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RELATION FAMILIALE ET RéSILIENCE

275 pages
La famille et les relations qui s'y développent constituent le creuset où se construit l'identité de la personne. D'abord, la relation familiale est examinée au travers de la perception des enfants ; ensuite, elle est mise en rapport avec la gestion du stress. La résilience, c'est-à-dire le maintien d'un processus normal de développement malgré des conditions de vie difficile, est alors abordée au travers de cinq contributions qui enrichissent la compréhension de ce concept nouveau.
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RELATION FAMILIALE ET

RÉSILIENCE

Collection Savoir et Formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Dernières parutions

Patrice RANJARD, Préface de Gérard MENDEL, L'individualisme, un suicide culturel. Les enjeux de l'édition. Noël TERROT, Histoire de l'éducation des adultes en France. Gérard IGNASSE, Hugues LENOIR, Ethique etformation. Claudine BLANCHARD-LA VILLE, Dominique FABLET, Analyser les pratiques professionnelles. Chantal HUMBERT (ed), Projets en action sociale. Daniel GAYET, Ecole et socialisation. Yves GUERRE, Le théâtre-Forum. Jacky BEILLEROT, L'éducation en débat: lafin des certitudes. Françoise F. LAOT, Laformation des adultes. Georges SNYDERS, Des élèves heureux... Bernard BONNET, Laformation professionnelle des adultes. Christophe WULF, L'anthropologie de l'éducation. Claudine BLANCHARD-LA VILLE et Dominique FABLET, L'analyse des pratiques professionnelles (édition revue et corrigée), 2000. Jacky BEILLEROT, Formes et formations du rapport au savoir.

J.-P. POURTOIS et H. DESMET (Eds)

RELATION FAMILIALE ET RÉSILIENCE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-9474-9

Sommaire
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . .. Il

1ère partie: Perception des enfants.. . ... ... ... .. . .. . .. .

..... ..

21

Montandon C. : Les relations parents-enfants du point de vue
des enfants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . .. 23

1. 2. 3. 4.

La sociologie de l'enfance L'expérience de l'éducation familiale du côté des enfants Des pistes à suivre Bibliographie

Pourtois J.-P., Desmet H. et Nimal P. : Comment la famille
répond aux besoins fondamentaux des enfants. Une enquête auprès d'enfants de 10-12 ans... . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .. .. . .. . . . . .. .. . ... 63

Introduction 1. Quelques résultats d'enquêtes 2. Par quoi passe le développement de l'être humain? 3. Un questionnaire destiné aux enfants de 10-12 ans 4. Que disent les enfants quant à la satisfaction de leurs besoins? 5. Analyse des interactions 6. Vivre aujourd'hui la nouvelle société 7. En conclusion 8. Bibliographie

. .. 2 ème par t le: R eSI. lence .................................................. '
Cyrulnik B. : La résilience ou le ressort intime... ... ... ... 1. 2. 3. 4. Histoire d'un phénomène étonnant: la résilience Les entraves aux études sur la résilience Non-sens et contre-sens Biologie et enfance abîmée

93
... 95

5. 6. 7. 8.

Résilience n'est pas invulnérabilité Comprendre la transdisciplinarité Une situation éthologique : celle des jumeaux Pour conclure: un ultime exemple E. : Les relations d'attachement multiples
élément de résilience. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... 113

Palacio-Quintin
de l'enfant comme

Introduction 1. L'origine et les principaux concepts de la théorie de l'attachement 2. Les types ou " patterns" d'attachement 3. L'impact de l'attachement dans le développement socio-affectif de l'enfant 4. La maltraitance et l'attachement 5. Les facteurs liés à la qualité de l'attachement 6. Les attachements à d'autres figures que la mère 7. Conclusions 8. Bibliographie

Roskam I. et Vandenplas-Holper C. : Résilience et personnalité: études empiriqueset réflexions théoriques. .......... 137
1. Quelques recherches dans le domaine de la résilience 2. La description et l'évaluation de la personnalité des enfants à partir du Modèle à cinq facteurs 3. Conclusions, discussion et perspectives 4. Bibliographie Ravoisin M., Pourtois J.-P. et Desmet H., Les enfants
d'ouvriers à la polytechnique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 173

1. 2. 3. 4.

