ABC de l'argumentation

De
Au quotidien, les professionnels de la santé ont à convaincre différentes personnes ou communautés, que ce soient par exemple des patients, des collègues, des supérieurs ou des partenaires, de la pertinence de leurs points de vue. Or cette tâche n’est pas toujours aisée. Comment communiquer de façon à convaincre ? Quelles stratégies les professionnels de la santé peuvent-ils utiliser pour persuader divers individus ou groupes de la pertinence d’adhérer à leurs avis et de suivre leurs recommandations professionnelles ? Telles sont les questions phares de cet ouvrage auxquelles les auteures apportent des réponses précises et concrètes.
En plus d’esquisser l’histoire de l’argumentation ainsi que de préciser en quoi consiste exactement l’acte d’argumenter, les auteures exposent les grands principes de l’argumentation, proposent une méthode pour construire des arguments convaincants et expliquent les stratégies permettant de développer des plaidoiries efficaces qui respectent les critères rationnels (logos), émotionnels (pathos) et éthiques (ethos)devant présider la préparation des discours argumentatifs.
Basé sur des exemples tirés du domaine de la santé, ce livre se veut un guide théorique certes, mais adapté à la réalité des professionnels de la santé et utile à leur pratique professionnelle. Il comprend des exercices pratiques et des activités d’apprentissage permettant aux lecteurs de revenir sur des expériences argumentatives antérieures, de réfléchir sur celles-ci, de tester de nouvelles connaissances et de développer leurs habiletés à argumenter.
Convaincre est un art difficile, et les professionnels de la santé sont de plus en plus appelés à exercer un rôle politique : celui de défendre et de promouvoir les droits et les besoins des patients auprès de différentes instances. Ce livre entend outiller ces professionnels afin qu’ils puissent remplir un tel rôle avec aisance, respect et efficacité. Il sera aussi utile à toute personne qui souhaite convaincre.
Publié le : mercredi 6 mai 2015
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EAN13 : 9782760542709
Nombre de pages : 272
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MARIE-JOSÉE DROLET
MIREILLE LALANCETTE
MARIE-ÈVE CATY
Préface de Marc André Bernier
DE L’ARGUMENTATIONABC Pour les professionnels de la santé
et toute autre personne qui souhaite convaincre
Presses de l’Université du QuébecDE L’ARGUMENTATIONABC Presses de l’Université du Québec
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Membre deDE L’ARGUMENTATIONABC Pour les professionnels de la santé
et toute autre personne qui souhaite convaincre
MARIE-JOSÉE DROLET
MIREILLE LALANCETTE
MARIE-ÈVE CATY
Préface de Marc André BernierCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Drolet, Marie-Josée,
1971ABC de l’argumentation : pour les professionnels de la santé
et toute autre personne qui souhaite convaincre
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4268-6
1. Argumentation. 2. Persuasion (Rhétorique). 3. Communication en médecine.
I. Lalancette, Mireille, 1974- . II. Caty, Marie-Ève, 1977- . III. Titre.
PN4192.M43D76 2015 808.06’661 C2015-940026-0
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et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement
des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.
Conception graphique
Richard Hodgson
Images de couverture
Peinture : Allégorie de la Réthorique, entourage de Artemisia Gentileschi,
huile sur toile, vers 1650
Photographies : IstockPhoto.com
Photographie des auteures : Annie Brien, photographe au Service des technologies
de l’information de l’Université du Québec à Trois-Rivières
Mise en pages
Le Graphe
eDépôt légal : 2 trimestre 2015
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› Archives Canada
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Imprimé au CanadaCOMITÉ DE RÉVISION
MARJORIE DÉSORMEAUX-MOREAU, ergothérapeute et candidate
au doctorat en psychologie de l’Université du Québec
à Trois-Rivières.
PATRICIA GERMAIN, professeure au Département des sciences infrmières
de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
ANNE HUDON, physiothérapeute et candidate au doctorat en sciences
de la réadaptation de l’École de réadaptation de l’Université
de Montréal.
MATTHIEU LAFONTAINE-GODBOUT, médecin de famille et professeur
adjoint au Département de médecine de famille et de médecine
d’urgence de la Faculté de médecine et des sciences de la santé
de l’Université de Sherbrooke.
JESSICA LESAGE, professeure clinicienne au Département d’orthophonie
de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
CHLOÉ RENEL, étudiante à la maîtrise en lettres et communication sociale
et conseillère en réadaptation à la Commission de la santé et
de la sécurité du travail du Québec.
CHRISTINE ROBERGE, audiologiste et adjointe à l’enseignement clinique
à la Direction de l’enseignement du Centre hospitalier de l’Université
de Montréal (CHUM).Aux étudiants qui nous donnent toujours envie de nous dépasser,
ainsi qu’aux professionnels de la santé qui se trouvent parfois
dans des situations où leurs arguments ne parviennent pas à convaincre
les personnes avec lesquelles ils discutent et qui rencontrent, ce faisant,
des diffcultés à revendiquer, au nom de patients et en collaboration avec eux,
la défense des droits de ces derniers ou la promotion de leurs besoins.Préface
LA RHÉTORIQUE, OU L’ART
DE CONDUIRE À DES PRISES
DE DÉCISION ÉCLAIRÉES
Dans sa remarquable banalité, l’expérience de l’erreur
représente peut-être l’une des dimensions les plus
curieuses de la vie intellectuelle et morale, ne serait-ce que
dans la mesure où c’est bien souvent grâce aux réfexions
qu’elle inspire qu’on peut espérer parvenir à des vérités.
C’est cet étrange paradoxe que Montaigne avait placé au
cœur de l’écriture de ses Essais, ce texte fondateur de la
modernité qu’on peut lire comme une vaste recension des
erreurs auxquelles est sujet l’esprit humain, que celles-ci
soient religieuses ou philosophiques, politiques ou
judiciaires, populaires ou scientifques. Ce projet qui consiste
à faire de toutes ces erreurs le foyer d’une méditation sur
ce que Montaigne appelle l’« humaine condition » (1580)
convient assurément à des temps troublés, marqués par
l’érosion des certitudes et la perte des repères
traditionnels. Toutefois, si elle est le fruit d’une inquiétude propre
aux temps modernes, la thèse suivant laquelle, comme
l’écrit Fontenelle, l’« esprit humain et le faux sympathisent
extrêmement » (1683, p. 143) est elle-même susceptible de
conduire à deux attitudes distinctes. La première est celle
d’un scepticisme radical, que caractérise une défiance
à l’égard de toute certitude prétendue et qui en conclut
à une relativité absolue des opinions et des goûts, des
valeurs et des cultures, telle ou telle coutume, telle ou
telle pratique n’étant fnalement ni meilleure ni pire que XII ABC de l’argumentation
telle ou telle autre. La seconde retient moins de l’expérience de l’erreur cette
impossibilité à prendre parti qu’une exigence de discernement critique, qui
se réalise dans une capacité à jauger différents arguments et à confronter
diverses hypothèses concurrentes au sein d’une sphère publique de libre
expression, de communication et de débat. En pareil cas, l’expérience de
l’erreur invite moins à se mettre à l’école d’un scepticisme désenchanté
qu’à soumettre toute opinion et toute prise de décision à l’épreuve d’un
débat raisonnable où s’exerce un art de penser et de dire. Les anciens Grecs
et les anciens Romains appelaient « rhétorique » cet art de raisonner qui, en
cherchant à mobiliser les arguments les plus probables, nourrissait
l’ambition de conduire à des prises de décision éclairées ; aujourd’hui, c’est à la
redécouverte de cet art aussi méconnu qu’indispensable que convie le livre
de Marie-Josée Drolet, Mireille Lalancette et Marie-Ève Caty.
Cette redécouverte est d’autant plus essentielle que les sources
desquelles procède l’erreur sont, on le sait, infnies. Par exemple, l’erreur
médicale et, plus généralement, professionnelle, peut tenir non seulement
à une multitude d’inexactitudes portant sur les faits, mais encore à
d’innombrables méprises dans la conduite de la pensée. Dans ce dernier cas,
l’erreur est d’autant plus à craindre qu’elle paraît bien souvent sous les
formes les plus insidieuses et les plus captieuses, dans la mesure où même
les procédures les mieux assurées de la logique peuvent toujours être fort
aisément détournées. Prenons cet exemple classique de raisonnement
déductif : « Tous les hommes sont mortels ; or Socrate est un homme ; donc
Socrate est mortel. » Rien n’est plus juste ni plus vrai ; rien, pourtant, n’est
plus simple à subvertir que la parfaite cohérence d’un tel argument, voire
de tout raisonnement. Dans ses Essais, Montaigne avait d’ailleurs souligné
la facilité avec laquelle le langage se prête à tous les détournements
sophistiques ou, si l’on préfère, trompeurs et fallacieux dans la conduite d’un
raisonnement. Afin d’illustrer l’extrême malléabilité des règles de la
logique, ne s’amusait-il pas à jeter le ridicule sur les certitudes prétendues
auxquelles prétend parvenir le raisonnement déductif, en en proposant
ce nouvel exemple si réjouissant : « Le jambon fait boir e ; or boire
désaltère ; donc le jambon désaltère » ? De même, de nos jours, dans cet ABC de
l’argumentation que l’on va lire, nos trois auteures prennent-elles toujours
soin d’indiquer les « pièges à éviter », lorsqu’elles montrent comment
construire des arguments convaincants. C’est que l’erreur de
raisonnement n’est pas toujours, comme dans le plaisant exemple de Montaigne, Préface XIII
un simple jeu d’esprit destiné à faire rire : dans la vie quotidienne, le
sophisme a bien plus souvent pour fonction de chercher à produire une
illusion de vérité, elle-même destinée à tromper le jugement et à égarer
les consciences. En ce sens, la rhétorique est bien davantage qu’un art
d’argumenter, elle est aussi une école de prudence et de discernement qui
enseigne à se garantir des manipulations de la parole. Voilà même ce qui
fait l’une des plus grandes forces de cet ABC de l’argumentation : le refus de
la manipulation, posture qu’il importe sans nul doute d’affrmer avec force
à une époque comme la nôtre, si puissamment dominée par le règne de
l’image et de l’apparence qu’impose le triomphe d’une société du spectacle
et de la communication médiatique.
Mais s’il est vrai que, de nos jours, toute prise de parole s’inscrit dans
ce contexte général, le professionnel de la santé qui cherche à persuader
doit alors en tirer une conséquence qui le concerne plus particulièrement.
