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Pouvoir devenir sujet

De
230 pages
Marie Beauchesne propose ici une immersion radicale dans son parcours de vie, marqué notamment par l'éclatement familial caractéristique du Québec contemporain. Elle explore également son itinéraire de formation ainsi que sa pratique d'accompagnement du changement humain en milieu organisationnel, afin de répondre à une question brûlante : « Comment peut-on, par une pratique approfondie de soi, participer à la transformation de nos relations, de nos institutions, voire même de notre société ? »
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Marie BEAUCHESNEPOUVOIR DEVENIR SUJET
Un itinéraire de formation à la reliance
Chaque vie comporte sa part d’expériences fondatrices, sa face
d’ombre et de lumière. Chaque chemin laisse sur nous des traces
profondes, comme des sillons dans l’être, qui non seulement nous POUVOIR DEVENIR SUJET
marquent, mais conditionnent, trop souvent à notre insu, notre
vision du monde, notre rapport aux autres et à nous-mêmes.
Un itinéraire de formation à la relianceDevenir un sujet engagé, libre et responsable, au cœur de ses
relations et de ses actions dans le monde, ne demande-t-il pas de
réorienter son regard de l’extérieur vers l’intérieur et d’opérer sur
soi-même une pratique de transformation ?
Marie Beauchesne propose ici une immersion radicale dans
son parcours de vie, marqué notamment par l’éclatement familial
caractéristique du Québec contemporain. Elle explore également
son itinéraire de formation ainsi que sa pratique
d’accompagnement du changement humain en milieu organisationnel, afi n de
répondre à une question brûlante : « Comment peut-on, par une
pratique approfondie de soi, participer à la transformation de nos
relations, de nos institutions, voire même de notre société ? »
Elle découvre en chemin la « reliance » : une expérience de
rencontre et d’appartenance à la fois vécue et agie avec soi, les autres,
et le monde. À travers son récit et ses réfl exions, l’auteure présente
ici une véritable fresque vivante, qui off re des pierres de gués pour
toute personne en quête de plus de liberté et de responsabilité.

Marie Beauchesne est doctorante en service social
à l’Université Laval. Elle est chargée de cours en
psychosociologie et en travail social à l’Université du Préface de Bernard Honoré
Québec à Rimouski.
Illustration de couverture : toile de Karen Arsenault.

ISBN: 978-2-343-04407-1
23 euros
HISTOIRE-VIE-FORMATION_PF_BEAUCHESNE_POUVOIR-DEVENIR-SUJET.indd 1 17/10/14 01:14
Marie BEAUCHESNE
POUVOIR DEVENIR SUJET







Pouvoir devenir sujet


Histoire de Vie et Formation
Collection dirigée par Gaston Pineau

avec la collaboration de Pierre Dominicé (Un. de Genève),
Martine Lani-Bayle (Un.de Nantes), José Gonzalez Monteagudo (Un. De Séville),
Catherine Schmutz-Brun (Un. De Fribourg), André Vidricaire (Un. du Québec à
Montréal), Guy de Villers (Un. de Louvain-la-Neuve).

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de
la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler
"histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets
correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet
anthropologique.
Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation
s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit
des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète
l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie
courante à mettre en forme et en sens.


Dernières parutions

Volet : Histoire de vie

Jean-Eudes BOURQUE, Une parole arrachée au silence. Vivre la
paralysie cérébrale, 2014.
Micheline THOMAS-DESPLEBIN, Ruralité et soi féminin,
Dialogues intimes au féminin, 2014.
Corinne CHAPUT-LE BARS, Traumatismes de guerre. Du
raccommodement par l’écriture, 2014. Quand les appelés d’Algérie
s’éveillent, 2014.
Jean-Pierre WEYLAND, Je voulais vous dire que je n’ai pas été
sourd. Education active et promotion sociale, 2014.
Jean TIRELLI, Journal d’une vieille dame en maison de retraite
(nouvelle édition), 2013.
Nelly LESELBAUM, Soleils d’Algérie. Je n’en suis pas encore
revenue !, 2013.

