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Raisons d'être. Le sens à l'épreuve de la science et de la religion

De
183 pages
La modernité a bouleversé la question de la place et du sens de l’être humain dans l’univers. Cette interrogation, certes d’abord philosophique, s’est renouvelée au gré des vagues de découvertes scientifiques. Comme celles-ci n’ont fait que se multiplier à une vitesse grandissante, elles laissent nombre de personnes impuissantes à comprendre l’univers. Qu’est-ce que la vérité ? La foi religieuse n’est-elle plus qu’une option naïve après les révolutions en sciences physiques et, plus récemment, l’extraordinaire percée des neurosciences ? Y a-t-il toujours une place pour la transcendance ?
Des spécialistes de réputation internationale confrontent ici leurs points de vue en un dialogue passionné. Œuvrant dans les domaines des sciences pures et humaines (physique, philosophie, théologie, neurobiologie, bioéthique, microbiologie…), ces penseurs, à partir de leur perspective propre, entrecroisent des réflexions qui éclaireront le lecteur sur la question la plus fondamentale de la pensée, celle du sens de l’être humain.
Ont collaboré à cet ouvrage : Solange Lefebvre, théologienne • Paul Allen, théologien • Mario Beauregard, neuroscientifique • Hubert Doucet, bioéthicien • Christian Downs, théologien • Jean Grondin, philosophe • Georges Hélal, philosophe • Louis Lessard, physicien • Normand Mousseau, physicien • Peter Odabachian, philosophe • Gérard Siegwalt, théologien • Heather Stephens, microbiologiste
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Extrait de la publicationraisons d’être
Extrait de la publicationPage laissée blancheSous la direction de Solange Lefebvre
raisons d’être
Le sens à l’épreuve de la science et de la religion
Extrait de la publicationCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre :
Raisons d’être. Le sens à l’épreuve de la science et de la religion
Comprend des réf. bibliogr.
isbn 978-2-7606-2060-5
eisbn606-2514-3
1. Anthropologie philosophique. 2. Philosophie et sciences. 3. Religion et sciences. 4. Vie - Philosophie.
i. Lefebvre, Solange, 1959- .
bd450.s46 2008 128 c2008-940112-3
erDépôt légal : 1 trimestre 2008
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 2008
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par
l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités
d’édition.
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des Arts du Canada
et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
imprimé au canada en février 2008Avant-propos
Le dialogue est signe d’université
Gérard Siegwalt
Université de Strasbourg, Faculté protestante
À travers l expérience de dialogue dont témoigne ce livre, nous parta-’
geons certainement tous un même sentiment de reconnaissance, à la fois
pour la qualité et l’intérêt des différentes contributions dans leur diversité,
pour la cohérence des approches en elles-mêmes et également, ce qui ne
pouvait pas être prévu et apparaît après coup comme une marque
d’université au sens vrai du terme, entre elles, sans que cette cohérence se soit faite
au prix d’une concession à quelque volonté concordiste, laquelle sacrifie
toujours la diversité à l’unité et pervertit celle-ci en uniformité, pour l’esprit
de dialogue et aussi de convivialité qui a caractérisé les échanges. Il s’agit du
défrichement d’un chemin d’ouverture.
À la différence du monologue, tentation d’enfermement de chacun sur
soi, de chaque discipline sur elle-même, le dialogue est une circulation de la
parole. À ce titre, il est un signe d’université. L’université, ce n’est pas la simple
juxtaposition des savoirs, c’est leur rencontre. Celle-ci présuppose certes
l’élaboration des savoirs, mais elle dépasse leur cloisonnement. L’université,
par-delà la diversité des savoirs en raison de la diversité du réel, se réfère à
l’unité qui est également celle du réel. Il n’y a de culture que lorsque la science
qui est essentiellement partielle, même si elle connaît la tentation de la
totalisation, s’ouvre à la pensée, laquelle a pour fonction de relier, c’est-à-dire
de respecter la relationnalité du réel; c’est elle, l’unité – différenciée – du
réel.
Un groupe de dialogue comme celui que nous avons constitué est un
signe d’université en tant qu’il est un laboratoire de la pensée. Celle-ci ne peut
qu’être respectueuse de la science, des sciences, mais elle ne peut s’y limiter.
