souvent seul face à son groupe classe et incarne face à des élèves, victimes euxmêmes, le poids de l'institution. Rompre avec cette image, sortir du mécanisme infernal d'une pédagogie frontale, s'affranchir d'une gestion autoritariste de la classe restent les voies à baliser afin de mieux pouvoir les parcourir. Les mauvaises notes et les punitions sont des procédés humiliants qui risquent dans la plupart des cas de mettre du sel sur les plaies et par voie de conséquence de l’huile sur le feu. Sur cette question je ne saurais que trop recommander la lecture (ou la relecture) de ce petit pamphlet écrit par Raoul Vaneigem, intitulé : « Avertissement aux écoliers et lycéens » dont les quelques têtes de chapitres citées ci-après sont déjà très éclairantes : « Une école où la vie s’ennuie n’enseigne que la barbarie. » « Une école qui entrave les désirs stimule l’agressivité. » « Comment peut-il y avoir connaissance où il y a oppression. » « Apprendre sans désir, c’est désapprendre à désirer. » « Ce qui s’enseigne par la peur rend le savoir craintif. » Ou encore pour finir : « Erreur n’est pas culpabilité ». Sur ce dernier point, par exemple, moi même, j’ai dû faire un effort d’attention pour expurger de mon vocabulaire le mot « faute » afin de le remplacer par le mot « erreur ». La « faute » d’orthographe a la vie dure. La mystification de l'égalité des chances Il est impossible pour l'école d'être génératrice d'égalité dans un monde profondément inégalitaire car elle ne peut gommer les différences sociales. De plus, vouloir soumettre l'évolution de ce monde à l'idée de «chance» est philosophiquement inacceptable. Les progrès des individus en interaction avec la société ne peuvent dépendre d'une sorte de jeu de hasard socio-économique ou à de prétendues lois naturelles. Les statistiques nous ramènent à la réalité : les jeunes issus de milieu populaire sont beaucoup moins nombreux à 10

fréquenter les bancs des universités. Le système éducatif français, non content d’être fortement inégalitaire, renforce encore son insuffisance à travers l’objectif d’une « chance » de réussite. En fait l’objectif à atteindre devrait être une « obligation » de réussite. Quant à l’égalité, elle n’est en aucun cas synonyme d’uniformité. Travaillons encore et toujours sur l’égalité des droits plutôt que de pérorer sur l’égalité des chances. Faisons aussi en sorte que l’application de la loi soit rigoureuse pour les plus forts et emprunte de mansuétude pour les plus faibles. Le système éducatif doit permettre à chaque être humain de s’intégrer dans la sphère sociale à travers une activité productrice suffisamment valorisante et rémunératrice. La hiérarchisation actuelle engendrant la dévalorisation des métiers dits « manuels» est inacceptable car ceux–ci sont indispensables au bon fonctionnement de la société. Les travailleurs des secteurs techniques ne doivent plus être sélectionnés par l’échec. Tous doivent avoir un droit égal à la dignité et au confort afin de rendre possible la recherche du bonheur. La mise en tutelle « Il est paradoxal de constater que les maîtres qui sont des démocrates dans leur vie privée, se comportent en despotes dans leur vie professionnelle. Ils forment des sujets et non des citoyens. » Ce jugement de Tolstoï est certes très sévère mais il m’a inspiré tout au long de ma carrière. Il est indéniable que depuis le XIXème siècle, les systèmes éducatifs européens ont considérablement évolué. Mais les messages délivrés par les grands/es pédagogues progressistes ont-ils été entendus ? Je me suis étonné récemment d’entendre des enseignants pester contre la passivité du français moyen (et plus largement de l’européen) face à l’information délivrée par les médias ou face au discours démagogique de nos politiciens. Mais qui a habitué ces personnes de la maternelle à l’université à écouter pendant de longues heures la voix de « celui qui sait » ? Ce que les enseignants dans leur majorité apprennent avant tout aux enfants bien avant le calcul ou la syntaxe, c’est la soumission à l’autorité. Les Français ne sont pas des veaux contrairement à ce que prétendait De Gaulle, mais un grand nombre d’entre eux n’a jamais 11