Marie Beauchesne



Pouvoir devenir sujet
Un itinéraire de formation à la reliance







Préface de Bernard Honoré













































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04407-1
EAN : 9782343044071
Préface
Nous sommes en présence d’une histoire d’ouverture à
l’existence par une formation à la reliance aux autres et au monde
à dessein de découvrir un pouvoir devenir sujet dans l’exercice
d’une liberté et d’une responsabilité.
En lisant le texte de Marie Beauchesne, j’ai été immédiatement
touché par sa quête de devenir elle-même comme sujet, enracinée
dans un manque de reliance vécu durant son enfance et son
adolescence dans un milieu familial éclaté. Je me suis senti en
résonance avec les motifs de son engagement dans un processus de
formation qui l’a conduite à se libérer de ce qui avait bridé et
altéré ses liens affectifs aux autres.
Le mémoire de Marie Beauchesne exprime son désir et son
projet de formation dans le sens d’une ouverture à l’existence, et
décrit son itinéraire vers son accomplissement dans diverses
pratiques relationnelles de sa vie personnelle et professionnelle. Il
nous met en présence de l’émergence de ce désir au cours de
plusieurs années de pratiques professionnelles partant de
formations à la communication et au journalisme. Alors qu’elle
éprouve un mal-être relationnel dans ses activités, le projet
s’affirme d’une recherche-formation à ce qu’elle a nommé la
reliance, à dessein de se libérer de ce qui contraint sa liberté et
nuit à sa responsabilité. Au cours de l’expérience de cette
formation se précise la question « des ponts qui existent entre ce
que j’arrive à faire de moi au cœur d’une réflexion approfondie sur
mon rapport à mon histoire, à mes désirs et à ma vie, et ce que cela
fait de moi comme être de relation et d’action dans le monde. » Ce
qui conduit à la problématique « des conditions de formation qui
peuvent permettre à un individu d’entrer dans l’exercice de son
pouvoir devenir sujet » (42-43).
La formation a été vécue dans le cadre de la préparation à la
maîtrise en étude des pratiques psychosociales à Rimouski où elle
a déjà été assistante et où elle deviendra chargée de cours au
programme de baccalauréat en travail social et en
psychosociologie. Elle a rencontré au sein de cette université des
formateurs attentifs à son histoire et à ses besoins de formation et
7 qui l’ont accompagnée à la fois dans le processus d’une histoire de
vie et dans une expérience en somato-psychopédagogie.
L’Université du Québec à Rimouski, sur les bords du Saint
Laurent, est un lieu parcouru par un courant novateur associant,
dans les pratiques psychosociales, la formation et le soin. Un lieu
où souffle un esprit de reliance aux autres, aux divers groupes
d’appartenance, au monde en son entièreté. Dans cette ambiance
propice à l’épanouissement personnel et au développement des
capacités de formation et d’accompagnement du changement,
notamment dans le champ de la santé, Marie Beauchesne a vécu
l’expérience de son évolution personnelle en dépassant les
souffrances de son passé et en ne se laissant pas enfermer dans les
blocages de l’environnement social et moral.
L’ouvrage est structuré en trois parties correspondant aux
étapes méthodologiques d’une recherche dans une posture
heuristique fondée sur l’implication personnelle et l’engagement
du chercheur. Cette posture convenait tout particulièrement à
Marie Beauchesne qui était consciente qu’un processus de
formation à la reliance la conduirait au cœur de sa vie. Ces étapes,
de question, d’exploration et de compréhension, sont des moments
d’un processus expérientiel dans lequel la formation du chercheur
se constitue en même temps que progresse la pratique de la
recherche. Elles sont itératives et récurrentes, menant en spirale,
au sein de l’expérience de recherche, à la découverte de ce qui est
nommé ici un pouvoir devenir sujet.
La question est vivante, forte, passionnée et pressante. Elle
surgit d’un sol humain conflictuel dont la consistance aride et
sèche a supporté l’expérience d’un manque de relations
authentiques vécu dans l’enfermement d’une quête solitaire sans
réponse et dans le ressentiment. Elle porte à la fois sur le sens de
l’expérience des contraintes vécues dans son histoire et sur
l’expérience du processus de formation engagé pour s’en libérer
en les dépassant. Elle sera explorée à partir d’une immersion
radicale dans son expérience de vie.
Marie Beauchesne nous invite à la rencontrer dans son
exploration au carrefour de deux pratiques formatives qu’elle a
vécues au cours de sa recherche. L’une, inaugurale, est celle du
