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Réseaux pédagogiques et communautés virtuelles

De
337 pages
Les communautés virtuelles contiennent le germe d'une véritable révolution éducative. Ce livre tente d'appréhender les nouveaux rôles des enseignants et leur pratiques, après l'introduction en classe des technologies de l'information et de la communication pour l'éducation (TICE) et des travaux personnels encadrés (TPE). La création par ces enseignants de véritables réseaux pédagogiques compte parmi les premiers succès de ces communautés virtuelles, qui peuvent offrir un espace où la collaboration est le moteur de l'apprentissage.
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RESEAUX PEDAGOGIQUES ET COMMUNAUTES VIRTUELLES: DE NOUVELLES PERSPECTIVES POUR LES ENSEIGNANTS

(Ç) Harmattan, 2004 L' ISBN: 2-7475-6735-4 EAN 9782747567350

Michail KALOGIANNAKIS

RÉSEAUX

PÉDAGOGIQUES

ET

COMMUNAUTÉS VIRTUELLES: DE NOUVELLES PERSPECTIVES POUR LES ENSEIGNANTS

Préface de Michel Caillot

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Misti 15 10124 Torino ITALIE

REMERCIEMENTS

En tout premier lieu, j'exprime ma gratitude tout particulièrement à M le Professeur MICHELCAILLOT pour les conseils et les encouragements qu'il a su me prodiguer pendant toute la durée de cette recherche, les discussions qu'il a suscitées et alimentées, et les conseils pertinents qu'il m'a donnés.
Je remercie très vivement Mme le Professeur N. LA UTIER, M le Professeur G. L. BARON et M le Professeur G. FLOURIS pour leurs remarques et leurs encouragements. Je voudrais en outre remercier, partout dans le monde, les universitaires qui m'ont aimablement envoyé leurs articles, difficiles à trouver en France ou inabordables sur l'Internet, afin de me permettre de compléter ma recherche bibliographique. Tout particulièrement mes remerciements vont à : CONNER, P.-W, DWYER, D., ERICKSON, T., RAFAEL!, S., KARCHMER,R., KERR S.-T, LEWENSTEIN,B., SUDWEEKS,F., RaJa, A., SOSIN, K. et STEINFIELD, C. Tous mes remerciements également aux collègues en France: AUDRAN, J, DRaT DELANGE, B. et GILLET,J-L.

Mes remerciements s'adressent également à toute l'équipe de la bibliothèque de I 'INRP à Paris, pour son aide et sa patience concernant toutes mes demandes durant toutes ces années de recherche. Je tiens aussi à remercier Katerina TSEVA qui a eu I 'aimabilité de dessigner la couverture de cet ouvrege.

Mais ce travail n'aurait pu exister sans les nombreux enseignants qui ont consacré leur temps et leur énergie à répondre à mes questions et sans la gentillesse qu'ils ont manifestée tout au long de nos échanges. Je les remercie tous très chaleureusement de m'avoir accordé autant de temps et d'attention. Par ailleurs, je tiens à remercier tout particulièrement Mlle SIFAKIRenata et Mme KAMA Monique pour toute l'aide RI qu'elles m'ont apportée au quotidien tout au long de cette recherche. Leurs remarques ont considérablement enrichi le travail intial. Enfin, mes pensées vont tout naturellement et tout spécialement à ma famille et à Pella, Antoine, Sophie, Eleni, Mich alis, Maria, Andreas pour la confiance et la patience qu'ils ont manifestée, pendant ces longues années de recherche.

à Renata

PREFACE

Voici un livre qui devrait intéresser tout à la fois les spécialistes des sciences de l'éducation, les formateurs de maîtres et les spécialistes de la communication. Son sujet: des professeurs confrontés à la mise en place d'une réforme au lycée, et pas n'importe laquelle, celle des Travaux Personnels Encadrés (TPE). Rappelez-vous, l'année 2000, un Ministre de l'éducation nationale, Claude Allègre, extrêmement contesté par l'ensemble des professeurs de lycée, qui finalement démissionne sous l'influence des manifestations des enseignants. Avant de démissionner, il lance les TPE en 1999-2000 dans environ deux cents lycées comme un moyen de valoriser auprès des élèves de nouvelles approches innovantes : sujets interdisciplinaires choisis en commun accord par les élèves et leurs enseignants, travail en petits groupes, recherche d'information sur Internet, réalisation d'un dossier avec éventuellement réalisation d'expériences pour les TPE au contenu scientifique. Son successeur généralisera cette expérience à toutes les classes de Première en janvier 2001, puis aux classes de Terminale. Des textes officiels encadreront les TPE pour éviter toute dérive. En 2002, les TPE deviendront une épreuve orale au baccalauréat que pourront choisir les candidats qui verront ainsi leur travail de l'année évalué. Si au début de leur lancement, certains enseignants avaient montré certaines réticences et en demandaient la suppression, le fait qu'ils soient devenus épreuve, certes optionnelle, au baccalauréat montre que les TPE sont désormais une réalité intangible de l'enseignement au lycée.

