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Quels dialogues entre chercheurs et consultants ?

De
148 pages
La relation entre praticiens et chercheurs n'est pas un thème nouveau en soi mais sa définition comme objet scientifique reste un problème. De quels chercheurs parlons-nous ? De quelles sciences ? Qui sont ces praticiens qui prétendent dialoguer avec la recherche ? Des questions de territoires, de méthode, d'identité sont en jeu et à analyser pour éclairer les pratiques de recherche-intervention.
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Savoirs

(Ç) L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-05113-3 EAN : 9782296051133

Savoirs
revue internationale de

recherches en éducation et formation des adultes
2008 - 16
Quels dialogues entre chercheurs et consultants?
Revue publiée avec le concours:
- de l'association - de la Chambre
-

Interface recherche de Commerce et d'Industrie de Paris de l'Université Paris X Nanterre

L' Harmattan

Le Comité scientifique s'est constitué en association de droit français dénommée Association internationale pour la promotion des recherches en éducation et formation des adultes (Aiprefa). L'Aiprefa a été enregistrée au Journal officieldu 15 février 2003. L'association, dont le siège social est à l'université de Paris X Nanterre, est propriétaire de la revue: elle en a les responsabilités d'édition, de gestion et de diffusion. Le second bureau est composé de AnneGaël Bilhaut, J ean- Pierre Françoise L. Laot.
Comité scientifique

Boutinet,

Philippe

Carré,

Sandra

Enlart,

Gérard

J ean-

Montcler

et

Brigitte Albero (professeur de sciences de l'éducation, Université Rennes 2) Jean-Marie Barbier (professeur au Cnam) Christian Batal (pDG Interface Études et Formation) Sandra Enlart (professeur de sciences de l'éducation, Université de Genève) Jean-Michel Baudouin (professeur de sciences de l'éducation, Université de Genève) Marie Bonnafous-Boucher (professeur associée au Cnam) Etienne Bourgeois (professeur de sciences de l'éducation, Université catholique de Louvain) Jean-Pierre Boutinet (professeur de sociologie, uca Angers) Fondateur: Directeur de publication: Responsable éditorial: Secrétaire de rédaction: Responsables scientifiques:
Traductions français-espagnol: Traduaions français-anglais :

Philippe Carré (professeur de sciences de l'éducation, Université Paris X) Pierre Caspar (professeur, Chaire de formation des adultes, Cnam) Pierre Dominicé (professeur de sciences de l'éducation, Université de Genève) Gérard J ean-Montcler (Maître de conférences en sciences de l'éducation, Université Paris X) Françoise F. Laot (Maître de conférences en sciences de l'éducation, Université Paris V) Gilles Leclercq (professeur en sciences de l'éducation, Université de Lille I) Paul Santelmann (Responsable de la prospective, Afpa) Claudie Solar (professeure d'andragogie et de psychopédagogie, Université de Montréal) André Voisin (Économiste, Paris) Jacky Beillerot Philippe Carré
Gérard

J ean-Montcler

Anne-Gaël Bilhaut Sandra Enlart Bellier, Jean-Pierre Boutinet, Françoise F. Laot Dyanne Escorcia Stephen Brewer

Revue SAVOIRS Université Paris X Nanterre UFR SPSE, Bât. C. 207 200, avenue de la République - 92001 Nanterre Cedex email: revue.savoirs@u-paris10.fr

Savoirs, 16, 2008

Quels dialogues

Savoirs, 16, 2008 entre chercheurs et consultants?

Édi

to

rial.

. .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . . . . . .. . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .

.. 7

Note de synthèse Xavier Baron - Quels dialogues entre chercheurs et consultants? bats sur l'intervention en organisations

Les dé11

Rebonds Philippe Carré - Réconcilier pragmatisme et théorisation versus chercheurs: une dichotomie Jean-Pierre BoucheiJ - Consultants
la tiviser ? . . .. .

55 à re-

. . . . . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . ... .. .. . . .. . . . .. . .. . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 59

PierreCaspar- Les consultants sont-ils ce que l'on dit d'eux?

