Qui êtes-vous pour nous apprendre nos religions ?

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Les réseaux de l'enseignement officiel, en Belgique francophone, s'orientent vers un remplacement partiel des cours confessionnels de religion et morale par un cours « neutre » de philosophie et citoyenneté. Parmi les matières abordées figure la connaissance des différents courants de pensées, philosophies et religions. Entre défenseurs d'un enseignement situé et ceux d'une étude comparative qui tend à l'objectivité, le débat est vif.
Publié le : dimanche 5 juin 2016
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EAN13 : 9782806108418
Nombre de pages : 114
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Qui êtes-vous
pour nous apprendre nos religions ?
Les réseaux de l’enseignement offi ciel, en Belgique francophone,
s’orientent vers un remplacement partiel des cours confessionnels de
religion et morale par un cours « neutre » de philosophie et citoyenneté.
Parmi les matières abordées fi gure la connaissance des diff érents
courants de pensées, philosophies et religions, dans le but ultime de
favoriser le vivre ensemble.
Une religion, c’est toute la partie visible des traditions, préceptes et
pratiques rituelles. Mais c’est aussi un sentiment, parfois très intime,
diffi cilement objectivable, d’appartenance.
Quelle devrait être la posture d’un enseignant chargé d’apprendre des
religions ? Qu’apprendre aux élèves et comment l’apprendre ? Qui êtes-vousEntre défenseurs d’un enseignement situé, d’une approche « de
l’intérieur » des religions et ceux d’une étude comparative qui tend à
l’objectivité, le débat est vif. pour nous apprendre
Une journée d’étude a rassemblé des spécialistes du monde académique
(Pierre-Yves Brandt, Bernard Hort, Walter Lesch et Anne-Laure Zwilling)
et de l’enseignement (Armand Benizri, Myriam Gesché, Thomas Gillet, nos religions
Daniel Lossky, Marie-Paule Maréchal et Nora Si Larbi) ; leurs divers points
de vue contribuent à alimenter une réfl exion qui évitera les pièges de la
simplifi cation.
Journée d’étudeLa Faculté universitaire de théologie protestante de Bruxelles
organise, tous les deux ans, une « Journée d’Étude » sur un sujet de de la Faculté universitaire de
société. Cette initiative s’inscrit dans la ligne d’un protestantisme
Théologie protestante de Bruxellesréformé attentif aux enjeux sociétaux, critique et délibérément
ouvert au jeu de la confrontation entre la diversité des points de vue.
Coordination : Guy Rainotte
Illustration de couverture :
© Comstock
www.editions-academia.be
ISBN: 978-2-8061-0286-7
9 782806 102867
13€
Qui êtes-vous pour nous apprendre nos religions ? Guy Rainotte (dir.)Qui êtes-vous
pour nous apprendre
nos religions ? Sous la direction
de Guy RAINOTTE
Qui êtes-vous
pour nous apprendre
nos religions ?
avec
Pierre-Yves BRANDT
Bernard HORT
Walter LESCH
Anne-Laure ZWILLING
et
Armand BENIZRI
Myriam GESCHE
Thomas GILLET
Daniel LOSSKY
Marie-Paule MARECHAL
Nora SI LARBI ISBN : 978-2-8061-0286-7 D/2016/4910/29
________________________________________________________
© Academia-L’Harmattan s.a.
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-Neuve
________________________________________________________
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque
procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou
de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Avant-propos
Cet ouvrage est issu de la Journée d’Étude organisée par la
Faculté de Théologie Protestante de Bruxelles le 12 février
2016 dans les locaux de l’Église protestante de Bruxelles-Musée.
Nos remerciements vont à Armand BENIZRI, Pierre-Yves
BRANDT, Myriam GESCHE, Thomas GILLET, Bernard HORT,
Walter LESCH, Daniel LOSSKY, Marie-Paule MARECHAL, Nora
SI LARBI et Anne-Laure ZWILLING pour leurs contributions.
Merci aussi à Laurence FLACHON, pasteure à l’Église
protestante de Bruxelles-Musée et à son Consistoire ainsi qu’à Anne
et Johanna JOUE, Hélène JEANDRAIN et les Membres du Conseil
d’Administration de la F.U.T.P. pour leur précieux soutien à
l’organisation de cette journée.
5 Introduction
Guy RAINOTTE
En Belgique, l’organisation du libre choix d’un cours de
religion ou de morale non confessionnelle obligatoire pour
tous les élèves de l’enseignement des niveaux primaire et
secondaire remonte à 1948. Cette proposition fut affinée dans
1la loi dite du Pacte scolaire qui reconnaît l’égalité de traitement
des réseaux officiel (laïque non confessionnel) et libre
(principalement de confession catholique). Depuis 1988, la gestion
de l’enseignement est confiée aux Communautés
linguistiques, française, flamande et germanophone. Il fut toutefois
décidé, à cette date, d’apporter une garantie nationale au
respect des libertés convictionnelles dans l’enseignement et de
modifier la Constitution belge dans ce sens :
La communauté assure le libre choix des parents. La communauté
organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique
notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou
religieuses des parents et des élèves. Les écoles organisées par les
pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix
entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale
2non confessionnelle .
Cela signifie que, dans l’enseignement officiel belge, jusqu’à la
fin de l’année scolaire 2015-2016, chaque enfant, entre six et
dix-huit ans, du début du cycle primaire jusqu’à la fin de ses
études secondaires, devait suivre un cours de religion, à choisir
entre catholique, islamique, israélite, orthodoxe, protestante
1 Article 8 de la loi du Pacte scolaire du 29 mai 1959.
2 Article 17 de la Constitution qui sera renuméroté 24 dans le texte
coordonné du 17 février 1994.
