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Pourquoi étudier ?

160 pages
AGORA débats jeunesses est une revue trimestrielle qui s'intéresse de manière ouverte et transdisciplinaire à tous les problèmes de société construisant la trame problématique des questions de jeunesses. Travailleurs sociaux, animateurs, enseignants, responsables administratifs des services déconcentrés de l'Etat ou des collectivités territoriales, chercheurs, élus, tous les acteurs impliqués dans la conception et la mise en oeuvre des politiques "jeunesse" peuvent y trouver matière à enrichir la pensée et l'action. En choisissant de se situer à la croisée des questionnements professionnels et de la Recherche, AGORA débats jeunesses se propose en effet de "créer du débat" et de devenir un véritable outil de réflexion praxéologique pour ses lecteurs.
Voir plus Voir moins

4('

trim£'stre 1996

, 4 Editorial,
Vers un nouveau discours sur les animateurs, Olivier Douard

l Dossier "Les débats"
Pourquoi étudiE'r?

:

page7 - Pourquoi étudier?, Chantal de Linares. Lire - Paroles d'étudiants, Table ronde Économie, chômage, histoire personnelle, ambitions, désirs de savoir, tout est dit ou presque. Cesjeunes lèvent le voile sur leur «état d'étudiant». Lirepage11 - Étudier aujourd'hui, Jacky Beillerot L'auteur fait part de quelques réflexions en réaction aux propos tenus par les étudiants

et lycéendans la table ronde à laquelleil assistait. Lire page

16

- Poursuivre des études: une norme de génération, Olivier Galland Face aux interrogations sur la valeur et l'utilité des diplômes, les données sur
l'insertion professionnelle des étudiants sont plutôt rassurantes. Quand aux raisons du choix des études, les motivations « utilitaires» ne semblent pas
les plus importantes.
Lire page 21

- Les écoles d'art: du libre usage du propre..., Patrick Talbot L'originalité de cet enseignement tend au fait qu'il n'a pas de finalités profeHionnelles éVIdentes: une chance unique d'échapper à la malédiction

d'un destin sans issueapparente.Lire

page 31

2

- « On ne naît pas Homme, on le devient... » Entretien avec Jean- Pierre Obin, inspecteur général de l'Éducation nationale. Celui-ci aborde la question du point de vue de ceux qui ont la responsabilité des établissements scolaires. On est avec les « études» dans une activité dont le sens aurait été perdu. Lirepage41 - À travers les journaux lycéens. Pourquoi et comment étudier?, Jacques Gonnet La lecture des journaux permet d'apprécier comment lesjeunes jugent les études. Plus qu'une remise en cause fondamentale de l'institution, on découvre une appréciation aigre-douce devant un avenir incertain. Lirepage45

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. sommaire
Ziri - Un rêve a pris corps, Myriam aux études est profonde chez les étudiants. L'auteur, ce rapport complexe, entre obligation, plaisir,

L'adhésion

psychanalyste, investissement

essaie

de comprendre

et repli, pour aller de l'avant

et se construire.

Lire page 51 Dubet l'anticipation peuvent des étudier pour

- Des raisons d'étudier..., François
Les raisons d'étudier « bénéfices» réaliser une « vocation ne sont pas homogènes. Ensuite, ». Enfin, les étudiants
des étudiants.

Il y a d'abord les étudiants peuvent étudier

sociaux attachés aux diplômes.
de la vie sociale

pour participer

Lire page 57

D055Îfr "Points df vu~" :
- Révéler les situations de stigmatisation: un enjeu de citoyenneté, Olivier Noël Cet article, s'appuyant sur le résultat de quatre années d'observation à l'Observatoire de la précarité, de l'insertion et de l'intégration, interroge les pratiques et les stratégies professionnelles des agents dans l'interface
entre les jeunes étrangers et les entreprises.
Lire page 69

-

Aspects conflictuels de la socialisation, Myriam Klinger

L'auteur souligne que l'approche classique de la socialisation, par l'identification des acteurs au système, ne semble plus suffire pour comprendre l'entrée dans la vie adulte. Lirepage83 Femmes: une identité familiale ou professionnelle, Bertrand Dubreuil Le modèle de l'inscriptionsocialeféminine à partir du statut professionnel etlou familial semble pénétrer les milieux les plus défavorisés avec plus ou moins de facilité. Lirepage91 - Face aux« mauvais malades» : entre défiance et respect, Goucem Redjimi Face à un problème de santé publique comme celui du sida, il doit être offert à tous les malades, les mêmes moyens thérapeutiques et préventifs sans discrimination et à égalité de conditions. Tel est le débat social et politique actuel.
Lire page 101

