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Raconter l'école

De
278 pages
Que disent les enfants de leur vécu à l'école, qu'abordent-ils de l'aspect relationnel qui y règne, de leur rapport aux activités scolaires, de leur statut de sujet social et apprenant ? Quels sens attribuent-ils à l'école ? Comment réfléchissent-ils leurs expériences ? Les auteurs ont croisé des travaux réalisés en France à ceux récoltés dans plusieurs grandes régions brésiliennes, deux régions polonaises et Mons, en Belgique. Quelques lycées allemands rejoindront la population présente en ces pages, ainsi que des étudiants français.
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Martine Lani-Bayle et Maria Passeggi (dir.)
RACONTER L’ÉCOLE
À l’écoute de vécus scolaires en Europe et au Brésil
Pré acee José Gonzá ez-Monteaguo
Raconter l’école
Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau avec la collaboration de Pierre Dominicé (Un. de Genève), Martine Lani-Bayle (Un.de Nantes), José Gonzalez Monteagudo (Un. de Séville), Catherine Schmutz-Brun (Un. de Fribourg), André Vidricaire (Un. du Québec à Montréal), Guy de Villers (Un. de Louvain-la-Neuve). Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le voletFormationaux chercheurs sur la formation s'ouvre s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le voletHistoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens. Dernières parutions Volet :Formation François de la FOURNIERE,Hosto blues, 2014.Christian LERAY, Fatimata HAMEY-WAROU,L’Arbre à palabres et à récits, 2014. Annemarie TREKKER,Le Travail de l’écriture. Quelles pratiques pour quels accompagnements ?, 2014.Bernard HONORÉ,L’Ouverture spirituelle de la formation, 2013.Marie Christine NOIREAUD,De Pondichéry à Paris, parcours de femmes en formation, 2013.Martine LANI-BAYLE, Gaston PINEAU, Catherine SCHMUTZ-BRUN (coord.),Histoires de nuits au cours de la vie, 2012. Bernard HONORÉ,La mise en perspective formative, 2012. P. GALVANI, Y. de CHAMPLAIN, D. NOLIN, G. DUBÉ (coord.),Moments de formation et mise en sens de soi, 2011. Micheline THOMAS-DESPLEBIN,Les Thomas, une faille e nombreuse en milieu rural au XXsiècle, 2011. Marie-Christine JOSSO,Expériences de vie et formation, 2011. Jean-Claude GIMONET (dir.),Maison Familiale Rurale de Férolles, Les clés du devenir, 2011.
Martine LANI-BAYLEet Maria PASSEGGI(dir.) Raconter l’école À l’écoute de vécus scolaires en Europe et au Brésil Préface de José González-Monteagudo L’HARMATTAN
Un grand merci à tous ceux, enfants comme adultes, ayant participé à la recherche. © L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Pariswww.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03565-9 EAN : 9782343035659
PRÉFACELa voix des enfants, ces témoins invisibles : Pour une recherche biographique du vécu scolaire
Ce livre-récit innovant et provocateur, produit collectif de plus de vingt chercheurs qui ont uni leurs efforts pour explorer les perspectives des élèves sur l’école et leur vécu en tant qu’apprenants, a été possible grâce à l’initiative de Martine Lani-Bayle. Dans la «Présentation »,le «Cadre de la recherche» et l’«elle nous raconte de manière directe les difficultés deÉpilogue », l’entreprise ainsi que ses éléments porteurs. En suivant la voie ouverte par un livre publié en 2000, s’appuyant sur des récits d’adultes sur leurs souvenirs de l’école, Martine Lani-Bayle a proposé à des collègues et étudiants de master et de doctorat de s’associer au projet dont cet ouvrage constitue le résultat. Le produit final provoque la surprise, mais aussi une juste satisfaction. Son ouverture internationale nous montre la richesse de la recherche transnationale, dans un contexte mondialisé et hyperconnecté. En effet, on trouve ici des travaux développés en France, en Allemagne et au Brésil. Tandis que, dans ce dernier pays, la recherche s’est limitée à l’école primaire, en Europe, le travail a été effectué avec des élèves de l’écolematernelle, de l’école primaire, du collège et du lycée, ainsi qu’avec des étudiants universitaires. Le panorama