Règlement intérieur

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Ce bref récit est établi à partir de documents archivés depuis 1961 dans les papiers de l'Ecole normales supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses. Les faits rapportés par cet ouvrage sont d'un profond intérêt aussi bien en ce qui concerne l'histoire de l'éducation nationale, celle en particulier d'un prestigieux établissement, que celle des us et coutumes de l'époque.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
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EAN13 : 9782296199828
Nombre de pages : 80
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Règlement intérieur

DU MÊME AUTEUR ESSAIS Léo Ferré, la mémoire et le temps, Seghers, 1987. Écrivains contemporains, Madeleine Bourdouxhe, Paul Guimard, Maurice Pons, Roger Vailland, L'Harmattan, 1999. Léo Ferré, une mémoire graphique (en collaboration avec Alain Fournier), La Lauze, 2000. Avec le livre, propos et réflexions, L'Harmattan, 2003. Les Chemins de Léo Ferré, Christian Pirot, 2005. Les Films de Claude Sautet, Atlantica, 2005.
NOUVELLES

On n'emporte pas les arbres, L' Harmattan, 1998. Spectacle total, Éditions du Petit Véhicule, 2002. Le Château d'utopie, D'un noir si bleu, 2007. POÉSIE Cabaret baroque (avec des encres originales Barthélémy), Le Bruit des autres, 1994. THÉÂTRE Dix femmes, Éditions du Laquet, 2001. Manon suivi de Guillemine, L'Harmattan, 2006.
BIOGRAPI-llE

de Jacques

Albertine Sarrazin, une vie, Écriture, 2001.

Jacques Layani

Règlement

intérieur

Un acte d'indiscipline à l'École normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses en 1961

L ' Harmattan

([) L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://w\v librairieharmattan.com diffusion. harnlattanra;wanadoo. fr harnlattan 1r(lJ\vanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-05785-2 EAN : 9782296057852

AVANT-PROPOS

La déplorable manie, hideusement calquée sur l'habitude anglo-saxonne de découper les années en tranches égales de dix selon leur millésime, aboutit à des

non-sens historiques. Dire « les années 50 », « les années 60» , «les années 70 » - voire « les J~" ies» «les sixties» -Fi ift
« les seventies», 60's quand ce n'est pas « les 50' s », « les

- n'a aucune réalité. Les tournants sont bien davantage des faits politiques précis, des réalités sociales fondatrices, des marques humaines durables, lesquels se moquent bien des divisions du calendrier. En France, les années 50 commencent en 1945 lors de la victoire alliée sur la folie nazie, prennent forme en 1948 (suppression des tickets de rationnement hérités de la guerre), s'épanouissent en 1955 (fin de la Reconstruction) et s'achèvent en 1958, lorsqu'est adoptée la Constitution de la ve République dont on célèbre, à la date de parution de cet ouvrage, le demi-siècle. Commencent alors les véritables années 60, qui cependant ne se caractériseront qu'après 1962, lorsque le pays sera sorti de la douloureuse guerre d'Algérie. Elles meurent définitivement en 1968, quand le printemps de la jeunesse et de l'imagination désirante renverse le« monde ancien », dont, comme disait le poète, il était « las ». C'est le début authentique des années 70, qui toutefois n'iront pas loin: elles agoniseront à partir de ce qu'on a appelé « le premier choc pétrolier» en 1973 et seront inhumées en 1976, lors de la nomination
», « les 70's»

d'un nouveau Premier ministre et de l'entrée en vigueur d'une politique de rigueur. Ce sont alors les années 80, qui mourront à leur tour en 1983 lorsque l'abandon des réformes par le gouvernement socialiste fera place à une nouvelle rigueur et seront embaumées en 1986, avec la première cohabitation, nouveauté sans précédent dans la vie institutionnelle du pays. Les années 90, elles, naissent lors de l'effondrement du bloc de l'Est, de la destruction du mur de Berlin. En 1961, par conséquent, on est en France dans

une période intermédiaire.