Comment les professeurs ont-ils réagi face à cette innovation? La façon de travailler en classe était, pour certains, complètement nouvelle: travail en groupe sur des sujets interdisciplinaires choisis sur des thèmes nationaux, mais devant lesquels les professeurs se trouvaient souvent aussi démunis que leurs élèves, dans certains cas par manque de références, mais aussi par manque de pratique de recherche documentaire. Surtout, les TPE impliquaient que les professeurs changent de rôle: ils ne pouvaient plus être ceux qui savent, ceux qui transmettent les connaissances. De plus, l'institution leur demandait que les TPE s'inscrivent dans une véritable démarche interdisciplinaire afin de mobiliser, croiser connaissances et compétences liées à des disciplines pour en dégager une recherche, une problématique et un projet communicable entre autres le jour de l'épreuve orale du baccalauréat. Tâche redoutable! Pour faire face à cette tâche, comment les professeurs s'y sontils pris, comment se sont-ils formés, comment ont-ils cherché l'information, comment ont-ils construits leurs nouveaux rôles requis implicitement par l'institution? Ici, nous allons voir des professeurs de sciences physiques s'emparer et utiliser des forums électroniques pour chercher l'information auprès de collègues souvent inconnus, pour faire part des problèmes rencontrés, pour donner de l'information quand ils le peuvent, pour partager leur pratique. Michail Kalogiannakis va suivre les échanges électroniques de ces professeurs au cours des années 2001 et 2002 : Il va voir comment ces échanges vont être libres, en s'affranchissant de toute voie hiérarchique si souvent pesante. Ces forums vont devenir un vrai lieu d'échange contribuant à la création d'une «réelle» communauté d'enseignants, même si celle-ci reste « virtuelle ».
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Surtout, il va voir comment les professeurs vont construire de nouveaux rôles. Tout en restant de vrais professeurs de sciences physiques, toujours très attachés à leurs disciplines, ils vont devenir auprès de leurs élèves animateurs et conseillers, et plus seulement des professeurs qui transmettent leurs connaissances.

Michel Caillot Université René Descartes

Il

INTRODUCTION

Les technologies nouvelles de l'information et de la communication 1, avec leur constante évolution, offrent de nouvelles possibilités pour créer un contexte favorable à une pédagogie efficace. On peut même considérer qu'elles constituent une composante de la civilisation et de la culture du monde actuel et qu'elles suscitent de nouvelles exigences et de nouveaux défis dans le domaine éducatif, puisqu'elles offrent de nouveaux modes d'enseignement, de communication et, plus généralement, de travail. Par ailleurs, JONES AND RAFAELI (1999, p.239) soulignent que nous passons de plus en plus de temps à communiquer par l'intermédiaire des ordinateurs et estiment que les TIC permettent l'interaction à une plus grande échelle que précédemment, lorsque l'interaction se faisait par l'intermédiaire de réunions de groupe. Parlant de l'informatique et plus précisément de ce que l'on entend par « informatique », BARONET BRUILLARD (1992, p.7) notent que: «la diffusion multiple d'objets et de dispositifs de traitement de l'information conduit en effet à une sorte de dilution sociale progressive de l'informatique comme corpus de connaissances, intervenant le plus souvent de manière subreptice dans des équipements quotidiens». D'après les mêmes auteurs, l'informatique constitue, selon les contextes, un mélange de science, de technologie et de culture dans des proportions variables. Nous emploierons ici le terme TICE2 pour évoquer l'utilisation des TIC dans l'éducation. Comme nous l'indique BEDARD (1999, p.93), l'emploi des TICE en classe devrait viser
1 TIC: Technologies de l'Information et de la Communication 2 TICE: Technologies de l'Information et de la Communication l'Education pour

à rendre davantage accessible et efficace l'apprentissage des différents contenus scolaires. Indépendamment toutefois des possibilités fournies par les TICE, les questions que posent leur programmation, leur développement et leur intégration dans le processus éducatif demandent des réponses. Si l'on remonte assez loin dans la bibliographie, on observe avec BOSSUET (1982, p.27) que l'utilisation d'un ordinateur par les enseignants doit, avant tout, résulter d'un choix fondé sur la connaissance des possibilités offertes par la machine. De plus, d'après cet auteur: «l'ordinateur doit être adapté à la population qui l'utilise. Son utilisation dépend surtout de la manière dont l'enseignement conçoit l'apprentissage et la transmission des connaissances ». Nous pouvons considérer que, de fait, les TICE ont pénétré dans tous les secteurs de la vie quotidienne, provoquant ainsi des changements considérables et une multiplicité de réajustements. Désormais, fort souvent, ce qui se trouve au centre de la démarche éducative, ce n'est plus l'objet d'étude, mais la communication instaurée entre les sujets qui y participent. D'après TARDIF(1998, p.17), l'intégration des TICE incite les enseignants à assumer de nouveau rôles et des fonctions d'entraîneurs et de médiateurs afin de soutenir les élèves dans leurs démarches d'apprentissage. Une question que pose indirectement CAILLOT(1997, p.137) est de savoir si l'on s'accorde pour dire que les TICE doivent être au service de l'éducation et non l'inverse. Il pense que: « l'apprenant pourra construire ses propres connaissances et comprendre le sens de ce qu'il apprendre ». L'utilisation des TICE au lycée et le travail en réseau sont devenus des priorités pour le Ministère de l'Education Nationale depuis un certain nombre d'années. Depuis longtemps, les programmes officiels en particulier accordent une large place au caractère expérimental de l'enseignement avec emploi des TICE. Il n'est que de mentionner à ce propos les principes directeurs de 14

l'enseignement des sciences physiques au lycée accompagnant les programmes de 1992-94 dans le B03 N°6 du 24 septembre 1992, qui signalent parmi les objectifs généraux (MEN4, 1992, p.74) : «l'ordinateur sera l'outil privilégié pour la saisie et le traitement des données ainsi que pour la simulation. Il ne sera en aucun cas substitué à l'expérience directe dont il sera le serviteur ». Selon CUBAN(1997, p.16-17), trois motivations ont convergé pour réfonner les écoles au travers de ce qu'il appelle des « technologies électroniques» : (i) le désir de mettre les écoles au diapason des entreprises sur le plan technologique, puisqu'on craignait que les élèves ne soient pas préparés à la compétition du marché du travail (ii) les valeurs néoprogressistes d'un apprentissage autonome des élèves; (iii) la volonté de rendre l'enseignement et l'apprentissage plus efficaces. La question à laquelle nous nous sommes désormais plus particulièrement intéressé est celle des nouveaux rôles des enseignants de sciences physiques face aux innovations TICE et TPE5 au lycée. En 2000, au moment où nous avons commencé cette recherche, l'introduction du nouveau dispositif des TPE dans l'enseignement secondaire faisait grand bruit. Les TPE s'inscrivent dans une vision globale de la rénovation des pratiques pédagogiques et ont d'abord pour ambition de privilégier la démarche de découverte et de recherche, et de développer, ou susciter, le désir d'apprendre à partir d'un projet personnel de l'élève. S'agissant de travaux personnels d'élèves, l'accès à l'information apparaît d'ores et déjà comme une condition-clé de la réussite. Dans ce contexte, il apparaît opportun de s'appuyer sur les TICE. C'est un fait également que, avec leur introduction dans le processus éducatif, les TICE
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4 MEN: Ministère de l'Education Nationale 5 TPE: Travaux Personnels Encadrés 15

