Mofwaz 6 Langues, cultures, communication

De
Publié par

La revue Mofwaz entend d'abord apporter quelques éléments de réflexion face à des questions qui, de notre point de vue, nous apparaissent importantes d'autant que celles-ci interrogent de diverses manières la culture créole dans son passé tout comme dans son présent; dans sa diversité tout comme dans son homogénéité.


Les chercheurs qui ont écrit dans cette nouvelle livraison ne veulent pas simplement exposer des réflexions qui leur tiennent à cœur mais veulent introduire le lecteur dans des champs intellectuels où se cultivent des idées autour du fait créole trop souvent manipulées mais pas suffisamment approfondies.


Mofwaz, dans le cadre des thématiques qui constituent les rubriques fortes de son contenu telles que « Didactique et Apprentissage », « Langue et Société », « Histoire et Société », met aussi en avant des pistes de réflexion aisément repérables en vue d'amener le lecteur à prendre part, lui aussi, à la réflexion, à la poursuivre lucidement voire à la retravailler sur des aspects insuffisamment développés.


De surcroît, ce sixième numéro de Mofwaz a tenu à placer, au terme des articles, un témoignage qui exprime le point de vue de vue d'un professeur de créole. Il traduit l'expérience d'une enseignante - il y en a d'autres - auprès d'un groupe d'élèves du secondaire du lycée Acajou 2 en Martinique. Ces élèves ont choisi l'option Langue vivante 3. C'est l'option créole au bac.


Ce témoignage en question n'est donc pas ici gratuit. Il est proposé aux lecteurs de Mofwaz au moment où des changements sont en train de s'opérer par l'effectivité du capes créole introduit tout récemment à l'iufm et également par les multiples questions qu'un tel diplôme ne manque pas de soulever auprès de plus d'un, partisans ou opposants.


Sous la direction de Michel Dispagne.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 35
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844506832
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
DIDACtIque etAppReNtISSAGe
ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS lANGUE SECONDE EN MIlIEU CRÉOIlOPHONE
2
1
HEcTOr DeGLAS
pEndanT Un OU dEUX sièclEs, lE créOlE a éTé Un OBjET d’éTUdEs OU dE Pra-TiQUEs arTisTiQUEs En GUadElOUPE Par dEs EsPriTs cUriEUX, Par dEs chanTEUrs dEs BOUrgs ET dEs POèTEs sEnsiBlEs aU charmE « EXOTiQUE », FOlklOriQUE dE cETTE langUE. C’EsT à ParTir dEs annéEs 1960 ET 1970 QUE lE créOlE dEs OUvriErs ET dEs Paysans a sUrgi sUr la scènE syndicalE, POliTiQUE ET arTisTiQUE (cF. lE Gwokà) POUr inTErPEllEr lEs GUadElOUPéEns ET OUvrir ainsi dEs déBaTs Pas-siOnnés ET PassiOnnEls. LEs clamEUrs sE sOnT Un PEU TUEs ; lEs idéEs OnT évO-lUé. on TrOUvE Banal aUjOUrd’hUi QUE la langUE gUadElOUPéEnnE la PlUs ParléE sOiT vEnUE rEjOindrE lE Français dans TOUs lEs médias, dans lEs églisEs ET dans BOn nOmBrE dE cOnFérEncEs élEcTOralEs.
pOUrTanT, OFficiEllEmEnT dU mOins, EllE n’a Pas EncOrE Franchi lEs POrTEs dE l’ecOlE. L’idéOlOgiE dE l’EXclUsiOn PErsisTE à sOn égard. on cOnTinUE insi-diEUsEmEnT à lUi FairE POrTEr lE chaPEaU dE l’échEc scOlairE ; dE nOmBrEUsEs FamillEs cOnTinUEnT EncOrE à l’inTErdirE imPliciTEmEnT OU EXPliciTEmEnT à lEUrs EnFanTs dans la PErsPEcTivE d’UnE mEillEUrE réUssiTE inTEllEcTUEllE. LE naU-FragE dU Français EnTraînE, hélas cElUi dU créOlE, Par l’illETTrismE crOissanT QU’il génèrE Par la généralisaTiOn d’Un Français FaUTiF ET la FrancisaTiOn dE cE mêmE créOlE.