La théorie de la reproduction mise en question Résilience et réussite scolaire Champ et procédure de recherche Analyse transversale des résultats 8

5. Conclusions 6. Bibliographie Born M. et Hélin D. : La résilience de délinquance dans le
contexte des relations familiales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 197

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7.

La résilience Les types de facteurs de protection Structures familiales à risque et protections spécifiques Relations parents-enfants comme facteurs de résilience Etude de cas Conclusions Bibliographie

3ème partie:

Stress familial.

. . . . . . .. . . . .. .. . .. .. .. .. .. .. .... .. . . .. . ... 215

Perrez M., Plancherel B. et Ababkov V. : Nouvelle approche
pour l'étude du stress dans les interactions familiales. . . . . . . . . . . . .. 217

1. 2. 3. 4. 5. 6.

Psychologie du stress familial Le stress familial comme séquence de micro-événements Une nouvelle approche méthodologique Le stress familial en Suisse et en Russie La discussion des résultats Bibliographie

Wilhelm P., Horner M. et Perrez M. : Humeur et gestion de stress dans les interactions familiales: Résultats à partir de la méthode FASEM » 255
Introduction 1. Echantillon 2. Avec qui les membres de la famille passent-ils leur temps? 3. Comment se sentent les parents et les adolescents 9

dans les différents contextes sociaux? 4. Gestion sociale du stress (coping social) 5. Résumé et discussion des résultats 6. Bibliographie

10

Introduction
Le présent ouvrage, " Relation familiale et Résilience", trouve son origine dans le colloque" Regards transdisciplinaires sur les relations parents-enfants" qui s'est déroulé au sein de la quatrième Biennale de l'Education et de la Formation (Sorbonne et CNAM, 1998). Aux contributions présentées dans ce cadre s'ajoutent des textes d'auteurs que nous avons sollicités car leurs travaux complètent la perspective que nous avons choisie de développer ciaprès. Examinons d'abord le premier terme de l'intitulé de l'ouvrage: la relation familiale. Nous savons aujourd'hui que la famille et les relations qui s'y développent constituent le creuset où se construit l'identité de la personne. Un double mouvement opposé mais complémentaire s'effectue alors, l'un dirigé vers la personnalisation, l'autre orienté vers la socialisation. Cette constatation maintes fois éprouvée par les experts ne constitue qu'un exemple de l'extraordinaire complexité qui préside au développement d'un enfant. Et cette alchimie passe nécessairement par les relations familiales: par les relations parents-enfants, certes, mais aussi par celles qui se développent au sein du couple, de la fratrie ou encore de la famille élargie. L'espace relationnel familial sera stimulant pour les uns, destructeur pour les autres. Il mettra en place des logiques de vie qui placeront les individus sur une trajectoire sociale ascendante, descendante ou stagnante. Il répondra avec plus ou moins de bonheur aux besoins affectifs, cognitifs et sociaux des enfants. Il facilitera ou

non la gestion du stress chez ses membres. C'est dans la pratique quotidienne, dans l'agir des acteurs mais aussi dans les représentations mentales de ceux-ci que se concrétiseront les relations familiales. Reste encore à savoir comment celles-ci sont en train de se modifier avec les bouleversements de la société actuelle. Nous avons choisi de développer le champ de la relation familiale à travers deux domaines qui nous sont apparus comme "sortant de l'ordinaire", l'un par l'originalité de la population interrogée, l'autre par la méthodologie utilisée dans un secteur de recherche en développement. Le premier domaine envisagé a trait à la perception que les enfants ont de l'éducation dispensée par leurs parents (première partie). Longtemps, l'avis de ces acteurs de la relation familiale n'a pas été pris en compte. L'intérêt pour le ressenti de leurs expériences éducatives est en effet relativement nouveau. Il ouvre la voie à une multitude de questionnements et d'étonnements. Quant au deuxième domaine, il a trait à l'étude du stress et de sa gestion (encore appelé" coping "), ces éléments étant mis en relation avec les interactions familiales (troisième partie). Dans les deux contributions relatives à ce thème, la méthodologie est particulièrement originale car elle propose des grilles d' autoobservation qui se révèlent fonctionnelles notamment grâce à l'utilisation par les sujets eux-mêmes d'un ordinateur de poche. Les nouvelles technologies nous ouvrent ici des perspectives tout à fait intéressantes. Le deuxième terme de l'intitulé concerne la résilience, c'est-àdire le maintien d'un processus normal de développement malgré des conditions de vie difficiles. La résilience est, en quelque sorte, un rebondissement, une reconstruction et non seulement une résistance ou une invulnérabilité. En fait, le phénomène est actif et non passif. On peut trouver ici un lien avec le coping que nous avons mentionné précédemment qui, lui aussi, évoque une démarche positive afin de faire face au stress. Toutefois, la résilience va plus loin dans son dynamisme et sa persistance dans le temps. Elle est un processus dynamique qui prend naissance dans la relation au sein de la famille (ou de son substitut) et/ou dans l'interaction sociale et qui est lié à la notion d'attachement. " La résilience est [...] un processus complexe, 12