De fait, l’expérience de l’erreur et de la manipulation se trouve, en quelque
sorte, multipliée et renforcée par l’univers de la communication virtuelle,
dont la caractéristique la plus fondamentale tient à une croissance
exponentielle des informations qui circulent dans l’espace public. Or cet
accroissement est, bien souvent, directement proportionnel à l’affaiblissement de
l’autorité des institutions traditionnelles – universités, écoles de médecine,
associations professionnelles, éditeurs scientifques, etc. – dont la mission
consiste, justement, à réguler la diffusion des savoirs afn de mieux en
assurer la validité. Grâce à Internet, chaque individu ne semble-t-il pas de
plus en plus habité par le sentiment qu’il est désormais en mesure d’établir
lui-même son propre diagnostic, sans se soucier d’une connaissance
objective, validée par les institutions du savoir ? Du fait d’Internet, ne voit-on
pas également se multiplier rumeurs incontrôlées et désinformation
intéressée, comme en témoignent le refus parfois opiniâtre de la vaccination
et, de manière plus générale, le progrès des croyances déraisonnables ?
Placé sous ce jour, le nouvel instrument de construction de l’opinion
publique que représente Internet exige d’autant plus de renouer avec
un art d’argumenter que le refus, chez quelques patients, de reconnaître
jusqu’à des évidences factuelles interroge avec une acuité toute
particulière la capacité, proprement rhétorique, des professionnels de la santé à
entrer en dialogue et à favoriser, par le secours de la parole, des prises de
décision raisonnables.XIV ABC de l’argumentation
Le problème – troublant – de la prolifération accrue des croyances
déraisonnables rappelle bien sûr à quel point, comme le soulignent à juste
titre nos trois auteures, il est souvent extrêmement diffcile de persuader
autrui. Il met aussi en lumière le rôle obscur que jouent les affects dans
l’œuvre de la persuasion et qui fait en sorte que susciter l’adhésion d’un
interlocuteur ou d’un public n’est pas simplement une affaire de logique
et de preuves, mais encore et surtout de passions et de sentiments. Sur
ce point plus que tout autre peut-être, les leçons que dispense la
tradition rhétorique sont particulièrement riches en enseignement pour notre
temps. Dès l’Antiquité, le philosophe et orateur romain Cicéron avait
insisté sur le fait que les preuves que procure le raisonnement logique
sont presque toujours insuffisantes lorsqu’il s’agit de persuader. La
persuasion, répétait-il sans cesse, suppose même la conjonction de trois
fonctions que tout discours doit absolument réunir s’il espère toucher les
ecœurs et les esprits : instruire, plaire et émouvoir. À la fn du xviii  siècle,
dans un ouvrage comme De la littérature (1800), l’écrivaine française
Germaine de Staël envisage elle aussi comme constitutive de toute
entreprise de persuasion cette même union de la dimension intellectuelle et
sensible de la parole. Tout ce qui tient aux valeurs, écrit-elle alors, dérive
d’une « autre source », procède d’un « autre principe que le
raisonnement » scientifque (1800, p. 403), de sorte que, par exemple, les idées
de justice ou de liberté, de santé ou de respect ne sauraient se réduire à
une signifcation purement intellectuelle, car elles s’enracinent d’abord
dans un sentiment dont seule une parole s’adressant au cœur est à même
d’éclairer la vérité ou de révéler l’erreur qu’elles comportent. Au cours
ede la seconde moitié du xx siècle, c’est encore et toujours ce rôle que
jouent les affects dans l’art d’argumenter et, plus généralement, dans la
vie intellectuelle qui persuadera le philosophe belge Chaïm Perelman
de renouer avec la tradition de la rhétorique classique. Habitée par le
souvenir tragique de la Seconde Guerre mondiale, son œuvre part, elle
aussi, d’une interrogation sur les jugements de valeur qui invite
notamment Perelman à dépasser l’opposition entre vérités scientifiques et
opinions enracinées dans le sentiment. De fait, la capacité de chacun à
défendre une idée comme celle de justice dépend à la fois d’un
sentiment de la justice et d’une aptitude à mobiliser des arguments logiques
afin d’agir sur les volontés, d’infléchir les opinions et de conduire
à des prises de décision raisonnables. En ce sens, le vaste domaine Préface XV
des jugements de valeur requiert une rhétorique, dans la mesure où, depuis
l’Antiquité, cette discipline se défnit justement par l’importance qu’elle
accorde aux raisonnements dont la puissance persuasive tient autant à
leur validité scientifque ou logique qu’à des stratégies argumentatives
dont la force de conviction est fondée sur la capacité de l’orateur à parler
le langage du sentiment.
La redécouverte de cet art de l’argumentation qu’a suscitée, depuis
Perelman, la renaissance de la rhétorique antique constitue sans nul doute
l’un des phénomènes majeurs de la vie intellectuelle de notre temps.
Aujourd’hui, comme le rappelait Antoine Compagnon il y a quelques
années, la rhétorique a même « reconquis le prestige théorique et la
pertinence pratique qui avaient été les siens depuis 25 siècles » (1999, p. 1261).
Pourtant, il restait encore à procurer un guide pratique au public et,
notamment, à celui que forment les professionnels de la santé. Cette nécessité
tient non seulement à ces mille diffcultés que comporte presque toujours
toute entreprise de persuasion, mais aussi aux périls auxquels expose cet
art qu’enseigne la rhétorique et qui apprend tout à la fois à construire
des arguments et à s’adresser au sentiment. À l’évidence, savoir parler
au cœur et à l’esprit est susceptible de favoriser des prises de décision
raisonnables ; mais comment s’assurer que ce langage du sentiment dont
il procure la maîtrise reste respectueux de l’autonomie des consciences
et qu’il ne soit jamais dévoyé au proft d’une propagande par vocation
manipulatrice ? L’histoire ne fournit-elle pas d’innombrables exemples de
ces démagogues et de ces fanatiques dont les discours aussi dangereux
que séduisants durent à leurs qualités oratoires l’emprise détestable qu’ils
exercèrent sur les consciences ? Dès l’Antiquité, ce problème
particulièrement complexe avait mis aux prises le philosophe grec Platon avec le
rhéteur romain Cicéron. Le premier insistait sur les dangers de la
manipulation sophistique à laquelle peut donner lieu la rhétorique ; le second lui
opposait le caractère éminemment civilisateur de l’art de persuader, dont
le propre serait de préférer la parole à la violence pour agir sur autrui. En
ce sens, les arts du discours seraient indissociables d’un idéal de
sociabilité fondé sur la pratique du débat contradictoire et, à ce titre, seraient
l’allié naturel du pluralisme et de la vie démocratique. Ces thèses, cet ABC
de l’argumentation les rappelle ; il fait toutefois davantage. En alliant avec
intelligence sens éthique et sens pratique, il guide véritablement le lecteur
dans ce dédale, de manière à montrer en quoi le refus de la manipulation XVI ABC de l’argumentation
sert également l’effcacité d’une parole qui, en cherchant à agir sur autrui,
voire sur le cours des affaires publiques, affirme partout sa confiance
dans les vertus du dialogue, cette condition indispensable à toute prise
de décision éclairée.
Marc André Bernier
Président de la Société internationale d’étude
du dix-huitième siècle (2011-2015)
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada
en rhétorique (2004-2014)
Université du Québec à Trois-RivièresREMERCIEMENTS
Un tel projet n’aurait pu voir le jour sans la collaboration
précieuse et inestimable de plusieurs personnes et
instances. Nous tenons à les remercier.
Notre reconnaissance se manifeste d’abord à
l’endroit du doyen de la recherche de l’Université du Québec
à Trois-Rivières (UQTR), monsieur Sébastien Charles, et
à son équipe de conseillers en recherche pour leur appui
fnancier. Les sommes accordées par le Fonds d’animation
à la recherche (FAR) ont permis de compenser certains
membres du comité de révision qui ont scruté avec
minutie une version préliminaire de cet ouvrage.
Il s’ensuit que nous tenons à souligner l’excellent
travail des sept réviseurs de ce livre (dont les noms se
retrouvent, en ordre alphabétique, au début de cet
ouvrage). Quel travail de moine ils ont réalisé dans un très
court délai ! Leurs suggestions ont contribué à améliorer
cette monographie, c’est-à-dire à la rendre non seulement
plus conviviale, plus claire, plus nuancée par moments
et plus précise en certains endroits, mais également plus
« digeste ». Nous voulons souligner ici la pertinence de
leurs commentaires toujours constructifs et leur grande
diligence. Nous les remercions, tous les sept,
chaleureusement et espérons qu’ils seront en mesure de repérer les
améliorations que nous avons apportées à cet ouvrage.XVIII ABC de l’argumentation
Un merci tout spécial est également adressé au préfacier, monsieur
Marc André Bernier, professeur au Département de lettres et
communication sociale de l’UQTR. Nous sommes honorées que l’ancien détenteur
de la Chaire de recherche du Canada en rhétorique ait cru en ce projet et
accepté d’en écrire la préface. Nous aimerions souligner ici sa générosité
et son éloquence.
Nous remercions aussi Vanessa Charbonneau, candidate à la maîtrise
en ergothérapie de l’UQTR, Marjorie Désormeaux-Moreau, candidate au
doctorat en psychologie de l’UQTR, ainsi que Mélissa Doucet, candidate
à la maîtrise en lettres (communication sociale), aussi de l’UQTR, pour
leurs recherches documentaires sur la thématique de l’argumentation, du
raisonnement argumentatif et de la plaidoirie (advocacy) en santé.