Extrait de la publication8 raisons d’être
La pensée, c’est le risque que nous prenons d’intégrer les savoirs scientifiques
à ce qui les dépasse, à savoir la totalité du réel, qui est la diversité coordonnée
à l’unité, et la totalité de l’être humain. La pensée, c’est l’aventure de l’advenue
de la totalité du réel dans la totalité de l’homme.
La pensée ne peut qu’échouer, en raison de la finitude de l’être humain.
La grandeur de la pensée, c’est son humilité à endurer son échec et à signifier
ainsi l’au-delà de la vérité dont le pressentiment la guide. Dans la pensée, la
transcendance se signifie dans son mystère à la fois effectif et indicible.
Ainsi entendue, la pensée est religieuse, au sens étymologique de ce mot :
elle relie, et elle respecte ce qui la motive et qui en même temps lui échappe.
Si la science est explicative, si elle travaille avec la catégorie de la causalité,
en rapport avec les catégories du temps et de l’espace, du temps-espace, la
pensée, dans et à travers ces catégories, est interprétative et à ce titre
transcatégorielle : elle a bien un lieu donné dans le temps et l’espace, mais elle n’est
pas réductible à ce lieu; elle est dans tel lieu temporel et spatial donné le
pressentiment et parfois l’expérience de l’immédiateté, certes toujours
différenciée, jamais (con)fusionnelle, de l’Un au multiple, autrement dit de la
coïncidence, de la concomitance de l’Un et du divers et dans ce sens de
l’a-causalité. Le dialogue entre la science et la pensée en tant que religieuse
au sens dit, c’est le crucifiement de l’une par l’autre, de la science par la pensée,
de la pensée par la science; il est l’intersection de, la conjonction entre, la
démarche d’horizontalité caractéristique de la rationalité scientifique et la
réceptivité spirituelle à la dimension de verticalité du réel cosmique et
humain. La tension entre les deux est inaliénable, indépassable. Elle est, et
donc le crucifiement est, la condition de possibilité vivifiante, constructive,
de l’une et de l’autre. La tension est celle de la conscience dans sa plénitude
vivante, et donc sa brûlure. Se prêter au dialogue entre les deux (science et
pensée), c’est ne pas s’évader de ce qui est constitutif de notre humanité
comme humanité, c’est au contraire l’affronter: cela seul humanise notre
humanité.
Extrait de la publicationIntroduction
Solange Lefebvre
Université de Montréal
L’interrogation du sens de la vie et de l’être humain est proprement
moderne. Certes, elle nous vient de la philosophie, mais elle se trouve
exacerbée par la succession des découvertes scientifiques qui laissent nombre de
personnes impuissantes à comprendre l’univers. Qu’est-ce que la vérité? La
foi religieuse n’est-elle plus qu’une option naïve après les révolutions en
sciences physiques et, plus récemment, l’extraordinaire percée des
neurosciences ? Y a-t-il toujours une place pour la transcendance ? Ce livre contient
des contributions de chercheurs des sciences pures et humaines, qui
dialoguent depuis plusieurs années, et qui réfléchissent dans leur perspective
propre sur le sens ou l’insignifiance de l’être humain.
Le dialogue entre science et religion doit être une quête de cohérence, si
l’on veut en arriver à une compréhension plus globale et complexe de la
réalité humaine, chaque discipline permettant de lever le voile sur une
dimension particulière de l’expérience humaine. Sans que cette cohérence se
fasse, bien entendu, au prix d’une concession à quelque volonté concordiste,
laquelle sacrifie toujours la diversité à l’unité et la pervertit en uniformité. Il
s’agit du défrichement d’un chemin d’ouverture.
En première partie, le physicien Louis Lessard réfléchit sur les impacts
des révolutions de la pensée scientifique. Après la révolution copernicienne,
la position de l’homme dans l’univers prit une tout autre signification. Le
discours scientifique moderne proclame que l’homme n’est pas le sommet
de la création confessé par la Bible, mais le simple produit d’une évolution
spécifique qui se serait déroulée dans une infime partie de l’espace, et ce,
dans des conditions hautement aléatoires. Ainsi envisagée, la question du
sens de l’homme n’aurait-elle aucune pertinence sur le plan scientifique?