un résultat, l'effet d'une interaction entre l'individu et son environnement. Et l'aspect clef de cette relation, c'est, semble-t-il, la capacité d'être avec l'autre: on n'est pas résilient face à tout et n'importe quoi, et on ne l'est en tout cas pas tout seul, sans être en relation. La résilience a donc à voir avec le lien, et d'abord avec l'attachement" (A. Guedeney, dans B. Cyrulnik, 1998). Il apparaît que la résilience est beaucoup plus forte chez les enfants qui ne sont pas séparés de leur famille, ou qui ont trouvé un substitut chaleureux dans un environnement culturellement familier. Il conviendrait dès lors de consacrer plus d'études à ces familles qui font progresser leurs enfants malgré les conditions défavorables de vie (Manciaux, dans B. Cyrulnik, 1998). Nous pensons ici aux populations en situation difficile de migration, de pauvreté, d'exclusion. Par ailleurs, à côté de la recherche des facteurs de protection que certaines personnes mettent spontanément en œuvre, il nous semble des plus urgents d'amplifier l'accompagnement des familles qui n'ont pu mettre en place ces éléments favorisants afin de trouver chez elles des aspects positifs, des ressources qui leur permettront de rebondir, de reconstruire. Certes, il reste beaucoup à faire pour valider par la recherche les relations de causalité en œuvre dans le processus de la résilience. Néanmoins, les études récentes nous aident à progresser dans la mise en évidence de ses déterminants précoces. Nous savons d'ores et déjà que les compétences éducatives d'au moins un des parents ainsi que le réseau social de la famille constituent des facteurs facilitants de la résilience. La mise en place de "zones d'arrimage" que l'enfant peut trouver dans la famille élargie, chez des enseignants ou auprès d'autres adultes empathiques (Lemay, dans B. Cyrulnik, 1998) s'avère aussi structurante. Le partenariat avec la famille et son environnement apparaît donc comme une démarche indispensable au cours de laquelle la recherche du lien est essentielle. Travailler avec les parents à la restauration de toute une histoire de liens, avec leur(s) enfantes), avec leur environnement mais aussi avec leur propre enfance s'avère prioritaire, car comme nous le signalions précédemment, la résilience est une question de relation.

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Ainsi, les termes" Relation familiale" et " Résilience" sont-ils intimement associés, la résilience étant un cas particulier de la relation familiale. Pour approfondir cette problématique complexe et relativement nouvelle - bien que certains auteurs aient déjà précédemment mis en évidence le phénomène mais l'avaient identifié sous le terme de "ressources" ou encore de "résistance" -, nous avons eu recours à cinq contributions. La première est celle d'un pionnier en la matière, B. Cyrulnik, psychiatre et éthologue, qui mène depuis plusieurs années des recherches sur" ces enfants qui tiennent le coup". La deuxième relie les théories de l'attachement à la résilience. La troisième met celle-ci en rapport avec les théories (implicites et scientifiques) de la personnalité. La quatrième est la présentation d'une étude sur la résilience scolaire. Enfin, la cinquième s'attache à examiner la résilience de délinquance. Nous le constatons, le champ de la résilience est extrêmement large. Chaque étude apporte une contribution approfondissant la compréhension de ce phénomène qui met à mal le fatalisme lorsque les conditions de vie initiales se révèlent dramatiques. Par ailleurs, l'aller-retour entre théorie et pratique ainsi que l'approche transdisciplinaire se révèlent indispensables pour comprendre les mécanismes de la résilience et pour mettre en évidence les facteurs qui la déterminent non seulement dans l'ici et maintenant, mais aussi durant tout le cycle de vie du sujet et, qui plus est, dans une perspective transgénérationnelle. Examinons succinctement les contenus des neuf contributions qui constituent le présent ouvrage et que nous avons réparties en trois parties: "Perception des enfants", "Résilience" et "Stress familial" . La première partie est donc relative à la perception des enfants et comprend deux contributions: celle de C. Montandon et celle de J.P. Pourtois, H. Desmet et P. Nimal. c. Montandon s'intéresse aux" Relations parents-enfants du point de vue des enfants". Elle souligne que l'intérêt pour la sociologie de l'enfance est relativement récent. Dans les approches 14