Enfin, il va sans dire qu’un tel projet serait impossible sans une
maison d’édition qui croit en lui et en les auteures qui le portent. C’est
pourquoi nous adressons notre profonde reconnaissance et nos
remerciements les plus sincères à madame Céline Fournier, ex-directrice des Presses
de l’Université du Québec (PUQ), et à son excellente équipe pour leur
travail éditorial de grande qualité et leur diligence toujours
impressionnante. Notre collaboration avec les PUQ est une expérience assurément
positive. Nous les remercions très chaleureusement.TABLE DES MATIÈRES
•PRÉFACE LA RHÉTORIQUE, OU L’ART DE CONDUIRE
À DES PRISES DE DÉCISION ÉCLAIRÉES xi
Marc André Bernier
REMERCIEMENTS xvii
LISTE DES ABRÉVIATIONS xxiii
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX xxv
INTRODUCTION 1
Partie 1 ÉLÉMENTS THÉORIQUES 23
•CHAPITRE 1 RHÉTORIQUE ET ARGUMENTATION 25
1.1. L’origine de l’argumentation : la rhétorique 27
1.2. La rhétorique : l’art de convaincre 28
1.3. : de l’Antiquité à aujourd’hui 32
1.4. Pourquoi la rhétorique a-t-elle vu le jour ? 38
1.5. Deux caractéristiques inhérentes à la rhétorique 40
Conclusion 42
•CHAPITRE 2 QU’EST-CE QU’ARGUMENTER ? 43
2.1. Ce qu’est argumenter 46
2.1.1. Argumenter, c’est opter pour la parole
plutôt que pour la violence 46
2.1.2. Argumenter, c’est écouter et accueillir l’autre
dans le respect 47XX ABC de l’argumentation
2.1.3. Argumenter, c’est articuler des raisons « motivantes »
qui appuient son point de vue 47
2.1.4. Argumenter, c’est communiquer en vue de provoquer un changement 48
2.1.5. , c’est considérer les circonstances de l’argumentation 48
2.1.6. Argumenter, c’est connaître l’auditoire et s’y adapter 50
2.1.7. , c’est trouver des points d’appui à ses arguments 55
2.1.8. Argumenter, c’est considérer la doxa de l’auditoire 57
2.1.9. , c’est miser sur la relation à construire avec l’auditoire 60
2.1.10. Argumenter, c’est considérer le caractère plus ou moins actif
de l’auditoire 62
2.1.11. Argumenter, c’est penser à son image et à sa crédibilité 62
2.1.12. , c’est considérer le logos, le pathos et l’ethos 67
2.2. Pourquoi convaincre est-il diffcile ? 74
2.2.1. Raisons de nature psychologique 75
2.2.2. Raisons de nature cognitive 76
2.2.3. Raisons de nature éthique 78
2.2.4. Raisons de nature idéologique 80
2.2.5. Raisons de nature pédagogique 80
2.2.6. Raisons de nature méthodologique 82
2.2.7. Raisons de nature rhétorique 83
2.3. Ce qu’argumenter n’est pas 84
2.3.1. Argumenter, ce n’est pas uniquement socialiser, s’exprimer ou informer 84
2.3.2. , ce n’est pas seulement affrmer, commander
ou recommander 85
2.3.3. Argumenter, ce n’est pas faire une démonstration scientifque 86
2.3.4. , ce n’est pas improviser 87
2.3.5. Argumenter, ce n’est pas manipuler 88
2.3.6. , ce n’est pas user de ruse 89
2.3.7. Argumenter, ce n’est pas extorquer 89
2.3.8. , ce n’est ni falsifer, ni altérer, ni mentir 90
2.3.9. Argumenter, ce n’est pas médire ni diffamer 90
2.3.10. , ce n’est pas user de fatterie ou de démagogie 91
2.3.11. Argumenter, ce n’est pas convaincre à tout prix 92
2.4. Pourquoi refuser la manipulation ? 93
Conclusion 97
Partie 2ÉLÉMENTS PRATIQUES 101
•CHAPITRE 3 COMMENT CONSTRUIRE DES ARGUMENTS CONVAINCANTS ? 103
3.1. Des arguments de nature inductive basés sur des faits probants 110
3.1.1. L’induction 110
3.1.2. La causalité ou la corrélation 113
3.1.3. L’analogie ou la métaphore 117
3.2. Des arguments de nature déductive tirés de théories pertinentes 120
3.2.1. La déduction 121
3.2.2. L’explication 124
3.2.3. Le cadrage et le recadrage 127Table des matières XXI
3.3. Des arguments appuyés sur des autorités appropriées 129
3.4. Des arguments qui respectent les règles logiques 132
3.4.1. L’affrmation de l’antécédent 133
3.4.2. La négation du conséquent 134
3.5. Des arguments éthiques fondés ou déduits de valeurs légitimes et signifantes 136
3.5.1. L’argument déontologique 137
3.5.2. L’argument utilitariste 139
3.5.3. L’argument basé sur une vertu 141
3.5.4. L’argument de communauté 144
Conclusion 151
•CHAPITRE 4 COMMENT CONSTRUIRE DES PLAIDOIRIES CONVAINCANTES ? 153
4.1.Des plans pour ses communications 155
4.1.1.Le plan rhétorique classique 158
4.1.2. Le plan classique de la plaidoirie 160
4.1.3. Le plan du discours argumentatif 162
4.1.4. Le plan évaluatif de la plaidoirie 165
4.2. Dix autres conseils pour convaincre 169
4.2.1. Recourir au remue-méninge ou à la tempête d’idées (brainstorming) 169
4.2.2. Formuler différents types d’arguments 170
4.2.3. Se faire l’avocat du diable 170
4.2.4. Anticiper les objections et préparer des réfutations 171
4.2.5. Évaluer et tester ses arguments 172
4.2.6. Miser sur son savoir-être 174
4.2.7. User de clarté et de concision à l’oral et à l’écrit 175
4.2.8. Opter pour des supports visuels appropriés 176
4.2.9. Soigner son apparence et sa gestuelle 176
4.2.10. Interpeller et activer l’auditoire 176
4.3. Comment inciter à l’action ? 178
4.3.1. Stade 1 : l’égocentrisme 179
4.3.2. Stade 2 : l’individualisme 180
4.3.3. Stade 3 : l’éthique du troupeau 181
4.3.4. Stade 4 : l’éthique légaliste 181
4.3.5. Stade 5 : l’éthique du contrat social 182
4.3.6. Stade 6 : l’éthique universelle 183
Conclusion 188
CONCLUSION 189
ANNEXES 195
•Annexe 1 Solutionnaire des activités d’apprentissage 197
•Annexe 2 Banque de situations d’argumentation 203
•Annexe 3 Pour en apprendre davantage 219
•Annexe 4 Pour une utilisation optimale du procédurier 225
RÉFÉRENCES 229LISTE DES ABRÉVIATIONS
AVC Accident vasculaire cérébral
AVD Activités de la vie domestique
AVQ Activités de la vie quotidienne
BOG Blessure orthopédique grave
BM Blessé médullaire
CA Conseil d’administration
CÉGEP Collège d’enseignement général et professionnel
CÉQ Cadre éthique quadripartite
CHUM Centre hospitalier de l’Université de Montréal
CLSC Centre local de services communautaires
CSSS Centre de santé et de services sociaux
CSST Commission de la santé et de la sécurité
du travail
FAR Fonds d’animation à la recherche
GRCP Groupe de recherche en communication
politique
IDEA Institut d’éthique appliquée
IVAC Indemnisation des victimes d’actes criminels
LRE Laboratoire de recherche en ergologie
MELS Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport
MESS e de l’Emploi et de la Solidarité sociale
OEQ Ordre des ergothérapeutes du Québec
OMS Organisation mondiale de la santé
PUQ Presses de l’Université du QuébecXXIV ABC de l’argumentation
SAAQ Société de l’assurance automobile du Québec
SLA Sclérose latérale amyotrophique
TCC Traumatisme crânien cérébral
TSA Trouble du spectre de l’autisme
UQTR Université du Québec à Trois-RivièresLISTE DES FIGURES
ET DES TABLEAUX
FIGURE 2.1. Les dimensions de l’ethos préalable 66
FIGURE 2.2. Les trois dimensions
de la communication persuasive 67
FIGURE 2.3. Le cycle d’apprentissage expérientiel
de Kolb (1984) et les styles
d’apprentissages de Kolb et Kolb (2005) 81
FIGURE 3.1. Les raisonnements inductif et déductif 121
FIGURE 3.2. Le cadre éthique quadripartite (CÉQ)
pour analyser les dilemmes éthiques
que pose la pratique professionnelle 137
FIGURE 4.1. Défendre une thèse en situation
d’interaction 165
FIGURE 4.2.Le cycle des apprentissages de Kolb
(1984) appliqué à l’argumentation 167
FIGURE 4.3. Exemple de journal réfexif : entraînement
à l’argumentation – évaluation a posteriori
de sa plaidoirie 168
FIGURE 4.4. Les six stades de raisonnement éthique
de Kohlberg 179
FIGURE 4.5. Illustration des circonstances de
l’argumentation et de leurs interactions 186
TABLEAU 2.1. Les circonstances de l’argumentation 49
TABLEAU 2.2. Les sept critères rationnels
pour évaluer des arguments 68
TABLEAU 2.3. Les deux critères émotionnels guments 70XXVI ABC de l’argumentation
TABLEAU 2.4. Les cinq critères éthiques
pour évaluer des arguments 72
TABLEAU 2.5. Synthèse des trois dimensions de la persuasion 73
TABLEAU 2.6. Ce qu’est argumenter et ce que cette activité suppose 74
TABLEAU 2.7. Ce qu’argumenter n’est pas et ce que cette activité
n’inclut pas 93
TABLEAU 3.1. Méthode « I-DÉ-A-L-E » pour développer
des arguments convaincants 106
TABLEAU 3.2. Les quatre parties d’un argument 109
TABLEAU 3.3. Exemple de raisonnement inductif 111
TABLEAU 3.4. Exemple de raisonnement corrélationnel 115
TABLEAU 3.5. Exemple de raisonnement métaphorique 118
TABLEAU 3.6. Exemple de raisonnement déductif 122
TABLEAU 3.7. Exemple de raisonnement explicatif 125
TABLEAU 3.8. Exemple de raisonnement de recadrage 128
TABLEAU 3.9. Exemple d’appel à l’autorité approprié 131
TABLEAU 3.10. Exemple de raisonnement déontologique 138
TABLEAU 3.11. Exemple de raisonnement utilitariste 140
TABLEAU 3.12. Exemple de raisonnement basé sur une vertu 143
TABLEAU 3.13. Exemple de raisonnement de communauté 145
TABLEAU 3.14. Quinze arguments selon leur catégorie 147
TABLEAU 3.15. Synthèse des pièges à éviter
selon chaque type d’argument 147
TABLEAU 4.1. Des plans pour préparer, organiser
ou évaluer ses discours 156
TABLEAU 4.2. Illustration du plan du discours argumentatif 163
TABLEAU 4.3. Grille d’évaluation des arguments 173
TABLEAU 4.4. Synthèse des dix autres conseils pour convaincre 177
TABLEAU 4.5. Les raisons d’agir associées aux six stades
de Kohlberg 185INTRODUCTION
On ne peut pas se passer d’une méthode
pour se mettre en quête de la vérité des choses.
Descartes cité dans Salmi, 2012, p. 64
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
et les mots pour le dire arrivent aisément.