langue et idéoLogie Jadis, la sTraTégiE dU GUadElOUPéEn aU sOrTir dE l’EsclavagE visaiT BOn gré mal gré à aTTEindrE lE sTaTUT dE l’anciEn maîTrE EsclavagisTE, lE sEUl mOdèlE dE liBErTé QU’il avaiT cOnsTammEnT sOUs lEs yEUX. L’assimilaTiOn FUT sans aUcUn dOUTE Un cOmBaT dE PrOgrès à sEs déBUTs, QUand il s’EsT agi dE sE liBé-rEr, d’acQUérir dEs drOiTs civiQUEs (EncOrE FallaiT-il POUvOir lEs EXErcEr), PUis, dE s’insTrUirE En vUE d’aTTEindrE Un sTaTUT sOcial, PrOFEssiOnnEl ET inTEllEcTUEl. E E Ainsi, TOUT aU lOng dUxIxET dUxxsièclEs, s’EsT dévElOPPéE la « rEli-giOn » dE la langUE FrançaisE QUi, assOciéE à Un EnvirOnnEmEnT dE viOlEncE cOlOnialE ET dE méPris racialisTE, a FaçOnné l’ecOlE dE GUadElOUPE En UnE zOnE dE « drEssagE » ET d’aliénaTiOn. NUl BEsOin d’insisTEr sUr cET asPEcT FOn-
2
2
MofwAZ
N°6
1 2 3 4 damEnTal : fanOn , LaUriETTE , tirOliEn , RUPairE ET BiEn d’aUTrEs OnT diT BEaU-cOUP la-dEssUs. CETTE rEligiOn, à TravErs sEs caracTérisTiQUEs négaTivEs, a QUand mêmE FOrmé UnE éliTE diTE dE cOUlEUr EnTrE lEs dEUX gUErrEs. ellE a cEPEndanT lOng-TEmPs accrédiTé la ThèsE dEs langUEs « PUrEs », cEllE dEs PaTOis inFériEUrs ET dEs ParlErs « PETiTs-nègrEs ». LE méTiEr d’EnsEignanT éTaiT rEsTé figé dans dEs savOir-FairE riTUEls FacE à dEs EFFEcTiFs déPassanT ParFOis lEs 120 élèvEs En cOUrs PréParaTOirE ! AUjOUrd’hUi, l’On EnTrE dans Un EnsEignEmEnT cOmmE l’On EnTrE En rEli-giOn ; l’EnsEignanT sE mET UnE chasUBlE ET Un masQUE, FacE à QUi ? facE à dEs 5 PETiTs « négrillOns » (cOmmE l’aUraiT diT ZEBUs ) dOnT il ignOraiT radicalEmEnT ET dOnT il ignOrE EncOrE ET lEs mOdEs aFFEcTiFs ET lingUisTiQUEs, ET l’EnvirOn-nEmEnT naTUrEl, cElUi dEs miliEUX UrBains, sUBUrBains ET rUrBanisés. LE ParadOXE vEUT égalEmEnT QUE BEaUcOUP dE GUadElOUPéEns assimilEnT mainTEnanT lE créOlE à Un élémEnT imPOrTanT, sinOn cEnTral dE lEUr idEnTiTé cUlTUrEllE, aU côTé dUgwokà, dE la cUisinE, dU cOsTUmE ET dE la casE Tradi-TiOnnEllE. bEaUcOUP dE myThEs assimilaTiOnnisTEs OnT disParU ; POUrTanT à y rEgardEr dE PlUs Près, cETTE QUêTE idEnTiTairE rEsTE dans lEUr incOnsciEnT :
1
2
3
4
5
franTz fanOn (fOrT-dE-francE, 1925 - bEThEsda, Maryland, 1961) psychiaTrE ET Psy-chOlOgUE marTiniQUais, il a éTé l’Un dEs PrEmiErs, aPrès CésairE ET Maran, à dénOncEr lEs méFaiTs d’UnE sOciéTé cOlOnialE dans dEUX OUvragEs rEsTés célèBrEs :PEàu noirE, màsquEs blàncs(1952), ETLEs Dàmnés dE là tErrE(1961) Gérard LaUriETTE (CaPEsTErrE-bEllE-eaU, 1924) InsTiTUTEUr gUadElOUPéEn, cOnnU POUr sa PraTiQUE PédagOgiQUE inclUanT lE créOlE ET la cUlTUrE gUadElOUPéEnnE, cE QUi lUi valUT, aU sOrTir dE la gUErrE, d’êTrE EXclU dE l’edUcaTiOn naTiOnalE FrançaisE ET dE PassEr POUr « FOU » aUX yEUX dE sEs cOllègUEs ET syndicalisTEs dE l’éPOQUE. Il FOnda UnE écOlE Pri-véE ET PUBlia dE nOmBrEUX OUvragEs didacTiQUEs ET manUEls scOlairEs. GUy tirOliEn (pOinTE-à-piTrE 1917 - Grand-bOUrg, 1988) Il fiT dEs éTUdEs aU lycéE CarnOT dE sa villE naTalE, PUis aU lycéE LOUis-lE-Grand à paris, Où il PréPara l’ecOlE cOlOnialE. MOBilisé ET FaiT PrisOnniEr aU déBUT dE la SEcOndE GUErrE mOndialE, il FUT lE cOmPagnOn