BO : Bulletin Officiel du Ministère de l'Education Nationale

ne se limitent pas à un rôle prédéterminé à l'avance et ne constituent pas simplement un nouvel outil ou une nouvelle forme de méthodologie pédagogique. Elles fonctionnent souvent comme un nouvel outil de communication. Comme l'observe PERRENOUD (1996, p.132), chaque enseignant est dépendant des collègues avec lesquels il travaille en équipe et qui font partie du même établissement. L'enseignement des sciences physiques requiert de la part du professeur une compétence accrue, une bonne connaissance des principales notions de cette discipline, un talent d'organisateur, une capacité à procéder à des expériences ou à diverses autres observations scientifiques, ainsi qu'un savoir méthodologique. D'après CAILLOT (1996, p.28), l'enseignant de sciences physiques essaie d'expliquer, à travers les lois physiques et les modèles construits, les phénomènes physiques du monde qui nous entoure. Il est certain que dans l'enseignement des sciences physiques, l'ordinateur est un outil qui aide l'élève à comprendre les lois, les principes et les phénomènes de la nature. La simulation de situations réelles et la modélisation constituent deux possibilités très importantes offertes par l'ordinateur. Elles sont souvent nécessaires et particulièrement utiles à l'enseignement et à l'apprentissage des concepts fondamentaux des sciences physiques. Nous estimons qu'il est intéressant d'examiner de plus près les nouveaux rôles des enseignants de sciences physiques face aux innovations TICE et TPE. L'innovation, selon CROS (2001, p.21), est une notion, plus qu'un concept, dont la complexité n'est plus à démontrer; de plus, «sa définition se fait toujours avec un degré d'incertitude ». Il sera également pertinent d'examiner ici comment l'introduction des TICE se trouve au service des enseignants de sciences physiques, pas seulement dans la pratique de leurs classes, mais également en dehors, pendant leur propre préparation.

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Par ailleurs, il est également évident que l'éducation de demain sera différente de celle d'aujourd'hui. Cependant, pour que les changements se concrétisent, il faut que les différents acteurs impliqués et en particulier les enseignants jouent leur rôle en insufflant dans l'école une dynamique de changement que les TICE ne demandent qu'à relayer (DEPavER 1999, p.32). Nous considérons l'utilisation des TICE dans le sens de BARON ET BRUILLARD(1996, p.94). D'après ces auteurs, le mot « utilisateur» a, surtout en informatique, une connotation plus technique qui rend mal compte des différents aspects liés au concept d'usager. Selon eux: « les usagers se caractérisent par la conscience d'appartenir à un groupe d'intérêts communs, dotés de droits qu'il convient de faire respecter ». PAPADOUDI (2000, p.180) affirme que l'on demande aujourd'hui aux enseignants d'être des « animateurs », car la transmission des savoirs disciplinaires pourra se faire par la médiation des nouveaux supports. Elle précise l'ancienne place des enseignants comme maîtres de la classe, au centre du processus éducatif. Elle souligne notamment qu' « on leur demande maintenant de se placer du même côté que les élèves, en face de nouveaux médiateurs et de modifier l'organisation de la classe au profit de l'activité de l'apprenant, en tenant compte du projet de l'établissement ». L'autoformation de l'enseignant est donc absolument indispensable. Or, selon ALAVA (2000, p.48) cette autoformation est parfois oubliée ou rejetée. Par ailleurs, d'après JACQUINOT (1993, p.S7), la distance géographique ne joue pas seulement pour celui qui apprend, mais aussi pour celui qui enseigne. Il est important d'étudier de nouveaux contextes pour la réussite de cette autoformation dans le cadre des listes de diffusion ainsi que les nouveaux rôles qu'y jouent les enseignants après l'introduction des TPE et l'utilisation des TICE. Il est donc intéressant d'examiner les relations entre des enseignants abonnés aux listes de diffusion que nous allons 17

étudier et de voir comment ces relations les aident dans la pratique quotidienne de leur discipline et dans le cadre des TPE. A l'heure actuelle se produisent dans les théories éducatives d'importantes modifications qui semblent remettre en cause l'enseignement traditionnel en classe où a lieu une diffusion progressive du savoir, en faveur de la création de contextes dynamiques d'apprentissage. Ainsi, avec l'évolution de la technologie, de nouveaux outils de connaissance orientés vers l'élève sont introduits dans les établissements scolaires, offrant des expériences éducatives qui transforment l'apprenant, de simple récepteur de savoir, en individu participant activement à son apprentissage. Par ailleurs, PERRENOUD (1996, p.76) émet l'hypothèse que certains enseignants sont toujours du côté du verrouillage, d'autres toujours du côté de l'improvisation à hauts risques, mais que la majorité d'entre eux oscillent entre ces deux attitudes. Quelques questions intéressantes auxquelles nous allons essayer de répondre ici sont les suivantes: (i) en quoi l'introduction des innovations TICE et TPE peut-elle aider les enseignants de sciences physiques à développer une pédagogie différente et contribuer à sa réussite? (ii) En quoi les TICE peuvent aider les enseignants de sciences physiques et les élèves à faire mieux? Notamment quelles facilités apportent-elles? (iii) Les améliorations ne sont elles que des améliorations matérielles, ou bien créent-elles des situations pédagogiques différentes surtout en sciences physiques? (iv) qu'apportent les TICE dans la communication entre les professeurs? Certes, des efforts ne cessent d'être faits pour affranchir enseignants et enseignés, ainsi qu'ils le demandent, des contraintes de temps et d'espace imposées par le type d'enseignement traditionnel. Comme le disent POUTs-LAJUS ET MAGNIER-RICHE (2000, p.195-196), les TICE ont un potentiel éducatif parce l'écran interactif exerce des effets sur la motivation des élèves. Selon ces auteurs, de nombreuses 18