récit autobiographique. L’autre est celle de la
somato8 psychopédagogie. L’une et l’autre sont présentées dans leur
complémentarité.
Le lecteur est convié à plonger avec Marie dans son récit
autobiographique. Sa mise en forme est très élaborée, construite
au présent en une succession de « je me souviens ». Un
enchaînement de souvenirs d’enfance et d’adolescence décrit les
situations éprouvantes vécues dans un univers familial dissocié et
chaotique duquel Marie se sent rejetée, maltraitée par une
bellemère sans être protégée par son père. Décrits comme en
contrepoint de la ligne dramatique, viennent aussi des souvenirs
chaleureux d’« une vie reliée, malgré tout » avec deux demi-sœurs,
un jeune frère et aussi avec un grand-père paternel initiateur du
rapport au sacré et reconnaissant la profondeur de sa blessure
mais aussi son envie de vivre et la beauté qu’elle portait en elle.
(89) Le récit de tous ces souvenirs est ponctué, dans la perspective
de leur analyse, de citations d’auteurs ayant étudié la dynamique
des liens familiaux, leurs conflits, leurs violences psychologiques
avec leurs conséquences dans le développement affectif de l’enfant.
Ces citations préparent un autre récit en une forme plus réflexive,
approchant l’expérience vécue au cours du processus de formation
pour tenter de le comprendre. Marie Beauchesne revient sur le
contexte familial dans lequel elle a évolué pour en éclairer les
facteurs de risque à la lumière de ses lectures concernant
notamment les besoins de l’enfant vivant en famille monoparentale
suite à la séparation de ses parents. Elle en dégage les grandes
lignes interprétatives qui vont orienter le sens de ses recherches
pour se relier à son histoire vécue inscrite dans sa pensée mais
aussi dans son corps.
À la voie de recherche de connaissance et de transformation de
soi par l’écriture autobiographique d’inspiration
phénoménologique, se joint la voie de la rencontre avec soi en
découvrant « l’histoire que raconte son corps » (140) par des
pratiques d’accompagnement dites de somato-psychopédagogie
telles qu’elles ont été initiées par Danis Bois. Les objectifs, les
méthodes et les pratiques de ces deux voies sont décrits, dans
l’intention, semble-t-il, de faire comprendre pourquoi et comment
elles ont été choisies et surtout comment elles ont été vécues. À
leur jonction, se trouve, pour Marie Beauchesne,
l’accomplissement de son projet de pouvoir devenir sujet par une
9 transformation radicale de ses actions et de ses interactions en
donnant naissance à une nouvelle pratique relationnelle.
Forte de son expérience transformatrice d’elle-même, l’auteur
consacre une partie de l’ouvrage à la manière dont elle a pu en
expérimenter les effets en elle et autour d’elle dans ses mises en
action. La même démarche, à partir de ce qu’elle a vécu dans les
rencontres réparatrices lui permet d’énoncer, sous une forme
d’aphorismes prescriptifs, ses observations sur le pouvoir devenir
sujet. Celles-ci s’ouvrent sur des propositions, éclairées par ses
nouvelles pratiques, quant à l’exercice de ce pouvoir en milieu
professionnel, en prenant « appui dans soi, dans l’autre et dans
l’organisation (174) ».
En une vaste synthèse au terme de l’exposé, vient l’esquisse
d’un mode de compréhension des ponts entre les visées de départ
de la recherche et ce qu’elle a permis d’approcher et de découvrir.
Elle permet d’éclairer le sens donné à la notion de reliance dans
sa double dimension active et réceptive et de la considérer comme
d’emblée formative. Les notions de pouvoir-être et d’avoir à former
que j’ai développées à propos de l’ouverture à l’existence
constituent ici les amers en vue de présenter le pouvoir-devenir
comme une capacité de l’homme à s’engager tout au long de son
existence, soutenue par le désir de se former.
Dans son parcours expérientiel et réflexif, Marie Beauchesne
rencontre la pensée de Michel Foucault pour qui le souci de soi
requiert un accès au divin. Elle s’appuie sur cette pensée pour
lever le voile dissimulant une spiritualité immanente qui permet
l’émergence du sujet accédant « de par sa connaissance de plus en
plus approfondie de lui-même, à la dimension supérieure de
l’existence qui le fait, l’englobe et le dépasse ».
Par son témoignage, le livre de Marie Beauchesne sur son
itinéraire de reliance ouvre des voies riches de perspectives
relationnelles pour tous ceux qui sont en attente d’eux-mêmes dans
l’accompagnement des autres. Il ouvre aussi sur un chemin de
penser la reliance en la dimension spirituelle de ce qui nous relie
aux autres et au monde en ses multiples composantes.