3

de jeunesse et la formation des élites kurdes, Salih Akin - Les mouvements Cet article aborde la contribution des organisations de jeunesse à la formation de cadres

et élites kurdes: le cas exemplaire des Foyers révolutionnaires

culturels de l'Est
111

estplus particulièrementexaminé. Lire page

Lire, faire lire

Carnet

de champs

Veille

informative

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Les animateurs (socio-culturels, socioéducatifs, sociaux...) constituent, à côté des enseignants, formateurs, élus et chercheurs, la part la plus importante du lectorat de la revue AGORA Débats/Jeunesses. Cette réalité nous a été renvoyée par une analyse du lectorat réalisée après un an de parution. Constat qui n'a rien d'étonnant. Sans pouvoir être considérée comme une « cible» privilégiée, comme disent les spécialistes de «marketing », l'animation est bien un des secteurs dans lesquels nous imaginions un développement rapide. À cela plusieurs raisons.
~

qu'à l'éducation populaire et à l'animation, deuxième secteur de compétence de l'INJEP rappelé formellement par le Décret de 1990. L'animation est donc loin de constituer l'essentiel du travail de réflexion et d'information mené par la revue. D'autre part, le plus grand nombre d'abonnements est de type institutionnel; ce qui nous laisse à penser que si nous touchons un lectorat de professionnels, nous réussissons aussi à toucher, comme nous en avions émis le souhait un nombre non négligeable d'élus, associatifs ou de collectivités territoriales. Et nous tenons beaucoup à cette multiplicité des regards qui doit se traduire aussi par la diversité des prises de paroles dans la revue. Ainsi, quand nous nous intéresserons à l'animation, c'est dans la double ambition d'essayer de construire un discours - des discours - qui puissent concerner les animateurs et les élus. Et les animateurs dans toute la gamme de leurs implications, quelles que soient leurs appellations - pas toujours contrôlées qui nous obligent à les traquer derrière des affichages comme: agent de développement, chef de projet, responsable de service éducatif et social, directeur de CCAS, pour n'en citer que quelques-uns. Mais accepter de
1 Voir projet éditorial dans le n° 1 de la revue. dont par ailleurs. il reste queiques numéros encore disponibles auprès des éditions L'Harmattan.

Tout d'abord l'animation est un des secteurs :!.de légitimité de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire (INJEP), à l'origine du projet éditorial de cette revue. Ensuite, il est clair que ce secteur attendait que le vide créé par la disparition des Cahiers de l'Animation soit comblé, et cette attente s'est « tout naturellement» (mais pas complètement raisonnablement) portée sur AGORA. L'INJEP, et cette revue, entendent bien assumer cette responsabilité, dans laquelle le milieu professionnel semble nous conforter. Mais il est clair que cela nous amène à faire quelques remarques. Tout d'abord - il est des évidences méritent d'être rappelées - la revue donnée pour projetl de s'intéresser aux blématiques jeunesses de manière large, qui s'est proainsi

4

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éditorial
construire un espace de débat sur l'animation et les animateurs nous amène à nous poser la question des contenus du débat. Ce domaine souffre aujourd'hui d'un déficit: rares sont ceux qui s'y intéressent encore en tant qu'objet de recherche, et les discours qui sont tenus en général sur le sujet commencent sérieusement à dater. Qui peut aujourd'hui tenir un discours actualisé, pertinent sur cette profession? Il y a bien encore ici ou là quelques chercheurs ou universitaires qui semblent intéressés, comme à Bordeaux autour de Jean-Pierre Augustin et de Jean-Claude Gillet2, ou comme quelques individualités qui sont restées attachées à ce secteur et tiennent à pouvoir s'y exprimer encore, mais globalement, il nous est bien nécessaire de constater l'indigence du secteur en la matière. Ce constat nous est, à l'INJEP, bien entendu renvoyé très directement par les acteurs les plus concernés. Ils savent les missions de l'Institut - ou se les imaginent - et attendent de l'établissement public du ministère de tutelle chargé de la Jeunesse et de l'Éducation populaire qu'il soit en capacité de produire des références dans ce domaine. Cette attente, qui s'exprime individuellement ou collectivement à travers les grandes fédérations et associations nationales, s'accompagne d'ailleurs bien souvent d'offres de services et d'une réelle volonté de partenariat. Eux-mêmes sont bien souvent déjà engagés dans une réflexion sur la fonction d'animation, les formations des animateurs et l'évolution des emplois. C'est le cas du CNF AUFCV, par exemple, qui a mené une étude récemment sur le sujet, tout comme le Centre public de Formation de Talence ou l'Institut régional du Travail social de Canteleu. Ces études peuvent d'ailleurs rejoindre d'autres études initiées par les services déconcentrés de l'État (comme en HauteNormandie ou en Ile-de-France) qui ont à gérer les diplômes, voire organiser les formations. Mais toutes débouchent sur des questions qui pour aussi pertinentes qu'elles soient, nécessitent un travail d'une autre nature et des moyens différents - voire des moyens, tout court. Toutes ces études et maints échanges avec les professionnels nous laissent à penser que les animateurs professionnels ont récemment changé. Ils ont été accusés d'avoir laissé mourir la flamme de leurs précurseurs. Certains de ces derniers, à la fin des années 70 et au début des années 80, ont même alimenté tout-à-fait consciemment cette image en mettant en avant la carte de la technicité et en

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5

2 GillET 1996. Note

J-C., Animation
de lecture dans

et animateurs,
AGORA

Éd. l'Harmattan,

Paris,
n° 5.

Débats/Jeunesses

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justifiant une prétendue distance entre eux et toutes les idéologies par une nouvelle rationalité gestionnaire. Mais il semble qu'ils soient nombreux aujourd'hui à avoir ravivé le lumignon de l'éducation populaire aux vents de la crise. Le contact quotidien avec des populations souvent en difficulté, les sollicitations répétées de politiques publiques dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles n'ont pas fait la preuve de leur efficacité, les ont amené à s'interroger sur les atouts professionnels dont ils disposent et bien souvent à chercher de nouveau des pistes d'action hors des sentiers battus. Nous avons récemment maintes fois l'occasion de constater l'aspiration des animateurs professionnels au renouvellement de ces discours produits sur eux-mêmes. Ici, à Bordeaux, à Rouen, ou là, à Dijon, Nantes et Dunkerque, ce sont des animateurs en formal''''''"'''-

rapide de ce corpus, pour nous immédiatement disponible, nous a permis d'émettre un certain nombre d'hypothèses qui pouvaient nourrir une recherche sur les animateurs. Mais comment aller au-delà des simples hypothèses que nous avons pu poser, qui peuvent allumer les discussions les plus vives, mais restent des hypothèses de travail?

