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Réflexions autour de l'enseignement Scientifique

De
230 pages
La formation des enseignants et élèves scientifiques est en DANGER. Les doyens des facultés et écoles scientifiques francophones dénoncent les risques d'une approche socio-constructiviste appliquée aux savoirs scientifiques. Imaginer que les élèves durant leur scolarité puissent reconstruire intuitivement lois, concepts et principes que les savants mirent des siècles à découvrir est un leurre. On confond "vulgariser la science" et "former un esprit scientifique". L'interdisciplinarité est un objectif et non une méthode, au risque de stériliser l'avenir.
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GÉOPOLITIQUE MONDIALE
Réflexions autour
Sous la direction de l’enseignement Scientifique
d’Évelyne Garnier-ZarliUn enjeu majeur de l’espace francophone
La formation des futurs enseignants et élèves scientifques est en DANGER.
Les doyens des facultés et des écoles scientifques francophones attirent
l’attention dans cet ouvrage sur les risques que représente l’approche
socioconstructiviste appliquée, dans les nouveaux programmes scolaires, aux savoirs Réflexions autour
scientifques. Imaginer que les élèves durant leurs 12 années de scolarité soient
capables de reconstruire intuitivement les lois, les concepts et les principes
de l’enseignement Scientifiqueuniversels qui régissent la matière réelle (vivante et inerte), que les savants ont
mis des siècles à découvrir, est un leurre.
Ces responsables dénoncent la perte des méthodes d’apprentissage de la
« magie des nombres » au seul proft de la « magie des mots », alors que ces deux Un enjeu majeur de l’espace francophone
magies doivent se compléter dans la formation cognitive des jeunes enfants.
Une confusion s’est mise en place entre la « vulgarisation de la Science »
et « la formation d’un esprit scientifque ». Ainsi, ils rappellent que l’interdisciplinarité
est un objectif et non une méthode. Les élèves doivent aussi, à leur tour, être initiés
aux fondamentaux scientifques (solfège) avant d’essayer de comprendre voire
d’écrire la symphonie de l’interdisciplinarité. Sinon le risque est grand dans ce
domaine d’étude d’être superfciel, de réinventer la roue et… de stériliser l’avenir.
Enfn, et avant d’avoir tous été transformés en « avatars numériques » par le
système économique actuel, ils rappellent les trois compétences majeures d’un
enseignant scientifque : TALENT, PASSION et RIGUEUR.
L’enseignant est un modèle, il porte les valeurs humanistes de la francophonie
et il est le garant de l’éthique scientifque et sociétale.
Évelyne Garnier-Zarli est professeur des universités françaises.
Agro-pédobiologiste, elle a dirigé durant huit ans la faculté des sciences et technologies de Préface de Bernard Cerquiglini
l’université Paris-Est Créteil et préside, depuis huit ans, la CIRUISEF « Conférence
internationale des responsables des universités et institutions scientiques
d’expression française » de l’agence universitaire de la francophonie (AUF).
ISBN : 978-2-343-06491-8
24,50 e
f
Conception graphique : Julien Denieuil
Sous la direction
réflexions autour de l’enseignement Scientifique
d’Évelyne Garnier-Zarli



Réflexions autour de
l'enseignement scientifique
Un enjeu majeur de l'espace francophone
Collection « Géopolitique mondiale »

Dirigée par Mwayila TSHIYEMBE


L’objet de la collection « Géopolitique mondiale » est
de susciter les publications dont la vocation est double :
d’une part, donner un sens aux mutations provoquées par
la mondialisation, étant donné la perte des repères du
monde ancien et la nécessité d’inventer des du nouveau ; d’autre part, analyser la complexité des
enjeux territoriaux, des rivalités d’intérêt et de stratégies
qui pousse les acteurs à user de la force ou de la
diplomatie, pour modifier ou tenter de modifier le
rapport de force (ressources naturelles, humaines,
culturelles), selon des idéologies qui les animent. A cette
fin, la prospective et la pluridisciplinarité sont des
approches privilégiées.

