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Discours de la servitude volontaire (Prépas scientifiques 2016-2017)

De
242 pages
Édition augmentée avec dossier "Servitude et soumission" pour les prépas scientifiques 2016-2017.
Le renom d’Étienne de La Boétie, ami de Montaigne, s’attache à un écrit composé "à l’honneur de la liberté, contre les tyrans". Comment expliquer qu’un peuple entier puisse ployer sous le joug d’un seul homme sans force ni prestige ? À cette question, l’auteur répond que la servitude est volontaire ; ce sont les peuples qui, en acceptant de se soumettre, contreviennent à ce qu’il y a de plus profond dans la nature humaine : la liberté. Pourtant – et c’est là tout le scandale dénoncé par l’auteur –, rien de plus simple que s’affranchir du tyran. "Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres", affirme-t-il. Interrogeant les ressorts secrets de la domination, La Boétie construit une œuvre majeure pour l’histoire de la pensée politique.
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La Boétie
Discours de la servitude volontaire
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 1983. Édition revue et augmentée en 2015 puis 2016. ISBN Epub : 9782081391529
ISBN PDF Web : 9782081391536
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081375017
Ouvrage composé et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)
Présentationde l'éditeur Lerenomd’Étiennede La Boétie, amideMontaigne, s’attache à un écrit composé « à l’honneurde la liberté, contre les tyrans ». Comment expliquer qu’un peuple entier puisse ployer sous le jougd’un seul homme sans force ni prestige ? À cette question, l’auteurrépondque la servitude est volontaire ; ce sont les peuples qui, en acceptantde se soumettre, contreviennent à ce qu’il y ade plus profonddans la nature humaine : la liberté. Pourtantet c’est là tout le scandaledénoncé parl’auteur,riende plus simple que s’affranchir du tyran. « Soyezrésolusde ne servirplus, et vous voilà libres », affirme-t-il. Interrogeant lesressorts secretsde ladomination, La Boétie construit une œuvre majeure pourl’histoirede la pensée politique.
Discours de la servitude volontaire
« Nous ne sommes pas nés seulement en possession de notre franchise, mais avec affectation de la défendre. » La Boétie, Discours de la servitude volontaire
« La liberté est le sacré temporel des hommes. » Raymond Polin, La Liberté de notre temps
La vied'Étiennede La Boétie (1530-1563)
Présentation
Le nomde La Boétie est souvent lié à celuideMontaigne. Lesdeux hommes, en effet, furent unisde cette amitié célèbre que l'auteurdesEssaisexplique le plus simplementdu monde : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». De vingt-sept mois plus âgé queMontaigne, Étiennede La Boétie est né le mardi 1ernovembre 1530, à Sarlat, petite ville située sur la Cuze, non loinde Périgueux. Les belles maisonsdu XVIe siècle que l'on peut, aujourd'hui encore, admirerau longdesrues pittoresquesde la vieille villedisent assez que ce bourg périgourdin, évêché et bailliage, connut, au tempsde la Renaissance, le calme et la prospérité. La Boétie appartenait à un milieu aisé et cultivé. Son père était lieutenant particulierdu sénéchalde rigord ; il mourut prématurément. Unde sesoncles, qui était aussi son parrain le sieurde Bouilhonas, se chargeade son éducation. C'était un ecclésiastique férudedroit,de lettres classiques et de théologie. Dès l'âgededix ans, le jeune Étienne,dont l'intelligence s'éveillaitde façon exceptionnelle, fut élevédans le cultede l'Antiquité grecque etromaine. Cette première formation,déjà, l'emportadans le vaste mouvementde la Renaissance, particulièrement chaleureux