A une

époque

où la place des études

et de

la recherche est posée à l'Institut, nous avons décidé de proposer de ne pas laisser passer cette opportunité et de nous auto-saisir de cette question. Un projet est donc en cours d'élaboration, en partenariat avec le SUDLA-CNRS4, unité de sociolinguistique qui travaille, entre autres, sur les discours professionnels. Il nous semble que de tels projets peuvent contribuer, comme la revue, et avec la revue, à organiser cette articulation si nécessaire entre la recherche et les questionnements professionnels. Pas besoin d'appels solennels et emphatiques, nous savons que ceux qui s'intéressent à ce travail se manifesteront et que nous saurons trouver ensemble les ponts les plus pertinents et les plus satisfaisants possibles entre leurs propres recherches ou études et celles menées par l'Institut. Il nous reste donc à espérer que les conditions seront réunies pour que ce type de travail aboutisse et puisse se poursuivre dans la durée. Le rendez-vous - un des rendez-vous - se fera dans les colonnes d'AGORA, qui doit continuer à s'affirmer, et plus que jamais, comme un lieu de débat fécond, au final au service de ceux qui, à leur niveau, œuvrent pour une société meilleure, plus juste et plus humaine. Olivier DOUARD

~

tion et des coIIègues plus confirmés qui veulent témoigner de l'évolution de leurs professions et disent en même temps leurs interrogations par rapport à l'avenir de celles-ci. Il y a quelques mois, une opportunité s'est présentée à l'INJEP qui nous permettra peut-

+J

6

être d'ajouter notre pierre dans la construction de cette connaissance nouvelle. Nous avons eu à connaître, avec l'administration centrale du ministère de la Jeunesse et des Sports, par sa Direction aux Formations, un nombre important de mémoires de fin de formation DEFA3. Un premier traitement
3 Réalisés en final d'une formation longue, ils sont l'oeuvre de « vrais» professionnels (et pas d'élèves), dont la plupart exercent depuis plusieurs années et la grande majorité depuis plus de cinq ans. 4 URAlCNRS 1164 SUDLA, Sociolinguistique, Usages et devenir de la Langue, Université de Rouen.

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Pourquoi étudier?
par Chantal de LINARES
Chantal de LINARESt
mission Recherche direction Jeunesse Jeunesse et de la Vie Associative et des Sports. Évaluation! à la de la de la

breux à obtenir le bac (67 % d'une classe d'âge atteint la terminale) poursuivent massivement des études supérieures: nous ne sommes pas si loin des objectifs fixés par les pouvoirs publics, il n'y a pas si longtemps: 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac. Massification? Démocratisation? Ce mouvement de scolarisation généralisée, toutefois, loin de signer la réussite d'un système scolaire dans lequel l'université représenté longtemps un point d'arrivée a

du ministère

Les états généraux des étudiants semblent s'être déroulés dans une relative indifférence de la part des acteurs pourtant concernés au premier chef: les étudiants. Cependant les grèves longues de 1995, la détermination dont ont fait preuve certaines UFR, leur force de revendication apparente laissent penser qu'une mobilisation réelle existe et que peut-être les enjeux de l'enseignement supérieur débordent aux yeux des étudiants le cadre institutionnel proposé par les pouvoirs publics pour en débattre. Avec 2 132 000 étudiants post-baccalauréat - soit deux fois plus qu'il y a quinze ans - dont 1 535 000 pour l'université, les effectifs de l'enseignement supérieur ont en effet explosé. Plus de 50 % des 18-22 ans sont aujourd'hui étudiants contre 4 % il y a 50 ans. Les jeunes, de plus en plus nom-

convoité mais réservé à quelques-uns, se trouve sous les feux continus de critiques venues aussi bien de médias que de rapports savants. Dominent alors les questions de capacité d'accueil de l'enseignement supérieur, d'organisation des études, de sélection à l'entrée, avec, en toile de fond, une interrogation plus globale sur la démocratisation de cet enseignement supérieur. L'équation massification-démocratisation n'est pas forcément résolue malgré l'évolution quantitative; il existe par exemple dans la population étudiante une très forte sur-représentation des enfants de cadres ou professions intellectuelles supérieures (32,3 %) et une sousreprésentation notable des enfants d'ouvriers (17 %)2. La complexité du contexte, la segmentation de l'enseignement supérieur en de nombreuses filières, la difficulté à connaître sociologiquement les étudiants qui ne peuvent être définis par leurs seules origines

7

1 Celte rubrique « Les débats" a été réalisée en collaboration avec Annette Couion et Olivier Douard. 2 GRIGNON C. et alii, Les conditions de vie des étudiants. Enquête 93-94, Éd. La Documentation française, Coll. Les Cahiers de l'OVE, Paris, 1996.