Bernard Honoré


10









À Marc-André

Remerciements
J’aimerais remercier infiniment ma directrice de recherche,
madame Jeanne-Marie Rugira, professeure au département de
psychosociologie et de travail social à l’UQAR, pour la direction
de ce mémoire. Son accompagnement, son soutien et son désir
profond de me voir me déployer ont été pour moi une source
d’inspiration, de courage et de grande soif de m’accomplir.
Ma gratitude tout entière va également à Agnès Noël qui a su
m’accompagner et m’enseigner sur les chemins de la rencontre
avec mon corps, de ses mystères et de ses merveilles. Le soin
qu’elle a porté à mon âme et à ma vie restera gravé en mon cœur à
tout jamais.
Il m’est capital de nommer toute la gratitude que j’ai envers les
membres de ma famille, principalement envers mes parents qui ont
accepté avec générosité que je raconte notre histoire dans le cadre
de ma recherche. J’aimerais saluer leur immense courage, leur
humilité et leur force.
J’aimerais saluer avec reconnaissance mes frères et sœurs, de
sang, de cœur ou d’alliance. Avec vous j’ai appris que la fraternité
est possible, et c’est au nom de nos devenirs que j’ai œuvré à cette
recherche.
Je suis reconnaissante envers tous mes professeurs à la maîtrise
et accompagnateurs en somato-psychopédagogie. Jean-Marc Pilon,
Serge Lapointe, Diane Léger, Mire-Ô Tremblay, Pascal Galvani, je
vous remercie pour vos intelligences lumineuses qui m’ont donné
l’envie d’apprendre et de déployer la mienne. Martine Menu,
Sylvie Hogues, Jean Humpich, je salue vos mains et vos
accompagnements judicieux qui m’ont redonnée si souvent à cette
vie précieuse logée au creux de moi.
Merci enfin aux praticiens-chercheurs et formateurs qui sont à
l’origine de la somato-psychopédagogie et grâce à qui j’ai pu
découvrir le travail sur le corps Sensible. Leur dévouement pour
leur œuvre commune et leur génie créateur suscitent chez moi une
reconnaissance et une admiration sans fin. Merci à Danis Bois, Ève
Berger et Marc Humpich.
13 Introduction
Comment être ou devenir, au
plan individuel, un acteur lucide
de notre parcours de vie, et sur
le plan collectif, se comporter en
citoyen responsable et engagé en
notre existence, au sein de la cité
et même à une plus vaste
échelle ?
Ha Vinh Tho