à Sarlat, sous l'impulsiondu cardinal Niccolò Gaddi, évêquede la petite ville. CousindesMédicis, cet homme horsdu commun possédait une vaste érudition, tout empreintede l'humanisme italien. Ilrêvaitde fairede sondiocèse une « Athènes rigourdine »,oùdomineraient l'art et la philosophie. Dans ce milieu privilégiéoù l'avait introduit son oncle, le jeune La Boétie ne cachait pas sa joie à l'étude. On ignore si le collègede Guyenne le compta parmi ses élèves, et même s'il poursuivit ses études à Bordeauxou à Bourges. Ce qui, enrevanche, est r, c'est que les premiers maîtresde La Boétie, conscientsdes promesses qu'il portait en lui, l'orientèrentde bonne heure vers l'Université… Lesregistresde l'Universitéd'Orléansrévèlent en effet qu'Étiennede La Boétie vint y prendre ses gradesdedroit afinde se préparer, quel que fût son amour des belles lettres, à la magistrature. À cette époque, ledroit connaît en France undéveloppement brillant. Il existe alors une pléiadede jurisconsultes qui, nourrisde littérature ancienne, s'attachent à l'étudede la jurisprudenceromainedont 1 on s'accorde généralement à penserqu'elle peut serviraux jeunes États pour parfaire leur législation. L'Universitéd'Orléans est non seulement la seconde Universitéde France, après Paris, mais elle est l'une des plus célèbres écolesdedroitde l'époque. Elle est plus brillante que cellesde Bourges etde Poitiers et 2 saréputationdépasse largement cellesde Tours etd'AngerSa ns . otoriété la place sansdoute après 3 cellede Bologne,où,depuis Irnerius , les « maîtres ès arts » cultivaient à la fois ledroitromain et la philosophiemême ap et rès celle, plusrécente,de Padoue,où les glossateurs savaient alliers le ouci pratique à la science théorique. Néanmoins, l'Universitéd'Orléans s'illustre,dès la findu XVe siècle, par 4 5 des maîtres brillants qui, mettant à profit les méthodesde travailde LorenzoValla ,d'Ange Politien 6 oudappliquent la phil'Alciat , ologie et la connaissancede l'Antiquité à l'étudede la jurisprudence. Ils savent également l'importancedudroitdans la société civile. Grâce à eux, l'Universitéd'Orléans est l'un des lieuxoù souffle un esprit nouveau. En suivant les modèles latins, elleréagit vivement contre les routines et lesdogmesde la scolastique, qui, parl'oublides sources, avaient arraché la jurisprudence à 7 8 ses voies naturelles. Les professeurs Annedu Bourg et Charles Dumoulin font autorité en pratiquant 9 10 déjà,dans la voieouverte par François CoGnnan et régoirede Toulouse , l'exégèse juridique par 11 laquelle ils commentent lesdivers titresdu Code etdes Pandectes .Malgré quelquesrivalités, ils 12 participent aurenouveau juridique qui conduira un jurisconsulte comme Cujas à composerdes traités 13 synthétiquesdedroitdont, un peu plus tard, Jean Bodin portera la méthode à sa perfection . La Boétie, qui, à Orléans, eut pour condisciples F. Hotman, H. Doneau, F. Pithou, fut l'undes plus brillants étudiants. Sa connaissancedes lettres latines, et, en particulier,de Cicéron, faisait merveille. Aussiobtint-il, le 23 septembre 1553, le gradede licencié. À cettedate, il adéjà écrit leDiscoursde la servitude volontaire ce qui prouved'ailleurs que ses études juridiques n'occupaient pas toute son