Boileau, 1674, Chant 1u cœur de cet ouvrage se trouve la question de l’argumenta-Ation et de la rhétorique. Notre objectif est d’expliquer ce qu’est
1 2l’argumentation aux professionnels de la santé et de faire valoir les
avantages d’en utiliser les techniques dans le cadre de leur pratique
professionnelle. Tantôt considérée comme l’art de persuader ou d’écrire
avec style, nous envisageons la rhétorique comme l’art d’argumenter
pour convaincre, qui comprend l’usage de la logique (logos), le recours
aux émotions (pathos) ainsi qu’une réflexion éthique sur le rôle de
l’orateur (ethos). Dans ce livre, nous nous attardons à chacune de ces
dimensions de l’argumentation ainsi qu’à d’autres éléments clés de la
communication à visée persuasive. Le lecteur est invité à plonger dans
cet ouvrage, à la fois théorique et pratique, comme bon lui semble. Il
pourra ainsi débuter par la fn en lisant la banque de situations
d’argumentation, par le début (les chapitres théoriques) ou par les chapitres
centraux, plus pratico-pratiques. Conçu de manière à ce que les quatre
chapitres soient certes interdépendants, l’ouvrage permet aussi de les
lire indépendamment les uns des autres. Nous vous invitons donc à
vous amuser en vous appropriant l’ouvrage à votre manière, c’est-à-dire
1. Les génériques masculins sont utilisés dans cet ouvrage afn d’alléger le texte, et ce, sans aucune
discrimination.
2. Dans ce livre, la notion de santé désigne à la fois la santé mentale, la santé physique et la santé sociale
des personnes. Ainsi, lorsqu’il est question des soins de santé, cette expression inclut non seulement les
soins de santé, mais également les services sociaux, lesquels contribuent à la santé (mentale, physique
et sociale) des personnes. Étant donné que nous adoptons une vision holiste de l’être humain, cette
façon de procéder apparaît cohérente avec cette vision de la personne qui constitue un tout et il en
est de même pour sa santé. Dans cette optique, l’expression « professionnel de la santé » inclut toute
personne qui contribue à la santé d’individus et dont les actes sont régis par un ordre professionnel,
et ce, peu importe son milieu de pratique et le rôle qu’elle y exerce.4 ABC de l’argumentation
selon votre style d’apprentissage ! D’ailleurs, ceux qui aimeraient avoir
un aperçu du parcours réalisé dans ce livre sont invités à consulter
en premier lieu la fgure 4.5 (p. 186) qui propose, de manière visuelle,
une synthèse de l’itinéraire de l’ouvrage.
Cela dit, il importe d’expliquer ce qui motive l’écriture de ce
livre et d’en présenter les parties clés. Pour ce faire, nous identifons
les besoins auxquels l’ouvrage entend répondre et les problèmes qu’il
cherche à résoudre. Puis, nous énonçons les objectifs poursuivis et
rendons compte de la pertinence à la fois scientifque, professionnelle
3et sociale de cette monographie destinée aux professionnels de la santé
4ainsi qu’aux intervenants de la santé et, plus largement, aux personnes
qui voudraient améliorer leurs compétences argumentatives. Nous
décrivons ensuite brièvement les méthodes utilisées afn de présenter
et de générer les connaissances que contient ce livre. Enfn, nous
effectuons un survol du contenu thématique et pédagogique de cet ouvrage
afn de donner un aperçu des propos qui y sont tenus et de spécifer leur
ordre de présentation.
L’idée à l’origine de ce livre est née lorsqu’une des auteures a dû
concevoir une séance de cours consacrée à l’argumentation pour un
séminaire de maîtrise, et ce, dans le contexte de la pratique de l’ergothérapie.
En préparation à cette séance, une recherche d’écrits traitant de
l’argumentation, dans différents contextes de soins de santé, dont la pratique
ergothérapique, a été effectuée dans plusieurs bases de données et par
l’entremise de divers moteurs de recherche. Cette recension des écrits
a permis d’établir trois constats.
Premier constat : plusieurs ouvrages traitant de la
communication dans le contexte de la relation d’aide (Hétu et St-Arnaud, 2007 ;
5Taylor, 2008), de la relation médecin-patient (Fortin et Goulet, 2012)
3. Nous pensons ici par exemple aux audiologistes, conseillers d’orientation, dentistes, ergothérapeutes,
infrmières, nutritionnistes, médecins, optométristes, orthophonistes, pharmaciens, physiothérapeutes,
podiatres, psychoéducateurs, psychologues, sages-femmes et travailleurs sociaux (pour ne nommer que
ceux-là, qui sont ici mentionnés par ordre alphabétique).
4. Nous pensons ici aux agents de relations humaines, aux auxiliaires familiales, aux éducateurs
spécialisés, aux préposés aux bénéfciaires, aux travailleurs de rue et autres intervenants sociaux, pour ne
nommer que ceux-là. Mentionnons qu’à partir de maintenant, l’expression « professionnels de la santé »
inclut également les intervenants de la santé, et ce, afn d’alléger le texte.
5. Nous avons opté pour le mot « patient » afn de désigner la personne qui reçoit des soins de santé.
D’autres termes auraient pu être adoptés comme « bénéfciaire », « usager » ou « client » par exemple.
Nous avons préféré employer le mot « patient » parce que celui-ci est abondamment utilisé dans plusieurs
milieux de pratique, et ce, davantage que les termes « bénéfciaire » ou « usager » par exemple, et parce
que le mot « patient » n’a pas une connotation consumériste comme le terme « client » par exemple (qui Introduction 5
ou des soins de santé en général (Richard et Lussier, 2005) sont
actuellement offerts aux professionnels de la santé. Ces traités proposent
des stratégies propices à l’établissement d’un lien thérapeutique de
qualité et à une communication claire et précise avec des patients,
des collègues ou d’autres partenaires ou collaborateurs. Bien que ces
ouvrages soient assurément utiles et bien conçus, ils n’abordent pas, ou
trop peu, la dimension argumentative (ou persuasive) de la
communication orale ou écrite. Par exemple, Richard et Lussier (2005, p. 184-187)
ne consacrent, dans leur excellent ouvrage, que quatre pages aux
stratégies argumentatives, qu’ils considèrent comme des « stratégies de
communication verbales avancées ». Autrement dit, ces ouvrages, dont
celui de Richard et Lussier (2005), n’offrent pas une véritable « boîte à
outils argumentative » pouvant être utile aux professionnels de la santé
pour communiquer de manière convaincante avec les personnes et les
groupes auxquels ils s’adressent quotidiennement comme les patients,
leurs familles, les professionnels de la santé (membres ou non de
l’équipe), les partenaires de soins (communautaires, institutionnels ou
organisationnels), les directeurs d’école ou d’entreprise, les employeurs
(le leur ou celui de patients), les tiers payeurs, les assureurs privés
ou les propriétaires de résidence ou d’entreprise, pour ne nommer
que ces interlocuteurs.
Deuxième constat : nombreux sont les écrits qui abordent les
différents types de raisonnements cliniques que sont appelés à formuler les
professionnels de la santé dans divers contextes de soins – qu’on pense
par exemple aux raisonnements diagnostics, prédictifs, déductifs par
hypothèse, procéduraux, conditionnels, itératifs, narratifs, pragm-a
tiques ou éthiques (Carrier, Levasseur et al., 2012 ; Coker, 2010 ; Drolet,
2014c ; Edwards, Barunack-Mayer et Jones, 2005 ; Hanson et al., 2011 ;
Meyer, 2010 ; Robertson, 2012 ; Boyt Schell et Schell, 2008 ; Unsworth,
2011), pour ne donner que ces exemples. De fait, maints documents
décrivent et expliquent ces différents types de raisonnements cliniques
ainsi que les contextes de soins au sein desquels les professionnels de la
santé sont appelés à les formuler. Cela dit, aucun livre destiné
particulièrement aux professionnels de la santé ne traite, à notre connaissance,
précisément des raisonnements argumentatifs, voire des différentes
est aussi abondamment employé). Mentionnons que la notion de « patient » peut inclure celle de « proche
aidant », selon le contexte et la situation du patient. Soulignons aussi que ce terme ne signife pas du
tout que le patient est passif, comme nous le verrons.6 ABC de l’argumentation
stratégies argumentatives que ces professionnels utilisent, ou pourraient
utiliser, dans divers contextes de soins, pour convaincre les personnes
ou les groupes avec lesquels ils interagissent au quotidien.
Troisième constat : plus nombreux encore sont les monographies
et les articles qui, dans le domaine des sciences humaines et sociales,
traitent de l’argumentation, c’est-à-dire des théories de l’argumentation
ou des stratégies argumentatives visant à convaincre différents
auditoires, dans divers contextes communicationnels. Parmi cette pléthore
d’ouvrages se trouvent des manuels pédagogiques destinés à des
étudiants de niveau collégial ou universitaire (Désilets et Roy, 1986 ;
Dumas, 2001 ; Laramée et al., 2009 ; Legaré et Carrier, 2009 ; Olivier et
Payette, 2010 ; Robrieux, 2010 ; Thibaudeau, 1997). D’autres écrits, plus
« grand public », entendent outiller toute personne à mieux
communiquer de façon à convaincre son interlocuteur dans son quotidien
(Baillargeon, 2006 ; Bellenger, 2009 ; Breton, 2003, 2004 et 2008 ; Breton
et Gauthier, 2000 ; Cornellier, 2009 ; Doury et Moirand, 2004 ; Ryborz,
1983 ; Simonet et Simonet, 1998). Certains traités proposent plutôt des
modèles argumentatifs, voire des théories de l’argumentation (Aristote,
62007 ; Kienpointner, 1986 ; Mucchielli, 2009 ; Perelman, 2002 ; Perelman
et Olbrechts-Tyteca, 2008 ; Toulmin, 1993 ; Van Eemeren et Grootendorst,
1996 ; Walton, 1996), tandis que d’autres formulent des interprétations
ou des vulgarisations de certains de ces modèles ou théories (Amossy,
2006 et 2010 ; Angenot, 2008 et 2012 ; Braet, 2004 ; Meyer, 2004b, 2005 et
2011 ; Plantin, 2005 ; Reboul, 1994 ; Schmetz, 2000 ; Van Eemeren, 2001 ;
Vignaux, 1999 ; Woods et Walton, 1992). Ces ouvrages, moins
accessibles, s’adressent généralement à des chercheurs dans les domaines
de la philosophie, de la linguistique ou des sciences de la
communication par exemple. Enfn, des ouvrages abordent les aspects
linguistiques de l’argumentation (Danblon, 2005), les dimensions littéraires de
l’art de convaincre (Bernier, 2006 et 2001 ; Tabet, 2003) ou les aspects
logiques du discours argumentatif (Dufour, 2008 ; Thibaudeau, 1997),
alors que certains autres traitent des dimensions éthiques (Métayer,
2010), juridiques (Livet, 2000 ; Spence, 1996), historiques (Angenot,
Côté et al., 2012) ou encore psychologiques (Chabrol et Radu, 2008 ;
6. La date de l’ouvrage cité correspond à la date de la version contemporaine ici utilisée et non pas à la
date originelle de la parution de l’ouvrage d’Aristote, qui est un philosophe grec ancien. Il en va de
même tout au long de cet ouvrage. Des versions ou des traductions contemporaines ont en général
été utilisées.Introduction 7
Chalvin, 2006 ; Girandola, 2003 ; Guéguen, 2011 ; Piattelli-Palmerini,
1999) de la communication persuasive. En résumé, les sciences
humaines et sociales ont abondamment contribué et contribuent encore
de nos jours à cerner et comprendre les tenants et les aboutissants
de la communication argumentative.