classiques, l'enfant était considéré comme un objet. Aujourd'hui, on se rend compte que les enfants donnent un sens à leur éducation et construisent leur identité sociale en même temps qu'ils construisent leurs relations avec leurs parents. Ils sont donc des acteurs sociaux. L'auteur a voulu cerner l'expérience qu'ont les enfants de l'éducation qu'ils reçoivent et connaître leurs représentations, émotions et actions dans le cadre de leur socialisation. A travers des entretiens semidirectifs, elle a examiné comment les enfants se représentent la famille et ce qu'ils expriment relativement à trois dimensions: leur rapport aux savoirs transmis (valeurs, normes,... ), leur rapport à l'autorité et aux méthodes éducatives vécues ainsi que leur rapport aux projets qui sont envisagés pour eux. J.-P. Pourtois, H. Desmet et P. Nimal relatent les résultats d'une enquête auprès d'enfants de 10-12 ans sur la satisfaction de leurs besoins fondamentaux dans le chapitre intitulé" Comment la famille répond aux besoins fondamentaux des enfants ". Après avoir présenté succinctement le paradigme des douze besoins fondamentaux dans le développement de l'enfant, ils proposent un questionnaire afin d'examiner comment les enfants perçoivent la façon dont on a répondu à leurs besoins. Les auteurs rapportent les items dont les réponses leur apparaissent significatives de la situation actuelle des jeunes et analysent les interactions entre les catégories de besoins (affectifs, cognitifs et sociaux) et entre les items. Ils terminent en traitant de la façon dont il s'agit d'apprendre aux jeunes à vivre aujourd'hui dans la nouvelle modernité. "Vivre est le métier que je veux lui apprendre" (Jean-Jacques Rousseau), tel est le message qui clôture leurs propos. La deuxième partie traite de la résilience. Cinq contributions couvrent cette thématique actuelle: celle de B. Cyrulnik, de E. Palacio-Quintin, de I. Roskam et C. Vandenplas-Holper, de M. Ravoisin, J.-P. Pourtois et H. Desmet ainsi que celle de M. Born et D. Hélin.

15

B. Cyrulnik examine un concept nouveau: "La résilience, ou le ressort intime ", car, écrit-il, " les enfants résilients, ceux qui ont réussi à redevenir humains alors qu'ils étaient, dans leur enfance, fortement altérés, ont quelque chose à nous apprendre". Médecin, psychanalyste et éthologue, il souligne que l'éthologie a été la première à examiner ce type de phénomène alors que les psychanalystes, les sociologues, les médecins ont livré peu d'informations sur le mystère des enfants qui se faufilaient à travers les coups. Responsable d'un groupe de chercheurs à Toulon, l'auteur mène des recherches, de type longitudinal surtout, dans ce domaine. Il propose une métaphore: " l'homme est un oignon" pour illustrer le fait que 1'histoire modifie la biologie et pour ainsi attester de la nécessité d'une situation de transdisciplinarité au sein de l'étude de l'être humain. E. Palacio-Quintin, dans sa contribution" Les relations d'attachements multiples comme élément de résilience ", s'attache à décrire les théories de l'attachement puis procède à une analyse critique de certaines positions traditionnelles. Elle souligne que les études récentes ne se réfèrent plus seulement à la relation mère-enfant mais que des relations d'attachements multiples jouent un rôle dans le développement de l'enfant. Elle montre entre autres que des attachements non sécurisants peuvent être compensés par des attachements sécurisants établis avec d'autres personnes (père, éducatrice,. ..). Dans ce contexte, les relations d'attachements multiples constituent un facteur de résilience (notamment dans les cas de maltraitance). Par ailleurs, l'auteur met en question la stabilité des relations d'attachement: celles-ci peuvent changer dans le temps. Dès lors, elle propose de substituer au modèle traditionnel un modèle flexible et multidéterminé de l'attachement qui ne " condamne" pas l'enfant à attachement insécurisé à vivre des problèmes psychosociaux. L Roskam et C. Vandenplas-Holper, dans" Résilience et personnalité: études empiriques et réflexions théoriques" montrent comment la référence aux théories implicites de la personnalité, du 16