présenté offre une richesse de lieux, d’âges, de thèmes et d’approches méthodologiques qu’il faut à la fois souligner et remercier. Que viventles livres qui nous font penser et rêver! Ici on n’est pas limités.Raconter l’école par les enfants et les jeunes, voilà le but de cet ouvrage. Libérer la parole des apprenants, ne pas coloniser la voix des enfants, propos tenus par Martine Lani-Bayle et dans la « Présentation» et dans l’«Épilogue ». Ce livre, donc, cherche à explorer la voix et la parole des enfants et des jeunes sur leurs expériences à l’école, à légitimer les points de vue des apprenants, à les prendre au sérieux, à les faire émerger à travers une méthodologie de recherche innovante et originaleque Martine Lani-Bayle propose de nommer « démarcheclinique-dialogique »et qui me semble pertinente pour assurer autant la fraîcheur que la rigueur de la tâche. Martine Lani-Bayle rappelle l’originalité de Piaget, ouvreur de chemins, dit-elle, instigateur de l’entretien clinique auprès des enfants. Du point de vue de la méthodologie, la médiation de Talkchild (le jouet poulpe, oualien, ou version similaire) a été importante pour déclencher la parole des élèves de l’école maternelle et primaire, qui se sont faits complices du jouet, en le prenant au sérieux et en lui montrant la réalité de l’école et les meilleures manières de s’y adapter, pour arriver à une bonne réussite dans la carrièred’écolier. Les expériences des chercheurs sur les entretiens avec les enfants montrent un souci méthodologique et éthique
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remarquable, particulièrement avec les plus petits, dont le discours émerge avec plus de difficulté. On a prêté une grande attention à la préparation des entretiens, en développant des activités antérieures à ceux-ci (partage dans la salle de classe, dessins, échanges informels) afin de préserver le naturel et de mieux intégrer les écoliers à l’activité spécifique de l’entretien. La réalisation de l’entretien en groupes de trois enfants a aussi aidé à construire un contexte favorable à l’émergence du discours enfantin sur le vécu quotidien, l’apprentissage et l’école. Bref, la démarche méthodologique me semble originale et courageuse. Par ailleurs, les manières spécifiques de travailler sont très variées, incluant l’usage du logiciel Alceste. Cette pluralité dans la méthodologie est logique, compte tenu de la variété des contextes géographiques, des étapes éducatives, des profils des élèves et des types d’institutions concernées (écoles «écoles indigènes, écolesnormales », expérimentales, écoles spécialisées, écoles en milieu hospitalier, collèges, lycées, universités). La démarche proposée dans cet ouvrage doit être située dans le contexte du tournant biographique, narratif et interprétatif. Cette nouvelle sensibilitéplus subjective, narrative, dialogique et implicativeà pénétrer la commença recherche sociale et éducative à partir des années 1980, avec les contributions pionnières de Jerome Bruner, Paul Ricœur, Gaston Pineau et des formateurs et chercheurs travaillant avec des approches des « Histoires de vie en formation ». Les auteurs de ce livre nous montrent clairement l’importance de ce changement de cap, avec des retombées particulièrement liées à la recherche sur les perspectives des enfants et des jeunes. Parmi les disciplines convoquées, il faut mentionner l’histoire, l’anthropologie, la psychologie, la philosophie et les sciences de l’éducation. Martine Lani-Bayle et Maria Passeggi se situent dans ce tournant biographique-narratif, avec des contributions remarquables publiées tout au long des dernières années. Les auteurs du livre partagent l’idée centrale d’explorer et de rechercher le vécu des apprenants depuis une perspective phénoménologique. Ils soulignent la nécessité de reconnaître l’altérité de l’enfant ainsi que de créer des situations de recherche adaptées aux enfants et aux jeunes de différents âges pour que soit possible l’émergence du discours oral des acteurs scolaires, dans un processus déclencheur d’une