Bien que l’énumération précédente d’ouvrages et d’articles
consacrés à l’argumentation ne soit nullement exhaustive, elle montre à quel
point les théories de l’argumentation et les stratégies argumentatives
occupent une place importante en sciences humaines et sociales – ce qui
n’est pas du tout le cas dans le domaine des sciences de la santé. De fait,
comme nous l’avons indiqué antérieurement, aucun ouvrage ne traite,
à notre connaissance, précisément des différentes stratégies
argumentatives pouvant être utiles aux professionnels de la santé afn de faire
avancer leurs idées, leurs décisions et leurs perspectives au quotidien,
de même que celles des patients qu’ils traitent. C’est ce constat qui est
à l’origine de cet ouvrage…
Dans cette optique, nous envisageons ce livre comme un outil
complémentaire aux autres ouvrages ou guides déjà utilisés par les
professionnels de la santé. Autrement dit, ABC de l’argumentation
s’ajoute à ces références et vise à les compléter. Pourquoi ? Parce que
l’argumentation peut être employée dans le cadre de la myriade des
relations et interactions qui ont cours entre les professionnels de la
santé, les patients, les collègues et autres intervenants des milieux de
la santé et communautaire. Nous espérons que ce guide sera utile aux
professionnels de la santé afin de faciliter certains aspects de leurs
communications professionnelles. Précisons toutefois que les techniques
argumentatives doivent être appropriées et modelées au contexte.
L’argumentation possède de façon inhérente un caractère spontané et
fait appel à la créativité de celui qui l’utilise. Dans cette optique, nous
estimons qu’il est possible de développer, tout au long de sa carrière,
cette habileté inhérente à la communication humaine. En cela, cet
ouvrage n’est pas un livre de « recettes » argumentatives. Il ne saurait
y avoir de réponses ou de techniques qui pourraient s’appliquer tous
azimuts ou bien garantir le succès d’une intervention.
C’est dire que ce livre érige un pont entre le domaine des sciences
humaines et sociales, d’une part, et celui des sciences de la santé,
d’autre part. En ce sens, cet ouvrage est un éloge à l’interdisciplinarité
tant discutée et valorisée dans le domaine de la santé. Non seulement 8 ABC de l’argumentation
ses auteures appartiennent à des disciplines différentes et, dans
plusieurs cas, ont un bagage pluridisciplinaire, mais les connaissances
qui sont mobilisées dans cette monographie ainsi que leurs applications
se situent au carrefour de plusieurs disciplines.
Somme toute, la première raison qui motive la publication de cet
ouvrage est la suivante : aucun livre destiné précisément aux
professionnels de la santé ne traite de manière approfondie et pédagogique
les différentes stratégies argumentatives pouvant les aider au
quotidien à faire avancer leurs idées et celles de leurs patients. Bien entendu,
d’autres raisons expliquent la publication de ce livre.
Deuxième raison : lorsqu’on questionne de nouveaux diplômés de
différents programmes de formation professionnelle dans le domaine
de la santé, plusieurs mentionnent qu’ils ne se sentent pas suffsamment
outillés pour argumenter de façon convaincante auprès de diverses
personnes ou de différents groupes, pour articuler le bien-fondé de leurs
recommandations professionnelles ou pour exprimer leur dissidence.
Ces témoignages sont confrmés dans des écrits scientifques ou profe-s
sionnels qui décrivent les défs à relever par des professionnels novices,
lorsque vient le moment de négocier divers aspects d’un plan
d’intervention avec un tiers payeur par exemple (Solomon et Miller, 2005) ou
qu’il devient nécessaire de contester les actions discutables d’un mentor,
d’un supérieur immédiat (Kirsch, 2007 et 2013), d’une institution, d’un
organisme ou d’une entreprise. Ces diffcultés relatives à l’art de
négocier, de contester, voire de plaider, afn de convaincre ne concernent
pas uniquement les professionnels de la santé ayant peu d’expérience
professionnelle. Elles peuvent également être le lot de maints profes -
sionnels de la santé d’expérience. Pourquoi ? Précisément parce que
communiquer de manière convaincante demeure un art diffcile pour
bon nombre d’êtres humains, notamment pour les professionnels
de la santé, qu’ils soient novices ou expérimentés.
Troisième raison : soulignons que quasi quotidiennement, les
professionnels de la santé ont à argumenter, c’est-à-dire à expliquer
7le bien-fondé de leurs points de vue à divers individus ou groupes.
Si certains professionnels de la santé ont des aptitudes naturelles à
communiquer, voire à argumenter, d’autres a contrario doivent apprendre
7. La banque de situations d’argumentation qui se trouve à l’annexe 2 est un échantillon qui illustre
cette affrmation.Introduction 9
à le faire de façon convaincante, et ce, peu importent les locuteurs
ou auditoires auxquels ils s’adressent. Avec l’expérience, plusieurs
parviennent à développer les habiletés communicationnelles leur
permettant de se sentir un peu plus à l’aise avec cette activité inhérente à
leur pratique professionnelle. Mais il n’en demeure pas moins diffcile de
convaincre des personnes ou des groupes du bien-fondé de ses idées, en
particulier lorsque ces individus ou ces groupes ont des valeurs ou des
visions des choses éloignées, voire opposées à celles qu’on défend. Une
situation d’argumentation peut également être complexifée lorsque le
bien-être de l’intervenant lui-même ou celui d’un proche est directement
concerné. Dans ce cas, la capacité du professionnel à prendre une
décision selon un processus décisionnel logique et objectif peut être altérée.
Il s’avère aussi parfois diffcile d’amener certains patients à modifer
leurs habitudes de vie. Sur ce sujet, des études démontrent que le
pourcentage des individus qui mettent en application les recommandations
de leur médecin ou des professionnels de la santé qu’ils consultent est
plutôt faible (Chiu et al., 2013 ; Lee et al., 2013 ; Visser et al., 2014). De
fait, l’adhésion des patients ou de la population aux recommandations
des professionnels de la santé ou des instances en santé publique n’est
pas aussi élevée qu’on pourrait l’espérer. Il est en effet diffcile pour
toute personne de changer ses habitudes de vie, c’est-à-dire de se laisser
« convaincre » de modifier certains de ses comportements (Keller et
White, 1997). En fait, avant même de tenter de convaincre un patient de
changer ses habitudes de vie, l’établissement d’une relation de confance
entre l’intervenant et le patient est évidemment de mise. Comme nous
le verrons, l’argumentation effcace ne se résume pas à la présentation
des évidences scientifques qui appuient une recommandation
professionnelle. Elle fait également appel aux émotions, aux sentiments et aux
liens qui nous unissent les uns aux autres. En ce sens, lorsqu’on parle
de « convaincre » un patient, il s’agit de tenter d’en arriver, avec lui,
à une entente qui peut contribuer à sa santé et à son bien-être, et qui
se rapproche de ce qu’il est, de ce qu’il veut et de ses valeurs.
Ainsi, c’est dire que l’acte de convaincre suppose l’idée de
changement ou encore que l’argumentation se présente comme une
incitation à l’action. En effet, lorsqu’on est convaincu par quelqu’un, c’est
qu’on accepte non seulement d’adhérer à son point de vue, c’est-à-dire
de modifer son opinion et d’adopter la sienne, mais aussi de changer
en conséquence ses attitudes et ses comportements. D’ailleurs, l’un des 10 ABC de l’argumentation
buts importants des interventions des professionnels de la santé ne
consiste-t-il pas à ce que les patients adoptent de saines habitudes de vie
et modifent, le cas échéant, certains de leurs comportements qui nuisent
à leur santé, à leur bien-être, à leur sécurité ou à leur qualité de vie ? La
faible adhésion aux r ecommandations des professionnels de la santé
est-elle un indice de la faible capacité des professionnels de la santé à
« convaincre » leurs patients de la justesse de leurs perspectives et à les
soutenir suffisamment dans la modification de leurs comportements ?
Est-elle une indication qu’il est parfois difficile de changer ses habitudes
de vie ? Est-il possible que certains professionnels de la santé ne
prennent pas suffisamment en considération ce que souhaite le patient,
notamment dans les cas où ce que désire celui-ci va à l’encontre de ce
que les intervenants considèrent comme bon pour lui ? Autrement dit,
est-ce que les professionnels de la santé n’auraient pas, eux aussi, à
apprendre à se laisser convaincre par le patient ?
Cela dit, même s’il s’avère diffcile de modifer ses habitudes de
vie, la pertinence même des interventions des professionnels de la santé
n’implique-t-elle pas, d’une part, une plus grande adhésion de la part des
patients aux recommandations des professionnels de la santé et, d’autre
part, une plus grande écoute et une meilleure prise en compte des points
de vue des patients ? À quoi peuvent bien servir des recommandations
qui ne contribuent pas ou alors trop peu à modifer les comportements
de personnes ou de groupes qui se révèlent nuisibles à leur santé, à leur
bien-être, à leur sécurité ou à leur qualité de vie ? À quoi peuvent bien
servir des recommandations qui ne se révèlent pas signifantes aux yeux
des personnes à qui elles sont destinées ? Comment inciter les individus
et les groupes à adopter des comportements qui visent à améliorer leur
santé et leur bien-être, tout en prenant en compte leur vision particulière
des choses ? En ce sens, n’est-il pas souhaitable que les professionnels
de la santé améliorent leurs capacités persuasives ? Nous estimons que
cela ne peut qu’être utile – dans la mesure, bien entendu, où les
recommandations qu’ils formulent se révèlent à la fois pertinentes, légitimes
8et fondées sur des résultats probants, de même que signifantes pour
les individus et les groupes auxquels elles s’adressent.