Quoique la science puisse exclure de sa démarche certains présupposés par
Extrait de la publication10 raisons d’être
choix méthodologique, elle n’en est pas moins ouverte à l’exigence
d’intelligibilité et de beauté de l’explication. La réflexion du philosophe Jean Grondin
offre une conclusion similaire, puisqu’il rappelle que le monde du sens n’est
pas une réalité inventée par l’esprit ou les constructions du langage humain,
mais qu’il habite déjà les choses elles-mêmes dont la science nous aide à
découvrir et admirer l’extraordinaire complexité. Grondin se pose la question
du sens même de la question sur le sens de la vie. Après avoir rappelé que la
question du sens de la vie est plus récente qu’on ne le croit souvent, il souligne
que la question du sens, telle qu’on peut la poser à la lumière de la science
moderne, n’est pas seulement celle de nos origines (« pourquoi y a-t-il eu, par
exemple, un Big Bang?»), elle est aussi celle de la direction, de l’orientation
et de la destinée de cette époustouflante aventure de la vie et de l’univers.
Le physicien Normand Mousseau réfléchit sur d’autres récentes percées
ede la physique. Les percées théoriques du xix siècle en science ont été une
telle réussite qu’elles ont poussé certains savants à annoncer la «fin de la
ephysique». Mais cette conviction fut vite ébranlée au xx siècle par
l’avènement de la relativité d’Einstein, qui révolutionna notre conception de l’espace
et du temps ainsi que par le développement de la mécanique quantique. Au
cours des 30 dernières années, une nouvelle avenue s’est dessinée pour les
physiciens, s’orientant autour des concepts d’émergence et de complexité,
concepts qui peuvent aussi bien s’appliquer à l’échelle de l’atome qu’à l’échelle
de l’univers. Ces nouveaux concepts pourraient bien permettre d’opérer une
révolution conceptuelle en physique, une révolution où la pensée et la
conscience de l’humain s’intégreraient parfaitement à l’univers matériel.
Sommes-nous à l’orée d’une nouvelle compréhension de l’être humain?
La théologienne Solange Lefebvre fait écho au dialogue conduit depuis
trois ans et même plus, dès la création du Centre d’étude des religions
(CÉRUM), entre l’émerveillement de Pascal et la finitude perçue par
Einstein. Elle propose une réflexion sur les perceptions réductrices de la
religion comme «frein» au changement, question cruciale compte tenu de
la logique expérimentatrice des sciences naturelles. Elle introduit aux
théoelogies du monde, qui ont ouvert au xx siècle un espace de dialogue avec les
sciences naturelles. Celles-ci ont cependant atteint certaines limites,
puisqu’elles impliquaient la domination, en théologie, de la dynamique de
l’histoire et du progrès indéfini, sur celle de la nature, de l’animal et du
cosmos. Oui, la religion change, à la faveur de ses efforts d’interprétation.
La première partie se conclut sur deux contributions à la réflexion sur
les neurosciences. Celles-ci ont vu apparaître au tournant de ce millénaire 11introduction
un nouveau champ de recherche à l’intersection entre la psychologie, la
religion et les neurosciences. Le neuroscientifique Mario Beauregard endosse
l’objectif premier de ces neurosciences, dites spirituelles, soit d’explorer le
fondement neurobiologique des expériences religieuses, spirituelles et
mystiques (ERSM). Il cherche à démontrer le caractère multidimensionnel des
ERSM par le biais d’une analyse menée auprès de 15 sœurs carmélites
contemplatives affiliées à quelques monastères dans la province de Québec.
Il démontre que leur expérience n’est pas réductible à une pure activité
neuronale. Puis le théologien et bioéthicien Hubert Doucet affronte
l’hypothèse naturaliste en éthique, se demandant si, à l’âge des neurosciences, il y
a encore place pour les éthiques de la transcendance. Il explore la vision de
l’être humain que promeuvent certains neuroscientifiques, évacuant toute
transcendance, de même qu’une position apocalyptique, selon laquelle les
neurosciences instaureraient la fin de l’être humain et de la transcendance.
Il conclut que nous n’avons pas à nous emprisonner dans l’une ou l’autre
voie.
La deuxième partie s’ouvre sur une analyse, par le philosophe Christian
Downs, de l’œuvre imposante de l’un des seuls théologiens francophones à
affronter les redoutables questions soulevées ici, Gérard Siegwalt. Il s’en prend
à l’absolutisation de l’objectivisme scientifique, soit la réduction de la nature
et de l’être humain à des processus n’impliquant que des relations externes
entre des objets, dépourvus de toute profondeur. Cette approche objectivante
de la nature, développée à l’époque moderne, influence les rapports entre la
science et la religion aujourd’hui. Downs montre comment Siegwalt la
dépasse afin d’accéder à la question du sens. Dans la même veine, le
théologien Paul Allen s’interroge sur les modes de connaissance, religieux et
scientifiques, souvent opposés de manière irréconciliable. Il résout
l’opposition en démontrant que les deux domaines font œuvre, à leur manière,
d’explication ; comment les sciences naturelles et la théologie déploient toutes
deux des vérifications continues et toutes aussi réussies de leurs théories et
doctrines.