dE LéOPOld Sédar SEnghOr dans Un sTalag En AllEmagnE. Il EsT sUrTOUT célèBrE POUr sOn POèmE « prièrE d’Un PETiT EnFanT nègrE » (ballE d’or) dans lEQUEl il dénOncE UnE ecOlE QUi TOUrnE lE dOs aUX réaliTés cUlTUrEllEs gUadElOU-PéEnnEs. SOny RUPairE (pOrT-LOUis, 1940 - MaTOUBa, ST-ClaUdE 1991) pOèTE gUadElOUPéEn Engagé. SEs TalEnTs dE PamPhléTairE ET d’arTisTE sE révèlEnT dès sOn adOlEscEncE, alOrs QU’il EsT PEnsiOnnairE aU lycéE CarnOT dE pOinTE-à-piTrE. SOn rEcUEil dE POésiE BilingUE, « CETTE ignamE BriséE QU’EsT ma TErrE naTalE ! Gran Parad, TikOU BaTOn », ET aUTrEs POèmEs PUBliés aillEUrs dEmEUrEnT indissOciaBlEs dE sEs acTiviTés POliTiQUEs ET syndicalEs ET dE sOn méTiEr d’EnsEignanT QU’il assUrEra jUsQU’à sa mOrT aU lycéE PrO-FEssiOnnEl dE CaPEsTErrE-bEllE-eaU. JEan ZEBUs (CaPEsTErrE-bEllE-eaU, 1928). ROmanciEr gUadElOUPéEn, il FUT, dUranT dE Très lOngUEs annéEs, dirEcTEUr dE l’ecOlE nOrmalE dE pOinTE-à-piTrE avanT QUE cEllE-ci nE dEviEnnEnT l’acTUElIufM. SEs rOmans, sEnsiBlEmEnT aUTOBiOgraPhiQUEs,DEux Et dEux font quàtrE,IdoràETLEs SEpt péchés càpitàux, rEflèTEnT UnE cOnnaissancE PrO-FOndE dE l’âmE PaysannE ET dE sOn Pays d’avanT-gUErrE.
DIDACtIque etAppReNtISSAGe
2
3
1 nE mET Pas lE créOlE sUr Un mêmE PiEd d’égaliTé QUE lE Français ; 2 PrivilégiE lE Français dans lEs rEgisTrE dU « ParaîTrE » sOcial ; 3 PraTiQUE En réaliTé lE créOlE cOmmE UnE sTrUcTUrE synTaXiQUE « sEcOndE », aFFEcTivE, QUi sE lEXicalisEraiT d’aUTanT PlUs FacilEmEnT avEc dEs mOTs Français QUE lE dEgré d’inTEllEcTUalisaTiOn dU lOcUTEUr sEraiT PlUs FOrT. CETTE FrancisaTiOn dU créOlE, FréQUEmmEnT dénOncéE Par lEs inTEllEcTUEls (QUi, cEla diT, « nE sE risQUEraiEnT POinT à FairE miEUX » !) sE TrOUvE davan-TagE, ET POUr caUsE, dans l’émigraTiOn anTillaisE dE francE : FrancisaTiOn avEc lEs mOTs dU Français POPUlairE, accEnTUaTiOn dE TraiTs PhOnOlOgiQUEs Franci-sanTs. Il arrivE QUE cE PhénOmènE sE PraTiQUE En GUadElOUPE, il cOnsisTE à « rOUlEr lEs r » En ParlanT créOlE POUr mOnTrEr à sOn inTErlOcUTEUr QUE « l’On cOnnaîT égalEmEnT lE Français » ! tOUs cEs FaiTs dE langUE, cOnsisTanT à ParlEr TanTôT lE Français, TanTôT lE créOlE, PrOcèdEnT dE mOTivaTiOns idéOlOgiQUEs QU’il sEraiT inTérEssanT d’éTU-6 diEr. GUy Hazaël-MassiEUX ParlE dE rEgisTrEs dE langUE sElOn lEs circOns-TancEs, lEs miliEUX, lE sEXE ET lE dEgré d’émOTiOn. La siTUaTiOn lingUisTiQUE dE la GUadElOUPE a BEaUcOUP évOlUé, En l’Es-PacE dE 20 ans. La scOlarisaTiOn à 100 % dEPUis la décEnniE 70, l’EXPlOsiOn dEs médias aUdiOvisUEls ET lEs flUX migraTOirEs crOissanTs y sOnT maniFEsTE-mEnT POUr QUElQUE chOsE. NagUèrE ParléE PrEsQU’EXclUsivEmEnT dans lEs FamillEs inTEllEcTUEllEs, lE Français-dE-GUadElOUPE s’EsT cOnsidéraBlEmEnT dévElOPPé. C’EsT Un Français FaUTiF, rElaTivEmEnT figé mêmE dans la BOUchE dEs adOlEscEnTs. Il EXisTE Par-FOis dEs miméTismEs sUrPrEnanTs cOmmE cElUi d’UnE PETiTE fillE ParlanT cE Français avEc Un accEnT « ParisiEn » Très PrOnOncé, alOrs QU’EllE n’a jamais EncOrE mis lEs PiEds En francE. pOUrTanT cE « PrOgrès » dU Français-dE-GUadElOUPE n’a Pas améliOré la siTUaTiOn dE l’ecOlE.