développé son libre arbitre ou sa capacité à se révolter dans cette école qui se prétend formatrice de citoyenneté. Vers une révolution pédagogique De même que le système économique devra un jour abandonner les notions de profit ou de productivisme incompatibles avec toute idée de développement durable, le système éducatif devra renoncer à la notion de compétition. La clef de voûte du nouvel édifice à élaborer sera la notion de coopération, ce qui implique sans aucun doute une véritable révolution pédagogique. Si j’ai choisi de garder pour ce livre une trame très technique c’est que là réside ma compétence essentielle. Je n’ai été qu’un « PraticienChercheur » peu soucieux de théorie, principalement attaché à l’application de ce que m’ont dicté quelques lectures déterminantes, le simple bon sens et l'expérience en adéquation avec une conscience politique autogestionnaire. Ici donc, pas de grandes envolées idéalistes mais des constats à partir des comportements mis en place et quelques espoirs quant à leur incidence future. Notre expérience à l’Hautil L'école Célestin Freinet de Triel était une école à deux classes de type rural, ce qui si près de Paris constituait déjà une première particularité. Elle accueillait, dès l'âge de 5 ans, les enfants du hameau de l'Hautil dépendant de la commune de Triel sur Seine dans les Yvelines. Ma compagne Marie et moi y avons travaillé en équipe de septembre 1984 à juin 2003. L'ambiance qui y régnait est celle que l'on trouve encore dans des écoles de villages, une ambiance plutôt « familiale ». Les enfants restaient avec nous durant six ans voire sept, de la grande section de maternelle jusqu'au CM2. Les différents niveaux se répartissaient de manière naturelle en 2 cycles (j’entends par là que telle était la configuration de l’école bien avant la réforme des cycles de 1989) soit donc une classe de cycle 2 ( GS, CP, CE1) dont se chargeait Marie et une classe cycle 3 (CE2, CM1, CM2) dont je m’occupais. L’origine sociale des élèves était variée ce qui était un atout intéressant car le brassage culturel permettait un enrichissement mutuel des plus intéressants. Une Amicale laïque permettait aussi aux parents de vivre ce métissage social de façon tout à fait positive. 12

Pourquoi la voie coopérative ? Avant même d’entrer dans l’éducation nationale mes lectures théoriques m’ont amené à la pédagogie coopérative. De Summerhill à la pédagogie libertaire en passant par Carl Rogers, je restais sur ma faim. Si j’ai été davantage séduit par la pédagogie institutionnelle (elle-même issue de la pédagogie coopérative), c’est que les auteurs que je lisais premièrement étaient des enseignants, deuxièmement exerçaient encore, troisièmement alimentaient leurs écrits de leur pratique et inversement, quatrièmement étaient établis en milieu urbain tout comme moi. J’ai donc pu mettre en place dans ma classe les techniques décrites dans ces ouvrages. Ce n’est que plus tard que le besoin de continuer à progresser m’a fait prendre contact avec l’OCCE et le mouvement Freinet. Quelle définition de la pédagogie coopérative ? En pédagogie coopérative, plusieurs entrées sont possibles : on peut la définir, la présenter ou commencer à la pratiquer de différentes façons. Comme l'indique le nom de l’école, notre expérience s’est inspirée largement des principes énoncés par Célestin Freinet. Cependant la pédagogie coopérative est loin d'être un dogme, le Mouvement Freinet s'enrichit de toutes les originalités qu'il regroupe, il n'y a aucune estampille ni aucun examen de passage. L’Institut Coopératif de l'École Moderne, pour sa part, reconnaît comme militant tout enseignant en relation de travail avec une de ses structures de bases : groupe départemental, secteur ou chantier. Marie et moi avons choisi d’adhérer à la plate-forme des équipes Freinet. Vous trouverez donc notre projet d’école en annexe 1 et la charte des écoles Freinet en annexe 2. On y retrouvera en filigrane ce que Célestin Freinet avait appelé les « invariants » , dont le plus fondamental est pour moi le refus des punitions et des notes. Refus des punitions parce que celles-ci conduisent toujours à une humiliation ou pour le moins à une idée de soumission. Sanctionner n’est pas synonyme de réprimer.