Déjà parus

François-Xavier NKUMISONGO VAVI FABIYO, La
sorcellerie chez les Ding de la RDC, 2015
Adrien BANWITIYA NTEKANGI, Vers un nouveau
droit international des réfugiés écologiques, 2014
Patrick WENDA T. TSHILUMBA, L’orientation scolaire
et professionnelle en RD Congo, 2014.
Germain NGOIE TSHIBAMBE, (dir.), Identités,
ressources naturelles et conflits en RDC. Défis
méthodologiques et voies de sortie ?, 2013.
Evelyne GARNIER-ZARLI (dir.), La licence scientifique
dans l’espace francophone, Essai de référentiel de
connaissances et de compétences, 2014. Sous la direction de
Evelyne GARNIER-ZARLI








REFLEXIONS AUTOUR DE
L'ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE
Un enjeu majeur de l'espace francophone




Préface de Bernard Cerquiglini









L’Harmattan






Du même auteur
Evelyne GARNIER-ZARLI, Le doctorat scientifique dans le monde
francophone, 2010.
Evelyne GARNIER-ZARLI (sous la direction), Travailler en
interdisciplinarité dans la Recherche en Sciences et Technologie, 2011. La Licence scientifique dans
l’espace francophone - Essai de référentiel de connaissances et de
compétences, 2014.






















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06491-8
EAN : 9782343064918




AVANT-PROPOS



Nous espérons que les universitaires du domaine « Sciences et Technologie »
des pays francophones se réapproprient cette réflexion et l’enrichissent à l’aune
de leurs débats et de leurs enjeux nationaux.



1Le bureau permanent de la CIRUISEF
2Réseau institutionnel de l’AUF


Pr. Évelyne Garnier-Zarli, Présidente
erPr. Jean Maurille Ouamba, 1 Vice-président
représentant l’Afrique Centrale, les Grands Lacs et l’Océanie
èPr. Ali Mneimneh, 2 Vice-président
représentant le Moyen-Orient
Pr. Jean-Marc Broto
représentant l’Europe
Pr. Guyh Dituba Ngoma
représentant les Amériques - Canada
Pr. Isabelle Glitho
représentant l’Afrique de l’Ouest
Pr. Nadine Thézé
représentant l’Europe
Pr. Mohcine Zouak
représentant le Maghreb

1
Ciruisef : Conférence Internationale des Responsables des Universités et Institutions Scientifiques
d’Expression Française
2 AUF : Agence Universitaire de la Francophonie

5



La CIRUISEF
Conférence Internationale des Responsables des Universités et Institutions
Scientifiques d’Expression Française
(Réseau institutionnel de l’AUF)
et
L’Université Mohammed V-Agdal - Faculté des Sciences
Rabat - Maroc

« Réflexions autour de la formation d’un enseignant scientifique »
Un enjeu majeur pour l’espace francophone

17 au 21 novembre 2014


Synthèse des travaux

Le Colloque a été introduit par
Pr. Lahcen Daoudi,
Ministre de l’Enseignement Supérieur,
de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres
Pr. Abdellatif Miraoui,
Président de l’AUF
Pr. Abdelhafid Debbagh
Secrétaire Général de l’enseignement supérieur du Maroc
Pr. Saaïd Amzazi
Doyen de la Faculté des Sciences de l’Université Mohammed V-Agdal
Pr. Évelyne Garnier-Zarli,
Présidente de la CIRUISEF
Conférence inaugurale
« Les liens formation-recherche dans le domaine scientifique »
par le Pr. Omar El Fassi El Fehri,
Secrétaire Perpétuel de l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques
du Maroc


165 personnes ont assisté à ce colloque représentant 24 pays de l’espace
francophone