réflexivité située, qu’on peut nommer, à part entière, « réflexivitéautobiographique ».Cette reconnaissance de la capacité de réfléchir lorsque l’enfant raconte son vécu constitue l’une des contributions majeures de cet ouvrage. La parole des enfants et des jeunes nous ouvre une voie royale pour questionner à la fois l’apprentissage dans les salles de classe, l’école comme institution et le rôle des écoles d’un point de vue social et culturel. Les thématiques mentionnées par les interviewés sont variées: les différents types de socialisation, les liens relationnels, les espaces d’appartenance (la famille,
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l’école, les amis), les jeux, la relation au savoir, les activités éducatives, les enseignants et les relations avec les enseignants, les sentiments quotidiens, etc. Les contenus travaillés et analysés dans cet ouvrage peuvent inspirer la communauté éducative dans le sens large du terme (apprenants, enseignants, formateurs des enseignants, conseillers en éducation, responsables des centres éducatifs, décideurs du système éducatif, parents et familles, syndicats, associations œuvrant dans le secteur) pour mieux aider à trouver la «bonne distance »entre les désirs/besoins des apprenants et les contraintes institutionnelles et sociales. La perspective sur la diversité et ses enjeux est au cœur de cet ouvrage. Diversité géographique évidemmentseulement pour prendre l’exemple du Brésil, il y a des contributions provenant des différentes régions de ce grand pays, mais aussi diversité en termes de variété des écoles et des profils académiques, intellectuels et personnels des élèves (classes «ordinaires », dispositifs spécifiques pour accompagner les élèves avec du retard académique ou avec des difficultés importantes d’apprentissage, communautés indigènes, élèves avec des parcours réussis). Diversité également par rapport à la méthodologie, avec une intelligente adaptation du cadre général de la recherche aux acteurs concernés et aux contextes éducatifs spécifiques. Àl’école, les enfants sont parfois confrontés à des attentes et à des exigences qui peuvent leur être incompréhensibles. Ce livre peut aider à mieux comprendre le contexte scolaire des enfants et à trouver des liens entre le vécu quotidien des apprenants et les démarches des enseignants, des responsables des établissements et des décideurs. La lecture des témoignages délivrés par les enfants et les jeunes contribue à déstabiliser la sécurité de nos jugements, perceptions, savoirs et interventions sur l’enfance et la jeunesse. La progressive spécialisation disciplinaire des connaissances sur l’école et les apprentissages, le développement de la didactique en tant que savoir orienté par une recherche professionnelle, l’organisation minutieuse des temps etdes espaces scolaires, et le contrôle administratif et politique des établissements, ont produit une sorte de réification du monde scolaire, réduit à des normes, des orientations, des prévisions, des plans, des objectifs, des procédures, des performances. Cet ouvrage peut jouer un rôle salutaire et positif pour questionner et problématiser l’école actuelle, dans la mesure où il reconnecte avec les courants pédagogiques innovants, critiques et alternatifs. Il faut rappeler ici la démarche de Célestin Freinetet du Mouvement de l’École moderne, ainsi que des innovateurs sociaux tels qu’Ivan Illich et Gérard Mendel. J’ai d’ailleurs pensé à Mendel en lisant ce livre, car les mots de Lani-Bayle sur la nécessité de ne pas coloniser la parole des enfants m’ont rappelé le titre de l’un de ses livres:Pour décoloniser l’enfant. Aussi, je crois qu’il faut également rappeler les contributions des «pédagogies institutionnelles», qui ont pratiqué une éducation basée sur la participation des enfants et des apprenants. On pourrait