8. Nous utilisons l’expression « résultats probants » ou « preuves scientifques » plutôt que « données
probantes », car les professionnels de la santé n’ont jamais accès aux données brutes des chercheurs
lorsqu’ils consultent les écrits scientifques. Ils ont accès aux résultats des recherches, c’est-à-dire
aux interprétations qui découlent de l’analyse des données recueillies par les chercheurs et leurs
équipes de recherche.Introduction 11
Ce constat troublant sur la faible adhésion des patients aux
recommandations des professionnels de la santé a amené plusieurs chercheurs
à réféchir à la relation patient-intervenant et à mettre, avec raison, de
l’avant l’approche centrée sur le patient (Hammell, 2013 ; Lusk et Fater,
2013), la collaboration et le partenariat au cœur de la relation
thérapeutique (Coleman, 2014 ; Tubbs-Cooley et al., 2013). Certains établissements
d’enseignement et de santé du Québec ont d’ailleurs mis de l’avant
l’approche patient-partenaire (Stewart et al., 1995) qui vise en outre à
intégrer davantage la perspective des patients aux interventions (Barry et
Edgman-Levitan, 2012 ; Karazivan et al., 2011). À première vue, il appert
que la force persuasive des professionnels de la santé n’est peut-être
pas aussi grande qu’on pourrait le croire ou l’espérer, peut-être parce
que ces derniers ou certains d’entre eux connaissent mal ou trop peu
les individus qu’ils aspirent à convaincre, en l’occurrence leurs patients.
En effet, mettre la collaboration, voire le partenariat au centre de la
relation intervenant-patient ou miser, en d’autres mots, sur l’approche
centrée sur le patient, c’est sortir d’une approche paternaliste des soins
de santé où un intervenant-expert impose de manière quasi
unilatérale sa vision des choses. Mettre la collaboration, voire le partenariat au
centre de la relation intervenant-patient, c’est notamment permettre à
la voix du patient d’être entendue et miser sur une communication et
un dialogue ouverts entre une équipe de professionnels et patient ainsi
que sa famille, voire sa communauté.
Par ailleurs, il est de plus en plus fréquent que les patients se
renseignent et se documentent de diverses façons, notamment en
navigant sur Internet. Il arrive que ceux-ci trouvent et soumettent des
stratégies ou des modalités différentes à leurs professionnels. Parfois,
celles-ci se révèlent fort pertinentes et plutôt efficaces en regard de leurs
besoins, en outre parce que les solutions émergent de démarches qu’ils
ont eux-mêmes entreprises. En d’autres occasions cependant, les
solutions proposées par les patients sont moins pertinentes, notamment
parce qu’elles s’appuient sur des données peu crédibles. Il est
évidemment opportun que les patients s’informent et remettent en question
les suggestions des intervenants. Le problème est que certains patients
mettent parfois en doute les analyses et suggestions des professionnels
de la santé sur la base d’informations peu fables et de piètre qualité.
Comment, dans ces contextes, les professionnelsde la santé peuvent-ils
valoriser l’auto–prise en charge des patients, tout en tentant d’amener
ceux-ci à considérer des connaissances plus avérées ?12 ABC de l’argumentation
En résumé, la troisième raison qui justife ce livre est la suivante :
quotidiennement, les professionnels de la santé doivent convaincre divers
individus ou groupes d’individus de la pertinence de leurs idées et de leurs
perspectives ; or, de nos jours, l’adhésion des patients aux recommandations
des professionnels de la santé n’est pas, toujours optimale.
Quatrième et dernière raison : les référentiels de compétences
professionnelles élaborés par les associations et les ordres
professionnels exigent souvent de leurs membres qu’ils revendiquent au nom des
patients, en collaboration avec eux et pour eux, qu’ils fassent la
promotion de la santé et de la prévention des maladies, et qu’ils défendent
leur profession auprès de différents groupes ou instances (Drolet et
Hudon, 2014b). À titre d’exemple, d’après l’Association canadienne des
ergothérapeutes (ACE, 2012, p. 10), le professionnel doit « revendiquer
adéquatement au nom des [patients] vulnérables ou marginalisés afn
de favoriser leur participation à travers l’occupation ». La profession
d’ergothérapeute ne fait ici nullement figure d’exception. Le même
genre de prescription est articulé dans des référentiels de compétences
en orthophonie et en audiologie (CAPUC-ASLP, 2011), en médecine
(CanMEDS, 2014), en physiothérapie (APC, 2006 ; CCPUP, 2009 ; GCNP,
2009) et en sciences infrmières (Leprohon et al., 2009 ; UKCC, 1989)
pour n’apporter que ces exemples. C’est dire que les professionnels de
la santé peuvent être appelés à jouer un rôle plus « politique » auprès
de divers individus, groupes ou instances, par exemple en défendant
9les droits , les intérêts et les besoins de patients (Dhillon et al., 2010), en
réalisant des activités de promotion de la santé (ou de prévention de
maladies ou d’accidents) ainsi qu’en exerçant un certain leadership pour
mettre en valeur leur profession ou leur vision disciplinaire des choses
(Drolet et Hudon, 2014b). Ce rôle plus politique requiert bien
évidemment des habiletés communicationnelles reliées à l’argumentation et à
la diplomatie (Dhillon et al., 2010).
Ce rôle est désigné en anglais par le mot advocacy, qui est
également utilisé par des professionnels de la santé francophones (Drolet,
2014a ; Drolet et Hudon, 2014b). L’advocacy ou le fait de plaider,
défendre, revendiquer ou promouvoir les droits, intérêts ou besoins
des patients s’exerce auprès de divers individus ou groupes dans
9. La notion de droits réfère ici aux droits éthiques plutôt qu’aux droits juridiques, c’est-à-dire aux droits
des patients tels qu’ils devraient être plutôt qu’aux droits positifs, c’est-à-dire aux droits enchâssés dans
des textes légaux (Drolet et Hudon, 2014b).Introduction 13
différents contextes allocutifs (Dhillon etal., 2010). Ainsi, un
professionnel de la santé peut être appelé à convaincre non seulement un
individu ou un groupe, mais également la population en général
quant à une position quelconque à adopter relativement à la santé,
au bien-être, à la sécurité ou à la qualité de vie de personnes ou de
populations (Dorfman et al., 2005 ; Mattson, 2010 ; Servaes et Malikhao,
2010). D’ailleurs, plusieurs arguments soutiennent un tel rôle exercé
par les professionnels de la santé (Drolet, 2014a ; Drolet et Hudon,
2014b). Même si le contexte de l’exercice de ce rôle peut s’apparenter
au contexte habituel des soins de santé, il peut aussi en différer,
notamment lorsqu’il fait appel aux différents médias de communication
(Chapman, 2004 ; Dietrich Leurer, 2013 ; Gardner et al., 2010). De fait,
ce rôle plus politique peut se permuter en rôle médiatique (Dhillon
et al., 2010 ; Drolet et Hudon, 2014b). Il peut par exemple requérir d’un
professionnel de la santé qu’il rédige un article pour un journal comme
Le Devoir, qu’il participe à une émission radiophonique ou télévisuelle,
qu’il dépose un mémoire à l’Assemblée nationale sur une thématique
de santé d’intérêt public, pour ne donner que ces exemples (Drolet
et Hudon, 2014b). En somme, l’advocacy, que peuvent être appelés à
exercer certains professionnels de la santé, se distingue à maints égards
de la vision usuelle qu’on peut avoir d’un soignant intervenant en
clinique auprès de patients, et ce, bien qu’il s’agisse d’un rôle valorisé
dans plusieurs professions de la santé comme en sciences infrmières
(Curtin, 1979 ; Gadow, 1980 ; Saint-Arnaud, 2009) et en ergothérapie
(Sachs et Linn, 1997 ; Smith, 2004 ; Swedlove et Brown, 1997), pour ne
fournir que ces deux exemples. C’est pourquoi certains professionnels
de la santé – qu’ils soient novices ou expérimentés comme cliniciens –
ne sont pas complètement à l’aise avec ce rôle (Heinowitz et al., 2012),
ne se sentant pas habilités à l’exercer parce qu’ils ne maîtrisent pas
entièrement les connaissances et les stratégies communicationnelles
10relatives à l’ancien art oratoire qu’est la rhétorique (Redick, McClain
et Brown, 2000 ; Restall et Ripat, 2008).
Cet inconfort avec ce r ôle plus politique, voire médiatique peut
s’expliquer en partie par le fait que plusieurs professionnels de la santé
ont des connaissances et une formation pouvant être qualifiées de
10. Nous reviendrons au chapitre 1 sur cette ancienne discipline qu’est la rhétorique, laquelle peut être
considérée comme la « mère » de l’argumentation. De fait, le premier chapitre de cet ouvrage apporte
des précisions sur l’origine, l’histoire et la nature de la rhétorique.14 ABC de l’argumentation
limitées dans le domaine de la plaidoirie en particulier et de
l’argumentation en général (Dhillon et al., 2010 ; Sullivan et Main, 2007). En
fait, si la formation sur ce rôle fait souvent partie des programmes de
formation en éducation à la santé (Radius, Galer-Unti et Tappe, 2009 ;
Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009 ), en santé publique, en médecine et
en sciences infrmières, il appert que ce type de formation est moins
présent dans les autres programmes menant à la pratique des
professions de la santé comme l’audiologie, l’ergothérapie, l’orthophonie et
la physiothérapie par exemple (Dhillon et al., 2010 ; Drolet et Hudon,
2014b). En fait, peu d’études ont à ce jour documenté précisément la
place qu’occupe ce genre de formation dans ces programmes univer -
sitaires, mais de plus en plus d’acteurs souhaitent que la
préparation à cette responsabilité professionnelle fasse partie intégrante des
programmes de formation (Dhillon et al., 2010 ; Restall et Ripat, 2008),
voire des programmes d’études des professionnels de la santé en
général (Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009 ). À cet égard, il est probable
que, dans un avenir plus ou moins rapproché, ce type de formation soit
inclus dans le cursus des cours de ces programmes d’études compte
tenu des exigences actuelles des associations et des ordres
professionnels qui incorporent, disions-nous plus tôt, à leurs référentiels de
compétences professionnelles des compétences reliées à la plaidoirie
(Drolet et Hudon, 2014b).
Plus concrètement, ces compétences professionnelles se
manifestent par exemple lorsqu’un professionnel de la santé est appelé à
défendre les droits, les intérêts et les besoins de patients (Dhillon et al.,
2010), à revendiquer au nom de patients vulnérables ou marginalisés
(Drolet et Hudon, 2014b), à effectuer des activités de promotion de la
santé ou de prévention de maladies ou d’accidents, à infuencer des
politiques publiques en matière de santé des personnes et des
populations (Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009 ; Zion, 2013), à promouvoir
sa profession ou une autre profession pour répondre aux besoins de
patients, à agir comme un agent de changement au sein de son
établissement (ACE, 2012) ainsi qu’à revendiquer au nom de personnes et de
communautés mal desservies ou desservies de manière inéquitable. Ce
faisant, certains professionnels estiment qu’ils usent de leur pouvoir
d’infuence de façon adéquate et en retirent un sentiment
d’accomplissement de soi (Dhillon et al., 2010). Plusieurs auteurs affrment que les
professionnels de la santé ont un rôle, voire un devoir de plaider au nom Introduction 15
des patients, avec eux et pour eux, mais peu d’outils sont actuellement
mis à leur disposition pour qu’ils puissent développer les habiletés dont
ils ont besoin afn de remplir ce rôle avec aisance et effcacité (Drolet,
2014a ; Drolet et Hudon, 2014b).