6
Hazaël-MassiEUX GUy (pOinTE-à-piTrE 1936 – LyOn 1993). APrès dE BrillanTEs éTUdEs aU lycéE CarnOT dE pOinTE-à-piTrE, On lE rETrOUvE lingUisTE créOlisTE à l’univErsiTé d’AiX-MarsEillE aUX côTés dE sOn éPOUsE MariE-ChrisTinE, QUi y POUrsUiT EncOrE lEs mêmEs rEchErchEs, aPrès sa mOrT. Il FUT l’aUTEUr dE nOmBrEUsEs PUBlicaTiOns sUr la QUEsTiOn dU créOlE.
2
4
MofwAZ
N°6
l’échec scoLaire Il y a dE cEla vingT ans, TiranT cEs cOnclUsiOns dEs TravaUX dE M. ET MmE 7 ABOU-GilETTi , j’avais EsTimé cET échEc En TErmE dE nOn-diPlômés à EnvirOn 80 % ! D’aUTrEs TravaUX OnT éTé mEnés dEPUis. L’InsPEcTiOn académiQUE FOUr-niT lEs POUrcEnTagEs dE réUssiTE aUX EXamEns. S’il FaUT admETTrE Un rElaTiF rEcUl dE cET échEc, sUr lE Plan QUanTiTaTiF, On nE PEUT Pas dirE QU’il aiT gain sUr lE Plan dE la QUaliTé. L’OBjEcTiF dEs 80 % d’UnE classE d’âgE En tErminalE nE sEra Pas diFficilE à aTTEindrE. Il m’arrivE dE sOUvEnT PlaisanTEr avEc mEs élèvEs En lEUr rEPrOchanT d’avOir FaiT « dE l’aUTO-sTOP » aU cOllègE dEPUis la siXièmE ! Il EsT vrai QUE QUElQUE ParT lE rEdOUBlEmEnT n’EsT Pas Un rEmèdE-miraclE, mais Un Pis-allEr QUE FairE d’aUTrE ? a contràrio, la « réUssiTE » dE l’ecOlE nE dOiT Pas cachEr QU’EllE FaBriQUE Un TyPE d’inTEllEcTUEl mal dans sa PEaU, ignOranT dE sOn EnvirOnnEmEnT cUl-TUrEl, TOUrné vErs UnE EsPècE dE mOdErniTé QUi l’EmBOUrgEOisE ET QUi lE PrO-lOngE dans Un hUmanismE cOsmOPOliTE, incaPaBlE d’êTrE rEsPOnsaBlE, dE 8 dOnnEr dEs réPOnsEs à sOn avEnir OU à cElUi dE sOn PEUPlE. edOUard GlissanT a évOQUé « la FOrmE la PlUs réUssiE d’assimilé »… AlOrs POUr masQUEr lE cOncEPT lancinanT dE l’échEc, POUr cOnTrEr Un cEr-Tain PEssimismE, l’On ParlE dE « l’ecOlE dE la réUssiTE ». on discOUrT sUr dEs PrOBlèmEs Péri OU Para-scOlairEs : la FamillE, lE rôlE dEs ParEnTs, la viOlEncE, lEs ryThmEs scOlairEs, l’EnsEignEmEnT dE la mOralE, ETc. tOUT cEla sE cOmPlèTE dE déBaTs Télévisés, médiaTisés QUi sEmBlEnT rElayEr cE QUi sE FaiT En francE. on nOTE égalEmEnT UnE mUlTiPlicaTiOn dEspAe(prOjET d’acTiOn édUcaTivE) En sUs dE prOjETs d’écOlE OU d’éTaBlissEmEnT. tOUTEs cEs iniTiaTivEs, cEs réflEXiOns, cEs déBaTs, cEs aménagEmEnTs POs-siBlEs, cEs échangEs dE classEs sOnT lOUaBlEs, sOUhaiTaBlEs ; mais ils risQUEnT dE dEmEUrEr « l’arBrE QUi cachE la FOrêT ». DE mêmE la médicalisaTiOn géné-raliséE dE l’échEc, QUi cUlPaBilisE lEs ParEnTs, a TrOUvé sEs limiTEs. echEc inTEllEcTUEl ET lingUisTiQUE echEc cUlTUrEl ET arTisTiQUE echEc PrOFEssiOnnEl ET civiQUE
7
8
AnTOinE ABOU (paris, 1944) ET MariE-JOsèPhE ABOU-GilETTi (NanTUa 1944). ChErchEUrs Français En SciEncEs dE l’édUcaTiOn ET En sOciOlOgiE, ils OnT PUBlié UnE etudE dE là situàtion dE l’écolE En GuàdEloupE(1974),ImàgEs àctuEllEs dE l’enfàncE Et dE l’écolE En GuàdEloupE(1985) ET UnEétudE sociologiquE du corps EnsEignànt du PrimàirE(1988). Ils EnsEignEnT à l’univErsiTé AnTillEs-GUyanE ET à l’IufM.