7
SOMMAIRE


Préface……………………………………………………………………. 13
Par Bernard Cerquiglini
Discours d ‘accueil………………………………………….. 17
Par Saaïd Amzazi
Conférence introductive
La CIRUISEF et les enjeux du colloque………………………………... 23
Par Evelyne Garnier-Zarli
Conférence inaugurale………………………………… 39
Par Omar El Fassi El Fehri

ère 1 PARTIE - État des lieux ……………………………………………… 43
Présentation de l’enquête internationale………………………………… 45
Par Nadine Thézé
Problématique de la transition entre l’enseignement secondaire
et l’enseignement supérieur dans le système éducatif marocain……….. 61
Par Abdelouahab Benajiaba
Les conséquences du tout « intuitif » européen ou « les passeurs
de sciences »……………………………………………………………. 73
Par Sylvie Bonnet
Impact des nouveaux programmes dans l'enseignement supérieur
français : le cas de la physique…………………………………………. 79
Par Nathalie Lebrun
Le système éducatif au Liban…………………………………………… 93
Par Ali Mneimneh
Analyse de l’état des lieux : commissions des programmes, modification
des programmes, réflexion autour des objectifs des formations :
points forts et points faibles (table ronde)……………………………… 97
Par Isabelle Glitho

ème 2 PARTIE - Formation des enseignants scientifiques : attentes, enjeux et
propositions…………………………………………………………………101
Les enjeux de la formation d’un enseignant scientifique……………….. 103
Par Gilles Raby
Recherche, innovation et insertion professionnelle des étudiants………. 109
Par Yves Lichtenberger
Problématique de la cohérence des contenus d'enseignement en
Sciences et Technologie : cas du Togo .………………………………… 117
Par Kokou Awokou

Quelle stratégie pour mettre les sciences de l'éducation au service de la
pratique enseignante ? …………………………………………………. 121
Par Abdellatif Chiadli
Le point de vue d’une littéraire…………………………. 131
Par Cristina Robalo-Cordeiro
Le point de vue des étudiants…………………………………………… 135
Par Mathilde Sussan-Depresle

ème3 PARTIE - Quelle formation pour les enseignants scientifiques ?..... 139
Ateliers : Les compétences transversales et disciplinaires des enseignants
scientifiques (primaire, collège, lycée et supérieur)
Quelle multidisciplinarité ? ……………………………………………. 141
Par Gilles Raby
Préparation d’une leçon en sciences …………………………………… 147
Par Jean-Maurille Ouamba
La leçon de l’agrégation……………………………………155
Par Dominique Dunon
Séminaire de formation pour les enseignants du Supérieur……………. 159
Par Jean-Marc Broto
Le Projet Professionnel et Personnel de l’étudiant……………………… 163
Par Véronique Chloup
Ethique et déontologie du scientifique – la fraude…………167
Par Ali Mneimneh

ème4 PARTIE – Ateliers disciplinaires
Quels pré-requis scientifiques pour le futur citoyen ? Quels pré-requis
scientifiques pour des études dans le Supérieur scientifique…………… 171
er 1 atelier : Mathématiques - Informatique ………………………………. 173
ème 2 atelier : Chimie - Physique – Mécanique – Electronique…………… 185
ème 3 atelier : Sciences de la Vie et de la Terre………………. 189

Conclusion générale……………………………………………………… 201
Par Evelyne Garnier-Zarli

Recommandations des participants du colloque……………………….. 213

ANNEXES………………………………………………………………… 219
Programme du Colloque – Rabat 2014…………………………………. 221








L’adage CIRUISEF

Nous avons le devoir de former nos étudiants
à “ l’éthique de la Connaissance ”
et de réfléchir aux orientations de la recherche
que nous menons aujourd’hui et préparons pour demain.
Préface

Par Bernard Cerquiglini
Recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF)