Pour clore ce premier thème de l’introduction, les quatre
principales raisons qui expliquent et justifent la publication de cet ouvrage
sur l’argumentation dédié en particulier aux professionnels de la santé
sont : 1) aucun ouvrage destiné aux professionnels de la santé n’expose
de manière approfondie et pédagogique les différentes stratégies
argumentatives pouvant les aider au quotidien à faire avancer leurs idées et
celles des patients ; 2) convaincre demeure un art diffcile pour plusieurs
personnes, notamment pour les professionnels de la santé, que ceux-ci
soient novices ou expérimentés comme cliniciens ; 3) quotidiennement,
les professionnels de la santé doivent convaincre divers individus ou
groupes de la pertinence de leurs idées et de leurs perspectives, même
si l’adhésion des patients aux recommandations des professionnels de
la santé n’est pas, de nos jours, optimale dans tous les cas ; 4) les
professionnels de la santé sont appelés à exercer un rôle plus politique, voire
médiatique, soit celui de plaider, défendre, revendiquer ou promouvoir
(advocacy), qui requiert des habiletés argumentatives – rôle avec lequel
plusieurs ne sont pas tout à fait à l’aise ; or peu d’outils sont
actuellement disponibles pour aider les professionnels de la santé à remplir
un tel rôle avec aisance et effcacité.
En somme, cet ouvrage répond à un besoin, celui des
professionnels de la santé qui, quotidiennement, soutiennent des points de vue,
formulent des recommandations, tentent d’influencer des patients,
des décideurs et des partenaires, défendent les droits, les intérêts et les
besoins de patients, articulent des perspectives parfois inédites ou à
contre-courant, expriment une dissidence, condamnent un comportement
fautif, justifent une intervention innovante, recommandent l’arrêt ou la
prolongation de soins, promeuvent des causes sociales, revendiquent au
nom de patients et en collaboration avec eux ou encore dénoncent des
situations iniques (pour ne formuler que ces exemples de situation d’ar -
gumentation), mais qui, ce faisant, rencontrent des obstacles à convaincre
les personnes ou les groupes auxquels ils s’adressent. Ces situations
d’insuccès ou de succès mitigés peuvent être frustrantes ou même
démotivantes, surtout lorsqu’elles se répètent. Les principes de l’argumentation 16 ABC de l’argumentation
et les stratégies argumentatives analysés dans ce livre se présentent
comme des outils pouvant transformer ces situations d’insuccès ou de
succès mitigés en communications effcaces.
Comme nous l’avons précisé plus tôt, les théories de
l’argumentation et les stratégies argumentatives sont abondamment documentées
dans des ouvrages et des articles du domaine des sciences humaines et
sociales. Cela dit, ces écrits ne sont pas destinés particulièrement aux
professionnels de la santé ; en conséquence, ils sont souvent peu adaptés
aux situations d’argumentation au sein desquelles ceux-ci évoluent
quotidiennement. De fait, ces ouvrages sont éloignés de la pratique
des professionnels de la santé et les contenus qui y sont abordés se
révèlent souvent peu applicables en contexte clinique ou administratif.
Les sciences humaines et sociales ayant leurs propres vocabulaire et
expressions qui se distinguent de ce qui se fait et se dit dans le domaine
des sciences de la santé, ces traités se révèlent en effet peu applicables
en contexte de soins de santé. Ainsi, l’objectif que nous poursuivons
est d’offrir aux professionnels de la santé une boîte « à outils
argumentative » construite à partir des connaissances sur l’argumentation qui
proviennent des sciences humaines et sociales, mais collée aux réalités
quotidiennes des professionnels de la santé. Ce faisant, cet ouvrage érige
un pont, répétons-le, entre deux domaines de savoirs qui se rencontrent
trop peu souvent, soit celui des sciences humaines et sociales et celui
des sciences de la santé.
Maintenant qu’ont été précisés les principales raisons qui motivent
la publication de cette monographie, les besoins auxquels elle entend
répondre, de même que les objectifs que nous poursuivons, il importe
d’exposer brièvement la pertinence à la fois scientifque, professionnelle
et sociale de cette « boîte à outils argumentative ». Ce livre est
pertinent au plan scientifique parce qu’il comble un vide dans les écrits
destinés aux professionnels de la santé. La synthèse et la relecture qu’il
propose des connaissances relatives à l’argumentation en provenance
des sciences humaines et sociales contribuent à l’édifcation des
connaissances dans le domaine de la santé. Comme nous l’avons mentionné
plus tôt, aucun ouvrage destiné aux professionnels de la santé
n’expose de manière approfondie et pédagogique les principes de base
de l’argumentation ainsi que les différentes stratégies argumentatives
pouvant les aider au quotidien à faire avancer leurs idées et celles
de leurs patients. Introduction 17
Le présent ouvrage est justifé d’un point de vue professionnel
parce qu’il répond à un besoin, soit celui de professionnels de la santé
qui argumentent au quotidien dans divers contextes
communicationnels. Comme nous l’avons souligné antérieurement, plusieurs
professionnels de la santé mentionnent qu’ils ne se sentent pas suffsamment
outillés pour argumenter de façon convaincante auprès de diverses
personnes ou de différents groupes, pour articuler le bien-fondé de leurs
recommandations ou pour exprimer leur dissidence.
L’ouvrage est aussi valable au plan social parce qu’il vise à
soutenir les professionnels de la santé à remplir leur rôle de plaideur
auprès de patients en particulier et de la population en général, et ce,
avec plus d’aisance et d’effcacité. Ce faisant, il vise à aider les personnes
ou les communautés qui se trouvent dans des situations où elles ne
sont pas en mesure (pour toutes sortes de raisons) de défendre par
elles-mêmes leurs droits, de promouvoir leurs intérêts ou de
revendiquer au nom de leurs besoins, en donnant des outils à des personnes de
leur entourage (en l’occurrence les professionnels de la santé) qui ont
à cœur les droits, les intérêts et les besoins de ces patients. Autrement
dit, ce livre vise à outiller les professionnels de la santé afn que la
collaboration intervenant-patient puisse permettre la réelle transformation
de situations inéquitables en des situations de soins contribuant
véritablement à la santé, au bien-être, à la sécurité ou à la qualité de vie des
personnes et des communautés. Telle est la façon dont nous percevons
la pertinence de cet ouvrage. Celle-ci a trois visages qui se complètent,
soit la pertinence scientifque, la pertinence professionnelle ainsi que
la pertinence sociale.
Dans un autre ordre d’idées, nous avons utilisé diverses méthodes
afn de présenter, d’organiser et de générer les connaissances qui sont
exposées dans ce livre. Sans entrer dans les détails méthodologiques qui
ont été ici opérationnalisés (de peu d’intérêt, peut-on présumer, pour
maints professionnels de la santé), mentionnons que plusieurs
théories de l’argumentation qui ont marqué l’histoire des idées ainsi que
celles qui mobilisent les débats contemporains ont été scrutées
attentivement afn d’y repérer les principes de l’argumentation et les
stratégies argumentatives pouvant être utiles aux professionnels de la santé.
Autrement dit, nous avons opté pour des œuvres incontournables que
nous avons examinées avec un œil attentif et critique. Nous cherchions
les principes et les stratégies pouvant être applicables au quotidien 18 ABC de l’argumentation
par des professionnels de la santé dans différents contextes de soins
de santé. Aussi, nous avons examiné attentivement des sources
primaires (des écrits sources incontournables), en complémentarité à
des sources secondaires (des textes rédigés par des commentateurs de
ces ouvrages sources). Si des sources secondaires ont été consultées, ce
fut pour confrmer ou infrmer certaines lectures critiques des ouvrages
sources sur lesquels s’appuie ce livre de vulgarisation. De plus, nous
avons au fur et à mesure confronté nos interprétations respectives de
ces ouvrages sources afn d’en venir à un consensus sur la lecture qui
pouvait être faite de ces textes phares, voire emblématiques, auxquels
ce livre s’abreuve directement et sur lesquels il s’édife et prend racine.
Bien entendu, ces interprétations se veulent les plus fdèles possible aux
propos des auteurs de ces références sources et elles sont à l’origine des
outils proposés dans cet ouvrage pour soutenir le développement
des habiletés argumentatives des professionnels de la santé.
Cela précisé, bien que ce livre traite de connaissances avérées
dans le domaine de la communication persuasive, cette « boîte à outils
argumentative » n’est pas du tout exhaustive. C’est dire qu’elle ne
renferme pas l’ensemble des principes argumentatifs et des stratégies
de communication visant à convaincre, mais ceux qui s’avèrent adaptés,
disions-nous, à la réalité des professionnels de la santé et utiles à leur
pratique professionnelle. Basé sur des exemples puisés au quotidien des
professionnels de la santé, ce livre se veut un guide théorique, certes,
mais arrimé à la pratique. Il est en effet souhaité qu’à sa lecture, les
professionnels de la santé puissent développer des habiletés
argumentatives utiles, voire essentielles au succès de leurs interventions et de
leurs plaidoiries. Comme certains réviseurs nous l’ont indiqué, il est
possible que plusieurs lectures soient requises ou que certains contenus
soient plusieurs fois consultés, comme le procédurier qui se retrouve
11sur le site de l’éditeur . Cela dit, un souci pédagogique oriente
l’écriture de cet ouvrage. Nous avions à cœur non seulement d’y exprimer le
plus clairement possible les moyens dont les professionnels de la santé
disposent pour articuler précisément leurs idées et les présenter de
manière convaincante, mais également d’asseoir les éléments théoriques
que ce livre contient sur des expériences professionnelles concrètes.
11. <http://www.puq.ca/drolet_lalancette_caty/procedurier>.Introduction 19
S’inspirant du cycle des apprentissages de David Kolb (1984),
de résultats de recherches plus récentes sur ce cycle d’apprentissage
(Kolb, Boyatzis et Mainemelis, 2000 ; Kolb et Kolb, 2005) et du concept
du praticien réfexif (Schön, 1983), nous nous sommes appuyées sur
les expériences concrètes des professionnels de la santé relatives à l’art
de convaincre pour ensuite réféchir à ces expériences et apprendre de
celles-ci (voir la banque de situations d’argumentation). C’est pourquoi
plusieurs éléments théoriques proposés dans cet ouvrage sont présentés
après que le lecteur a fait un retour réfexif sur une ou des expériences
professionnelles concrètes qu’il a vécues, s’arrimant ainsi à certains
principes de la pratique réfexive (Kinsella, 2000), préconisée de nos
jours par maints ordres et regroupements professionnels. En somme,
cette monographie comprend des exercices pratiques et des activités
d’apprentissage permettant aux lecteurs de revenir sur des expériences
argumentatives antérieures, d’y réféchir, de tester de nouvelles
connaissances et, peut-on espérer, de développer leurs habiletés à argumenter.