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É BAT S J E lJ NES SES

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sociales, rendent par ailleurs plus complexes un débat sur le sens et les finalités, sur la fonction d'un enseignement supérieur jusque-là voué à la formation des élites. Si l'on définit avec C. Baudelot l'accès à l'élite au niveau égal ou supérieur à bac+2, le gonflement de l'élite est évident...3 mais peut-on penser une « élite massive» ? Que devient une société qui doit absorber cette élite? Y -aurait-il transformation de cette société qui deviendrait alors moins hiérarchique, mieux organisée, notamment en réseaux? Ou, au contraire, faudrait-il s'attendre à une sélection de plus en plus exigeante, une compétition de plus en plus cruelle entre les détenteurs de diplômes de plus en plus élevés et rares? Et alors qu'adviendrait-il de cet espoir d'ascension sociale qui a soutenu l'effort de ceux qui, @s de paysans ou d'instituteurs, ont accèdé de manière emblématique à l'Agrégation ou à Normale Sup. ? Comment penser et gèrer la coexistence ou la mutation d'un système traditionnellement tourné vers la fabrication des élites, et la nécessité de former l'ensemble de la population ? En outre, il serait indispensable de

gnement supérieur, mais nous avons fait ici le choix d'organiser le débat à partir d'une question un peu décentrée: Pourquoi étudier? Question déterminée en partie par ce

contexte contemporain, question initiale

-

et probablement un peu inattendue - et qui devrait permettre aussi de revenir à une interrogation sur la fonction de l'enseignement supérieur. Pourquoi étudier? Des étudiants d'origines diverses, ayant en commun de se trouver inscrits dans des trajectoires plutôt « réussies» ont été sollicités pour en débattre, ainsi que des auteurs le plus souvent acteurs de la vie universitaire ou scolaire (chercheurs-enseignants, psychanalyste, inspecteur de l'Éducation nationale, responsable d'un centre d'études spécialisées sur la presse des jeunes, directeur d'une école d'art...). Il nous a semblé, en effet, intéressant, dans ce numéro consacré aux étudiants, d'établir un lien entre l'enseignement supérieur et l'enseignement secondaire. Pourquoi étudier? : « Parce que ?... ou à quoi bon!... » On pourrait penser que l'une des raisons, sinon la plus évidente, au moins la plus immédiate, de poursuivre des études aujourd'hui tiendrait à leur utilité, à leur rentabilité, voire à leur efficience en termes d'insertion. d'inquiétud~, Portés par un sentiment d'incertitude devant la menace

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s'interroger sur le devenir des jeunes qui n'auraient pas accès à cette université de masse. Ces questions, nous n'avons pas voulu les poser de manière frontale. Elles l'ont été, abondamment, sous la pression des événements par les médias et les experts. Elles habitent les acteurs impliqués dans l'ensei-

du chômage et de l'effritement de la société salariale, les étudiants feraient des études pour mieux se protéger. Encore faudrait-il être certain de la valeur des diplômes obtenus. Les diplômes seraient aujourd'hui très dévalués, entre autres parce que trop distribués. O. Galland, s'appuyant sur les travaux

Journée d'étude de l'association des Inspecteurs l'Éducation nationale: « Formation des élites et école pour tous», 1995.
3

généraux

de

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les plus récents, répond à ces propos très répandus, nés d'une impression subjective, dit-il. Le sociologue montre qu'ils ne se trouvent pas corroborés par la réalité du marché du travail. Les études resteraient encore le meilleur garant contre le chômage. Avec des nuances, d'importance il est vrai, puisque, on le sait par ailleurs, les études sont inégalement rentables selon les milieux sociaux.4 De plus, comme le souligne F. Dubet, cet accès à l'emploi mieux « garanti» par la poursuite d'études, risque de se payer dans bien des cas par une compétition renforcée pour acquérir les meilleurs diplômes, la production de postes qualifiés étant tout-demême inférieure à celle des diplômes. Mais surtout, la liaison entre formation et emploi n'est plus établie comme elle a pu l'être pour les générations antérieures. On sait que les études sont « utiles », on ne sait pas forcément, surtout dans les filières les moins prestigieuses, comment utiliser au mieux les ressources que constituent ces études. F. Dubet analyse ainsi un « brouillage de l'utilité ». Ce fantasme d'un lien quasi-mécanique entre la formation dispensée aux élèves ou étudiants, et le métier exercé - voire l'emploi occupé - est récurrent. Mais une période de crise économique l'active au point que des établissements scolaires aujourd'hui semblent oublier les fondements humanistes de l'école, dans une dérive productiviste dénoncée par J-P. Obin. Pour lui, qui affirme cette tradition, la finalité des études trouve son sens dans l'éducation,

dont la vocation est d'élever l'enfant à la condition d'homme. P. Talbot, en contrepoids explicite de Cette logique utilitariste, revendique quant à lui 1'« inutilité» apparente des écoles d'art tellement éloignées du champ professionnel; il ne s'agit pas d'inutilité, mais plutôt d'une utilité toute singulière, d'un autre ordre, une utilité « luxueuse» en quelque sorte et fondamentale en ce qu'elle permet de « ruminer» le monde, aux antipodes d'une pensée étroitement économiste de l'homme et du monde, une sorte d'utilité créatrice, proche de la philosophie et de la science. Les étudiants ne sont pas dénués d'ambivalence vis-à-vis de l'utilité de leurs études. Au cours de la table ronde, l'un des étudiants dit : « la question du travail et du chômage est très présente, ça nous fait réfléchir », mais aucun n'avance cette raison comme première. Elle existe sans doute, comme une sorte de « principe de réalité» que certains jouent sur le clavier de l'ambition, du pouvoir, tandis que d'autres, parfois les mêmes, disent se vouer à leurs études par amour, amour du monde, amour des autres, amour de soi ou de la connaissance. Ce désir est « déchiffré» différemment par les auteurs, renvoyant pour certains à une « vocation laborieuse» selon F. Dubet, à une histoire singulière faite de plaisir, de douleur, d'héritages de désirs individuels et collectifs accumulés, selon la psychanalyste M. Ziri. Pourquoi étudier? «Pour être étudiant! » En posant cette question à l'ensemble de nos interlocuteurs, nous faisions l'hypothèse que seraient apportées des réponses de natures différentes. À la nécessité de faire des études pour se protéger du chômage, au