développement et de l'éducation est étroitement liée à la description des traits évalués par un modèle scientifiquement éprouvé: le Modèle à cinq facteurs. Au départ de descriptions libres par les mères de la personnalité de leur enfant, d'une échelle d'évaluation construite à partir du Modèle à cinq facteurs et d'un questionnaire relatif aux pratiques éducatives maternelles, des études ont été menées sur différents types d'enfants (notamment sur des enfants tout-venant comparés à des enfants handicapés). Les auteurs discutent alors de l'importance, dans le cadre de l'accompagnement des parents, de permettre la rencontre des théories dites scientifiques et des théories implicites. M. Ravoisin, J.-P. Pourtois et H. Desmet, dans" Les enfants d'ouvriers à la polytechnique ", se penchent sur des cas de réussite scolaire inattendue. Ils s'interrogent sur les dynamiques, familiales et personnelles, qui se cachent derrière un itinéraire de réussite chez des jeunes issus d'un milieu populaire, inscrits à la Faculté polytechnique. En d'autres termes, ils tentent de détecter les facteurs de résilience à l'échec scolaire. Différents thèmes sont soumis à leur analyse. Ce sont: le projet de mobilisation sociale, le choix des études, le rôle du père, de la mère et de la fratrie et la configuration familiale (c'est-àdire le type de logique familiale d'insertion scolaire et sociale). Ils concluent de leur recherche que l'itinéraire de réussite à un haut niveau scolaire par de jeunes issus d'un milieu modeste n'est pas une fatalité heureuse et montrent que la résilience est le résultat d'une intrication d'éléments socio-historiques, familiaux et individuels. M. Born et D. Helin font le point sur" La résilience de délinquance dans le contexte des relations familiales". Ils évoquent d'abord les liens entre facteurs familiaux et délinquance. Ils abordent ensuite le concept de résilience et les facteurs de protection contre la délinquance. Ils examinent deux structures familiales à risque: les familles monoparentales et les familles adoptives. Ils soulignent que les grands facteurs de résilience sont la qualité relationnelle avec au moins un des parents, la qualité de la communication entre enfant et parents, l'attachement réciproque ainsi que le contrôle formel et 17

informel opéré par les parents sur les comportements de l'enfant. Mais ces éléments ne semblent pas suffire pour éviter l'entrée dans la délinquance: il s'agit, de plus, de construire un système de valeur auquel l'enfant puisse se référer. Les auteurs illustrent leurs propos par des études de cas. Quant à la troisième et dernière partie, elle est relative à l'étude du stress familial et regroupe deux contributions: celle de M. Perrez, B. Plancherel et V. Ababkov et celle de P. Wilhelm, M. Homer et M. Perrez. M. Perrez, B. Plancherel et ~ Ababkov proposent une "Nouvelle approche pour l'étude du stress dans les interactions familiales". Il s'agit de la méthode d'Auto-Observation Familiale (AOF) où chaque membre de la famille doit remplir chaque jour, durant un mois, une grille d'auto-observation du stress. Cette grille peut être proposée sous forme de livrets ou de micro-ordinateurs. Elle présente d'abord un inventaire d'événements potentiellement stressants (les stresseurs) dans le cadre de la vie familiale; ensuite, la grille permet d' investiguer les moyens de faire face à l'événement (c'est-à-dire le coping) ; enfin, les sujets signalent si le problème a été résolu ou n'a pas trouvé d'issue favorable. Après avoir présenté leur méthode, les auteurs donnent une série de résultats illustrant son utilisation dans la recherche. Certains des résultats proposés émanent d'une comparaison des stresseurs auprès de deux échantillons de familles, les unes russes et les autres suisses; d'autres résultats se rapportent uniquement à l'échantillon russe, comme ceux qui comparent la satisfaction à l'intérieur de la famille et la gestion adéquate du stress; signalons encore ceux qui proviennent de l'échantillon suisse et qui soulignent la relation entre le stresseur et sa gestion (au niveau individuel et au sein de la famille) ou qui établissent le lien entre l'état émotionnel des membres de la famille avec la qualité de la solution au problème stressant. P. Wilhelm, M. Horner et M. Perrez présentent une recherche intitulée" Humeur et gestion de stress dans les interactions 18