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Refus des notes car là encore on se réfère à une idée de sanction/répression : répression d’un travail insuffisant, voire bâclé ou d’un comportement inattentif lors d’une leçon. De plus, la notation s’accompagne le plus souvent d’une idée de compétition liée à une comparaison des différentes notes. Combien de professeurs pratiquent encore le retour commenté des copies sans vouloir se poser la question des sentiments de jalousie et de frustration qu'il génère et par voie de conséquence de la violence qu’il engendre ? Nous verrons plus loin comment pour nous c’est l’idée d’évaluation qui doit seule primer, qu’en matière de travail elle ne conduit qu’à des corrections et qu’en ce qui concerne le comportement si la sanction existe, elle n’est jamais humiliante et se fixe pour but unique d’aboutir à des réajustements de son attitude au sein du groupe social que constitue l’école. Mais plus précisément comment définirions nous notre conception de la pédagogie coopérative ? En cinq mots: parole, lecture, écriture, culture, ouverture. Et dans cet ordre. Parole... parce qu'il s'agit là de la base de toute communication. Laisser la parole aux enfants en nous obligeant à nous taire, nous autres adultes moralisateurs éternellement bavards. Lecture, Écriture... car ce sont les instruments de communication qui vont permettre à l'enfant d'élargir sa conscience du monde existant. D'autres personnes que celles qui sont dans la pièce lui adressent un message et dans certains cas il peut même leur répondre, leur écrire à son tour, leur poser des questions. Culture... parce que c'est une des finalités essentielles de toutes nos activités sur terre. En termes plus pédagogiques nous parlerons de connaissances et de compétences. Ouverture... au monde et aux autres pour un apprentissage de la liberté respectueux de l’environnement naturel et humain. C’est le fameux : « Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre ». Ainsi pour compléter l’acquisition des connaissances et des compétences devons-nous aussi nous préoccuper des savoir-être. La Pédagogie Coopérative regrouperait alors tous les moyens pour permettre au plus grand nombre d'enfants de maîtriser le 14

maximum de ces connaissances et compétences tout en développant sa personnalité et son intégration dans un groupe social solidaire. Priorité à la lecture Dès notre installation à l’Hautil, nous nous sommes fixé la lecture comme priorité et nous avons maintenu cette volonté au fil des années (cf. chapitre sur la MNLE). Un de nos premiers projets fut de nous équiper d’un ordinateur afin de faire travailler les enfants et les adultes sur Elmo (aujourd’hui remplacé par Elsa), le logiciel d’entraînement à la lecture développé par l’Association Française pour la Lecture (AFL) Nous savons que de la capacité d’être un lecteur efficace va dépendre de l’entrée de l’enfant dans la culture écrite. C’est donc l’ensemble des apprentissages qui se trouve dépendant du niveau de lecture. Les outils et le fonctionnement J’ai choisi de présenter les techniques et les outils que nous utilisons dans l'ordre de leur entrée en scène possible pour un débutant ou de leurs interactions entre elles. Il me paraît aussi important de se référer rapidement au chapitre intitulé « garde-fous et canots de sauvetage ». Dans toutes les classes que j’ai traversées récemment, « les feux » sont le premier outil que j’ai mis en place. L’important dans un premier temps est de s’engager dans la transformation de sa pratique. Certains changements peuvent à priori paraître mineurs mais on s’aperçoit à l’usage des modifications importantes qu’ils ont engendrées. Il ne faut donc pas renoncer parce qu’on a l’impression d’avancer à petits pas, l’important est de ne pas s’arrêter en route et d’évaluer sa progression sur le long terme.

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L’emploi du temps
HORAIRES LUNDI 8H30 8H40 9H00 9H25 9H45 10H00 10H35 11H00 11H30 13H30 13H30 14H00 14H15 14h30 15H15 15H30 15H30
MARDI JEUDI VENDREDI SAMEDI

16H20 16H30 E.P.S. : Education Physique et Sportive, T.D.T. : Temps de Travail Affiché dans la classe et disponible dans les classeurs individuels, l'emploi du temps est un élément fondamental pour la structuration des enfants. Cependant, les structures porteuses des plus grands projets ne 16

sauraient être totalement rigides. Nous verrons plus loin comment il est possible de procéder à des aménagements, mais la modification autoritaire de l'emploi du temps est un bon exemple d'acte générateur de stress. Le rituel du matin au cycle 2 La description de ce rituel fait appel à des pratiques qui n’ont pas encore été explicitées pourtant il me paraît important de le mettre en place assez tôt. Les parties projets, engagements et priorités pourront être introduites dans un deuxième temps. Au cycle 3, le rituel s’est installé de fait sans qu’il ait été nécessaire de le nommer ainsi. Chaque matin, après l'installation et les contrôles rapides, a lieu le rituel pris en charge par les enfants. Le responsable annonce à voix haute : « Rituel ! » , appelle ensuite ceux qui doivent intervenir et leur donne la parole. • Bilan travail (responsable enfant) Pour les CE1, on utilise le panneau affiché dans la classe sur lequel sont barrés au fur et à mesure les devoirs rendus et validés. Le contrat minimum a été fixé en début de semaine. Pour les grandes sections de maternelle et les CP, le bilan est établi à partir des petites fiches qui les encouragent à passer d'un atelier à un autre et sur lesquelles chaque atelier validé est représenté par une gommette de couleur. Le responsable du bilan travail énonce alors pour chacun le nombre d'ateliers réalisés sachant que le contrat minimum correspond à un tour complet des ateliers. • Emploi du temps (responsable enfant) L'enfant responsable, après avoir écrit au tableau l'emploi du temps de la journée pendant le temps d'installation en se référant à l'emploi du temps de la semaine affiché, le présente à la classe. C'est le moment d'organiser la journée en fonction des priorités ou des évènements occasionnels qui sont le propre d'une classe vivante. • Projets/engagements (responsable enfant)