Chères Collègues et Chers Collègues,

Je voudrais tout d’abord saluer le travail remarquable qu’effectue la CIRUISEF
depuis plusieurs années, sous l’impulsion de sa dynamique Présidente, Evelyne
Garnier-Zarli.
Vous appropriant la réforme Licence - Master - Doctorat (engagée par le
processus de Bologne) vous avez su, dans le secteur d’expertise qui est le vôtre,
le grand domaine des Sciences et des Technologies, engager une réflexion
profonde sur la manière de l’enseigner et de le développer.
Ce champ de formation est multiple : il comprend les mathématiques et
l’informatique, les sciences physiques et chimiques, les sciences de la vie et de la
terre.
Vos travaux ont montré à Beyrouth en 2010 combien la surspécialisation des
chercheurs scientifiques les enferme dans un carcan qui les retient de répondre
à l’attente des besoins socio-économiques des pays. A cette occasion vous avez
préconisé une approche pluridisciplinaire des enseignements et une ouverture
plus large au monde professionnel, répondant aux besoins des Etats.
Approfondissant vos champs disciplinaires, vous avez conçu un référentiel de
connaissances et de compétences pour l’ensemble des Licences scientifiques :
les pays de l’espace francophone se l’approprient.
Puis dépassant l’enfermement disciplinaire des chercheurs, vous avez choisi de
rattacher de nouveau l’ensemble de vos disciplines à la Matière, votre objet
d’étude. Ce faisant, vous avez adopté cette épistémologie nouvelle
d’interdisciplinarité qui refuse le réductionnisme : celui-ci, dispersant le
système en une multitude de segments à analyser, interdit la prise en compte
globale des enjeux sociaux.
Vous soulignez souvent qu’il est difficile actuellement, compte tenu des avancées
spectaculaires de la recherche scientifique, de concilier dans certains domaines
(comme l’informatique ou la biologie) une telle approche globale
interdisciplinaire et les innovations en recherche qui requièrent une parfaite
maîtrise des savoirs antérieurs disciplinaires.
Ces savoirs étant devenus pléthoriques, leur hiérarchisation est très peu
dominée par la communauté éducative. Le colloque de 2014 qui vient de se
dérouler à Rabat a pris pour tâche de réorganiser ces connaissances.
Vos constats sont remarquables de courage et de lucidité.

13
Les conclusions et synthèses mettent bien en évidence les influences à l’œuvre
dans nos pays et les conséquences qui en découlent sur l’illettrisme et
l’« innumérisme » des élèves. Les résultats des scores PISA finiront-ils par
émouvoir les pédagogues à l’œuvre dans les instances éducatives ?
Une regrettable confusion est entretenue entre la vulgarisation « des Savoirs de
la Culture générale » et « la formation de l’esprit » par des apprentissages
spécifiques ; cette confusion entraîne une fâcheuse superficialisation, pour
employer un néologisme, des connaissances. Celles-ci se construisent ; les
doyens francophones le rappellent avec force.

J’espère que vos travaux seront lus largement et en particulier par les décideurs
politiques, afin que la raison reprenne sa place et que le bon choix soit fait entre
les réelles innovations pédagogiques en matière de didactique des savoirs, et les
méthodes d’apprentissage mises en place par de prétendus spécialistes de
l’éducation. Ce choix sera éclairé par le constat lucide que vous avez dressé et
la féconde réflexion que vous avez eu le courage de conduire.
14












Introduction
Discours d’accueil

Par Saaid Amzazi
Doyen de la Faculté des Sciences de Rabat
Université Mohammed V – Rabat

Monsieur Le Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche
Scientifique et de la Formation des Cadres
Monsieur le Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Sciences et Techniques
Hassan II
Monsieur le Secrétaire Général du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la
Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres
Monsieur Le Président de l’Agence Universitaire de la Francophonie
Madame la Présidente de la Conférence Internationale des Responsables des
Universités et Institutions Scientifiques d’Expression Française
Messieurs les Présidents d’Université
Mesdames et Messieurs les doyens et directeurs d’établissements universitaires
Chers collègues, Chers étudiants, Honorable assistance

Sous le Haut Patronage de Sa Majeste Le Roi Mohammed VI, la Faculté des
Sciences de l’université Mohammed V a le grand honneur et le plaisir
d’abriter et d’organiser avec la Conférence Internationale des Responsables
des Universités et Institutions Scientifiques d’Expression Française : la
CIRUISEF ; ce grand colloque qui sera consacré à la réflexion sur la
formation de l’enseignant scientifique.