63

Articles de recherche
Corinne Mérini et Pascale Ponté - La recherche-intervention comme d'interrogation des pratiques Annie J éZégou Formation ouverte et autodirection de l'apprenant mode 77

97

N otes de lecture
Chr. Heslon (dir.) - Petite psychologie de l'anniversaire (Pierre Dominicé) 119 Fr. Frétigné- L'appétence pour la formation. Une entreprise de rationalisation du flou (Paul Santelmann) 120 S. Enlart - Concevoir des dispositifs de formation d'adultes: du sacre au simulacre du changement (Philippe Carré) 122 G. Pinte - La CFTC-CFDT et la formation permanente (Paul Santelmann) . . . . . . . . . .. . ... .. .. . . . . . . . . . .. . .. . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . ... . . . . . . . . . . . . . .. 124

Vie de la recherche Les lieux de production de la recherche en formation des adultes: Les réseaux européens Thèse s

131 139

6

Voici une livraison relativement originale de notre Revue. Tout d'abord parce que le sujet du dossier est plus incertain, plus polémique aussi que la plupart des thèmes que nous avons traités jusqu'ici. La relation entre praticiens et chercheurs n'est pas un thème nouveau en soi mais sa définition comme objet scientifique reste un problème. Deux logiques s'entrecroisent: logique de l'action, logique du savoir, entre métier, profession et statut autant de points de vue qui pourtant se doivent une certaine forme de collaboration. Les questions autour de l'intervention expriment bien le fait qu'un champ commun pourrait se dessiner. Ambiguité ou enrichissement ? Remercions Xavier Baron d'avoir accepté de faire le tour d'un champ mal défini, protéiforme et instable. De quels chercheurs parlons-nous? De quelles sciences aussi? Et qui sont ces praticiens qui prétendent dialoguer avec la recherche? Des questions de territoire, de méthodes mais aussi d'identités montrent bien que ce fameux dialogue auquel tous disent aspirer pose des questions épistémologiques redoutables pour autant que l'on veuille bien avancer dans une réflexion sur les pratiques des uns et des autres. Cette note de synthèse nous aidera à circonscrire la discussion mais aussi à lancer le débat. Preuve en est donnée d'ores et déjà par les rebonds de Philippe Carré, Jean-Pierre Bouchez et Pierre Caspar qui ne craignent pas de réagir et proposer des approches complémentaires du sujet. La deuxième particularité tient au fait que ce numéro est fortement lié à l'organisation d'une journée d'étude comme la Revue en propose maintenant presque chaque année. Le 28 mars sera l'occasion de prolonger et d'enrichir « en direct» les thèmes développés ici. Ce numéro est aussi l'occasion de vous proposer deux articles de recherche.

Le premier, dont le thème correspond bien au dossier, est signé Corinne Mérini et Pascale Ponté. Il s'agit en effet de s'interroger sur les pratiques de recherche-intervention. Après avoir situé l'émergence de la notion de recherche7

Savoirs, 16, 2008

intervention à partir d'une analyse socio-historique, les auteures cherchent à clarifier les relations de coopération qui s'instaurent entre recherche, formation et intervention à partir d'une analyse comparative secondaire de deux recherches. Le deuxième article est d'Annie ]ézégou. Il concerne les formations ouvertes et l'autodirection de l'apprenant. Cette contribution présente une articulation théorique entre l'ouverture en formation et l'autodirection de l'apprenant. Elle fonde tout d'abord la défmition selon laquelle une formation est ouverte si elle ouvre des libertés de choix l'apprenant, au regard des différentes composantes du dispositif pédagogique. Puis, l'auteure propose une modélisation permettant d'articuler l'ouverture du dispositif et deux dimensions de l'auto-direction: la perception d'ouverture des apprenants face au dispositif et leurs comportements autorégulés de gestion de ce dispositif. Enfin, elle montre, en s'appuyant sur les résultats d'une étude empirique, que la perception des apprenants au regard de l'ouverture joue ici un rôle médiateur dans l'influence du dispositif sur leurs comportements autorégulés.

En espérant vous retrouver nombreux souhaitons une bonne lecture.

à la journée du 28 mars, nous vous

8

Note de synthèse

Quels dialogues

entre

chercheurs

et consultants?