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dire :« Pourune autre école», c’est-à-dire pour une pratique éducative renouvelée, pour une didactique plurielle, innovante et collaborative. Ce livre ouvre des perspectives qu’il faudra poursuivre, peut-être avec des recherches plus centrées sur les contributions des enfants et des jeunes pour améliorer les apprentissages scolaires, en les rapprochant du quotidien et du vécu des apprenants. Finalement, je tenais tout simplement à souligner combien j’ai éprouvé du plaisir à lire ce livre, quim’a beaucoup touché et m’a fait réfléchir, dans le contexte personnel qui est le mienc’est-à-dire depuis mon expérience de maître des écoles pendant une décennie, d’enseignant engagé dans l’innovation éducative, de père de famille qui a suivi (il y a déjà quelques années) le parcours scolaire de deux filles, de citoyen préoccupé pour le bien public, d’enseignant-chercheur soucieux de contribuer à améliorer la réalité. J’espère que le lecteur trouvera aussi sa propre manière d’aimer ce livre peuplé par des témoins trop souvent invisibles et silencieux. José González-Monteagudo Professeur, Théorie et histoire de l’éducationFaculté des Sciences de l’éducation, Université de Séville, Espagne
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PRÉSENTATION
En 2000, nous avions publié un travail de recherche réalisé auprès de dix 1 personnes de 40 à 80 ans environ, intituléRaconter l’école, au cours du siècle. Cet ouvrage, constitué de récits réalisés des années après leur scolarité par d’anciens écoliers à partir de ce qui leur restait de leur expérience del’école, a eu des suites inattendues. Non seulement il a activé les souvenirs scolaires des lecteurs, se mettant parfois spontanément à les écrire à leur tour, mais il a aussi été utilisé dans quelques classes par des enseignants de français. Curieusement, il a intéressé des élèves d’aujourd’hui, malgré les différences fondamentales entre les récits exposés, quelle que soit leur époque, et la scolarité du début du e XXIsiècle. L’odeur de la craie leur est inconnue ou presque, les pupitres ne sont plus de bois et aucun poêle ne trône au centre de la classe ; pour autant, de jeunes écoliers contemporains se sont reconnus dans ces témoignages d’un autre temps. Comme s’il y avait des invariants dans l’expérience scolaire, comme si ce qui s’en échappait restaitglobalement de même essence, au-delà des temps, des programmes et des politiques. En complément de la surprise de voir combien la scolaritéavec ses côtés tant agréables que traumatisants, parfoisreste présente chez tout un chacun à tout moment de sa vie, prompte à resurgir à la moindre stimulation, nous avions remarqué combien ce qui en reste sont surtout les émotions, l’aspect relationnel et ambiant, plus que les contenus que l’école se fait mission, pourtant, de faire passer aux élèves. C’est le hors-programme qui subsisterait le mieux, le non-prévu, le liant humainavec tous les désordres qui peuvent l’accompagner. À tout le moins, il apparaît nettement que la fonction de l’affectif, du relationnel et du sensitif est primordiale avant même que le cognitif puisse entrer en jeuet qu’elle reste surplombante tout au long du processus. Et, enfin, que ce qui est retenu au long cours n’est pas (ou pas seulement…) ce que l’école demande de retenir. En écho de ces remarques, nous avons développé le projet d’interroger les représentations que se font les écoliers d’aujourd’hui de leur scolarité, recueillies sous forme d’entretiens auprès d’enfants de maternelle et du primaire essentiellement. En tout cas, tel était notre objectif de départ. Que disent-ils de leur vécu à l’école, qu’abordent-ils de l’aspect relationnel qui y règne (relations école-famille ;relations aux pairs; relations aux enseignants, etc.), de leur rapport aux activités scolaires (apprentissages; exigences à leur encontre; sécurité et environnement, etc.), de leur statut de sujet social et apprenant? Quels sens donnent-ils à l’école? Comment réfléchissent-ils leurs expériences ? Derrière leurs mots, que nous apprennent-ils sur l’école, leur qualité de vie à l’école, sur leur enfanceà l’école?
1 Sous la direction de Martine Lani-Bayle, L’Harmattan, 2000.
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