expériences dans les établissements scolaires montrent que chaque enseignant assigne aux technologies une fonction qui reste conforme à la vision qu'il se fait de son rôle et de la relation pédagogique. De manière plus générale, plus des applications innovatrices dans l'enseignement se développent à l'aide des TICE, plus la nécessité de prendre en compte de leur dimension pédagogique se fait sentir. Notre recherche comporte quatre parties que nous allons présenter en détail par la suite. A la fin de chacune d'entre elles, nous avons essayé de résumer quelques points qui nous paraissaient essentiels dans un chapitre intitulé conclusion discussion. Le mot conclusion nous a paru impropre, puisque rien n'est jamais acquis définitivement, et nous lui avons préféré le terme conclusion - discussion qui nous semble mieux convenir aux ambitions de la présente étude. Nous nous sommes en outre efforcé de relier le contenu de chaque partie avec les questions plus générales de la recherche, tout en donnant un aperçu des idées existant à propos de l'introduction des TICE dans le processus éducatif. Comme l'observe BLANDIN(1990, p.13) : « l'intégration des technologies éducatives, permettant de décharger le formateur ou l'enseignant de certains aspects de la transmission du savoir au profit de tâches liées au développement de la personnalité [...J et de diversifier les temps et les lieux consacrés à l'accès au savoir ou à l'acquisition de compétences, paraît incontournable ». Tout d'abord, après la présentation de notre introduction générale, nous allons développer les raisons présidant au choix du sujet et plus spécialement au choix de sciences physiques. Dans la première partie, nous situons le cadre théorique et la problématique de notre recherche, ainsi que la place des TICE en sciences physiques. BARONETBRUILLARD (2000, p.158) estiment que l'on se trouve encore actuellement dans une phase de transition; l'environnement de travail des enseignants comme des élèves est en train de changer. Comme 19

l'observent les DOSSIERS L'AUDIOVISUEL DE (1999, p.ll) l'un des objectifs de l'introduction des TICE dans l'enseignement est d'améliorer la qualité de l'enseignement. Le rôle détenninant du professeur dans les processus d'apprentissage s'est déplacé au profit du processus lui-même et de la volonté d'encourager la progression et l'épanouissement individuels. Dans le premier chapitre de notre recherche, nous allons aborder la question de l'interactivité et de l'interaction, ainsi que les concepts de savoir et de connaissance. Ensuite, nous allons développer la création des TPE, leurs caractéristiques et décrire le parcours historique de l'introduction des TPE par les BO. Nous allons évoquer aussi le concept d'interdisciplinarité, de même que nous exarllinerons le rôle et le métier de l'enseignant et le concept d'innovation: les professeurs passent pour jouer un rôle important avec l'utilisation des TICE en classe, puisqu'ils se trouvent en contact direct avec la réalité scolaire et, partant, avec les spécificités de chaque classe. Nous définirons également la notion de listes de diffusion, ainsi que le tenne de communautés virtuelles. Nous pourrons de la sorte avoir une image plus précise des échanges virtuels et des pratiques médiatisées des enseignants. Dans sa thèse, AUDRAN (2001, p.311) observe qu'une recherche détaillée des pratiques médiatisées pennet d'aller sur le terrain avec une meilleure connaissance des échanges virtuels et des produits publiés. Les listes de diffusion ont pour la plupart des archives publiques qui permettent à un non-abonné de suivre les discussions et les échanges entre les enseignants. Une caractéristique essentielle des listes de diffusion est la communication qui existe entre leurs membres. Cette communication est considérée comme une fonction sociale primordiale, qui met en contact des espaces, des temps et des schémas différents. C'est une activité qui participe de manière dynamique à la formation et à l'évolution de la société. Au cours du processus éducatif, un organisme codifie les informations, 20

qu'il envoie fréquemment à un autre organisme capable de donner la réponse convenable. Avec l'essor des technologies nouvelles, la dimension de communication prise par l'enseignement devient prédominante, mais ses caractéristiques se différencient et dépendent des caractéristiques partielles du cadre dans lequel s'inscrit chaque théorie éducative. A la fin de la première partie, nous allons présenter également nos hypothèses et les questions de notre recherche, ainsi que quelques travaux existants relatifs à notre sujet. La méthodologie adoptée reposera sur une hypothèse principale et une hypothèse complémentaire qui découleront du cadre théorique de notre recherche. Est-ce que les listes de diffusion que nous allons étudier peuvent contribuer à l'insertion d'un nouveau dispositif tel que les TPE dans le système éducatif français et à la création de nouveaux rôles pour les enseignants de sciences physiques? Est-ce que ces listes peuvent nous fournir de précieuses informations à propos de leurs nouveaux rôles et de leurs nouvelles pratiques en classe? La deuxième partie est consacrée à la méthode mise en œuvre pour tenter de vérifier nos hypothèses. Nous allons présenter les principaux outils de notre recherche: (i) les messages sélectionnés dans les listes de diffusion selon quelques critères bien définis à l'avance; (ii) les entretiens semi-directifs avec les enseignants de sciences physiques qui ont envoyé au moins un message dans les listes de diffusion étudiées. Par ailleurs, nous livrons quelques éléments théoriques concernant les outils méthodologiques utilisés ici. DROT- DELANGE (2000, p.181) a bien montré que les abonnés ont adopté les listes de diffusion tout d'abord pour la dimension utilitaire qu'elles représentent par rapport à la discipline, puis pour leur dimension identitaire (appartenance à une même communauté d'enseignants), ensuite pour connaître ce média et enfin pour s'exprimer.