activité intellectuelle ; la philosophie, l'histoire, la philologie, la poésie… faisaient partie, tout autant que ledroit,de ces humanités qui l'attiraient avec tantde force. Quoi qu'il en soit, leroi Henri II lui accorda, avant l'âge légalqui était alorsde vingt-cinq ans, les lettres patentes qui, endatedu 13octobre 1553, 14 l'autorisaient à acheterla chargede Conseillerlaissée vacante parGuillaumede Lurau Parlementde Bordeaux. Comme La Boétie était le neveudu Présidentde Calvimont et que, par son mariage tout récent, il se trouvait allié au Président Pierrede Carle, son entréedans le monde parlementaire fut aisée. Le 17 mai 1554, il futdonc admis, avecdispense et après examen, à prendre ses fonctions. Il prêta sermentdevant toutes les chambres assemblées. C'est à la Courde Bordeaux qu'il se lierad'une amitié 15 16 célèbre avecMicheldeMontaigne , quidevint, lui aussi, conseillerla C à ourCette en 1557 . 17 amitié, que seule explique, confieMol'« âme tntaigne , rès belle » qui se cachait sousdes traits dépourvusde séduction, fut extraordinaire. 18 Le Parlementde Guyenne, que l'on appelait communément le Parlementde Bordeaux bien que sa juridiction s'étendîtde Bayonne à Limoges, était,dans la Franced'alors, le quatrième parordre d'ancienneté, après ceuxde Paris, Rouen et Toulouse ; il avait été fondé en 1462 par leroi Louis XI, 19 précédantde peu celuid. Il était cu Dauphiné ompode plusieurs ChambresRequêtes, Enquêtes, 20 Grand Chambre, Tournelle et,outre ses Présidents à mortier, comptait plusieursdizainesde 21 conseillers . Tous lesordres y avaient accès. Institution vénérable, il avait charge, en vertud'une délégationdu souverain,dedispenserjustice la royale, au criminel et au civil,d'enregistrer les ordonnancesduroi,de fairerégnerl'ordredans la province. Sonoffice principal étaitde siégercomme Courde justice souveraine, fonction particulièrement complexe à Bordeaux,où la juridiction en appelait non seulement audroit français et audroitromain, mais aussi aux systèmes coutumiersdu sudde la France. Lerôlede conseiller, quoiquedélicat et parfois fort compliqué, n'y était pasde premierordre et cela explique que, jusqu'en 1560, La Boétie, si brillant qu'il se montrât, n'ait pointremplide mission éclatante. Pourlui comme pourMontaigne,on ne sait pas quels casd'espèces il eut àrésoudre, peut-être parce que, volontairement, il tenait à ne pas partagerla superbede nombrede ses collègues. CependXVIe siècle, les Paant, au rlements commençaient à s'arroger unrôle politique assez spectaculaire pourqueMachiavel y soit sensible. D'ores etdéjà, ils se voulaient, comme ledira plus tard 22 Montesquieu,dépositairesdes lois fondamentalesduroyaume et gardiensdes lois . Ainsi le Parlement de Bordeaux fut entraîné, comme malgré lui, au fildesdramesreligieux qui secouaient leMidi aquitain, où la Réforme s'étendaitrapidement, à adopter une attitude en laquelle se confondaient le loyalisme monarchique et l'orthodoxie catholique. Ainsi, après avoir condamné à mort un prédicateurréformé, Bernardde Borda, et envoyé au bûcherdeux jeunes hommes accusésd'hérésie, Jeande Caze et Arnaud Monnier, il en vint, en 1559, à vouer aux flammes un marchandde Bordeaux soupçonnéd'avoir été l'instigateurde la mutilationdes statuesde la Vierge etde Jésus ; en 1560, appliquant un éditroyal qui interdisait aux huguenotsde formerdesrassemblements, il exerça unerépression féroce, sous prétexte de fairerégnerl'ordre. Dans ce climatoù les méthodesde persécution exaspéraient les passions, La Boétie, endécembre 23 1560, se vit chard'une missiondélicate auprèsduroi etde son Conseil . Il s'agissaitofficiellement derésoudre la questiondes émolumentsdes magistrats bordelais qui s'étaient fait beaucoupd'ennemis parmi les autorités municipales.Mais il semble bien que, sous ce prétexte, se soit caché un problème politiquedans lequel la questionreligieuse, quidevenaitde jouren jourplus brûlante, ait tenu une place 24 non négligeable . En effet, le jeune Charles IX était un enfantdedix ans et lareine mère, Catherinede Médicis, qui avait la passiondu pouvoir, s'était emparéede larégence en écartantde la