9

4 GALLAND

O. et ROUAULT 469, juillet

inégalement
Première, n'

D.. « Des études supérieures rentables selon les milieux sociaux », INSEE 1996.

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désir construit

ou non de faire telles ou

telles études s'ajoutent des motivations d'un autre ordre, encore que la difficulté d'anticiper son avenir y soit probablement pour quelque chose. Ces raisons s'apparentent au fait d'être étudiant, de bénéficier d'un statut qui éventuellement permet de différer l'entrée dans une vie active dont les étudiants pressentent qu'elle sera plus incertaine et plus aléatoire que celle de leurs aînés. En poursuivant leurs études, les étudiants s'installent pour plus ou moins longtemps, dans un mode de vie particulier, transition entre l'adolescence et la vie adulte. La vie étudiante, temps d'expérimentation alors, serait un défini par une

amoureuse, connaître la douleur d'apprendre, devenir apte à étudier toute sa vie, comme si ce temps, et c'est un point de vue commun à presque tous les auteurs, était un passage obligé pour construire une identité adulte selon des modalités partagées par une classe d'âge. Trajet, résume la psychanalyste, à effectuer pour se faire reconnaître comme « pair parmi ses pairs» dans une exigence qui pourrait être spécifique de la société d'aujourd'hui. Des enjeux évalués différemment Pourtant, si les auteurs s'accordent fait qu'être étudiant correspond

sur le

à une sorte

d'âge de la vie, ils n'envisagent pas de la même façon l'enjeu social que représente cette expérience. O. Galland, par exemple, la considère comme une « norme de génération » dans une approche centrée sur les trajectoires des individus. La question qui se pose alors est plutôt « quoi étudier? » que « pourquoi étudier? » Tandis que F. Dubet prend appui sur l'analyse qu'il fait des différences de construction de cette expérience entre les étudiants pour interroger le système de l'enseignement supérieur. L'élite future bénéficie encore d'une socialisation institutionnelle dans les grandes Écoles et trouve des raisons d'étudier construites par l'institution, alors que les autres, en masse à l'université, ont à traverser l'expérience étudiante comme une épreuve où ils doivent construire et combiner ces raisons d'étudier. Les mobilisations récurrentes des étudiants indiquent leur désir d'être les auteurs de leurs études, de s'approprier l'université. Mais il semble alors que l'on soit bien loin d'une université capable de répondre enjeux modernes. à ces

sociabilité, une qualité de vie spécifiques marquées d'une liberté par rapport aux parents qui n'excluent pas leur soutien, notamment financier. O. Galland distingue « la vie étudiante» de la « vie universitaire» parce que la vie des étudiants est de moins en moins liée à la vie de l'institution. Il souligne que cette qualité de vie étudiante existe essentiellement en province et s'élève contre la représentation noire de « l'anarchie» universitaire et du malheur de vivre

10

des étudiants de l'université de masse, renvoyée par certains travaux. Déjà les lycéens, comme semble le dire

J. Gonnet,

savent que l'université reste le chemin de l'avenir professionnel et se préparent à travers leurs revendications sur le mode expressif à tenter de modifier les relations entre les détenteurs du savoir et les autres. de son côté, prenant acte de la réalité de cet « état d'étudiant» médite sur ce qui - aussi - la constitue dans la joie et la douleur: assumer une vie affective et

J. Beillerot

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Parolps d'étudiants
table ronde
Cette table ronde a eu lieu le vendredi 28 juin 1996: 7 étudiants et

Cecilia Zolli (21 ans, 3e année de Pharmacie, travaille pour se payer ses études) : - C'est tout-à-fait le cas pour moi. Cette situation difficile du marché du travail m'a influencé dans le choix des mes études en Pharmacie. Elles ouvrent des perspectives professionnelles plus assurées. Mathieu Giraud (18 ans, le année Deug A) : - Pour ma part, je n'ai aucune idée du boulot après mes études, je n'arrive pas à faire le lien. Avec le temps, on va creuser cette question, essayer d'y voir clair. Fabien Feuillade (19 ans, terminale ES) : - On est obligé d'étudier pour avoir une bonne situation, pour avoir un véritable avenir. Après encore, j'aimerais continuer à étudier par nécessité, par envie et par amour. Orsolya Kancsal (25 ans, Hongroise, 11

11ycéen de la région parisienne province se sont réunis à l'INJEP. et de

Y participaient en Sciences de

également Jacky Beillerot, enseignant l'Éducation sociologue, titres. à l'Université

Paris X et Jacques Scheer, et les inter-

qui en a assuré la réécriture

«J'ai choisi une Prépa Hec, sans réfléchir, je visais le plus haut... » Fannie Obin (18 ans, classe préparatoire HEC): - J'ai choisi une Prépa HEC, sans réfléchir, je visais le plus haut, ce qui me permettrait de choisir. Je vais me réorienter, car maintenant, je sais ce que je veux faire le plus rapidement comme métier et comme étude. Je choisis le métier de prof pour ne jamais arrêter d'étudier. Étudier est une finalité intellectuelle à part entière.