Xavier BARON
Expert en gestion de ressources humaines1

l ntrodu ction

Éclairer les espaces de dialogues entre chercheurs et consultants pose la question du rapport entre la logique de l'action et la logique du savoir: «comment être au balcon et dans la rue» ? Le sujet pourrait être rapidement clos à la seule considération des finalités poursuivies. Les chercheurs répondent à une « commande» d'intérêt général et produisent des biens intellectuels non commercialisés, au profit de tous. Pour certains même, «la création d'une science n'est pas et ne peut pas être une réponse à quelque intérêt pratique que ce soit» (cité par Jullien, 1993). Les consultants répondent à un client particulier, dans le cadre de contrats commerciaux qui « aliènent» aussi bien le choix et la définition des objectifs de leur travail que les résultats. Pour autant, le débat est bien là, même si, et c'est en soi significatif, ce sont des chercheurs qui s'expriment, presque jamais les consultants2. S'agissant de sciences humaines et plus particulièrement de gestion et de management, l'objet même de la recherche est

1 Expert

en gestion de ressources

humaines,

Xavier Baron cumule une double

expérience de quinze ans d'étude et de conseil et de dix ans de responsabilités dans des fonctions RH en entreprise (Renault SA et Snecma SA). Économiste et sociologue, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, il a travaillé, publié et enseigné notamment dans les domaines de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, de la formation, du temps de travail, de la gestion par projet. Il concentre son activité actuelle sur le travail intellectuel et la production immatérielle. 2 À l'exception de Pierre Morin, ce qui explique la place que nous lui réserverons dans cette note. Il

Savoirs, 16, 2008

l'action et le (s) sujet( s) de l'action; toute recherche est action et toute action a potentiellement un effet heuristique. «Le constat premier est que, en gestion, on travaille en général "en situation naturelle", le processus de recherche influence ce que l'on étudie» Gullien, 1993). « Peut-il y avoir science quand l'objet est un sujet? » (Lietard, 2007). La question ici posée est double: les chercheurs peuvent-ils produire des savoirs sans être consultants, ou au moins « intervenants» ? Réciproquement, la pratique des consultants peut-elle contribuer à la production de savoirs scientifiques ?3 La posture adoptée renvoie nécessairement à la question du savoir si possible «utile et vrai» et du sens de l'action. Elle hante les initiatives de gestion comme les productions théoriques, mais également, bien des déceptions à l'intersection des deux. Paul Lazarsfeld4, comparant la démarche habituelle des sociologues américains à celle des sociologues français notait: «Nous américains, ce que nous disons est vrai, mais nous ne savons pas si cela a un sens. Vous, Français, ce que vous dites a un sens, mais vous ne saveZ pas si c'est vrai ». On peut résumer la progression de cette note5 comme suit: pour évacuer un premier niveau de débat, nous verrons quelques-unes des manières de distinguer/opposer les chercheurs et les consultants. Puis, nous reviendrons sur l'intervention comme lieu de pratiques partagées entre chercheurs et consultants. Il sera temps alors de rendre compte en deuxième partie de quelques travaux de recherches disponibles traitant des consultants et du conseil. En troisième partie, nous verrons des étapes de conceptualisation de l'intervention sur les organisations depuis un demi-siècle, depuis la recherche-action jusqu'à des propositions récentes de recherche-intervention en gestion6.

3 L'auteur de ces lignes n'est pas chercheur mais praticien depuis 1982, dans l'étude, le conseil et des responsabilités en gestion des ressources humaines de grandes entreprises (Renault et Snecma). 4 Cité dans Bernard Galambaud, 1983. 5 Il ne sera question ici que de travaux et de réflexions disponibles en langue française. 6 Sans que cela les engage sur le fond, nous remercions Benoît Weil, Patrick Gilbert, Laurent Duclos, Guy le Boterf, Odile Henry, Julien Pelletier pour l'aide précieuse qu'ils m'ont apporté pour la réalisation de cette note.