Le philosophe Peter Odabachian se réfère à l’œuvre de Hans-Georg
Gadamer (1900-2002) dans le cadre du dialogue à établir entre cosmologies
théologiques et scientifiques. Il tente de jeter de la lumière sur les questions
suivantes : quel rôle les sciences humaines jouent-elles dans la communauté
plurielle des langues, religions et cultures depuis l’avènement de la conscience
historique? Que signifie la transmission technoscientifique des signes, axée
sur l’univocité des concepts pour la répétition des expériences, pour notre 12 raisons d’être
être-ensemble? Que peuvent être l’écoute et la méditation philosophique à
l’ère de l’accélération et de la circulation effrénée des savoirs scientifiques?
De son côté, le philosophe Georges Hélal s’interroge sur la raison et la
sensibilité, deux sources de la recherche de sens qui alimentent l’expérience
religieuse. Celle-ci n’est pas qu’émotionnelle, mais elle peut être aussi le
résultat d’une certaine conceptualité. Le sentiment religieux peut lui-même
être porteur de conceptualité dans la mesure où l’on peut identifier ce
sentiment, le relier à une certaine représentation intellectuelle.
La microbiologiste Heather Stephens estime que, bien qu’accusant des
convergences, la science et la religion ne peuvent se rejoindre totalement sans
une véritable collaboration multidisciplinaire. Elle réfléchit à partir de son
expérience de dialogue au Centre Tomas More, à Montréal. Comment
favoriser une telle collaboration? Comment amener les divers intervenants à se
comprendre à travers le dialogue? L’éducation reçue est sur ce plan
fondamentale, car le dialogue fait nécessairement intervenir les subjectivités et les passés
propres à chacun. Ainsi, il faut équiper les élèves, dès l’enfance, du vocabulaire
et des perspectives qui favorisent les rencontres multidisciplinaires.
Le texte de conclusion, signé par le théologien Gérard Siegwalt, reprend
la question angoissante: l’idée du sens de l’univers est-elle encore possible
devant la science ? Dans l’aventure interdisciplinaire, l’université ne doit pas
uniquement être attentive à la diversité des sciences, mais aussi à leur unité.
L’oubli de l’unité du réel découle en grande partie de l’influence exercée par
le dualisme ontologique à l’époque moderne. Aussi, en référence à la crise
écologique, le véritable défi de l’interdisciplinarité n’est pas d’abord éthique,
mais bien épistémologique. C’est la fonction de l’épistémologie, science de
la connaissance, de reconnaître les vrais fondements du réel dans la conscience
de la relation entre ses différents aspects. Les fondements, c’est la totalité des
choses. En portant attention à cette totalité, l’interdisciplinarité permet
d’ouvrir à la question du sens, du sens des choses et des êtres, du sens donc
de l’univers et de l’être humain. L’un ne peut pas être séparé de l’autre.
Remerciements
Ce livre est le fruit d’un dialogue interdisciplinaire conduit à l’Université de
Montréal entre 2002 et 2006. Nos remerciements vont à la Fondation John
Templeton qui nous a décerné la bourse Templeton Research Lectures.
L’Université de Montréal est la première institution canadienne, en plus d’être la
première francophone, à recevoir cette bourse. Vouée à la réflexion sur la
Extrait de la publication13introduction
science, la religion et la culture, la Fondation John Templeton respecte
totalement la liberté académique des universitaires engagés dans les projets
qu’elle finance. Cette aide a notamment permis au Centre d’étude des
religions (CÉRUM) d’acquérir une collection de près de 250 documents
disponibles à la Bibliothèque des lettres et sciences humaines (BLSH) et repérables
avec le catalogue informatisé Atrium, à l’aide des mots-clés « religion » et
« templeton » (rubrique : tous les index). Pour le travail d’édition lui-même,
nous aimerions remercier Jonathan Duquette et Jean-François Breton,
étudiants au doctorat en sciences des religions, qui ont vu au recueil et à la
révision des textes. Merci au traducteur Pierre Lambert ainsi qu’à l’équipe
des Presses de l’Université de Montréal.