7 ou de morale non confessionnelle, à raison de deux périodes
de cours hebdomadaires. Ces cours dit « confessionnels » sont
organisés à partir de la demande d’un seul élève et étaient,
jusqu’il y a peu, obligatoires dans l’enseignement officiel organisé
3ou subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).
Suite à un recours introduit par des parents auprès du Conseil
d’État pour obtenir la dispense du cours de religion ou
morale, la Cour constitutionnelle a rendu un arrêt, le 12 mars 2015.
Celui-ci impose de mettre en place un cadre décrétal qui
permette, « pour un parent, d’obtenir sur simple demande, non
autrement motivée, une dispense pour son enfant de suivre
l’enseignement d’une des religions reconnues ou celui de la
4morale non confessionnelle » .
Cette possible dispense imposa donc de mettre en place, dans
l’urgence, l’organisation d’une activité alternative « neutre » de
deux périodes par semaine. À titre de mesure transitoire donc
et en attendant la mise en place d’un cours de « philosophie et
5citoyenneté » , un « Encadrement Pédagogique Alternatif »
(EPA) – dit autrement : des activités pédagogiques encadrées –
fut organisé pour tous les élèves qui eurent la possibilité de
demander d’être dispensés du cours de religion ou morale dès
la rentrée scolaire de septembre 2015.
Rappelons que, jusqu’à ce jour, en Communauté
germanophone, aucune dispense n’est accordée alors qu’une demande
3 Anciennement appelée « Communauté française » jusqu’en mai 2011.
4 Arret n° 34/2015 du 12 mars 2015.
5 L’intention d’organiser un tel cours était inscrite dans la déclaration de
politique communautaire, préalable à la mise en place des gouvernements
régionaux et communautaires en juillet 2014.
8
̂de dispense motivée peut être introduite en Communauté
flamande depuis 2002.
À partir de septembre 2016, dans l’enseignement officiel du
niveau primaire, organisé ou subventionné par la FWB de
Belgique, et 2017 pour l’enseignement du niveau secondaire,
est organisé un cours de « Philosophie et Citoyenneté ». Le
« Décret (du 22-10-2015) relatif à l’organisation de ce cours
énonce divers objectifs à développer dans les référentiels de
compétences et programmes. Parmi ceux-ci, épinglons en
particulier (Article 60bis § 3) : « Sur le plan de l’éducation
philosophique et éthique, la connaissance, dans une
perspective historique et sociologique, des différents courants de
pensée, philosophies et religions ».
La Faculté de théologie protestante de Bruxelles organisa une
journée d’étude, en février 2016, dans le but de nourrir la
réflexion qui présidait à l’élaboration des textes de référence
pour ce module précis d’éducation à un regard critique sur les
religions et courants convictionnels.
Une approche strictement cognitive du fait religieux –
présentée sous la forme d’un catalogue des croyances, fêtes et rituels –,
est-elle susceptible d’avoir une portée éducative auprès des
élèves ? Ne risque-t-elle pas d’être trop théorique voire
caricaturale ? Suffit-elle à l’éducation à la tolérance et au dialogue
interconvictionnel ? Conduire les élèves dans une étude, même
bien documentée, d’une religion aide-t-il à comprendre ce
qu’elle représente pour la vie des personnes qui s’en réclament ?
Comment faire en sorte que la distance critique supposée par la
démarche soit porteuse de sens pour des enfants et des ados ? À
partir de quel âge est-elle possible ? L’enjeu des valeurs citoyennes
sous-jacentes au dialogue interconvictionnel et au vivre ensemble,
n’est-ce pas d’abord des questions éthiques, d’ailleurs parfois très
émotionnelles, liées au quotidien de l’existence ?
9 L’intérêt des élèves pour les religions n’est-il pas étroitement
lié aux liens qu’elles peuvent avoir avec les questions de sens
qu’ils se posent sur leur propre vie ? Comment leur enseigner
des religions ou options philosophiques autres que les leurs
sans perdre le lien avec la résonance qu’elles ont dans ce que
vivent celles et ceux qui s’en réclament ?
Des enseignants ont la charge d’enseigner des religions qu’ils
ne connaissent que « de l’extérieur ». Quelles compétences
doivent-ils réunir ? Quelle légitimité leur accordent les élèves ?
En particulier ceux qui se revendiquent d’une appartenance
identitaire forte voire radicale ? Peuvent-ils, sans autre support,
atteindre les objectifs d’une éducation au vivre ensemble ? A
contrario, faut-il avoir acquis ses fondements existentiels dans
une religion et en vivre pour être à même d’en parler ?
Comment donc s’y prendre pour organiser ce module
d’enseignement des différents courants de pensée, philosophies et
religions en si peu de périodes de cours pour qu’il atteigne ses
objectifs ?
Autant de questions liées à une approche comparative des
religions auxquelles les différentes contributions rassemblées
dans cet ouvrage tentent d’apporter quelques éléments de
réponse et de réflexion.
À quatre exposés de niveau académique succèdent six «
regards » de personnes actives dans l’enseignement et / ou
l’encadrement des cours de morale et de religion. Chacune d’entre
elles – sans être représentative du courant de pensées et de
convictions auquel elle s’identifie – partage son regard sur la
mise en place du nouveau cours de philosophie et citoyenneté
et, en particulier, sur l’enseignement des différents courants
de pensée, philosophies et religions, qui en fera partie.
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