12

Note de synthèse- Quels dialogues entre chercheurs et consultants?

usent et abusent des résultats prestation et intervention de la recherche. Les chercheurs craignent un usage métaphorique de leurs travaux, bien au-delà de la transposition maîtrisée, voire du simple usage analogique. Pour beaucoup de chercheurs, se commettre dans le conseil s'assimile encore à de la trahison. En même temps, il y a des chercheurs demandeurs (d'accès aux terrains, souvent), il y a des chercheurs demandés (par les entreprises, mais plus rarement), et puis, il y a des conditions de la recherche telles que certains chercheurs sont aussi «demandeurs d'emplois» (Saussois, 1992). Enfrn, de nombreux professionnels, perçus comme des experts, exercent hors de l'académie, une activité professionnelle dans laquelle les sciences sociales ont évidemment leur place (Legrand, 2001).

I-Un

métier

sans profession,

entre

Bien sûr, les consultants

Tout les séparerait pourtant. Vermeulen (1997), consultant, résume ainsi les oppositions entre idéaux types de chercheurs et de consultants: Idéal type Critères Finalité Connaissance Échelle de temps Méthodologies Transfert de savoir Rapport à l'argent Reconnaissance Éthique Maîtrise théorique Savoir abstrait Année(s) Normes académiques En direction des pairs Moyen de subsistance Par les pairs (prix Nobel) Conviction Maîtrise pratique Savoir concret Mois/ semaines/ jours Boîtes à outils Vers le client Signe de succès Par le client (honoraires) Responsabilité Chercheurs Consultants

1.1 Nous n'avons rien à voir avec ces gens-là!

13

Savoirs, 16, 2008

Les modes de financement et les équations économiques d'activités, les styles et modes de vie des uns et des autres, leur relation au temps, urgence versus temps long. L'un se veut indépendant des intérêts économiques particuliers et de court terme, l'autre sert évidemment un client. Cette opposition terme à terme, un peu caricaturale, n'est pas pour autant exempte de fascination réciproque, sur le mode « je t'aime moi non plus» (Ramanantsoa, 1994). Les uns rêvent de la légitimité des autres. Les consultants savent la précarité de l'autorité des savoirs dont ils se réclament avec d'autant plus de force qu'elle n'est pas acquise. Les autres leur envient la facilité d'accès au terrain et bien sûr, leurs rémunérations. La distance entre ces deux mondes est également alimentée par les clients. La relation chercheurs/ consultants se nourrit d'un rapport évidemment problématique entre «sciences sociales/ entreprises» (Dauberville et al., 1996). Si les chercheurs ne veulent pas dépendre des entreprises comme clients, ils en ont besoin au moins comme terrain (Cousin, 2006). «La recherche en gestion me semble exiger un certain nombre d'observations de terrain, ce qui nécessite d'entrer en contact avec les professionnels; mais pourquoi ces derniers se donneraient-ils la peine d'accueillir les chercheurs s'ils ne peuvent rien tirer d'une collaboration avec eux? » (Berry, 2002b). Les entreprises restent maîtresses de leur ouverture à la recherche et leur réflexe de fermeture est une marque de leur méfiance à l'égard de fmalités étrangères à leurs missions et tout particulièrement s'agissant de ces disciplines des sciences sociales qui ne se privent pas d'abriter des postures ouvertement critiques et radicales à leur encontre (Linhart, 1991). Accueillir un chercheur en sciences sociales, largement incontrôlable et irresponsable, «c'est se tirer une balle dans le pied! ». Pour le scientifique, les discours et les pratiques de gestion des entreprises sont, au mieux, des prénotions. «Ces notions ou concepts, de quelque nom qu'on veuille les appeler, ne sont pas les substituts légitimes des choses. Produits de l'expérience vulgaire, ils ont, avant tout, pour objet de mettre nos actions en harmonie avec le monde qui nous entoure; ils sont formés par la pratique et pour elle; or une représentation peut être en état de jouer utilement ce rôle tout en étant théoriquement fausse» (Durkheim, 1967, p. 14). Autrement dit, on peut faire de grandes choses à l'aide de théories fausses! Morel (1992), sociologue et responsable des ressources humaines en entreprise (Renault), pointe le «mal chronique de la connaissance ordinaire sur l'entreprise» : idéalisation des processus, conception magique du discours, simplification excessive des facteurs explicatifs. Il plaide pour former les managers aux sciences sociales. «Il n'est pas certain que, dans l'entreprise, on ait constamment besoin de savoir ce qu'est un acteur stratégique: on l'est de manière 14