Extrait de la publicationPage laissée blanche
Extrait de la publicationPREMIÈRE PARTIE
Au-delà des clivages
Extrait de la publicationPage laissée blanche
Extrait de la publicationLes scientifiques
et la question du sens
Louis Lessard
Université de Montréal, Département de physique
La question du sens de l’homme (ou de son insignifiance) se pose en des
termes radicalement différents depuis la révolution scientifique commencée
avec Copernic. En effet, la position de l’homme dans l’univers avait une
signification tout autre avant que l’on pose, et que l’on montre, que
physiquement il n’occupe aucune place privilégiée et centrale dans l’univers (dont
les dimensions, vues par la science précopernicienne, même en le supposant
grand, étaient forcément définies et, d’une certaine façon, à mesure d’homme).
À la suite de la révolution copernicienne, et des découvertes scientifiques
accumulées depuis, l’homme se voit maintenant comme occupant une
position marginale dans l’univers, sur une petite planète, auprès d’une étoile
sans importance, dans une des milliards de galaxies de l’univers visible, dans
un univers qui n’est peut-être que l’un des innombrables univers possibles.
Bref, de sa position centrale comme roi de la création, l’homme se voit ramené
à l’état de créature insignifiante dans un méga-univers qui le dépasse
infiniment. S’il peut se consoler en invoquant son statut de créature douée de
conscience et capable de comprendre l’univers par sa science, il sait
maintenant qu’il descend d’êtres qui l’ont précédé et dont il peut étudier les liens
évolutifs avec son espèce et toutes les autres espèces. Même les états de
conscience dont il pouvait se glorifier se retrouvent, sans doute à un autre
niveau, dans des animaux qu’il imaginait, jusqu’à tout récemment, lui être
de beaucoup inférieurs. Bref, l’homme se trouve, après quelques siècles de
découvertes scientifiques, dans un état d’« humiliation » par rapport à l’image
grandiose que s’en faisaient les penseurs précoperniciens. Au terme de cette
révolution intellectuelle, l’image que la science se fait de l’homme le ramène
à une position d’être «insignifiant » dans un univers qui n’en a pas besoin.
Extrait de la publication18 raisons d’être
Il y a plus. L’univers physique s’explique en termes purement
probabilistes. D’une fluctuation quantique menant à un univers macroscopique par
le jeu d’un processus inflationniste, à la formation de galaxies et d’étoiles qui
elles-mêmes, après quelques générations d’étoiles ayant, à la fin de leur
évolution, ensemencé l’espace des éléments lourds nécessaires à des systèmes
planétaires, donnent naissance à des planètes propices à la vie, tout s’explique
en termes de probabilités. En bref, tout être physique a une certaine
probabilité d’exister; si son niveau de probabilité est plus bas, il faudra plus de
temps pour y arriver. Or, et c’est un des résultats importants de la science
contemporaine, avant d’en arriver à nous, l’univers a eu beaucoup de temps.
Assez de temps pour que la vie naisse, se développe, et donne finalement
naissance à l’homme. Notre existence sur la terre n’est, finalement, que
question de probabilité, de temps. Nul besoin, pour expliquer notre existence,
d’un grand dessein. S’il y a un sens à l’existence de l’homme, ce n’est pas
dans cette direction qu’il faut le chercher. Ou encore, s’il existe un tel dessein,
la science n’en a pas besoin pour expliquer l’univers et ce qu’il contient, y
compris l’homme.
Voilà, brossée à grands traits, l’image de la place de l’homme dans
l’univers telle qu’elle ressort d’une vision « scientifique » de cet univers et des
processus qui ont donné naissance au «contenu» de l’univers dont, bien
entendu, l’homme est l’un des éléments. Dans une telle vision, la question
du sens ou de l’insignifiance de l’homme est vite résolue: l’homme est une
partie infime et insignifiante de l’univers; il avait une certaine probabilité
d’exister et, au terme d’un processus d’évolution plus ou moins chaotique,
il est apparu sans autre raison plus profonde sur une planète sans grande
importance. Toute question sur le sens de son existence n’a aucune
signification sur le plan scientifique et n’a, en toute probabilité, de l’intérêt que
pour un naïf qui se plaît à entretenir des illusions.