edOUard GlissanT (fOrT-dE-francE 1928). ROmanciEr ET POèTE marTiniQUais, il EsT dE la généraTiOn dE cEUX QUi sUivirEnT cEllE dEs chEFs dE filE dE la « NégriTUdE » (Damas, CésairE, SEnghOr). Il a PUBlié dE nOmBrEUX rEcUEils dE POésiE, Essais PhilOsOPhiQUEs, UnE PiècE dE ThéâTrE,MonsiEur Toussàint(1961) ET PlUsiEUrs rOmans dOnTLà LézàrdE (1958, priX REnaUdOT) ETLE QuàtrièmE sièclEcôTé dE RaPhaël(1964). Il aPParTiEnT, aU COnfianT ET dE paTrick ChamOisEaU, aU cOUranT marTiniQUais dE la « créOliTé ».
DIDACtIque etAppReNtISSAGe
2
5
L’écOlE BUTE En vériTé sUr sEs PrOPrEs méThOdEs PédagOgiQUEs, QU’EllE nE E vEUT OU QU’EllE nE PEUT rEmETTrE En caUsE : dès la 6 , UnE majOriTé d’élèvEs PrésEnTE Un rETard d’inTEllEcTUalisaTiOn glOBal dE 2 à 3 nivEaUX scOlairEs, si Er l’On sE réFèrE aU savOir EXigé Par l’EnTréE aU cOllègE. en 1 LycéE, la mOyEnnE dE l’eAf(ePrEUvE anTiciPéE dE français) nE déPassE Pas 8 sUr 20.
Principes Il EXisTE, dans lE myThE dE l’âgE d’Or dEs anciEns, Un FOnd dE vériTé. LEs valEUrs d’hOnnêTETé, dU rEsPEcT dE la valEUr dOnnéE, dE sOlidariTé inTEr-Fami-lialE, dU gOûT dE l’EFFOrT, dE l’EsPriT dE sacErdOcE animaiEnT lEs généraTiOns anTériEUrEs, cEllE, diT-On, d’avanT-gUErrE. CEs valEUrs POrTaiEnT Un sOUTiEn EFFEcTiF à l’ecOlE dE la RéPUBliQUE. Il sEraiT FasTidiEUX dE rEvEnir sUr lEs divErsEs méThOdEs didacTiQUEs QUi OnT jalOnné cETTE ecOlE dE JUlEs fErry, TEllE QU’EllE a éTé imPOrTéE ET imPO-séE En GUadElOUPE En 1882. DE l’éPEllaTiOn à la « méThOdE glOBalE » OU miXTE En LEcTUrE, QUi nE sE sOUviEnT EncOrE dUGàbEt & Gillàrd, dUDumàscar-TOnné En vErT ET, PlUs Près dE nOUs, d’OdilE Et ToniOU d’avEc lEs Mots ensolEillésdE MmE urgin. L’hisTOirE dE la FOrmaTiOn dU Français inTEllEcTUEl EXPliQUE dans UnE cEr-TainE mEsUrE lEs caracTérisTiQUEs dOminanTEs dEs TradiTiOns PédagOgiQUEs dE cE Pays. Jadis, l’écOlE avaiT POUr sEUl OBjEcTiF dE FOrmEr dEs FOncTiOnnairEs d’eTaT ET aUTrEs mEmBrEs dE PrOFEssiOns liBéralEs ; cE FaisanT EllE assUraiT lE rEnOUvEllEmEnT d’UnE classE sOcialE PrécisE. AUjOUrd’hUi, sEs OBjEcTiFs n’OnT Pas FOndamEnTalEmEnT changé ; TOUTEFOis, dE QUaliTaTivE EllE EsT dEvEnUE QUanTiTaTivE, mUlTiPlianT lEs filièrEs ET lEs FOrmaTiOns TErTiairEs ET TEchnOlO-giQUEs, ETc. eT cEla, sans changEr Un iOTa dE sa sTraTégiE didacTiQUE. LEs amOUrEUX dE l’âgE d’Or OUBliEnT simPlEmEnT QUE la sélEcTiOn à OUTrancE éTaiT clairEmEnT aFfichéE : l’ecOlE éliminaiT sysTémaTiQUEmEnT TOUs lEs « canards BOiTEUX ». ellE dEmEUraiT égalEmEnT FérOcEmEnT réPrEssivE, rEPrEnanT PrEsQUE à sOn cOmPTE la FérUlE EsclavagisTE d’anTan. LEs ParEnTs E