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Offrir un autre regard sur le métier de professeur, faire tomber les idées reçues, ouvrir davantage encore le dialogue, partager l'expérience de cette profession mais aussi les outils pédagogiques expérimentés, affirmer haut et fort que le métier d'enseignant est un acte politique : un acte citoyen qu'il nous faut défendre et dont nous ne devons pas rougir : voici ce qui a motivé cette démarche. Ce livre est une mise à nue du travail d'une enseignante.
Publié le : dimanche 15 mai 2016
Lecture(s) : 4
EAN13 : 9782140009297
Nombre de pages : 188
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Audrey Chapelain
Prof
Mise à nue du travail d’une enseignante
Prof
Offrir un autre regard sur le métier de professeur, faire tomber
les idées reçues, ouvrir davantage encore le dialogue, partager
Mise à nue du travail d’une enseignantel’expérience de cette profession mais aussi les outils pédagogiques
expérimentés, af rmer haut et fort que le métier d’enseignant est un
acte politique : un acte citoyen qu’il nous faut défendre et dont nous
ne devons pas rougir : voici ce qui a motivé cette démarche. Ce livre
est une mise à nue du travail d’une enseignante.
Professionnels de l’éducation, anciens élèves ou parents d’élèves,
chacun y trouvera de quoi nourrir sa ré exion sur l’École.
Audrey Chapelain est professeur de Lettres Classiques,
formatrice et chargée de mission académique, bénévole et
formatrice au sein de l’Afep.
Préface de Nathalie Pérez Wachoviack
Illustration de couverture : Émilie Chapelain.
ISBN : 978-2-343-09152-5
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Prof
Audrey Chapelain
Mise à nue du travail d’une enseignante


















































Prof
Mise à nue du travail
d'une enseignante






















Audrey CHAPELAIN
Professeur de Lettres Classiques
Formatrice et Chargée de mission académique
Bénévole et Formatrice au sein de l’AFEP


Prof
Mise à nue du travail
d'une enseignante

Préface
Nathalie Pérez Wachoviack

IA-IPR d’espagnol, référente académique
innovation, inspection pédagogique régionale


















































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09152-5
EAN : 9782343091525




A Adrien et Emilie, qui me motivent dans mes entreprises et
m’encouragent dans mes démarches. J’espère que l’école sera
pour vous source d’épanouissement.
A tous mes élèves, qui me permettent de progresser dans ma
réflexion, qui accueillent avec enthousiasme mes expériences et
qui s’avèrent de justes critiques.
Aux enfants et adolescents des ateliers de l’AFEP, qui me
témoignent confiance et gratitude.
Je vous souhaite à tous de trouver confiance, de découvrir le
bonheur d’apprendre et la joie ressentie lorsque l’on atteint, au
prix d’efforts, l’objectif que l’on s’était fixé.






Préface

« Ne craignez pas d’avancer lentement, craignez seulement de
rester sur place ». (Sagesse chinoise)
Sur le chemin de l’Ecole, nous croisons tant de monde : des
élèves bien sûr, des enseignants en équipe ou plus solitaires, des
directeurs, principaux, proviseurs, inspecteurs et toute cette
communauté éducative qui avance tant bien que mal vers une
direction que l’on voudrait commune…
Parfois l’on a besoin de s’arrêter, de souffler pour faire le point,
pour vérifier si l’on est sur le bon chemin ; l’on a envie
d’étoffer sa carte, de la remettre à jour ; l’on ressent parfois
même l’urgence d’en modifier les contours, avec toujours la obsession : cheminer, avancer dans le plaisir et l’envie,
au service des élèves.
Ce livre est ainsi fait que, si vous êtes sur cette route
pédagogique personnelle, vous y trouverez de jolies bornes
écrites avec clarté et simplicité, comme ces repères que laissent
au fur et à mesure de leur passage, les voyageurs au long cours.
Audrey Chapelain appartient à cette catégorie de marcheurs
infatigables, alliant aptitude au marathon et sensibilité du
flâneur qui prend soin d’observer la nature pour mieux tracer
des itinéraires.
Laissez-vous guider au fil des pages par les balises qu’elle a
posées, avec générosité, sur le bord du chemin de l’Ecole
d’aujourd’hui et de demain ! Que vous soyez randonneur,
promeneur, coureur de fond ou de vitesse, quel que soit votre
rythme ou celui de vos élèves, vous découvrirez chapitre après
chapitre, un itinéraire des possibles pour que le parcours de tous
soit moins chaotique, moins sinueux …mais pas sans obstacle.
Car Audrey n’a pas de prétention, surtout pas celle de détenir la