S’engager dans une démarche de recherche-formation est sans
contredit une prise de risque vers un devenir incertain. Ce devenir,
quoique inconnu, nous appelle précisément de par son potentiel de
dévoilement de possibilités d’être, de connaissances inédites et de
sens renouvelé. La présente recherche se veut un véritable
itinéraire de formation au sein duquel le chercheur, comme être de
devenir en quête de nouvelles connaissances valables sur les plans
personnels, relationnels, sociaux, professionnels et politiques, est
au premier plan. La question qui est à l’origine de l’ensemble de ce
travail est issue de ma propre quête d’accéder à un pouvoir devenir
sujet, c’est-à-dire à un pouvoir de vivre et d’œuvrer au sein du
monde depuis une plus grande liberté d’être et d’agir, et donc
d’une responsabilité humaine, relationnelle et citoyenne plus
assumée. La présente recherche puisera ainsi au cœur de mon
expérience personnelle, relationnelle et professionnelle en vue d’y
déceler des voies de passage pertinentes menant vers une entrée
dans l’exercice d’un pouvoir devenir sujet, libre et responsable, au
cœur de la Cité.
Tout le parcours de formation, de transformation et de mise en
pratique relationnelle et professionnelle relaté dans le présent
ouvrage a été accompli et étudié dans le cadre d’un projet de
maîtrise en étude des pratiques psychosociales, réalisée à
l’Université du Québec à Rimouski, entre 2007 et 2011. Mon
travail a pris racine depuis une question touchant principalement la
possibilité, pour une personne, de pouvoir accéder à plus de liberté
devant les contraintes biographiques inhérentes à son existence, en
15 vue de devenir un sujet responsable. Issue personnellement d’un
contexte d’éclatement familial vécu douloureusement, j’étais
soucieuse de m’accompagner et d’accompagner ceux qui, comme
moi, manquaient de voies de passage pour se relever d’un passé
difficile et ne savaient pas comment faire pour s’inventer un futur
radicalement nouveau. Mon travail d’accompagnatrice du
changement en milieu organisationnel me donnait également à
questionner la notion de l’humain et de son devenir vers plus de
liberté et de responsabilité, pour lui-même et pour ces autres autour
de lui. Je cherchais ainsi à découvrir comment nous accompagner
vers un mieux-être, voire un plus-être, individuel et collectif. Plus
précisément, je pressentais que le manque de lien – à soi, aux
autres et au monde – commandait un réel travail pour moi, mais
aussi pour l’époque dans laquelle je m’inscris, autour de la relation
et de l’appartenance. En ce sens, je rêvais d’apprendre la reliance.
J’avais donc à cœur de comprendre comment une personne peut
accéder à plus de liberté et à plus de responsabilité au cœur de ses
actions, de ses interactions et de ses projets par un apprentissage
soutenu de la reliance.
Ainsi, ma démarche à la maîtrise poursuivait les objectifs
suivants :
- Approcher mon parcours biographique et comprendre en
quoi mes expériences relationnelles fondatrices ont
contribué à me mettre sur le chemin de ma quête du pouvoir
devenir sujet libre et responsable de mon existence ;
- Extraire de mon parcours singulier de formation et de
transformation des moments clés qui révèlent des voies de
passage pertinentes pour apprendre à se relier et entrer dans
l’exercice de son pouvoir devenir sujet ;
- Comprendre et nommer en quoi le processus de formation
à la reliance m’a permis de conquérir mon pouvoir devenir
sujet libre et responsable au cœur de mes contextes et dans
mon inscription socio-historique ;
- Proposer une approche d’accompagnement pédagogique de
la reliance et du pouvoir devenir sujet libre et responsable
dans la vie personnelle et professionnelle.
16 Le présent ouvrage est articulé autour de trois parties, divisées
en chapitres. Il est organisé selon une cohérence propre à
l’approche de recherche heuristique (Craig, 1978). J’ai voulu
accorder la forme de la recherche au fond de la démarche. Les
parties du livre suivent donc les étapes énoncées par Craig (1978)