familiales: Résultats à partir de la méthode FASEM » dans laquelle ils utilisent la méthode d'investigation présentée dans le texte précédent (M. Perrez, B. Plancherel et V. Ababkov). Il s'agit de la méthode" Family Self Monitoring System" (FASEM). On demande ici au sujet qu'il fasse l'auto-observation de ses stress sept fois par jour durant une semaine, soit à l'aide d'un livret, soit à l'aide d'un ordinateur de poche. La recherche se centre sur des parents et leurs adolescents. Afin de mieux comprendre les processus familiaux, les auteurs étudient la fréquence des contacts des sujets avec les membres de la famille et avec des personnes extérieures, la qualité de l'humeur en fonction des différents partenaires sociaux côtoyés et aussi, plus fondamentalement, les modalités (comportements fonctionnels et dysfonctionnels) de gestion du stress (ou coping) en fonction des partenaires sociaux (membres de la famille ou personnes extérieures au noyau familial). Tout l'intérêt de l'étude réside aussi dans la comparaison des réactions des parents et des adolescents. Ainsi, l'ensemble de l'ouvrage réunit neuf contributions qui, toutes, trouvent leur développement dans le champ de la relation familiale. De sa perception par les enfants à sa toute-puissance dans la construction personnelle et sociale de l'individu (pouvant aboutir à la résilience) et dans la gestion du stress, elle est un domaine qui doit, encore et toujours, faire l'objet d'investigations multiples et transdisciplinaires. Chaque étude, chaque analyse, chaque expérience ne pourra qu'enrichir notre connaissance de ce champ complexe dont on peut dire qu'on n'en aura jamais fini de saisir toute l'influence et toute la force et qui, pourtant est essentiel car il fait entrer l'enfant dans l'humanité. C'est dans cette perspective que ce présent ouvrage a été réalisé. Référence bibliographique Cyrulnik B. (sous la direction de) (1998), Ces enfants qui tiennent le coup, Revigny-sur-Omaim, Ed. Hommes et Perspectives.

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Première partie
Perception des enfants

Les relations parents-enfants du point de vue des enfants
c. Montandon Université de Genève

Les relations entre parents et enfants, qui occupent une place importante dans la vie de nombreuses familles, ont suscité ce dernier quart de siècle une multitude de travaux intéressants. Psychologues et sociologues ont mené de nombreuses recherches sur les pratiques éducatives parentales sous l'angle de la socialisation (Peterson & Rollins 1987), sur les rôles paternel et maternel sous l'angle de la division du travail dans la famille (Demo & Acock 1993; ZaoucheGaudron et al. 1997) ou encore sur l'intervention sociale en vue de soutenir ou suppléer les parents dans leurs tâches éducatives sous l'angle de l'éducation familiale (Pourtois & Desmet 1989 ; Durning 1995). De manière générale ces travaux ont analysé l'influence des parents ou de la famille sur les enfants et se sont intéressés aux conséquences ou aux causes des comportements parentaux. Ils ont entre autres examiné les effets des stratégies éducatives parentales sur le développement de leur enfant, sur ses résultats scolaires ou sur sa santé, les effets des structures et des dynamiques familiales sur le devenir des enfants, ou encore l'impact et les résultats de diverses interventions adressées aux familles. Paradoxalement, si l'enfant représente une préoccupation centrale dans tous ces travaux, il