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Actuellement, il existe partout des sources d'information et de savoir souvent éloignées, dans l'espace ou dans le temps, de leur destinataire final. D'après LEVY(1995(a), p.39), l'ordinateur est d'abord un opérateur de potentialisation de l'information: « l'écran informatique est une nouvelle « machine à lire », le lieu où une réserve d'information possible vient se réaliser par sélection [...J. Toute lecture sur ordinateur est une édition, un montage singulier ». La difficulté pour l'utilisateur est de sélectionner parmi le grand nombre d'informations existant dans les Web celle qui l'intéresse précisément (SUDWEEKS NDSIMOFF,1998). L'enseignement se A trouve placé devant un défi extrêmement important et l'on peut considérer que jamais dans le passé, en aussi peu de temps, il n'a eu à sa disposition des technologies aussi dynamiques que celles qui ont vu le jour durant ces vingt dernières années. Le rôle des TICE dans la communication, dans le cadre du processus pédagogique, ne paraît pas autonome, mais il est déterminé, dans une large mesure, aussi bien par les situations de communication et les conceptions qui ont prévalu chez ceux qui participent à ce processus éducatif, que par le degré selon lequel ces derniers possèdent et contrôlent les règles de l'interaction sociale. La troisième partie est. consacrée à l'exposition et à l'analyse des résultats de notre étude. Dans un premier temps, nous présenterons nos deux grilles d'analyse portant sur les deux séries différentes d'entretiens, puis nous appliquerons la première grille aux entretiens effectués dans le cadre de notre recherche pour cerner le profil des interviewés. Dans un deuxième temps, nous appliquerons à tous ces entretiens la deuxième grille d'analyse - concernant les 3 premiers axes. Il semble particulièrement intéressant pour la recherche d'étudier la confrontation d'expériences par le biais d'un forum tel qu'une liste de diffusion où plusieurs messages sont échangés chaque jour. NEGROPONTE(1995, p.209) note que le courrier
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électronique connaît une explosion de popularité parce que c'est un média à la fois asynchrone et lisible par un ordinateur. De plus, toutes les communications n'ont pas besoin de se faire en temps réel. GILLET(2000, p.l04) constate que le terrain des listes de diffusion disciplinaires est un «lieu nouveau de pratiques ». Nous devons cependant observer que l'étude des messages présente un certain nombre de difficultés. Il peut être malaisé de connaître exactement le statut d'un texte (BAILLYET AL., 2002, p.22), de savoir par exemple qui l'a rédigé ou de détenniner quelles versions secondaires sont venues se greffer sur le texte de l'auteur principal. Pour un auteur, les possibilités de reprendre un texte sont désormais quasiment illimitées et ces différentes versions pourront être sauvegardées, archivées. Ainsi, d'après BAILLY ET AL. (2002, p.30) : «le support électronique rend caduques les repères antérieurs ». Nous conclurons cette partie en analysant les messages envoyés dans les listes de diffusion TPE- TICE et PHYSCHIM étudiées dans le cadre de cette recherche. Dans la quatrième partie, nous appliquerons aux entretiens effectués la deuxième grille d'analyse concernant les attentes et les perspectives des enseignants. Nous examinerons de façon plus détaillée ce que les enseignants de sciences physiques attendent des TICE, des TPE et des listes de diffusion. Selon les résultats de la recherche de NIEDDERER ET AL. (2003, p.309), les TICE changent non seulement le rôle de l'enseignant, mais également celui des élèves et le curriculum. Par ailleurs, d'après GUEDON (1995, p.295), «l'ordinateur, comme son nom l'indique, a pour fonction de classer et d'organiser de l'information ». Nous examinerons la place de l'ordinateur dans l'enseignement actuel de sciences physiques. Enfin, nous présenterons les conclusions de notre étude et nous évoquerons des pistes de recherche pour des travaux futurs. Signalons encore que l'on trouvera à la fin de ce travail 23

un index analytique des différents auteurs cités, les différents sigles utilisés et une liste détaillée des tables d'illustrations (figures et tableaux).

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LE CHOIX DES SCIENCES PHYSIQUES

Dans cette partie de notre recherche, nous évoquerons les raisons pour lesquelles nous étudions le présent sujet et nous expliquerons de manière détaillée comment nous en sommes arrivé au choix des sciences physiques. Selon LAURILLARD (2002, p.43), l'éducation est plus constructiviste aujourd'hui, elle développe un apprentissage plus actif pour les élèves, sous la condition que nous ne nous en remettions pas aveuglément à la technologie pour nous guider. Les rôles des enseignants changent et il est fort intéressant de les étudier. Il est généralement admis qu'un praticien est un chercheur pédagogique (COHEN,1992, p.243). Nous considérons que les enseignants de sciences physiques ont des rôles différents sous ce double statut du praticien - chercheur. L'étude de la construction et du développement de ces rôles est essentielle, surtout après l'introduction des innovations TICE et TPE. Les TICE garantissent aux élèves un accès quasi illimité à diverses sources de savoirs et d'informations qu'elles rendent disponibles sur demande, changeant ainsi le rôle des enseignants (TARDIF,1998, p.17). Dans une telle situation, il est nécessaire d'étudier leurs rôles qui ont certainement évolué. Les actes des enseignants et, plus précisément ici, des enseignants de sciences physiques, dans leur préparation, dans la pratique de classe et dans les environnements comme des listes de diffusion où ces enseignants évoquent plusieurs sujets concernant leurs activités professionnelles, nous conduisent très naturellement à leurs rôles. Aujourd'hui, l'information ne suffit plus à créer la communication, c'est même l'inverse (WOLTON,2003, p.9). Dans une telle perspective, il est essentiel d'examiner les rôles