accEPTaiEnT cETTE viOlEncE, la caUTiOnnaiEnT mêmE. en cETTE fin dUxxsièclE, lEs EnFanTs ET lEs adOlEscEnTs OnT acQUis dEs drOiTs ; cE sOnT PEUT-êTrE lEs ParEnTs QUi OnT aBandOnné lEs lEUrs ! qUEls éTaiEnT ET QUEls sOnT EncOrE lEs PrinciPEs QUi régissEnT PédagOgi-QUEmEnT lE sysTèmE scOlairE Français ? CE sOnT cEs PrinciPEs, aU nOmBrE dE sEPT, QUi gUidEnT dE FaçOn incOns-ciEnTE, cOmmE Un BlOc idéOlOgiQUE dOminanT, l’InsPEcTEUr général ET mêmE lECNp(COnsEil naTiOnal dEs PrOgrammEs) : 1 L’EnFanT EsT cEnsé POssédEr dans sa FamillE lE discOUrs dU Français inTEllEcTUEl cOmmE langUE maTErnEllE.
2
6
MofwAZ
N°6
2. L’aPPrEnTissagE dE la lEcTUrE-écriTUrE ET dE la grammairE n’EsT alOrs QUE la rEcOnsTiTUTiOn PlUs FOncTiOnnEllE dE cE savOir Oral PrésUPPOsé. 3. Il imPOrTE dE dOnnEr Très TôT à l’EnFanT lE gOûT dE la lEcTUrE liTTérairE. 4. L’EnsEignEmEnT dEs maThémaTiQUEs rEsTE aUTOnOmE dU savOir lin-gUisTiQUE ET liTTérairE, dU réEl EnvirOnnanT mêmE si lE cOnTrairE EsT aFfirmé. 5. L’écOlE a POUr missiOn d’aPPrEndrE lE « BOn Français » Oral ET écriT En lE PUrifianT dE TOUTEs FOrmEs PaTOisanTE, argOTiQUE ET vUlgairE ; En n’admETTanT aUcUnE cOhaBiTaTiOn BilingUE. 6. LE manUEl scOlairE (BiEn QUE l’On disE lE cOnTrairE aUX EnsEignanTs) dEmEUrE « la biBlE dE la vériTé PédagOgiQUE » ; il sE réFèrE aU PrO-grammE OFficiEl. 7. LE savOir ET lEs rEchErchEs UnivErsiTairEs dEmEUrEnT égalEmEnT La RéFérEncE En maTièrE dE jUsTificaTiOn PédagOgiQUE. Ainsi hériTièrE d’Un Passé jacOBin ET cEnTralisaTEUr, l’ecOlE dE la RéPUBliQUE a éTé infligéE aUX GUadElOUPéEns dans TOUTE sa rigUEUr assimila-TiOnnisTE, FOrmanT dU mêmE cOUP dEs généraTiOns dE maîTrEs aUssi zélés QUE lEUrs maîTrEs OriginEls. ManiFEsTEmEnT, lE sysTèmE scOlairE rEPOsE sUr dEUX PiliErs insTrUmEn-TaUX : la langUE inTEllEcTUEllE (lE Français) ET lEs maThémaTiQUEs, lE PrEmiEr cOndiTiOnnanT lE sEcOnd. LEs méThOdEs d’aPPrEnTissagE dE la lEcTUrE aUCpsE sOnT, il EsT vrai, cOnsidéraBlEmEnT améliOréEs ; mais EllEs sE hEUrTEnT EncOrE aU PrOBlèmE cUlTUrEl, aU rEFUs dE TEnir cOmPTE dU miliEU dE l’EnFanT, cE QUi EngEndrE dEs FragiliTés dans lEs acQUisiTiOns dès lECe1. L’aPPrEnTissagE dU Français EsT aU cœUr dU PrOBlèmE. Sa grammairE EsT EnsEignéE dE manièrE émiETTéE, accUmUlaTivE ET ParadigmaTiQUE. LEs cOnnais-sancEs EXigéEs aU sOrTir dECM2 sOnT démEnTiEllEs. La cOmPéTEncE TEXTUEllE mOrPhOsynTaXiQUE EsT négligéE OU BacléE POUr PassEr aU PlUs viTE à dEs PErFOrmancEs Très liTTéraTUrisanTEs. CEla FaiT aPPa-raîTrE lE Français aUX yEUX dEs élèvEs cOmmE QUElQUE chOsE dE « BEaU » ET nOn cOmmE Un OUTil