Le résumé que nous venons de présenter, malgré les raccourcis un peu
caricaturaux, présente une position sur la question du sens qui n’est pas très
éloignée du discours de plusieurs scientifiques ; il a l’avantage de pousser à la
limite le raisonnement basé sur la révolution (on pourrait dire sur le
changement de paradigme) que l’approche scientifique moderne a produite par
rapport aux positions qui prévalaient auparavant. Il importe maintenant
d’examiner avec soin les questions de méthode, les présupposés intellectuels,
les attitudes sous-jacentes qui sont à la source de la science et de l’activité
scientifique et qui peuvent conduire à ce discours. En particulier, il faudra
se demander si la recherche d’intelligibilité et de rationalité qui fonde la
Extrait de la publication19les scientifiques et la question du sens
science épuise tout le spectre ouvert par cette recherche; existe-t-il ainsi
d’autres avenues que la démarche scientifique vers l’intelligibilité, la
rationalité, le sens ? Si ces avenues ne peuvent être identifiées à partir de la démarche
scientifique, cette dernière peut-elle être invoquée pour en nier ou en interdire
l’existence ou la validité?
La science et les origines
La science comme méthode
Il ne s’agit pas ici de traiter de façon exhaustive de la méthode scientifique,
mais plutôt de reprendre certains choix méthodologiques et caractéristiques
de la démarche scientifique qui se répercutent sur la vision ou les positions
que la science est amenée à prendre sur les questions de sens ou d’absence de
sens tant de l’univers que de l’homme.
L’explication scientifique réside toujours dans un « avant » du phénomène
à expliquer : l’état de la nature « maintenant » contient l’explication de ce qui
viendra « après » (ce qui n’est pas la même chose que de poser un déterminisme
absolu). L’«avant» dont il est question ici n’est pas nécessairement un avant
temporel, mais davantage un avant logique où l’explication d’un phénomène
se trouve dans les conditions de possibilité de l’existence de ce phénomène.
Ainsi, la raison d’être d’une particule peut se trouver dans les conditions de
réalisation d’une symétrie donnée; les caractéristiques physiques de cette
particule reflètent alors ces conditions, et la rationalité profonde de cette
particule (son caractère intelligible) se trouve réalisée par la saisie des
caractères mathématiques décrivant cette symétrie.
L’intelligibilité de la nature telle que la conçoit la science exclut a priori
une finalité : ainsi, la vue ne s’explique pas par la vision, mais par la réussite
évolutive des êtres qui spécialisent progressivement les cellules sensibles à la
lumière vers un organe qui peut utiliser au maximum l’information véhiculée
par la lumière. Si toutes les étapes de ce processus évolutif sont expliquées
individuellement et identifiées par l’observation, l’explication par «cause
finale » apparaît superflue. Par une sorte de cercle logique, le rejet a priori de
l’explication par la cause finale se trouve ainsi conforté. L’absence de recours
à la finalité comme source d’explication n’exclut cependant pas l’existence
d’une telle finalité, mais situe ce recours à l’extérieur de la démarche
scientifique proprement dite. La «plus-value» d’un tel recours à la finalité devra
cependant se justifier à l’intérieur d’une démarche rationnelle compatible
avec les résultats scientifiques (exigence de cohérence).20 raisons d’être
Nous venons d’invoquer la nécessité, pour le scientifique, d’avoir un
discours cohérent, non seulement quand il travaille comme scientifique, mais
aussi lorsqu’il traite d’autres questions qui se situent ou bien à l’extérieur de la
problématique scientifique, ou encore qui ne peuvent pas se ramener
complètement à une démarche s’appuyant sur la méthode scientifique. Ainsi en est-il
de questions qu’on identifie souvent à la thématique du sens de la vie, comme
la question de la liberté, de la survie après la mort, de l’existence d’êtres autres
que ceux que l’on peut atteindre expérimentalement, etc. Nous reviendrons
plus loin sur l’importance de la cohérence de la démarche du scientifique. La
question qui sera alors posée portera sur la légitimité, sur le plan scientifique,
d’un discours sur un sujet qui, a priori, échappe à la science.