pour bien conduire une recherche heuristique. Les questions de
style et de forme me semblaient indissociables du contenu de cette
recherche.
La première partie de la recherche heuristique est la question,
formulée dans cet ouvrage par le titre « Partie 1 : Porter en soi une
question ». Cette partie comporte deux chapitres, dont un chapitre
inaugural présentant les postulats épistémologiques et
méthodologiques qui sous-tendent cette recherche et encadrent ma
démarche. Le second chapitre présente de façon approfondie la
problématique inhérente à cette recherche, dans ses pertinences à la
fois personnelle, socioprofessionnelle et scientifique.
La seconde partie « Explorer profondément son expérience »
constitue le cœur de cette recherche. Elle est composée de trois
chapitres. Le premier est un récit autobiographique réalisé pour les
fins de la recherche, qui donne à voir les sources, dans mon
parcours de vie, des questions qui nous préoccupent. Il est rédigé
sous forme à la fois descriptive et analytique. Le second, le « récit
de formation et de transformation », donne à vivre, à travers un
discours descriptif et réflexif, le chemin parcouru en cours de
recherche, au contact de diverses approches de
rechercheformation que j’ai choisi d’investiguer en vue de répondre à mes
objectifs de recherche. Ce chemin tente de laisser voir quelles sont
les balises qui m’ont permis d’apprendre la reliance et d’entrer
dans l’exercice de mon pouvoir devenir sujet. Le dernier chapitre
« naissance d’une pratique relationnelle renouvelée » relate et tente
de faire émerger, par une analyse descriptive, les jalons d’une mise
en action relationnelle et professionnelle articulée autour de
l’exercice du pouvoir devenir sujet et issue de mon parcours de
formation et de recherche.
La dernière partie de ce livre, « Tisser une compréhension »,
constitue en un effort, comme son nom l’indique, de
compréhension élaborée à partir de mon parcours de formation et
de transformation personnelle et professionnelle à la maîtrise, en
17 vue de pouvoir modéliser une pédagogie et une pratique
d’accompagnement du pouvoir devenir sujet.
Je me sens pénétrer ici une occasion inédite de réaliser une
profonde aspiration mienne, celle de pouvoir, par mon parcours
singulier, venir éclairer la question du devenir humain, pour
moimême mais aussi pour les autres, afin que grâce à chacun, un
monde plus sensé et plus relié soit possible. J’espère ainsi être à la
hauteur de cette parole lumineuse de Denis Müller (1998) : C’est
au cœur et du fond de nos faiblesses et de nos meurtrissures que
peut jaillir, ferme et acéré comme l’épée la mieux trempée, ce
« courage de vivre » qui nous permet de nous dresser face aux
injustices et au mépris infligés à autrui et de répondre ainsi
d’autrui et de nous-mêmes, avec dignité, liberté et imagination.
18 PARTIE 1 : PORTER EN SOI UNE QUESTION
Dans cette partie, j’ai fait le choix de débuter par exposer les
considérations épistémologiques et méthodologiques qui fondent la
cohérence de toute ma démarche. Le présent travail est organisé
selon le modèle heuristique de la recherche (Craig, 1978), j’ai donc
eu besoin de clarifier les choix paradigmatiques et le type de
recherche qui m’ont permis de choisir cette méthodologie globale –
l’approche heuristique de la recherche – non seulement comme
méthode de travail, mais aussi comme philosophie d’approche de
la connaissance et comme style d’expression de ma subjectivité de
praticienne-chercheure émergente. Le premier chapitre de cette
partie expose donc mes choix épistémologiques et
méthodologiques, et il sera suivi par un second chapitre qui
présente l’historique de la précision de ma question, la
problématique, qui est le lieu de la mise en problème, en tant que
telle, de ce travail.
19 Chapitre 1 : Fondements épistémologiques
de cette démarche
1.1 Introduction
Une science réaliste de
l’humanité ne peut être créée que
par les hommes qui sont le plus
conscients de leur propre
humanité, précisément lorsqu’ils
la mettent la plus totalement à
l’œuvre dans leur travail
scientifique.
George Devereux