lingUisTiQUE, sciEnTifiQUE ET PraTiQUE dE cOmmUnicaTiOn. CET EnsEignEmEnT visE En réaliTé à FOrmEr imPliciTEmEnT dEs arTisTEs-écri-vains ! en cOnséQUEncE, nOn sEUlEmEnT lEs élèvEs rEçOivEnT UnE maUvaisE iniTiaTiOn à la liTTéraTUrE FrançaisE, mais EncOrE ils finissEnT Par la déTEsTEr ! pEndanT cE TEmPs, l’aUTrE liTTéraTUrE, la liTTéraTUrE créOlE, PrOFOndémEnT ancréE dans lE mOndE Paysan (lEs cOnTEs ET légEndEs ET lEgwokà) sE TrOUvEnT mainTEnUE dans lE ghETTO dE l’ignOrancE ET dU méPris. A cEla, il FaUT ajOUTEr lE myThE dU discOUrs ET dU BiEn dirE PrOFEssOral QUi inTErdiT lE créOlE assi-milé aU « désOrdrE », QUi TOlèrE cE Français-dE-GUadElOUPE cOnTinUEllEmEnT (ET désEsPérémEnT !) rEcTifié ET cOrrigé. un simPlE calcUl PErmET dE mEsUrEr lEs limiTEs dE cE discOUrs. SUr110 h d’évEil (lEvEr :5 - 6 hET cOUchEr :9 - 10 h) Par sEmainE, Un élèvE PassE30 h
DIDACtIque etAppReNtISSAGe
2
7
à l’écOlE OU aU cOllègE ; dOnc il rEsTE 80h chEz lUi à ParlEr sa langUE maTEr-nEllE ET à rEgardEr la Télé. Dans la cOUr dE récréaTiOn, sUr lEs rangs, dans la classE, il cOnTinUE à PraTiQUEr sa langUE. A QUEl mOmEnT ParlEra-T-il lE Fran-çais ? qUand il sEra inTErrOgé ! bOn nOmBrE d’EnsEignanTs, à la manièrE dE LaUriETTE, OnT TEnTé dE Bri-sEr lE carcan dE l’ecOlE En OFficialisanT l’UTilisaTiOn ET l’aPPrEnTissagE dU créOlE. CEs TEnTaTivEs PrécOcEs sOnT dEmEUréEs lOngTEmPs marginalEs, n’OnT Pas EncOrE PU sE généralisEr. L’ecOlE cOnTinUE à FOncTiOnnEr, à 90 % En Fran-çais dOminanT, cOmmE dans UnE PraTiQUE rEligiEUsE.
le français Langue seconde L’EXPériEncE QUE j’ai mEnéE aU cOllègE dEs ABymEs, dE 1974 à 1985, m’a PErmis dE TravaillEr EmPiriQUEmEnT sUr lEs raPPOrTs créOlE / Français. J’ai chErché dans lE Travail d’UnivErsiTairEs cE QUi mE ParaissaiT UTilE d’aPPliQUEr En PédagOgiE. en EFFET, Un hOmmE PEUT invEnTEr UnE BicyclETTE, cOnsTrUirE Un PrOTOTyPE, EXPliQUEr sOn FOncTiOnnEmEnT mais êTrE incaPaBlE d’aPPrEndrE à mOnTEr sUr cET Engin ! AUX ABymEs, jE sUis arrivé aU cOnsTaT sUivanT :iL faut 1 dOnnErLa priorité à L’écrit sur L’oraL; mais OrganisEr PlUs sPécifi-QUEmEnT, PhOnéTiQUEmEnT, rhéTOriQUEmEnT (ET FOrcémEnT PlUs arTis-TiQUEmEnT) cE mêmE Oral ; 2 vEillEr à la « nEUTraliTé » dU discOUrs PrOFEssOral, QU’il sOiT En Fran-çais OU En créOlE dE manièrE à liBérErvéritabLement et cuLtureLLe-mentla ParOlE dE l’élèvE, QUEllE QU’EllE sOiT ! 3 TravaillEr ET aPPrOFOndir lEs cOmPéTEncEs langagièrEs dE l’élèvE (mOrPhOlOgiE, synTaXE, ryThmE d’élOcUTiOn, ETc.) dans lE TEXTE, FOn-damEnTalEmEnT dans lE TEXTE ; cE QUi n’EXclUT ni lEs dOcUmEnTs sOnOrEs, ni lEs misEs En cOndiTiOn dE cOmmUnicaTiOn OU dE ThéâTra-lisaTiOn. 