L’explication scientifique se construit par étapes (et aussi par
changements de paradigmes), de sorte que tout niveau d’explication (y compris ceux
atteints maintenant) peut et devrait aboutir à un autre niveau qui engloberait
davantage de phénomènes : toute explication scientifique doit donc contenir
les éléments permettant au chercheur de confirmer ou d’infirmer cette
explication. Nous reviendrons plus loin sur le caractère ouvert de la démarche
scientifique; la construction d’une démarche de sens basée sur l’état de la
connaissance scientifique à un moment donné risque toujours d’être déjouée
lors du prochain changement de paradigme scientifique. Ainsi, assimiler
création et démarrage de l’univers par un Big Bang pose automatiquement
la question de l’interprétation de la création lorsque la cosmologie postule
(dans le cadre des différents modèles « inflationnistes ») l’existence d’un
avantBig Bang, et pose la possibilité d’univers parallèles (multivers). Cette
caractéristique de la démarche scientifique met en cause toute tentative d’étayer
une recherche de sens sur l’état des connaissances scientifiques, à un moment
donné de l’histoire.
Quelques présupposés a priori de l’activité scientifique
Telles sont quelques-unes des positions sur la recherche scientifique qui ont
joué un rôle fondateur dans la démarche scientifique, et qui peuvent être
perçues comme limitant cette démarche en simplifiant le spectre des
arguments probants (ainsi en est-il de la définition de l’explication scientifique
en termes d’antécédents logiques ou temporels, à l’exclusion de la cause finale
aristotélicienne, de la définition des conditions de vérifiabilité des hypothèses,
et de la remise en question permanente de l’acquis). Ces positions fondent
– ou supposent – aussi une attitude qui va au-delà de la méthode et crée une
Extrait de la publication21les scientifiques et la question du sens
mentalité, une vision du monde qui déborde sur les questions qui peuvent
ne pas relever à proprement dit de la démarche scientifique.
Le premier présupposé préalable à toute entreprise scientifique est
l’exigence de l’intelligibilité de la nature: cette exigence de l’intelligibilité de la
nature est telle que toute tentative d’explication qui ferait appel à un principe
échappant à la démarche scientifique serait perçue comme un échec, ou une
démission de la science et de la rationalité. L’inconnu que toute démarche
scientifique suppose et reconnaît est à la base de la démarche, et représente
la motivation sans doute la plus profonde de la recherche scientifique. Cette
recherche, en retour, est justifiée par la conviction que l’entreprise scientifique
pourra toujours faire reculer l’horizon de l’inconnu. En revanche, cette
exigence d’une intelligibilité à rechercher à tout prix échappe à la démarche
scientifique elle-même et fait partie d’une démarche humaine qui demande
explication. Le scientifique porte en lui la conviction que la nature se laissera
toujours comprendre davantage si les bonnes méthodes sont employées et les
bonnes questions sont posées. Il reste cependant que cette conviction est un
a priori dont la science ne peut rendre compte par sa démarche.
Un autre critère qui n’est pas à proprement parler d’ordre
méthodologique est celui de l’exigence de la « beauté » de l’explication scientifique : une
théorie qui manque d’esthétique ou d’élégance est perçue comme incomplète
et requiert une explication plus profonde qui devra forcément résoudre les
problèmes que posent les caractères « inesthétiques » de la théorie précédente.
Ainsi, le modèle standard de la physique des particules, malgré ses succès
extraordinaires (il n’existe aucune observation actuelle qui échappe à ce
modèle) est perçu comme insatisfaisant: il fait appel à trop de constantes
(plus d’une vingtaine) déterminées expérimentalement et devient inélégant
dans sa complexité. Encore une fois, rien n’assure le physicien que la nature
répondra toujours à ce besoin ; il est cependant caractéristique de la démarche
scientifique, comme démarche humaine, que toute rationalité doit refléter,
pour être satisfaisante, une certaine «esthétique ».
Nous avons déjà invoqué le caractère méthodologique de la possibilité a
priori d’une nouvelle explication qui se situerait toujours «au-delà» de
l’explication «ultime» en cours. Par exemple, le Big Bang n’est plus l’origine
absolue de l’univers ; on peut parler d’un avant-Big Bang, qui contient
peutêtre l’explication de l’univers dont nous faisons partie et qui rend nulle et
non avenue toute tentative de concordance entre origine physique de notre
univers et création (envisagée comme posant un instant ante quod nihil
existit); nous avons déjà vu que cette conviction intellectuelle devient une
Extrait de la publicationPage laissée blancheCe livre a été imprimé au Québec en février 2008
sur du papier entièrement recyclé
sur les presses de Marquis imprimeur.
Extrait de la publication