Il m’apparaît incontournable, à l’aube d’entreprendre la lecture
de ce livre, que le lecteur puisse comprendre les fondements
épistémologiques et méthodologiques qui ont précédé à cette
recherche, en vue de lui permettre de l’aborder dans sa pleine
cohérence. Nous pouvons aborder l’épistémologie, ou la
« philosophie des sciences », comme étant :
L’étude critique des principes, des hypothèses et des
résultats des diverses sciences, destinée à déterminer leur
origine logique, leur valeur et leur portée objective. Elle
veut notamment définir les fondements, les méthodes, les
objets et les finalités de la science. (Simard, 2006)
En effet, comme je l’ai appris au cours de ma formation à la
recherche, il ne suffit pas de produire des connaissances, encore
faut-il, comme chercheur, pouvoir se situer dans l’univers des
courants de production de savoirs et connaître quelle représentation
de l’humain, quel rapport à la connaissance et quels postulats de
recherche sous-tendent cette même production de savoirs. C’est à
cet exercice que je me suis pliée à travers ma démarche et à
laquelle j’invite le lecteur dès à présent, afin qu’il puisse avec moi
pénétrer ces préceptes de base qui donnent au présent ouvrage sa
valeur et sa pertinence. Je préciserai d’abord quels sont les
21 postulats épistémologiques qui sont à la racine de cette recherche,
puis je présenterai quels sont les choix méthodologiques qui y ont
été réalisés, en vue d’en soutenir le déploiement et la mise en
forme.
1.2 Approcher une réalité pour mieux la comprendre
J’aimerais postuler ici que ma recherche est délibérément située
dans une démarche compréhensive et interprétative, en ce sens que
son objet n’est pas de démontrer quelque relation de cause à effet
ni de prouver l’existence de ceci ou de cela, mais que mon
intention est précisément d’approcher une réalité pour mieux la
comprendre, en tirer du sens et ainsi pouvoir partager avec d’autres
autour de questions qui m’apparaissent essentielles.
Alors que les sciences naturelles semblent pouvoir appréhender
l’univers et la nature depuis une posture neutre, peut-on encore,
aujourd’hui, prétendre aborder les êtres humains avec objectivité ?
N’est-il pas plus réaliste, voire plus à propos, de tenter d’approcher
cet objet d’étude – l’humain, avec notre propre humanité ? Les
recherches qualitatives en sciences humaines ne prétendent pas à la
systématisation ni à l’universalité, mais plutôt à la production de
sens pouvant éclairer les façons de faire, générer un dialogue ou
modifier les pratiques. Certains scientifiques, comme Polanyi, un
physicien cité par Peter Erik Craig, vont jusqu’à dire qu’il est tout
simplement faux, voire ridicule, de penser que des êtres humains,
aussi chercheurs soient-il, puissent aborder la réalité humaine
vécue depuis un cadre complètement objectif : « l’idéal d’une
connaissance formulée dans des énoncés strictement impersonnels
nous apparaît maintenant contradictoire en soi, dépourvu de sens,
et même à la limite du ridicule. » (Craig, 1978, pp. 209-210)
L’invitation faite par les recherches qualitatives et
interprétatives est justement de sortir de la dénégation de nos
postulats subjectifs et d’au contraire les utiliser judicieusement
dans nos investigations. Comment utiliser nos intuitions, nos
aspirations, nos questionnements profonds, au service d’une
démarche scientifique et rigoureuse, ou lieu de prétendre pouvoir
les mettre de côté ? Comment sortir d’une fausse objectivité –
22