-0
.....

Y\ OJ

Licence des Sciences du Langage, mariée, travaille pour poursuivre ses études) : - Je suis entièrement d'accord. Étudier, ce n'est pas que la Fac, c'est après. TIest normal de continuer à étudier après la Fac. Le diplôme, c'est une chose, mais qui ne débouche pas nécessairement sur l'emploi.

Romain Simon (I9 ans, 1e année Deug
Sciences économiques) : - Oui, mais aujourd'hui, c'est très diffé-

rent. La question du travail et du chômage est très présente, ça vous fait réfléchir. Le choix des études termes. se pose en d'autres

Vincent Richard (25 ans, ENSAE, Polytechnique, École des Eaux et Forêts) : - Je reviens sur cette question pour rajouter une idée. Acquérir du savoir, c'est le plus

AGORA

DÉBATS JEUNESSES

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motivant. Mais il ne faut surtout pas oublier, qu'étudier à l'école et à la Fac, c'est être dans un milieu étudiant, c'est une façon de vivre. C'est une sociabilité, c'est une expérience des relations humaines. L'avenir professionnel, ça préoccupe, c'est normal. Je me suis inquiété très tard des filières. Tout le monde n'est pas obligé de faire de longues études. Fabien: - Il faut préciser ces remarques. On ne peut pas profiter des études de la même manière selon notre origine sociale. L'espérance de poursuivre des études n'est pas identique pour tous, même s'il y a eu une démocratisation du Baccalauréat. Le Baccalauréat sert uniquement à aller en fac. À la fac, la démocratisation s'arrête. Ceux qui font de longues études ne se font pas avoir par les politiques, ils peuvent choisir leur métier et le progrès les oblige à poursuivre de longues études.
....

que tu fasses Ravel. Pendant les études, il n'est pas simple de réfléchir aux perspectives.

Mathieu:

-

Effectivement,arriver à se pro-

jeter dans l'avenir, ce n'est pas simple. J'ai passé ma terminale facilement et je ne suis pas beaucoup plus avancé pour autant. J'ai eu le temps de faire mon choix et pourtant je ne l'ai pas fait.

Fabien:

-

Il y en a beaucoup qui n'ont pas

choisi les études dans lesquelles ils s' engagent... Mathieu: - Mon choix est stupide. J'ai passé le Bac. Je n'ai pas plus d'ouverture. J'ai choisi par élimination. Je ne fais pas le lien entre études et boulot. Il faut trouver la place où l'on est bien. Choisir une filière qui corresponde à un cadre de vie, à une philosophie de la vie, qui apporte des connaissances. Je n'y arrive pas. Les études permettent d'acquérir un certain raisonnement. Pour moi, cette année est une année de réflexion. Orsolya: - Je ne sais pas ce.que je vais faire sur le plan professionnel. Le but est de faire ce que l'on a envie de faire. Ça peut durer 2-3 ans, ou 10 ans. Il faut trouver sa place. « Être étudiant, c'est un mode de vie... un privilège... » Fannie: - Étudier est un mode de vie. Il faut faire durer le plus longtemps ses études, à cause de la conjoncture, qui est un trou noir. Le mode de vie étudiant est un privilège. C'est un privilège que permettent des parents qui nous entretiennent financièrement.

- Je reviens sur le thème de la connaissance intellectuelle. Par les études, on se remet en question. Des gens de métiers ne se remettent pas en question, tout comme des gens diplômés. « Arriver à se projeter dans l'avenir n'est pas simple» Cecilia: - Les pharmaciens officinaux ne se remettent pas en question, par contre dans les laboratoires, ils sont obligés de le faire.

Orsolya:

12

Romain:

-

En Sciences éco, on a encore

beaucoup de possibilités de choix professionnels. Je n'étais pas très bon à l'école, je n'ai pas eu beaucoup le temps de réfléchir, j'ai lutté pour avoir l'année. À la fin on me dit, il faut

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Fabien: - J'insisterai encore davantage en disant que c'est un hyper privilège d'étudier.

Orsolya:

-

Vous êtes privilégiésen France.

C'est faux de dire que tout le monde peut étudier. Le mode de vie étudiant est intéressant. On ne réalise pas toujours que c'est bien la vie d'étudiant.

j'étais content d'être au Lycée. J'étais au CA du Lycée, j'étais président du club Théâtre. Le bien-être, ce n'est pas que les 30 heures de cours. Les études sont hyper importantes, mais autour, il faut qu'il y ait autre chose. Les activités para-scolaires sont très importantes. On a écrit une pièce de théâtre, ce qui nous a aidé. « À la Fac, je ne me sens pas chez moi! »

Vincent: - De mon côté, j'ai conscience de ma chance, du plaisir de vivre cette vie. Si j'ai rallongé mes études à ce point, ce n'est pas pour rien. Les études, c'est un mode de vie, c'est une reconnaissance de la part des autres. Les examens, les sanctions, les récompenses, la reconnaissance des autres, c'est gratifiant pour les gens qui n'ont pas d'assurance. Ludovic Meyer (terminale STT) :
-