succession au trône le premier princedu sang, Antoinede Bourbon. Cette Italienne, que Brantôme présente comme extrêmement superstitieuse et toujours prête à consulterle célèbre astrologue Côme Ruggieri, n'avait pas de convictionsreligieuses. Comme elleredoutait, chez les catholiques aussi bien que chez les protestants, lesdébordements et les violencesdes passionsreligieuses, elle inclina vers une politique d'apaisement en laquelle elle écoutait volontiers les leçonsde torance etde bienveillancedu chancelier Michelde L'Hospital, à qui, précisément, La Boétierendit visite lorsde sa mission à Paris.Malgré la 25 différenced'âge , lesdeux hommes étaient faits pours'entendre. L'un et l'autre étaient férusde science
26 juridique ; ils avaient la même ferveur pour l'humanismerenaissant ; ils avaient aussi les mêmes exigencesdedroiture morale, la même aversiondu formalismede la justice, le même patriotisme. La Boétie appréciait fort leTraitéde laréformationde la justicedu chancelier; il admirait le courage et la sagesse avec lesquels il avaitosé condamnerofficiellement, lorsdes états générauxd'Orléans, le 13décembre 1560, à la fois la séditiondes huguenots et l'intransigeancedes catholiques. Lesdeux hommes se lièrentdoncd'amitié. Et La Boétie fut chargé parMichelde L'Hospitald'expliquer au Parlementde Bordeaux, plutôt favorable au catholicismedes Guise, le sensde la politiquede large torancedont il exposait les grandes lignesdans l'ordonnancedu 31 janvier1561 promulguée lorsde la clôturedes étatsd'Orléans. La tâche étaitdélicate. La Boétie s'en tira brillamment, convaincu en effetde ne pas plaideren faveurd'unediplomatie habile etrouée, mais pourun idéalde justice etdedignité. Il annonça qu'un colloque national seréunirait bientôt à Poissy, auquel seraient conviés, afinde préparerla réconciliation au seinde l'Église chrétienne, évêques catholiques et pasteurs protestants : ainsidevaient seretrouverà côte le ca côte rdinalde Lorraine, archevêquede Reims et frèrede Françoisde Guise et Théodorede Bèze, amide Calvin. Par l'accomplissementde sa mission, La Boétie montra combien il croyait, à l'instardu chancelierMichelde L'Hospital, à la valeuréthiquede la torance. Avec la même confiance, lesdeux hommes s'accordaient à penserqu'il était possiblede l'institutionnaliser. Le problèmede la torance n'était pas alors un problème nouveau puisque, un siècle plus tôt, Nicolas de Cues,dansDe pace fidei, avaitdéjà abordé la questionde manière explicite. Dans sonUtopia, qui datede 1516, ThomasMoredisaitouvertement l'importancede cette vertu. Et lorsque Locke, à la fin du XVIIe siècle, écrivit saLettre sur la torance, ilrépertoriade nombreux textesdu siècle précédent qui, tels lesConclusionesde Picde laMirandole, lesStratagemata Satanaede GiacomoAconcioou le 27 Contra Calvinumde haereticis coercendisde Sébastien Castellion , avaient examiné ce brûlant problème. Tous les auteursdu temps s'accordaientd'ailleurs àreleverdans les Saintes Écrituresde multiplesremarques en faveurde la torance et contre la contrainte en matièrede foi. Il estdifficilede détermineravec exactitude les sources auxquellesont pu puiserMichelde L'Hospital et La Boétie. Il est tout simplement probable que le moralisme chrétiendont ils étaient l'un et l'autre nourris suffit à expliquerleurcommune volontéde torance en quoi sereflètent non seulement une conceptiondu Bien etdu Beau, mais, plus profondément, une imagede l'Homme. À ladifférencede Luther, quidécelait en l'hommedéchu ledésespoirde n'être point Dieu, et très prochesdeMontaigne, qui sait les limitesde l'homme mais aussi sa capacitéd'effort, La Boétie et le chancelierde L'Hospital estimaient que la douceurdes