des acteurs de l'éducation dans un contexte complexe. Avec l'évolution d'Internet, qui n'est pas une nouvelle technologie mais, selon GUICHARD (2002, p.18?), un dispositif supplémentaire qui s'inscrit dans la technique multilinéaire qu'est l'écriture, ces rôles ne sont plus simples. MONDADA (1999, p.8) a également distingué une exploitation d'Internet comme « ressource », pour communiquer ou pour rechercher des informations, et une exploitation comme objet considérant qu'Internet est un immense réservoir de corpus discursifs. Sur ce point, il faut bien souligner que ce n'est pas la première fois que l'école est confrontée à l'arrivée de nouveaux outils technologies. A plusieurs reprises en effet, les enseignants ont dû prendre des décisions importantes quant à l'intégration ou non de nouveaux outils dans leur démarche. De plus, enseigner, c'est prendre des décisions (CHARLIER,E. ET CHARLIER,B., 1998, p.13), agir et, surtout, être dans une formation permanente. Aujourd'hui, le développement rapide des TIC, le fait qu'elles constituent un réservoir quasi illimité d'informations et les possibilités diversifiées qu'elles offrent pour ce qui est de la consultation, du partage et de la diffusion d'information contraignent les écoles à déterminer la place qu'elles devraient leur accorder (TARDIF,1998, p.12). Avec l'utilisation d'Internet qui témoigne de l'actualisation de l'une des plus vieilles et des plus fidèles techniques de l'homme, l'écriture (GUICHARD, 2002, p.18?), l'enseignant dispose d'un outil supplémentaire dans sa préparation quotidienne. D'autres chercheurs comme SERRES (1998, p.6) pensent également que l'école elle-même se remodèle, à son tour, au moyen des nouvelles technologies envahissant la société entière. Extrêmement intéressante est la remarque de SERRES(1998, p.6) selon laquelle:« à chaque changement de support correspondit un renouveau radical dans l'enseignement: à l'émergence de l'écriture correspond, au moins dans notre culture, l'invention de la paideia grecque ,. »
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Il est également très intéressant d'examiner les raisons qui nous ont conduit à choisir les enseignants de sciences physiques dans le cadre de cette recherche. Comme nous l'avons déjà mentionné (KALOGIANNAKIS, 2000), l'introduction de l'ordinateur dans l'enseignement des sciences physiques ne constitue qu'un moyen et sa place se trouve dans les laboratoires des lycées. Cette opinion concorde avec le rôle accordé aux ordinateurs dans les Programmes Officiels (MEN, 1992). En outre, ces mêmes enseignants (UDp6, 1995) font la distinction entre l'ordinateur comme outil scientifique et comme outil d'enseignement. Dans le premier cas, ils associent l'ordinateur au domaine scientifique puisqu'il incorpore les données et les méthodes de sciences physiques; dans le second, ils y voient une aide à la fois pour la formation personnelle de l'élève et pour l'enseignement. Des connaissances en rapport avec les logiciels et l'enseignement en général devront être acquises par les enseignants particulièrement au cours des premières années de leur formation dans les IUFM 7. D'ailleurs, il est admis qu'Internet est un outil d'information et d'échanges de plus en plus utilisé par les professionnels (VINCENT, 002, p.8). Mais qu'est-ce qu'Internet 2 dans un contexte social? Internet est conceptualisé comme un phénomène discursif: une collection de paroles et de textes comme pratiques sociales (STANLEY, 001, p.95). Comme le dit 2 JAILLET (1999, p.486) à la suite d'ARISTOTE(1253a, 27), un être seul est un être asocial: « la socialisation, c'est la rencontre avec l'autre, avec les autres. C'est se donner à comprendre aux autres et à soi-même dans le contexte. La dimension contextuelle est déterminante dans l'identité que l'on se forge ». Autrement dit, en ce qui concerne Internet comme contexte de socialisation, JAILLET(1999, p.486) considère qu'Internet « est
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7

UDP : Union des Physiciens
IUFM : Instituts Universitaires de Formation des Maîtres

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déterminé par des influences qui nous modèlent tout comme il va déterminer la nature des informations qui seront délivrées ». Les enseignants utilisateurs d'Internet qui mettent en commun leurs pratiques quotidiennes au moyen de ce nouvel outil constituent un champ d'investigation passionnant, non seulement pour eux-mêmes mais également pour le chercheur de ces communautés scientifiques. Nous allons présenter maintenant en détail les raisons pour lesquelles nous avons choisi notre sujet de recherche: (i) Nos études de base sont directement liées au monde scolaire et il existe un intérêt personnel pour l'étude de sciences
physiques au lycée (KALOGIANNAKIS,2000), (KALOGIANNAKIS

ANDCAILLOT2001). Nous avons constaté que l'enseignement des sciences physiques au moyen des TICE constitue un champ de recherche attractif, offrant de nombreuses perspectives dans le monde de l'éducation, ce qui est relativement nouveau. HERT (1996, p.lIO) considère qu'Internet est un terrain d'observation fécond car il s'agit d'une innovation en pleine mutation, pour laquelle l'usage se construit, avant d'être prise dans une forme standardisée et aisément identifiable. (ii) L'accent mis aujourd'hui à un niveau national par la société, les acteurs engagés, les enseignants, les élèves, sur l'introduction et l'usage des TIC dans l'enseignement des différentes matières et en particulier sur leur introduction dans la didactique de sciences physiques. Le but est d'arriver dans ce domaine à une formation plus efficace pour les élèves et les enseignants. Par ailleurs, BEDARD(1999, p.IOO) envisage une situation où l'élève et l'ordinateur sont complètement autonomes dans la démarche d'apprentissage et où le rôle de l'enseignant est presque complètement effacé. (iii) La conviction que, grâce aux TICE, les élèves participeront au processus d'enseignement et auront un meilleur accès aux multiples sources informatiques qui s'ouvrent aujourd'hui, ce qui n'arrivait pas autrefois avec les moyens 28