Romain: - Moi, c'est l'inverse de Cécilia. J'ai mal vécu mon année de fac, il n'y a pas de complicité comme au Lycée. À la Fac, je ne me sens pas chez moi. Fannie: - Au Lycée, on nous materne. La Fac, ça m'angoisse d'être lâchée au milieu de 300 personnes. Prépa, c'est chacun pour soi, c'est ce qu'on m'avait dit. Ce n'est pas vrai. On est materné, chouchouté. La voie est tracée: deux ans de Prépa, 3 ans d'École, c'est rassurant. - Le choix de Prépa, c'est un cadre structurant, des règles communes, c'est un grand jeu. Romain: - Oui, mais il ne faut pas oublier de dire que c'est un grand jeu pour ceux qui réussissent! Vincent:

Je trouve aussi que c'est important d'être

reconnu par la famille, par des parents qui ont fait des études. Je serais mal, si je ne faisais pas d'études. Je n'ai pas eu trop le choix de mon orientation. SeuIl' enseignement technique m'acceptait. Je suis trop laxiste. Je ne travaille que les matières qui me plaisent. Romain: - L'influence de la famille est importante. Mes parents ne connaissaient pas le Bac. J'étais la fierté de mes parents. Pour certains, le Bac, c'était l'objectif final, pour d'autres, ce n'est qu'un début. Cecilia: - Pour moi, je n'ai pas apprécié toute ma scolarité de la même manière. Le Lycée, c'était l'horreur, la Fac, c'est le paradis! Fabien: - Au contraire, pour moi au Lycée, j'avais d'autres intérêts que les études,

....

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Fannie Obin : 18 ans, classe préparatoire Romain Simon:

HEC.

19 ans, 1e année Deug Sciences économiques.

Cecilia Zolli : 21 ans, 3e année de Pharmacie,

travaille pour se payer ses études.
Mathieu Giraud: Fabien Feuillade: 18 ans, 1e année Deug A. 19 ans, terminale ES.

Orsolya Kancsal : 25 ans, Hongroise, Licence des Sciences du Langage, mariée, travaille pour poursuivre ses études. Vincent Richard: 25 ans, ENSAE, Polytechnique, École des Eaux et Forêts. Ludovic Meyer: terminale STT.

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Fannie: - Le système scolaire est un système d'orientation. Les filières techniques sont peu favorisées. C'est dommage en France. Ludovic: - C'est tout-à-fait vrai. Je regrette d'être passé en seconde, j'aurais dû choisir une filière technique. C'est difficile de savoir ce que l'on veut.
« Êtes-vous ambitieux? »

Orsolya: - Je vois cette question d'une autre façon. Ma première ambition, c'est mon niveau de satisfaction personnelle. Étudier, c'est faire ce que j'ai envie, c'est une grande satisfaction. Plus j'avance dans les études, plus je suis contente. Ce n'est pas le salaire.

Vincent:

-

Pour le travail dans la haute

administration, même phénomène. C'est puéril, c'est la course au prestige. C'est la course entre grands corps d'État. Il faut faire attention de ne pas tomber. Être sous-directeur, c'est motivant, mais c'est une compétition et c'est frustrant pour ceux qui ne réussissent pas. Fabien: - L'ambition, ce n'est pas l'érudition. C'est voir dans tous les sens. Le Droit me permettra d'être généraliste, de comprendre la société. Je ne veux pas être cantonné dans un domaine. Je veux être Juge pour enfant. Ce n'est pas avoir un pouvoir, c'est être un travailleur social. « L'argent, le pouvoir, c'est bas... »

Cecilia: - Je suis très ambitieuse. Je veux faire des études longues pour gagner de l'argent, avoir un poste sans supérieur hiérarchique.

ru

Mathieu: - Moi, c'est le contraire. J'aimerais être ambitieux. Mais ambition égale argent et pouvoir, ça craint. Ludovic: - De mon côté, j'aimerai diriger mon propre commerce, être patron. Fannie: - Le salaire, en classe Prépa Hec, c'est ce qui les intéressait. Ça me dégoûte. Je veux être professeur. Même si je ne suis pas agrégée, ce n'est pas grave. Je voudrais être prof. en Prépa. C'est un milieu privilégié.

Fabien:

-

Je préfèrerais avoir un pouvoir

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en politique. J'apprends quand je milite, c'est une ambition sociale. Être juge pour enfants, c'est essayer d'éviter les déviances dès l'enfance. L'ambition, ce n'est pas nécessairement un but égoïste. Par contre, l'argent, le pouvoir, c'est bas. Le pouvoir, ce n'est pas forcément avoir personne au-dessus de soi. Ludovic:
-

Fannie Obin : 18 ans. classe préparatoire Romain Simon:

HEC.

19 ans, 1e année Deug Sciences économiques.

Cecilia Zolli : 21 ans, 3e année de Pharmacie. travaille pour se payer ses études. Mathieu Giraud: Fabien Feuillade: Orsolya Kancsal 18 ans. 1e année Deug A. 19 ans, terminale ES. : 25 ans, Hongroise, Licence des Sciences

Moi, c'est l'autorité d'un prof,
pas.

que je ne supporte

du Langage, mariée, travaille pour poursuivre ses études.
Vincent Richard: 25 ans, ENSAE, Polytechnique, École des Eaux et Forêts. Ludovic Meyer: terminale STT.

Mathieu: - Ça ferait quoi d'avoir quelqu'un au dessus de soi? Moi, ça ne me gènerait pas.