Je saisis cette occasion pour rendre un vibrant hommage à Sa Majesté le Roi
Mohammed VI qui, en apportant son haut patronage à cette manifestation,
démontre une fois de plus son indéfectible implication dans l’amélioration de
notre système éducatif national, sujet qui lui tient particulièrement à cœur
comme en témoignent d’ailleurs les nombreux discours et interventions qu’il a
consacrés à cette problématique nationale et dans lesquels il n’a cessé
d’interpeller les acteurs de l’enseignement au Maroc à une mobilisation
générale afin de redresser une situation jugée préoccupante.
C'est donc non seulement à une prise de conscience, mais également à une
action réelle et cohérente que nous appelle Sa Majesté Le Roi en cette matière
fondamentale qu'est l'éducation pour l'avenir du Maroc en marche.
Je voudrais souhaiter également la bienvenue à nos invités de marque, car
vous n’êtes pas moins de 160 doyens ou responsables d’établissements
scientifiques venus de 24 pays à travers le monde pour participer à cette
manifestation ; je vous remercie pour avoir accepté de partager avec nous
votre précieuse expérience.

17
Ce colloque, que nous entamons aujourd’hui, se veut une tribune de réflexions
et d’interrogations sur les connaissances et compétences nécessaires à
l’exercice des missions d’un enseignant scientifique au niveau des différents
cursus à enseigner, du primaire au supérieur.

Avant d’aborder plus en détail ce thème qui nous vaut aujourd’hui d’être
rassemblés, je tiens à préciser que le Maroc a été l’un des premiers pays au
monde à adopter le système LMD au niveau de ses universités, en 2003, et que
depuis l’an 2000 bien du chemin a été parcouru : réforme pédagogique presque
achevée, autonomie des universités renforcée et contractualisation
Étatuniversité opérationnalisée.

Alors que l’Europe se penchait sur la conception du processus de Bologne en
1999 qui permettait l’extension et l’ouverture de l’enseignement supérieur dans
l’espace européen, le Maroc à travers une large concertation de ses forces vives
élaborait la charte de l’éducation et de la formation, véritable livre blanc qui
devait donner un nouveau souffle à son système éducatif.

Depuis lors, une loi cadre de l’enseignement supérieur a vu le jour et une offre
cohérente de formation a été mise en place dans chaque université : quelques
deux milles filières tous diplômes confondus ont été accréditées. Les normes
pédagogiques régissant le système LMD ont parallèlement été révisées. Nous
avons d’ailleurs entamé en cette rentrée universitaire une nouvelle mouture de
ces normes pédagogiques et une offre de formation plus pertinente et plus
diversifiée au niveau de chaque université, à même de garantir à nos étudiants
plus de réussite et plus de chances de réussite et d’insertion dans la vie active.

Malheureusement, malgré toutes ces innovations et ces changements dans la
gouvernance de notre système d’éducation et de formation, malgré les
immenses efforts d’adaptation que nos enseignants ont dû déployer, force est de
constater que le résultat est bien en dessous de nos espérances.
Le taux de diplomation de nos étudiants est toujours faible au sein de
l’université et surtout il se double d’un taux de décrochage alarmant qui prouve
la détresse de ces derniers et met en exergue l’inadéquation flagrante entre leur
profil à la sortie du lycée et le système d’enseignement qui les attend à
l’université.
Et pour cause, pour ne citer que cela, en arrivant dans nos facultés,
particulièrement dans les filières scientifiques, l’étudiant change de langue
véhiculaire. Après avoir passé sept années à étudier les sciences en arabe, il
devra intégrer en quelques semaines un nouveau lexique scientifique en
français, très lourd puisque de niveau universitaire. Il devra s’efforcer de
comprendre ses professeurs qui lui dispenseront un enseignement dans une
langue qu’il est loin de maîtriser.
18
Quand on sait qu’en dehors de tout problème de langue, la transition
secondaire-supérieur est déjà un cap difficile pour la majorité des étudiants qui
doivent s’adapter à un nouveau rythme et à de nouvelles méthodes de travail, on
comprend aisément l’incroyable effort que l’on demande à nos étudiants.
Comment s’étonner alors de ce taux de décrochage anormalement élevé ?