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carte idéale mais simplement l’envie de partager une
expérience, la sienne, qui rejoint souvent la nôtre et nous inviter
par une réflexion juste à trouver nos propres jalons.
Je suis bien reconnaissante à l’Ecole que nos chemins se soient
croisés !
Nathalie Pérez Wachoviack,
IA-IPR d’espagnol, référente académique innovation,
inspection pédagogique régionale.


















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I
1Connais-toi toi-même .


1 Socrate selon Platon, Le Charmide, env. 388 av. J.-C.

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Préambule

En cette période de réformes scolaires, beaucoup de discussions
tournent autour du métier d’enseignant. Politiques, journalistes
et autres protagonistes de la vie publique avancent opinions et
critiques. Les syndicats défendent le statut de leurs adhérents
(dont je ne me cache pas faire partie). Au milieu de tant de
débats, je m’étonne de ne pas voir au centre de la discussion,
l’intérêt des enfants dénué de toute autre considération. C’est
pourtant de là, me semble-t-il, que devrait partir toute réflexion,
indépendamment des enjeux politiques et économiques, encore des incidences sur le statut de tel ou tel
acteur du système éducatif. Le mot « pédagogie » (qui
accompagne l’enfant) place pourtant celui-ci au cœur de la
problématique. Ces questions ne devraient être traitées qu’en
second lieu, sans pour autant remettre en question d’un iota
l’idéal que l’on s’est, au préalable, fixé pour les élèves. Le
métier d’enseignant doit évoluer, s’adapter au monde
d’aujourd’hui mais aussi tenir compte des connaissances mises
à disposition par la science sur le développement cognitif des
enfants. Ce n’est qu’en croisant les regards que l’on parviendra
à redorer les souvenirs d’école des élèves qui l’associent, trop
souvent aujourd’hui, à une prison, un long bagne auquel ils ne
voient pas d’issue. Image suscitée par des sentiments violents
de nullité dès qu’ils ne correspondent pas au profil scolaire visé
par la pédagogie dispensée. Et ils sont nombreux, ces
enfantslà. Ils constituent bien souvent la majorité des effectifs, sans
compter ceux qui la supportent et s’en contentent sans trop
comprendre ce qu’elle leur apportera, au mieux un meilleur
salaire plus tard. Ce livre, quel que soit son avenir, n’a aucune
ambition polémique. Il s’affranchit également des mesures et
discours des différents partis politiques : ni il ne condamne les
uns, ni il ne soutient les autres. Il s’agit d’un aparté.
Si j’écris ce livre aujourd’hui c’est avant tout pour offrir un
autre regard sur ce qu’est le métier de professeur et faire tomber
de trop nombreuses idées reçues. C’est aussi pour ouvrir

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davantage encore le dialogue entre professeurs, élèves et
familles. Trop de malentendus parasitent notre communication
pourtant nécessaire au bien-être des élèves des uns, des enfants
des autres. C’est encore pour partager mon expérience de cette
profession que j’aime tant mais aussi les outils que j’ai pu
expérimenter après les avoir trouvés au fil de mes lectures, de
discussions avec des collègues de tous niveaux et toutes
disciplines confondues, de conférences ou formations
auxquelles j’ai pu assister. C’est enfin pour affirmer haut et fort
que le métier d’enseignant est un acte politique au sens
étymologique du terme : un acte citoyen qu’il nous faut
défendre et dont nous ne devons pas rougir.
Ce livre est donc une mise à nue de mon travail certainement
critiquable et oh combien perfectible. J’espère qu’il pourra
offrir à certains des pistes de réflexion et que d’autres m’en
apporteront de nouvelles afin de faire encore évoluer ensemble
nos pratiques pour un objectif commun à tous, professeurs,
élèves ou parents : répondre aux besoins de tous les élèves.