occupe, en même temps, un statut marginal. Les chercheurs veulent connaître l'influence de divers facteurs sur les enfants, mais ignorent le plus souvent comment les enfants vivent ces influences. Ce texte s'intéresse précisément aux relations entre parents et enfants du point de vue de ces derniers. Il ne se réclame pas d'une tendance socialement correcte, du type "être à l'écoute de l'enfant". Il est basé sur une recherche qui s'inscrit d'une part, dans une perspective compréhensive, selon laquelle il est nécessaire pour comprendre un phénomène social de tenir compte du sens que lui donnent les acteurs concernés, et qui se situe, d'autre part, dans la perspective de la sociologie de l'enfance, spécialité dont le développement prend, depuis une quinzaine d'années, de plus en plus d'ampleur. Une première partie de ce texte apporte quelques précisions sur cette nouvelle spécialité sociologique. La deuxième partie présente quelques résultats d'une recherche qui porte sur l'expérience sociale que les enfants ont de leur propre éducation et plus particulièrement de la part que leurs parents prennent dans ce processus. Enfin, la dernière partie propose quelques réflexions sur les réalités familiales aujourd'hui. 1. La sociolo~ie de l'enfance Si l'étude des adolescents et des jeunes a suscité depuis longtemps la création d'une spécialité en sociologie, il n'en a pas été de même pour les enfants. Ce n'est qu'indirectement que ceux-ci ont été abordés, notamment par la sociologie de l'éducation et de la famille, les théories de la socialisation ayant dominé le plus souvent les approches mises en place par ces spécialités pour aborder les enfants. Pendant longtemps, l'étude de l'enfance et des enfants est restée conceptuellement et théoriquement prisonnière des approches prévalentes de la socialisation. D'essence sociologique, mettant l'accent sur le processus d'inculcation censé transformer l'enfant d'un être asocial en un être social, ou d'essence psychologique, soulignant les processus d'intériorisation des exigences sociales, la plupart des approches classiques de la socialisation attribuaient à l'enfant un statut d'objet. L'enfant était défini négativement, non pas en fonction 24

de ce qu'il est, mais en fonction de ce qu'il n'est pas (Alanen, 1990). Tous les enjeux et problèmes en rapport avec l'enfant ont le plus souvent été traités à travers la définition traditionnelle de ce concept. 1.1. Les travaux précurseurs L'intérêt de la sociologie pour l'enfance est relativement récent. Si dans les années 20, des sociologues de l'Ecole de Chicago furent les premiers à se pencher sur le monde des enfants (William I. Thomas et Dorothy Thomas, Stanley Davis, E. W. Burgess et Kimball y oung) et ont ouvert des pistes prometteuses, leur éclairage de ce champ a été vite éclipsé, d'une part, par la concurrence externe des psychologues, d'autre part, sur un plan interne, par la montée de l'école fonctionnaliste, qui a détourné le regard des sociologues de l'observation des acteurs sociaux, au profit d'une analyse de l'action sociale. Ici et là il y a eu quelques tentatives, de la part de chercheurs isolés, mais elle n'ont pas été suivies. En France, par exemple, il importe de citer les travaux de Marie-José Chombart de Lauwe (1971), d'Annick Percheron (1974), et de Suzanne Mollo (1975). Les travaux sociohistoriques sur l'enfance d'Ariès, de Platt chez les Anglo-saxons, avaient certes stimulé les sociologues, mais cela ne s'était pas avéré suffisant pour établir une véritable problématique qui puisse être reconnue en soi. Les conditions n'étaient pas encore réunies. En sociologie de la famille, Martine Segalen déplorait ce constat dans la première édition de sa Sociologie de la Famille en 1981. Et si en sociologie de l'éducation, certains chercheurs dans les pays anglo-saxons (Woods 1976; Pollard 1985) s'étaient penchés sur les stratégies des enfants à l'école, Régine Sirota soulignait il n'y a pas longtemps que l'enfant restait un "fantôme omniprésent" (1989), et Anne Van Haecht le décrivant comme "terra incognita" de la sociologie (1990).