mœurs et « la gentille charité », parleurcontraste avec l'intorance et laraideurde tous les dogmatismes,donnent tout son prix à l'humaine condition. Aussi bien, lorsqu'en septembre 1561des troublesreligieux éclatèrent en Agenais, La Boétie et le lieutenantduroi,M.de Burie, tentèrent-ils non seulementde faire entendre aux factions adverses les vertus apaisantesde la torance, maisde mettre en pratique la politiquede conciliation voulue par Michelde L'Hospital afind'enrayerles brutalités etderétablirl'ordre. Parsoucid'équité, ilsdéclarèrent que chaque confession avaitdroit à son église ; en conséquencede quoi,M.de Burie, à l'instigationde La Boétie,obligea les protestants àrestitueraux Jacobinsd'Agen leurcouvent et leurs églises ;dans le même temps, ilordonna aux catholiquesde laisserles huguenots célébrerleurculte à l'église Sainte-Foy. Dans les petites localités alentour,où il n'y avait qu'un seul édificereligieux, celui-cidevait servirtourà tourauxofficesdes catholiques et à ceuxdes protestants. Cependant, La Boétie, en qui la clairvoyance et leréalismedéfiaient toute tentation utopiste, comprit très vite que la politiquede torance courait à l'échec. Les faits parlaientd'eux-mêmes. Les calvinistes,dans leMidi, continuaient à employerla force contre les catholiques : enoctobre 1561, ils saccagèrent la cathédraledeMontpellierla fe et rrent après avoirtué une quinzainede personnes. Les catholiques n'avaient pasdavantagede mansuétude et, partout, persécutaient les « hérétiques ». Les vexationsréciproques étaient permanentes. Lesrixes tragiques se multipliaient. Pourtant, lorsque, le 17 janvier 1562, larégente, en parfait accords avec on chancelier, signa l'éditde janvier, quidevait soustraire les huguenots à la vindictedes catholiques, La Boétie endonna un commentaireoù s'exprimait tout l'espoir qu'il mettaitdans les idéesdeMichel de L'Hospital. Dans sesEssais,Montaigne signale leMémoirede La Boétie. Ce texte, longtemps 28 considéré comme perdu, a étéretrouvé en 1917 . Non seulement La Boétie y exposait avec une perspicacité exemplaire les conséquences politiques funestes qu'entraînent les querellesreligieuses mais, soulignant la vanitéd'unerépression sanglante qui aggrave les troubles au lieude les apaiseret qui, par la guerre civile, prive un Étatde ses plus belles intelligencesLa Boétie pensait à son maître Annedu Bourg, mort sur le bûcher, il proposaitdesréformes qui, alliant la miséricorde et la justice, permettraient auroid'userde son autorité pourla paix civile que règne en sonroyaume. L'aversion
qu'éprouvait La Boétie pourles fanatismes et leurcortègede comportements extrémistes est patentedans ce texte. Le loyalismede La Boétie à l'égardd'un monarque sage etraisonnable ne faisait aucundoute.Mais les événements sanglants se précipitaient : le massacredee Vassy, le 1 r mars 1562, en fit voir toute 29 30 l'horreuren Guyenne même, l'agitati ; on était intense .Malgré cela, la confiancede La Boétie n'était pas ébranlée : leroi araison, pensait-il,de prôner une politiqued'apaisement ; il faut luiobéir. Cettedétermination loyaliste explique que larésistance entêtéede certains magistrats catholiquesdu Parlementde Bordeaux, quirefusaient, malgré l'autoritédu président Benoistde Largebaton,d'observer les consignesde pacification, ait si fort irrité La Boétie et son amiMontaigne. Outré par lesdivisions intestinesdes membresde la Cour, La Boétie n'hésitadonc pasdans sonMémoire sur l'éditde janvier 1562, tout en prenant parti pourle catholicisme commereligiond'État, à militerpour« un catholicisme réformé » en quoi pourraient enfin seréconcilier catholiques et protestants.Moins que jamais,on ne pouvait le suspecterde