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Présentations

Je m’appelle Audrey Chapelain et suis professeur de Lettres
Classiques. J’ai envie d’ajouter « et fière de l’être » malgré tout
ce qui accable ma profession. Aujourd’hui, j’ose l’ajouter.
Hier, je l’aurais passé sous silence. Il n’est pas toujours facile
d’annoncer sa profession quand on exerce la mienne. Juin 2005,
signature d’un acte notarial. Je revois encore cette secrétaire,
plongée dans ses documents administratifs qui l’absorbaient
depuis de longues minutes, relever la tête à l’annonce de ma
profession, me regarder droit dans les yeux et me dire
naturellement : « Je hais les profs », et de se replonger aussitôt
dans ses documents. Elle n’a sans doute pas imaginé l’impact
de ces quelques mots. Quatre mots. Quatre syllabes qui
retentirent en moi comme autant de balles dans le thorax.
Quatre violentes détonations qui ne choquèrent personne
d’autre dans la pièce. Un consensus unanime apparemment
puisque personne ne releva. Septembre 2010. Je me souviens
encore. Un banquier. Divers formulaires administratifs. Il me
questionne, je réponds. « Professeur ». « Ah ! toujours en
vacances ! » C’est étrange mais je n’ai pas su rire. D’ailleurs, je
ne crois pas qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Le ton était
plutôt celui du constat. Evidemment, j’aurais pu rétorquer mille
et une choses mais je suis restée, une fois, de plus sans voix.
J’ai cependant changé de banque.
Deux situations anodines que mes collègues pourraient enrichir
de leurs expériences que j’imagine multiples. Anodines mais
pas insignifiantes. Fort explicites du mal être de notre
profession. Qu’est-il devenu du plus beau métier du monde ? Il
suffit d’écouter ce que répondent nombre de parents à leurs
enfants si ceux-ci envisagent éventuellement la possibilité
d’exercer ce métier. Les sociologues auraient sans doute
beaucoup à dire sur notre rétrogradation sur l’échelle sociale. Je
doute fort que réside ici la seule explication.

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Depuis, j’annonce ma profession arguments en bouche. Prête à
dégainer si l’offensive est lancée. Le plaidoyer s’est étoffé au fil
des années. La parole se libère. Ce livre en est l’écho.







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Deux antagonistes

Aussi étrange que cela puisse paraître à des gens comme cette
secrétaire ou ce banquier, j’ai toujours rêvé d’être professeur.
J’avais confié mon rêve à Mme S., une de mes premières
maîtresses. Je la revois encore à la sortie de la classe dire à ma
mère : « Elle a tout d’une maîtresse, je l’imagine déjà avec son
cartable ». Si ces paroles donnent à réfléchir sur l’image
stéréotypée qu’elles véhiculent, elles avaient évidemment tout
aussi réjoui qu’encouragé la petite fille de quatre ans dans sa
précoce orientation. J’allais jusqu’à faire faire des dictées à mes
cousins le jour de Noël. Aussi incroyable que cela puisse
paraître, ils se prêtaient au jeu tout comme mon frère qui
pourtant honnissait l’école.
Cette vocation première, commune à de nombreux enfants
encore sous le charme de leurs maîtresses, aurait pu être balayée
par la scolarité essuyée par mon plus jeune frère. Dès son entrée
à l’école, il n’a eu plus qu’une idée en tête : en sortir. Et c’est ce
qu’il entreprit régulièrement. Ses trois petites années et ses
moins d’un mètre ne l’empêchaient pas de s’évader
régulièrement de l’enceinte de l’école par une secrète issue. Les
instituteurs d’appeler ma mère. Ma mère d’arriver affolée et de
chercher son fils dans la colline environnante tout en se
confondant d’excuses. Elle avait pourtant trois enfants auxquels
elle avait porté la même attention. Heureusement que ma sœur
et moi apportions crédit à son éducation. Comment donc
expliquer cela ? On ne pouvait évoquer le facteur
socioprofessionnel. Famille stable : parents mariés depuis 15 ans,
trois enfants. Père aviateur dans l’armée de l’air. Mère au foyer.
Propriétaires. Français. Que dire alors ? C’était le petit dernier,
le seul garçon de surcroît. Il avait été trop gâté. Il était par
ailleurs adorable. Toujours prêt à aider la maîtresse tant que
cela lui permettait de se dégourdir les jambes et de vaquer à
toute autre chose. Au fil des années, les maîtres et maîtresses

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