Rajoutons à cela qu’outre cette sorte de « schizophrénie linguistique » à laquelle
doit faire face l’étudiant, un autre problème majeur vient compliquer son
parcours : l’inadéquation entre la pédagogie de l’enseignement secondaire et
celle du supérieur. Nos enseignants qui sont parmi nous aujourd’hui pourront
tous vous le confirmer : nous constatons tous les jours que nos étudiants sont
très insuffisamment formés pour la réflexion, l’autonomie et la prise
d’initiative. Pour être caricatural, je dirais que nos étudiants ont tendance à se
comporter un peu comme des « disques durs », qui emmagasinent l’information
mais ne la traitent pas ; un effet pervers qui découle à mon sens de la surcharge
des programmes du secondaire avec une pléthore d’informations dans certaines
disciplines, ne laissant pas de place à la réflexion, au raisonnement et à la
pensée critique.

Mesdames et Messieurs,
Permettez moi de vous dire, et là je parle précisément en tant qu’enseignant, que
les problèmes que je viens de vous énumérer concernant nos étudiants se
répercutent inéluctablement sur nous enseignants. Pour faire simple je dirais que
le décrochage des étudiants entraîne… le désarroi des enseignants !

Car il faut bien comprendre la détresse et la frustration d’un enseignant quand il
donne le meilleur de lui-même et s’implique totalement dans son activité pour
recueillir à la fin des copies majoritairement médiocres. Il faut comprendre et
saisir l’effort d’adaptation immense que nous demandons aux enseignants du
supérieur à l’heure actuelle.
Permettez-moi de m’expliquer rapidement sur ce fait.
D’abord, le professeur universitaire est le seul enseignant qui n’ait pas reçu de
formation en pédagogie puisqu’il est censé s’adresser à des étudiants qui ont
déjà largement acquis leurs méthodes de travail et leur autonomie durant leur
cursus scolaire.

Or le profil actuel de nos étudiants oblige tous nos enseignants à un effort
d’adaptation très conséquent de leurs méthodes pédagogiques afin de pallier
d’une part au problème des langues, aux lacunes disciplinaires et aux
méthodes de travail des étudiants, et d’autre part aux effectifs massifs qui,
forcément, ne se prêtent pas à un enseignement de proximité donc de qualité. La
question est là : l’enseignant universitaire, est-il formé pour tout cela ?

19
Par ailleurs, nous souhaitons aller encore plus loin dans l’effort d’adaptation en
sortant cette fois de la problématique du contexte marocain et rejoindre celle de
tous les systèmes universitaires à travers le monde : il faut bien comprendre
aujourd’hui, à l’heure où l’information et la connaissance inondent le web et
sont disponibles à profusion par un simple clic, l’ère du cours magistral est bel
et bien révolue. Le professeur universitaire doit désormais mettre en œuvre une
pédagogie adaptée aux différentes situations dont celles évoquées ci-haut. Le
salut ne viendrait-il pas justement de cette pédagogie dite « inversée » donnant
la priorité à la proximité et à l’interaction directe avec les étudiants après qu’ils
aient acquis les connaissances suffisantes sur la multitude de supports qui sont
aujourd’hui mis à leur portée ?