Ce sont les

«

Trente

Glorieuses», certes, mais l'élan est arrêté par la guerre d'Algérie dont on n'en finit pas de tenter de sortir. Le président de la République n'est pas encore élu au suffrage universel. Il ne le sera qu'en 1962 et cette réforme sera présentée, au départ, comme ayant un caractère plébiscitaire et, à ce titre, combattue. 1961 voit aussi le putsch des généraux à Alger et la menace d'une extension du conflit sur le tenitoire métropolitain, d'où l'application de l'article 16 de la Constitution. On vivra encore le drame du métro Charonne, les « ratonnades»... Concrètement, tout cela n'a rien à voir avec ce dont on parle communément, lorsqu'on évoque« les années 60 », c'est-à-dire l'opulence, le plein emploi et l'établissement de la société de consommation, en

même temps que la consolidation de ces

«

classes

moyennes» récemment apparues, que les boutiquiers élus ensuite à la magistrature suprême s'empresseront d'écraser. Point de sweet sixties, mais l'inquiétude des familles pour leurs enfants appelés en Algérie, la montée des violences terroristes et, dans l' œuf, le drame à venir des Français d'Algérie. Rien de rose, non. Plutôt une société contrite, apeurée. Les personnes qui ont connu la Seconde guerre mondiale ou même la Première se demandent si cela finira un jour. Qui plus est, il y eut, dans l'intervalle, l'Indochine. Assez!

n

La société du moment est frileuse, certifiée par des considérations, des idées reçues et des croyances, appuyée sur quelques clichés. On se contente de joies simples, qui se glissent dans les brefs interstices des périodes de travail (dont, depuis 1946, la durée maximum est de soixante heures hebdomadaires) ; les foyers possèdent peu d'appareils électriques (on trouve une prise de courant par pièce, pas davantage; il n'y a pas de prises de terre; il existe même des pièces noires) ; après l'équipement électroménager, les achats prioritaires sont le poste de télévision à chaîne unique, l'électrophone (la radio, possédée depuis longtemps, est détrônée par le transistor) - compte non tenu, naturellement, de la sacro-sainte voiture, si possible au moment du salon annuel de la porte de Versailles, où la Renault 4 va remplacer la légendaire 4 CV, où la 2 CV

poursuit sa vie de « quatreroues sous un parapluie», où la
reine incontestée est la Citroën DS, fleuron de la technique française et gloire des bureaux d'études automobiles. Plus important, il y a surtout une grande insuffisance de logements que l'arrivée, l'année suivante, d'un million de rapatriés d'Algérie aggravera encore. Les normes évoquées ci-dessus ne concernent en réalité que les logements récents, c'est-à-dire les grandes barres d'immeubles qu'on détruira quelques décennies plus tard pour cause d'inhumanité, et qui sont alors la référence absolue: elles proposent des appartements clairs, possédant une salle de bains et des toilettes, quand les immeubles urbains les plus anciens n'ont rien de tout cela. Le taux d'activité des femmes, qui avait baissé après la guerre, est en train de remonter: il sera, en 1962, de 40 %. Le taux de natalité est en hausse et la loi de 1920 est toujours en vigueur, qui interdit la contraception d'une part, l'avortement d'autre part. L'avortement clandestin fait par conséquent de très nombreuses victimes. L'association La Maternité heureuse, créée en 1956, est devenue en 1960

ill

le Mouvement français pour le planning familial. Des mouvements nouveaux, dont l'arrivée était inéluctable parce qu'ils sont fondés sur des réalités concrètes, voient donc le jour, mais l'on est encore à des années-lumière du Mouvement de libération des femmes (MLF) et de son

magnifique slogan:

«

Il y a plus inconnu que le Soldat

inconnu: sa femme ». Les femmes composent la majorité de l'électorat gaulliste (55 % en moyenne). Au référendum de 1958, elles ont été aussi nombreuses que les hommes à voter, alors que, depuis 1951, leur abstentionnisme était bien supérieur à celui des hommes. Pour ce qui est de l'éducation, la réforme la plus importante remonte à 1936. C'est celle de Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale du Front populaire, qui conservera ce poste jusqu'en 1939. Ses mesures démocratisent l'accès aux études en réorganisant le premier degré - notamment par la multiplication de bourses afin de faciliter le passage dans le second, puis dans l'enseignement supérieur. Elles prolongent aussi la scolarité d'un an, soit jusqu'à quatorze ans. Jean Zay sera assassiné en 1944 par la milice de Vichy. Les initiatives, plans et projets de réformes qui suivront au fil du temps seront enterrés et il faudra attendre 1959 pour que l'âge de la scolarité obligatoire soit porté à seize ans. En 1960, on compte en France 214. 672 étudiants, dont 4 % seulement sont issus de familles ouvrières. Parmi eux, se trouvent 85.910 femmes. Encore faut-il nuancer ce dernier chiffre, en ajoutant que 60 % d'entre elles n'achèveront pas leur cycle d'études: la plupart du temps, elles abandonnent l'université pour se marier. Elles se retrouvent alors dans cette situation qui, de nos jours, paraît ahurissante: les femmes mariées doivent demander l'autorisation de leur époux pour occuper un emploi salarié ou pour ouvrir un compte en banque. Le mari - destiné à

IV

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