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1.2. L'essor actuel En fait, l'intérêt des sociologues pour les enfants a décollé dans les années 80. Deux éléments ont contribué à son développement: un élément théorique et un élément social. Du point de vue théorique, ce fut le retour en force des approches phénoménologiques et interprétatives. Au-delà de la critique des théories classiques de la socialisation que ces approches ont suscité, elles ont favorisé l'étude des enfants en tant qu'acteurs sociaux. Elles ont contribué à ce que les enfants ne soient plus considérés comme des "idiots culturels". Sans doute les enfants se trouvent dans une période de leur vie qui est passagère, mais le même argument peut être utilisé pour d'autres groupes d'âge. Du point de vue social, ce fut le développement de mouvements du type droits de l'homme, droits de l'enfant, des mouvements féministes et autres, qui a stimulé un regard nouveau sur les enfants, ainsi que toute une série de questions sur les attitudes contradictoires que les adultes ont à leur égard, lorsqu'ils valorisent, par exemple, leur autonomie, alors même qu'ils ne les prennent pas au sérieux et que leurs vies sont de plus en plus contrôlées, agencées. Ces développements sociaux ont suscité l'intérêt d'un certain nombre de sociologues pour l'enfance, confirmant l'analyse de Merton, à savoir que la sociologie investit d'un champ à partir du moment où celui-ci est considéré, par un public assez large, comme un problème social, ou comme une source de problèmes sociaux. A la suite d'une reconstruction du concept de socialisation, considérée non plus comme un processus unilatéral et davantage comme un processus dans lequel les socialisés jouent un rôle actif (Percheron 1974; Denzin 1977; Mollo 1981; Montandon 1988), un nombre croissant de chercheurs a donc ouvert la voie à ce que l'on peut aujourd'hui appeler une sociologie de l'enfance. Partant du principe qu'il est possible et nécessaire d'étudier comment les enfants participent à la production, la reproduction et la transformation du social, des chercheurs ont travaillé à la construction d'une sociologie de l'enfance. Aux États-Unis Oakley publiait en 1980 le livre Towards a sociology of childhood; Adler et Adler ont joué un rôle important en 26

étant les premiers éditeurs de la revue Sociological studies of child development, rebaptisée Sociological studies of children (Adler & Adler, 1986); Denzin (1977), puis Waksler (1986) ont montré le chemin vers une approche interactionniste et phénoménologique de l'enfance. Au Royaume-Uni Jenks éditait un ouvrage éclectique, mais néanmoins fondamental, intitulé The sociology of childhood (1982) où étaient soulevées les principales questions épistémologiques de l'étude de l'enfance. Au début de cette décennie, le mouvement s'est accéléré et étendu dans d'autres pays européens (Alanen 1989; James & Prout 1990; Qvortrup et al. 1994; Qvortrup, Bardy, Sgritta & Wintersberger (Eds) 1994; Maya Il 1994a; Ambert 1995; Büchner, du Bois-Reymond, Krüger 1995, Corsaro 1997; Prout, Jenks, James 1998). La sociologie de l'enfance est devenue une spécialité à part entière pour les sociologues de langue anglaise (Montandon 1998) 1. Par ailleurs, la sociologie de l'enfance commence à se faire connaître dans les pays de langue française également, où de nombreux sociologues participent à son développement (MolloBouvier (ed.), 1994; Dandurand, Hurtubise, Le Bourdais (Eds), 1996; Colloque Sociétés et cultures enfantines, 1997; Sirota (ed), 1998). On a vu ainsi s'affirmer une sociologie qui s'intéresse à l'enfance en soi et non pas à l'enfance comme une étape ou comme une simple période d'initiation aux périodes suivantes de la vie. Comme l'écrit Javeau: "Les enfants, en tant que groupe social, relèvent d'une démarche anthropologique qui les envisage comme un "peuple" aux traits spécifiques, ayant, selon le sociotope étudié, une culture propre, un système d'échanges et, partant, de ritualisation propre, en un mot, un "être-au-monde" particulier. Si l'enfant est un être en devenir, cela est vrai de tout être humain. Le devenir de l'enfant lui est spécifique comme celui du bourgeois, de l'immigré ou du vieillard" (1994, p. 16).
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J'utilise l'expression "sociologues de langue anglaise" et non pas sociologues anglosaxons car dans cette nouvelle spécialité se trouve un nombre important de chercheurs qui viennent des pays scandinaves, ainsi que d'autres pays européens et d'autres continents. A noter qu'il existe des comités de sociologie de l'enfance dans le cadre de la American Sociological Association, de même que dans celui de l'Association Internationale de Sociologie. 27