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Fannie:

-

J'ai pas envie de diriger. C'est

tion. On peut avoir 5.000 frs sans formation et avoir une formation et être au RMI. Cecilia: - C'est confus, quelque chose qui plaît! Orsolya: c'est faire

dans le but d'aider quelqu'un, aider ceux qui n'ont pas de chance. Étudier, est un moyen d'ascension d'élèves. - Si tu veux aider, c'est dans l'enseignement primaire qu'il faut travailler et pas en Prépa. L'élimination est déjà faite, à ce niveau. Les classes sociales ne profitent pas de la même façon de l'école. En Prépa Hec, on trouve des étudiants dont parents ont fait de bonnes études, Sciences économiques, chose. «À la fac, si on travaille, on peut y arriver...» Fabien: - L'entourage est important, on est déterminé par l'entourage. Il y a peu de gens qui arrivent à percer ces déterminations. On est victime de la mode des années 80 qui célèbre un Tapie pour qui le fric et le pouvoir sont tout. Mais Tapie, c'est aussi l'échec. Je pense aujourd'hui vers d'autres valeurs. qu'on va aller les en Romain: sociale pour beaucoup

- Le plus important, c'est une histoire personnelle, c'est un besoin personnel, il faut que cela reste une histoire personnelle et que je m'y retrouve.

Mathieu:

-

Équilibre, pour arriver à

c'est pas la même

réfléchir sur la vie, prendre le temps d'apprendre, de réfléchir, ne pas travailler tout de suite.

Vincent:

-

C'est l'image de soi que l'on

voudrait donner, c'est une réponse aux attentes de la famille, des amis, on se forge une ambition pour ses études, dans la limite de ses moyens, on étudie pour être reconnu, pour être aimé. Fannie: - Pour avoir une reconnaissance sociale, intellectuelle, personnelle, pour transmettre ce qu'on a appris, rajouter sa touche personnelle. Fabien: - Maîtriser ce qui nous entoure, étudier ce qui nous fait plaisir et pas pour les autres. Simon:
,.,.

if!

Orsolya:

-

En France, l'orientation se

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fait dès 15-16 ans. Quand on est dans un secteur, il est difficile d'en sortir. Alors qu'en Hongrie, la réorientation à tous les niveaux de scolarité. est possible

Étudier quand on peUt et quand

on a les moyens.

Mathieu: - À la fac, si on travaille, on peut y arriver, si on veut, on peut. Le chômage, c'est une bonne excuse, si tu veux trouver du travail, tu peux en trouver. Si tu veux gagner de l'argent, tu peux sans forma-

Ludovic: - Pour se faire plaisir. Dans la société, on n'a pas le choix, si on veut réussir dans la vie, il faut étudier. Malheureusement, ce n'est pas donné à tout le monde, alors que logiquement, cela devrait l'être.

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Etudipr
Jacky BEILLEROT

aujourd'huf
par Jacky BEILLEROT
assez judicieux puisqu'il envisage plusieurs niveaux de réponses confirmées par les propos des étudiants. Il s'agit plutôt d'un libre propos des étudiants mettant en avant quelques « objets» de silence.

Université de Paris X, Nanterre.

Si vous réunissez huit jeunes, garçons et filles, lycéens et étudiants, tous en réussite scolaire, et si vous leur proposez deux heures de discussion libre et organisée, autour de la question « Pourquoi étudier? », il en sortira cinq pages de compte rendu, dont la lecture confirme l'écoute: «Tout est dit » ' Pourquoi étudier? Les réponses fusent: il y a l'économie et le chômage, l'histoire personnelle et l'ambition, la chance sociale et la difficulté de choisir, le travail futur et le plaisir de comprendre, l'idéal de justice et la crainte d'anticiper l'avenir, le bonheur de vivre librement sa jeunesse et le regret que

D'abord, être étudiant est vivre un privilège social, mais en même temps, c'est la voie directe, unique, aujourd'hui. Le contraire d'un destin. La plupart de ces jeunes n'avaient en effet qu'un choix: être étudiant était la suite ordinaire et normale de l'état de lycéen. Évidemment cet état relatif de non choix n'est pas sans conséquence, ne serait-ce par exemple que retarder des choix. Chacun sait que sa position sociale initiale ne l'autorise guère à une situation future qui aurait fait l'économie des études. On entend l'un d'entre eux, une fois, parler de bonne situation. L'expression mérite un commentaire. Jadis, il n'y a pas encore si longtemps, on était étudiant par héritage social. Pour exister et vivre « normalement », il fallait occuper une place d'ingénieur, de médecin, de notaire ou d'enseignant. C'était la situation. On entrait, à son tour, dans le groupe bien minoritaire d'une élite. Ceux qui alors invoquaient l'espoir d'une bonne situation étaient des transfuges de classe, issus de la promotion sociale, destinés à une situation donnée que leur entourage et eux-mêmes ne considéraient pas comme satisfaisante. Ils visaient alors la « bonne» situation.

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tous ne puissent pas le partager. On étudie non pour une raison mais pour de multiples, si bien que la somme des arguments rencontrés compose un tableau où se croisent les avis sans que les uns soient en contradiction avec les autres. Il n'y a donc pas à classer des réponses et encore moins résumer le dire. Le texte d'incitation de cette table ronde est

1 Ce texte de Jacky Seillerot est une réaction aux propos tenus par les étudiants et lycéen dans la table ronde à laquelle il assistait.

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