Récemment, un rapport de la Banque Mondiale a mis en exergue le capital
immatériel conséquent dont dispose le Maroc au vu de son classement
international, capital incarné par ses ressources humaines. Toutefois, malgré
cette richesse renouvelable considérable, ce Maroc nouveau auquel nous
aspirons tous devra pouvoir compter sur des citoyens de plus en plus et de
mieux en mieux formés pour faire face aux défis prometteurs qu’il s’est lancés.
Plus que jamais, nous sommes profondément convaincus que « chaque enfant
qu’on enseigne est un homme qu’on gagne » comme disait Victor Hugo.
Partant de la responsabilité sociale qui lui incombe, l’université, en tant que lieu
de savoir et de culture, doit se fixer pour mission de former l’élite et le citoyen
de demain. C’est dans cet esprit, à titre d’exemple, que sous la Présidence du
Chef du Gouvernement, un projet gouvernemental a été lancé l’année dernière
consistant à former 10 000 cadres pédagogiques à l’horizon 2016. L’université
marocaine, à travers ses Écoles Normales Supérieures et ses Écoles Normales
Supérieures de l’Enseignement Technique s’est alors engagée dans ce grand
projet de formation des futurs cadres, par le développement de programmes
adaptés pour l’acquisition de compétences pédagogiques et didactiques
nécessaires pour exercer le métier d’enseignant au niveau secondaire dans le
secteur privé ou public.
Par ailleurs, depuis que le ministère de l'Éducation nationale a introduit la
section internationale du baccalauréat marocain, scientifique ou littéraire, la
question de la formation du corps pédagogique est plus que jamais posée avec
acuité. Serons-nous en mesure d’offrir une véritable opportunité à notre
enseignement public pour gagner en compétitivité ou bien risquons nous d’être
à nouveau confrontés à une nécessaire remise à niveau des enseignants
concernés.

Mesdames et Messieurs,
Vous conviendrez tous avec moi qu’à la suite de ce rapide état des lieux de
notre système d’enseignement, l’opportunité d’un congrès de la CIRUISEF,
instance par excellence de concertation et de réflexion sur l’enseignement
20
universitaire scientifique dans le monde francophone, est largement justifiée au
regard des changements et des améliorations que nous souhaitons instaurer dans
nos méthodes pédagogiques. L’expérience et les conseils avisés des nombreux
responsables issus de différents systèmes universitaires à travers le monde nous
serons d’une extrême utilité pour construire notre feuille de route.

Mesdames et Messieurs,
Les enseignants sont la clé de voûte de tout système éducatif. Il va de soi que la
qualité de leur formation est un enjeu déterminant de la qualité de
l’enseignement dispensé aussi bien dans les écoles primaires, les collèges, les
lycées qu’à l’université. Ils contribuent à l’élaboration des programmes, aux
évaluations, à l’établissement des normes pédagogiques en plus de
l’apprentissage des étudiants.
Il s’agit donc pour nous aujourd’hui d’évaluer dans quelle mesure leur
formation les prépare à tout cela, en nous focalisant sur l’enseignant
scientifique. Nul doute que la multitude et la richesse des participants à cette
manifestation permettra un débat riche et constructif dont tout le monde saura
tirer parti.

Pour finir, je citerai cette phrase d’Edgar Morin qui, à mon sens, résume
parfaitement ce que devrait être la vocation d’un enseignant :
« le caractère fonctionnel de l'enseignement conduit à réduire l'enseignant au
fonctionnaire. Le caractère professionnel de l'enseignement conduit à réduire
l'enseignant à l'expert. L'enseignement doit redevenir, non plus seulement une
fonction, une spécialisation, une profession, mais une tâche de salut public : une
mission. »
Et n’oublions pas, nous tous enseignants ici présents, que comme le disait
Leibniz : « celui qui est maître de l'éducation peut changer la face du
monde. »

En réitérant mes remerciements à toutes les personnes qui ont contribué de
près ou de loin à la réussite de cette manifestation, je souhaite plein succès à
nos travaux et souhaite à tous nos invités un agréable séjour à Rabat.

Merci pour votre attention.
21

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