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On rafraîchit ici la mémoire des enfants qui ont pris des projets ou des engagements inscrits sur le tableau effaçable réservé à cet usage. Ce qui a été réalisé est barré. • Priorités Marie donne les priorités du jour. Exemples : envoi aux correspondants, projet collectif dont la date butoir arrive bientôt à échéance… • Appel cantine (Karen, Assistante maternelle ) Le quoi de neuf Il se déroule en début de matinée. On donne des nouvelles de soi, de chez soi, de son voisinage. On n’a droit à la parole qu’une fois et on ne fait qu’un tour. Cela doit être rapide et court. On ne pose pas de questions. C’est souvent léger et peu important et puis parfois au milieu de ces petites choses du quotidien arrive un truc énorme qui avait besoin d’être dit. Le plus souvent, personne ne réagit. On passe au sujet suivant mais l’adulte pourra choisir le moment propice pour en reparler avec l’intéressé ou attendre peut-être un prochain texte libre. Ainsi ont pu s’exprimer des enfants vivant ou ayant vécu des situations tragiques. Malheureusement, en ZEP , le quoi de neuf ou l’entretien peuvent donner lieu à l’expression de situations familiales ou sociales dont la répétition pourrait devenir pénible pour la classe. L’adulte devra alors agir avec tact et discernement pour demander aux enfants de reporter certains récits en entretien individuel ou en groupe restreint J’ai pratiqué l’entretien en groupe restreint avec succès alors que quelques enfants gênaient la classe pas leur « mal-être », lié pour l’ensemble d’entre eux à une situation familiale difficile. Pouvoir exprimer leur tristesse et leur angoisse à un adulte et à des camarades vivant des situations analogues, a été très profitable et a évité d’avoir recours à des sanctions qui ne pouvaient qu’aggraver leurs difficultés. .

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L’entretien Le responsable de l'entretien annonce l'activité en disant à voix haute: « Entretien » et tout le monde va s'installer dans la salle polyvalente sur des bancs disposés en carré. Le responsable a le tableau en main et donne la parole à ceux qui se sont inscrits. Il donne également la parole à ceux qui lèvent le doigt pour intervenir. L'adulte comme les enfants doivent respecter cette règle, le contrevenant est rappelé à l'ordre et au bout de trois rappels ne participe plus à l'entretien. Chaque fois qu'un enfant a présenté quelque chose, le responsable demande aux autres s'ils ont des questions à poser. Quand il n'y a plus de questions, on passe au suivant. Les règles de l'entretien sont les suivantes: - je lève le doigt pour demander la parole et j'attends que le responsable me la donne. - j'écoute celui qui parle - je ne discute pas dans mon coin Au Cycle 2 L'entretien se déroule le matin après les contrôles rapides. sa durée est d'une demi-heure maximum. Un enfant gardien de l'heure veille à ce que le temps ne soit pas dépassé. Un véritable entretien doit être géré et pris en charge par les enfants. Ils s'inscrivent sur un tableau effaçable partagé en trois parties correspondant à l'ordre d'intervention dans l'entretien. Premièrement : le cahier de vie. Ceux qui ont un cahier de vie à présenter sont prioritaires. C'est un cahier grand format qui est fait à la maison avec l'aide d'un membre de la famille. Il est le témoin, la mémoire des évènements vécus en dehors de l'école. On peut dessiner, coller (un ticket, une mèche de cheveux, un peu de sable, des plumes d'oiseaux, des photos...) et écrire une ou deux phrases pour raconter l'évènement. Les phrases écrites doivent êtres courtes, simples, faciles à relire par l'enfant surtout s'il ne les a pas écrites lui-même. Deuxièmement : c'est le tour de ceux qui ont quelque chose à montrer.(un livre, un objet, un bricolage, un dessin, un nid, un jeu ...) Les réalisations effectuées en classe seront présentées à un autre moment. Troisièmement, vient le tour de ceux qui ont quelque chose à raconter. 19

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