Cet ouvrage s’arrime donc à une vision méliorative de sa pratique où
le professionnel de la santé adopte une posture d’ouverture face aux
nouveaux apprentissages et au développement continuel de ses
compétences professionnelles. Mentionnons que des éléments de réponses
sont proposés dans le solutionnaire qui se trouve à l’annexe 1 de ce
livre, ce qui permet à chacun d’obtenir de la rétroaction sur sa façon de
réaliser certains exercices que contient cet ouvrage. Si le solutionnaire
ne présente pas la résolution complète d’une des situations
d’argumentation qui se trouvent en annexe 2 (nous estimons que chaque
situation est unique et que chacun doit trouver par lui-même les bons coups
qui conviennent à sa situation particulière d’argumentation), comme
l’a judicieusement remarqué l’un des réviseurs de cet ouvrage, cette
introduction se présente comme un exemple d’argumentation. De fait,
elle vise à persuader le professionnel de la santé que l’argumentation
est inhérente à sa pratique professionnelle et qu’il est avantageux pour
lui de s’outiller, sur le plan de la rhétorique et de l’argumentation, pour
faire avancer ses idées et celles de ses patients, et ce, toujours dans le
respect et l’écoute des personnes qu’il souhaite convaincre.
Pour clore ce propos introductif, mentionnons que le contenu de
ce livre se décline dans deux parties successives. La première partie,
plus théorique, comprend les deux premiers chapitres. Le chapitre 1
précise l’origine, l’histoire et la nature de la « mère » de l’argumentation 20 ABC de l’argumentation
qu’est la rhétorique. Ce chapitre plus historique situe dans un contexte
plus large l’art de convaincre par l’argumentation, sans entrer dans des
détails historiographiques de peu d’intérêt pour le professionnel de la
santé. Ce faisant, il présente la lorgnette théorique à partir de laquelle
nous concevons l’activité communicationnelle qu’est l’argumentation.
Le chapitre 2 propose de spécifer ce qu’est l’argumentation, tout
en spécifant ce qu’elle n’est pas. Afn de piquer la curiosité des lecteurs
et les positionner d’emblée dans une posture active dans leurs
apprentissages, ce chapitre (comme tous les autres) débute par une mise en
situation qui invite chacun à réféchir à différents aspects de sa pratique
quotidienne de l’argumentation. Après avoir précisé en quoi consiste
l’argumentation et ce qu’exige cette activité communicationnelle, nous
mentionnons plusieurs raisons importantes qui expliquent la diffculté
que rencontrent les êtres humains à convaincre d’autres personnes. Ces
raisons sont de nature psychologique, cognitive, éthique, idéologique,
pédagogique, méthodologique et rhétorique. Ensuite, nous précisons ce
qu’argumenter n’est pas. Cette clarifcation de ce que n’est pas
l’argumentation nous conduit à exposer les trois principales raisons qui nous
amènent à refuser la manipulation comme modalité pertinente et légitime
de l’argumentation, et à opter pour l’écoute et l’accueil de l’autre dans sa
différence et sa spécifcité. De fait, ce livre ne vise pas du tout à faire du
professionnel de la santé un tyran qui impose à tout prix et par tous les
moyens ses idées ou celles de patients. Comme nous le verrons,
l’argumentation dont il est question dans ce livre rime avec respect, écoute et
dialogue. C’est en ce sens qu’elle propose une solution de rechange à la
violence, voire à la manipulation. Tout en décortiquant en quoi consiste
l’argumentation et en précisant ce qu’elle n’est pas, ce chapitre présente
plusieurs grands principes de l’art de convaincre, de même qu’il contient
plusieurs tableaux et fgures qui illustrent les contenus théoriques qui
y sont discutés. Au fnal, nous espérons que les techniques proposées
permettront d’accroître l’écoute, le souci et le maintien de l’estime
de l’autre ainsi que la collaboration interpersonnelle.
Les deux chapitres suivants forment la deuxième partie, qui est
plus pratico-pratique que la première. Le chapitre 3 poursuit
l’exploration de certains principes argumentatifs de base, tout en présentant
plusieurs stratégies argumentatives réputées effcaces. Aussi, certains
pièges à éviter lorsqu’on argumente sont indiqués. Ce faisant, les
lecteurs y apprennent comment formuler des arguments convaincants Introduction 21
qui respectent les critères rationnels, émotionnels et éthiques d’une
argumentation bien conduite, tout en évitant de manipuler l’auditoire
auquel ils s’adressent. Par la même occasion, ils y apprennent aussi à
déconstruire et à réfuter des arguments qui ne respectent pas l’un ou
l’autre de ces critères, de même qu’à formuler des objections
convaincantes. En somme, c’est dans ce chapitre que la méthode « I-DÉ-A-L-E »
pour développer des raisonnements est présentée. Cette méthode
propose cinq familles d’arguments pour appuyer le point de vue de
professionnels de la santé en situation d’argumentation. Mentionnons
que dans ce chapitre, des exercices s’insèrent dans le texte au fur et à
mesure que les stratégies argumentatives sont expliquées et illustrées,
de façon à ce que chacun puisse tester ses connaissances et habiletés.
Le chapitre 4 traite de la préparation générale de la plaidoirie de
l’orateur. Différents plans, pour organiser ses communications, sont
proposés ainsi que quelques derniers conseils pour mieux convaincre
les personnes à qui on s’adresse. De plus, la théorie du psychologue
social étasunien Lawrence Kohlberg (1986) est proposée comme lunette
afn d’appréhender ce qui peut motiver certains individus à agir. Ce
faisant, cette théorie sur le développement du raisonnement éthique des
êtres humains peut être utile au professionnel de la santé pour cerner
certains aspects de l’auditoire ou de l’interlocuteur auquel il s’adresse.
Enfn, après la conclusion générale de l’ouvrage, sont disponibles
le solutionnaire de certains exercices clés proposés aux lecteurs ainsi
qu’une banque de situations cliniques d’argumentation (annexes 1 et 2).
Cette section présente aussi une dizaine de résumés d’ouvrages dédiés
à l’argumentation, invitant ainsi le professionnel de la santé à scruter
d’autres ouvrages afn de continuer le développement de ses
compétences professionnelles, en l’occurrence celles relatives à l’argumen -
tation (annexe 3). Ce faisant, le lecteur qui souhaite poursuivre son
exploration de la rhétorique et de l’argumentation y découvre des
écrits du domaine des sciences humaines et sociales qui traitent de
cette thématique assurément fascinante. Enfin, un procédurier, qui
contient plusieurs tableaux utiles pour préparer son argumentation,
12pourra être consulté sur Internet . L’annexe 4 de l’ouvrage présente
d’ailleurs au lecteur les étapes à suivre pour une utilisation optimale
de ce procédurier. Les annexes fournissent donc des compléments
12. <http://www.puq.ca/drolet_lalancette_caty/procedurier>.22 ABC de l’argumentation
d’information aux éléments théoriques et pratiques discutés dans les
première et seconde parties de cette monographie. Comme nous l’avons
précisé plus tôt, nous recommandons aux lecteurs qui ont besoin de
concret avant d’aborder les éléments théoriques de lire la banque de
situations d’argumentation avant d’entamer la lecture des chapitres
afn d’avoir un aperçu des situations au sein desquelles les outils
théoriques et pratiques regroupés dans cet ouvrage peuvent être utiles. Cette
banque révèle, d’une certaine manière, la pertinence professionnelle
de l’ouvrage que le lecteur a entre ses mains.
Mais qu’est-ce donc que la rhétorique et en quoi cette discipline
plus que millénaire peut-elle être utile, de nos jours, aux professionnels
de la santé dans leur pratique professionnelle ? C’est ce que précise le
premier chapitre de cet ouvrage aux lecteurs qui souhaitent débuter
par les éléments théoriques.AU QUOTIDIEN, les professionnels de la santé ont à convaincre différentes
personnes ou communautés, que ce soient par exemple des patients, des collègues, des
supérieurs ou des partenaires, de la pertinence de leurs points de vue. Or cette tâche n’est pas
toujours aisée. Comment communiquer de façon à convaincre ? Quelles stratégies les
professionnels de la santé peuvent-ils utiliser pour persuader divers individus ou groupes de la
pertinence d’adhérer à leurs avis et de suivre leurs recommandations professionnelles ? Telles
sont les questions phares de cet ouvrage auxquelles les auteures apportent des réponses
précises et concrètes.
En plus d’esquisser l’histoire de l’argumentation ainsi que de préciser en quoi
consiste exactement l’acte d’argumenter, les auteures exposent les grands principes
de l’argumentation, proposent une méthode pour construire des arguments
convaincants et expliquent les stratégies permettant de développer des plaidoiries efficaces
qui respectent les critères rationnels (logos), émotionnels (pathos) et éthiques (ethos)
devant présider la préparation des discours argumentatifs.
Basé sur des exemples tirés du domaine de la santé, ce livre se veut un guide
théorique certes, mais adapté à la réalité des professionnels de la santé et utile à leur
pratique professionnelle. Il comprend des exercices pratiques et des activités
d’apprentissage permettant aux lecteurs de revenir sur des expériences argumentatives antérieures,
de réféchir sur celles-ci, de tester de nouvelles connaissances et de développer leurs
habiletés à argumenter .
Convaincre est un art diffcile, et les professionnels de la santé sont de plus en
plus appelés à exercer un rôle politique : celui de défendre et de promouvoir les droits
et les besoins des patients auprès de différentes instances. Ce livre entend outiller
ces professionnels afn qu’ils puissent remplir un tel rôle avec aisance, respect et effcacité.
Il sera aussi utile à toute personne qui souhaite convaincre.
MARIE-JOSÉE DROLET (au centre), titulaire d’un doctorat
en philosophie (éthique) de l’Université de Montréal,
est professeure au Département d’ergothérapie
de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
MIREILLE LALANCETTE (à gauche), titulaire d’un doctorat
en communication de l’Université de Montréal,
est professeure en communication sociale à l’UQTR.
MARIE-ÈVE CATY (à droite), titulaire d’un doctorat
en sciences de la santé et en réadaptation
de l’Université de Western Ontario, est professeure
au Département d’orthophonie de l’UQTR.
ISBN 978-2-7605-4268-6
,!7IC7G0-fecgig!
PUQ.CA
Annie Brien, UQTR

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