traditionnels d'enseignement. Il sera très pertinent d'étudier, dans un tel contexte, les rôles des enseignants de sciences physiques. (iv) Par ailleurs, il est souhaitable que les conclusions qui résulteront de la présente recherche donnent lieu à une analyse plus poussée du rôle des élèves face aux innovations TICE et TPE. Par ailleurs, les sciences physiques fournissent naturellement l'occasion d'acquérir certaines compétences dans l'utilisation des TICE, dont certaines sont liées à la discipline et d'autres sont d'une valeur plus générale. (v) Aujourd'hui, les TICE gagnent continuellement du terrain dans le processus éducatif. Il est donc important d'examiner les nouveaux rôles des enseignants de sciences physiques face aux innovations TICE et TPE, à un tournant particulièrement important de l'enseignement: le lycée. C'est un sujet également intéressant pour les élèves et pour les enseignants. (vi) Il s'agit aussi d'une question liée à la vie quotidienne. Les sciences physiques ainsi que les TICE constituent deux sujets appartenant à la réalité tangible de l'espace qui nous entoure. Nous avons choisi les sciences physiques et les TICE comme terrain de recherche à cause de la pénétration de ces deux éléments dans la vie quotidienne, ce qui leur donne ainsi un caractère plus sensible et un intérêt plus net (MIGNE,1994, p.12). (vii) En analysant les nouveaux rôles des enseignants de sciences physiques face aux innovations TICE et TPE, on peut identifier l'importance des obstacles auxquels pourrait éventuellement se heurter la formation de ceux qui enseignent cette discipline. Cela nous intéresse dans l'optique d'améliorer cette formation qui, pour être plus efficace dans l'avenir, devra nécessairement tenir compte de l'évolution de ces rôles. (viii) La recherche sur un groupe d'apprentissage dans une communauté virtuelle revêt un intérêt d'autant plus vif 29

qu'elle porte sur un domaine encore peu exploré. Comme le soulignent HENRIet LUNDGREN-CA YROL(2001, p.98) les cibles communes des groupes d'apprentissage sont les suivantes: (i) la réussite individuelle de l'activité de formation dans laquelle l'apprenant s'est engagé; (ii) l'apprentissage avec les autres. C'est dans un tel contexte que se situe le cadre de notre recherche dans un groupe d'apprentissage d'enseignants de sciences physiques. Autrement dit, il s'agit de la création collective d'œuvres aidant à construire une communauté d'apprentissage. Plus particulièrement, il est important d'aborder un espace tel que celui des listes de diffusion comme un espace de formation d'attitudes, d'échanges de points de vue et de réflexions sur l'introduction des TPE et des TICE. En outre, il est intéressant de voir dans quelle mesure les listes de diffusion constituent un moyen de formation des enseignants. Pour nous, les listes de diffusion consistent en des environnements d'apprentissages virtuels où nous pouvons trouver des ressources et les rendre accessibles à tous sans
contraintes de temps et d'espace. HENRI et LUNDGREN-CA YROL

(2001, p.49) pensent que: «dans les environnements virtuels qui nous intéressent, les interactions humaines jouent un rôle de premier plan. Ce n'est pas l'image qui y domine, mais plutôt l'écrit qui sert de véhicule et d'outil privilégié pour soutenir les activités de construction des connaissances ». Nous pensons au terme « d'espace de communication» dans le sens de PROULX (2001) pour désigner l'ensemble des dispositifs impliqués dans la construction d'un univers relationnel. Dans cet espace, il existe un « cadre de participation» au sens où l'entend GOFFMAN (1987). Nous souhaitons que le présent travail contribue à un nouvel examen de l'acte pédagogique et à la découverte du potentiel des innovations TICE et TPE pour améliorer l'éducation.

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PREMIERE

PARTIE

CADRE THEORIQUE PROBLEMATIQUE

1.1 LES

TICE EN SCIENCES PHYSIQUES

Les technologies de l'information et de la communication sont aujourd'hui l'équivalent historique de l'électricité pour l'ère industrielle (CASTELLS, 2002, p.9). D'après cet auteur, Internet tisse les fils de notre vie et possède la particularité d'être à la fois réseau d'électricité et moteur électrique, puisqu'il diffuse l'énergie de l'information dans tous les domaines de l'activité humaine. Comme le souligne FLICHY (2000, p.268) certains voient dans Internet uniquement un nouveau média de masse, d'autres un dispositif de communication interpersonnelle ou une nouvelle « agora». Pour FLICHY,la nouveauté d'Internet vient du fait que: « ce système de communication permettra à la fois des échanges privés et publics et concerne aussi bien la coopération au travail que la sociabilité familiale et amicale ». Notre travail consiste essentiellement à étudier les nouveaux rôles des enseignants de sciences physiques au lycée, face aux innovations TICE et TPE. Selon PERRIAULT (2002(b),