vouloir s'opposer auxordresdu monarque. D'ailleurs, tandis que son ami Montaigne était charde mission à la Cour, La Boétie futdésigné endécembre 1562 comme l'undes douze conseillersdu Parlementde Bordeaux quidevaient faire partied'une mission militairede mille deux cents hommes chargéed'arrêterune troupe huguenote avançant vers Bordeaux. Dans cette mission encore, La Boétiedevait apparaître comme ledéfenseurde la politiqued'apaisement voulue par le monarque et qui correspondait si bien à l'exigencede torance qu'il avait toujours manifestée. Tandis que la carrredeMontaigne se poursuivait au Parlement non sans cette amertume qui distille peu à peu son scepticisme et le conduira àde franches critiquesde ce foisonnement législatif qui embrouille la justice, La Boétie tomba brusquement malade. Peut-être fut-il atteintdedysenterie, « un fluxdu ventre avecdes tranchées »,ditMontaigne ; peut-être fut-il victimede l'épidémiede peste qui sévissait alors en Agenais. Ildemanda qu'on le transportât enMédoc, surl'unedes terresde sa femme. Mais il ne put faire le voyage ; il voulut s'arrêter, à quelques kilomètresde Bordeaux, chez le conseiller Richardde Lestonnac, beau-frèredeMontaigne. Le 14 août, il se sut perdu. Pleinde sérénité etde piété, ilrédigea son testament. Le 18 août,Montaigne, à son chevet,recueillit sonderniersoupir. 31 « La Boétie, écrira-t-il àM.deMesmes, [était] le plus grandhomme, à mon avis,de notre siècle . »
L'œuvrede La Boétie
La viede La Boétie fut si brève et il mit tantde consciencedans l'accomplissementde ses tâches professionnelles etde ses missions qu'il n'eut pas le tempsde publierses écrits. Il laissait pourtantdans sa « bibliothèque »des manuscrits que l'amitiédeMontaigne a pieusementrecueillis : « Il me laissa d'une si amoureuserecommandation, la mort entre lesdents, par son testament, héritierde sa 32 bibliothèque etde ses papiers », écritMontaignedans le chapitredesEssaisqu'il consacre à l'amitié . La minutedu testamentd'Étiennede La Boétie, conservée aux archivesdépartementalesde la 33 Gironde , contient en effet, au folio39, ce passage :
Ledit testateur prieMonsieurMaistreMicheldeMontaigne, Conseillerdu Roy en la Courdu Parlementde Bordeaux, son inthime frère et inviolable amy,derecueillir pourgage un d'amitié ses livres qu'il a à Bordeaux ;desquels lui fait présent, exceptéde quelques-unsdedroict qui sont à son cousin, fils légitime et héritierdu feu seigneurPrésident Calvymont.
Dès 1570,dans une admirable communion spirituelle avec son ami,Montaigne publia une partiedes œuvresde La Boétie, en prenant soin toutefoisde laisserinédits les textes qui touchaient à la politique. Il leurtrouvait, confesse-t-il, « la façon tropdélicate et mignarde pourles abandonnerau grossieret pesant aird'une si malfaisante saison ». Il est vrai que, par biendes aspects, les œuvresde La Boétie font problème :d'abord, leDiscoursde la servitude volontaire est un écrit politique qui côtoiedes œuvres poétiques et philologiques ; ensuite, lesdatesde composition etde publicationduDiscours s'entourent d'un flou qu'il n'est pas toujours possiblededissiper ; enfin, l'insertionde ce texte insolitedans le contexte historique et intellectuelde son temps aussi bien que l'usage que l'on en a toujours fait aux riodes agitéesde l'histoirede Francerequièrentdes éclaircissements. Nous essaieronsde scrutertourà tourt ces rois zonesd'ombre qui enveloppent l'œuvrede La Boétie avantde nous attacher à l'étudedu Discoursde la servitude volontaire. Les manuscrits publiés parMontaignerévèlent en La Boétie un parfait humanisterenaissant. TraducteurdeLaMénageriede Xénophon,de plusieurs écritsde PlutarqueLes Règlesde mariage et