p.ll), les «technologies» sont toujours nouvelles et l'enseignant est confronté quotidiennement à des problèmes qu'il doit résoudre, face à ces nouveautés. L'enseignant souhaite que la formation l'aide et arrive souvent en formation dans l'espoir de résoudre des problèmes concrets. Par ailleurs, le métier d'enseignant suppose d'abord qu'on soit capable d'« improviser bien» c'est-à-dire d'agir et de réagir rapidement auprès des apprenants (ANNOOT,1996, p.142). Les TICE sont en plein développement dans l'ensemble du système éducatif et plus précisément pour les enseignants, les élèves et la société. Selon VINCENT(2002, p.8), il existe deux raisons essentielles qui font que les TICE constituent un enjeu important pour l'école: (i) elles apportent des techniques modernes procurant des supports diversifiés à l'enseignement, tant du côté des élèves que du côté des enseignants et modifient la relation aux savoirs en multipliant les accès; (ii) elles constituent un apprentissage transversal en lui-même. Chez ces enseignants, d'après cet auteur, le réseau occupe une place très importante et les TICE sont plus qu'un simple moyen et se confondent souvent, dans le discours, avec le but. L'utilisation de l'ordinateur en sciences expérimentales est une pratique de plus en plus courante. Mentionnons également les travaux de BRAUN(1997, p.147-l5l) qui présente quelques aspects négatifs des TIC. Il soutient que: (i) l'informatique n'est ni savoir ni connaissance et que trop d'information tue l'information; (ii) l'élève n'apprend pas seulement à son rythme et à celui de son enseignant, mais aussi à celui de l'ordinateur; (iii) le rythme de la classe et le rythme du professeur disparaissent et nous avons l'apparition du rythme électronique. D'après BRAUN(1997, p.15l), nous assistons au développement d'une nouvelle culture « la culture du zapping ». Autrement dit, nous voyons ici une conséquence négative que peut avoir «l'écoulement continu d'informations» sur la procédure éducative et principalement sur l'élève. Intéressante
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est la remarque de JACQUINOT (1997, p.159), selon laquelle: « la modernité technologique ne s'accompagne pas automatiquement d'une plus grande efficacité pédagogique; bien au contraire, les nouveaux dispositifs technologiques se sont souvent accompagnés d'une réactualisation de modèles pédagogiques dépassés ». De son côté, AUDRAN(2001, p.39) pense que derrière la conception mécaniciste des réseaux se dissimulent sans doute un rapport au monde, un modèle de pensée qui ramènent l'interaction humaine à une simple interactivité homme - machine. Des recherches plus ou moins récentes portant sur l'utilisation de l'ordinateur en classe de physique semblent ouvrir des voies nouvelles et prometteuses. Nous mentionnerons par la suite quelques études intéressantes qui entrent dans le contexte de notre recherche. Les travaux menés par les équipes de 1'!NRP, en particulier, apportent un éclairage plus global dans ce domaine. Tout d'abord, en ce qui concerne le terme de modélisation (SEJOURNE TTIBERGHIEN, E 2001, p.39), cité depuis longtemps comme argument en faveur de l'introduction de l'ordinateur en classe; comme nous l'indique BEAUFILS (1997, p.39) sa réelle prise en compte dans des activités d'investigation scientifique est allée au-delà d'une simple « vérification ». En sciences physiques, nous utilisons souvent les ordinateurs pour effectuer également des simulations. Ainsi, par exemple, pour simuler une situation qui implique diverses analyses et prises de décisions de la part de l'apprenant qui agit. Ou encore pour simuler une expérience, en tentant de reproduire les conditions réelles de son déroulement. La modélisation - simulation est une technique expérimentale puissante basée sur les technologies informatiques. Elle utilise la programmation informatique pour construire des modèles psychologiques qui correspondent théoriquement à la structure cognitive et au fonctionnement cognitif (TIJUS,2001, p.43).

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Il y a plusieurs années, HEBENSTREIT (1992, p.82) parlait d'« une rencontre du troisième type: simulation et pédagogie ». D'après lui, la simulation ne remplace rien; c'est un outil qui pennet des types d'activité pédagogique impossibles jusqu'à présent et qui est capable d'améliorer le processus
d'apprentissage. BEAUFILS, RICHOUX ET CAMGUILHEM (1999,

p.135) soulignent que depuis de nombreuses années l'ordinateur est utilisé dans les classes de sciences physiques en tant qu'instrument de laboratoire pennettant la réalisation de mesures et leur analyse. Ces auteurs ont élaboré puis vérifié une hypothèse assez intéressante: « l'introduction d'instruments informatisés dans les travaux pratiques entraîne des modifications au plan des activités elles-mêmes mais aussi au plan des connaissances et compétences requises ». En ce qui concerne le plan didactique, une autre hypothèse assez intéressante est exprimée par DUREYETBEAUFILS (1998, p.71) : « la simulation sur ordinateur peut être le support d'activités pertinentes sur les plans scientifique et pédagogique qui, renforçant la dimension plus conceptuelle de la modélisation, apparaissent d'emblée comme complémentaires de l'expérience ». Selon BEAUFILS(1997, p.39), le rôle de l'ordinateur dans les sciences physiques se situe « non seulement dans la prise de données comme on l'entend classiquement, mais aussi [...] dans leur analyse quantitative ». D'après cet auteur, l'ordinateur est l'auxiliaire de calcul indispensable à une démarche de résolution des problèmes et de modélisation dans laquelle l'élève est directement impliqué. Selon une autre recherche menée par l'équipe de l'!NRP (BEAUFILSET AL., 1997, p.104) et concernant l'utilisation des images et des nouvelles technologies en sciences physiques, la tâche de l'élève est bien de trouver la réponse à la question. La mission de l'enseignant est de faire acquérir par l'élève le savoir-faire concernant l'utilisation de certains concepts, outils et méthodes, 34

et plus généralement, la démarche scientifique. Mentionnons également les travaux de BEAUFILSET RICHOUX(1997, p.13) selon lesquels il est possible, dans l'enseignement de lycée, de construire des situations où l'investigation est d'abord théorique et où l'expérience est à la fois le retour et le recours. Les deux auteurs proposent à titre d'exemple le cas de l'étude des oscillations d'un circuit RLC et de l'observation des différents régimes. Lorsque, voici quelques années, BEAUFILS,BLONDEL ETLE TOUZE(1992, p.97) évoquaient l'utilisation des TICE par les élèves et les enseignants, ils pensaient aux connaissances informatiques et à la maîtrise des outils numériques comme conditions nécessaires à l'utilisation rationnelle et optimale de l'ordinateur en laboratoire. Ils considéraient qu'il existe un « sous-usage» quand cette maîtrise est absente. De plus, comme le souligne NEWTON (2000, p.1253), la gestion de la classe avec l'utilisation des TICE est une tâche complexe comportant de multiples interactions entre les élèves et l'enseignant, et ce dernier doit donc bien maîtriser l'informatique pour réussir dans son travail. On rencontre aussi l'opinion selon laquelle la propriété fondamentale de l'ordinateur est d'être non pas un outil, mais un méta-outil (TCHOUNIKINE, 2002, p.204) et un outil qui permet de construire d'autres outils. Selon PINTO (2002, p.227), les enseignants de sciences sont obligés de renouveler leurs connaissances et d'être à l'aise avec les nouvelles technologies. Afin de bien travailler, ils doivent être capables d'agir avec toute la pléiade d'informations désormais disponibles. Ils doivent tout d'abord sélectionner et comprendre l'information, puis la transformer et la transférer, ce qui ne constitue pas des processus simples. L'utilisation de l'EXA08 a toujours été capitale en sciences physiques. L'EXAO consiste à utiliser un ordinateur
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EXAO : Expérimentation Assistée par Ordinateur 35