4 rEchErchEr dans lE miliEU dE l’élèvE ET PrUdEmmEnT dE FaçOn « PlUs élargiE » lE vOcaBUlairE ThémaTiQUE (classEmEnT Par cEnTrE d’inTérêT) En chErchanT à cOmBinEr lEs dEUX lEXiQUEs – créOlE ET Français – ET En y assOcianT lEs vErBEs-OPéraTEUrs dUff1 (Français FOndamEnTal 1) ; invEnTEr dEs jEUX PErmETTanT d’OPérEr UnE mémOrisaTiOn PlUs sysTé-maTiQUE dE cE vOcaBUlairE : nE ParlE-T-On Pas dE la réhaBiliTaTiOn dE la mémOirE ? 5 sE mOnTrEr égalEmEnT Très PrUdEnT QUanT aUX PErFOrmancEs rédac-TiOnnEllEs dEs élèvEs ; nE Pas PréciPiTEr lEs chOsEs ; mUlTiPliEr si POs-siBlE lEs PaliErs dE la créaTiviTé (cF. rEmOdElagE, ParaPhrasE) En vEillanT à allEr « dU PlUs FacilE aU PlUs diFficilE, dU PlUs simPlE aU PlUs cOmPlEXE » En maTièrE dE TyPOlOgiE dE PhrasE (tp), En FavOri-
2
8
MofwAZ
N°6
sanT l’OBjEcTiviTé mêmE En maTièrE dE réEl vécU (cF. ThèsEs dE C. fUsch ET dE p. LE GOFfic) ; 6 UTilisEr l’ApG(alPhaBET PhOnéTiQUE gUadElOUPéEn) – En réaliTé cElUi dU créOlE, avEc lEs sOns Français QUi n’EXisTEnT Pas – aU liEU dE l’ApI (alPhaBET PhOnéTiQUE inTErnaTiOnal) POUr lE décOUPagE ryThmiQUE dEs TEXTEs discUrsiFs, jOUrnalisTiQUEs OU POéTiQUEs ; cE QUi PErmET à l’élèvE dE maîTrisEr UnE vériTaBlE ParTiTiOn mUsicalE dE l’Oral. CETTE EXPériEncE FUT la PlUs cOnclUanTE QUE j’ai réaliséE aUX ABymEs. 7 EnsEignEr PrOgrEssivEmEnT lE créOlE aUX élèvEs QUi l’aUrOnT déjà PErçU à TravErs l’UTilisaTiOn dE l’ApGET QUi, aPrès QUElQUEs mOis, irOnT d’UnE langUE à l’aUTrE En vrais PETiTs lingUisTEs. JE signalE QU’aUX ABymEs TOUjOUrs, Un PETiT élèvE méTrOPOliTain s’EsT mis à lirE ET à écrirE lE créOlE, POUssé Par la cUriOsiTé ET l’EncOUragEmEnT dE sEs camaradEs gUadElOUPéEns. LE dévElOPPEmEnT dE chaQUE POinT dE cEs 7 PrinciPEs dEmandEra, UlTé-riEUrEmEnT, dE nOmBrEUsEs aUTrEs PUBlicaTiOns OU TravaUX ET, glOBalEmEnT, cEllEs dE manUEls scOlairEs. CEs PisTEs ParTiEllEmEnT EXPérimEnTéEs rEPré-sEnTEnT l’amOrcE d’UnE réflEXiOn ET d’Un Travail dE rEchErchE ET d’aPPlicaTiOn QUE lEs EnsEignanTs EUX-mêmEs, ParTicUlièrEmEnT lEs PrOFEssEUrs d’écOlE ET dE cOllègE, aUrOnT à mEnEr, jE l’EsPèrE, dUranT lEs annéEs à vEnir. Il cOnviEnT dE sUrmOnTEr En nOUs lE cOrPOraTismE QUi FaiT crOirE, Par EXEmPlE, QUE la maTErnEllE n’EsT Pas l’aFFairE dEs gEns dU PrimairE OU EncOrE QUE lEs PrOFEssEUrs dEs écOlEs n’aUraiEnT riEn à aPPOrTEr à cEUX dU cOllègE, ETc. D’aUTrE ParT, il n’EsT Pas dU TOUT évidEnT QUE lEs diPlômEs ET l’EXPériEncE inTEllEcTUEllE acQUisE Par lEs « PréParaTiOns » OU Par lEs méThOdOlOgiEs didac-TiQUEs EXigéEs lOrs d’insPEcTiOns PrOmOTiOnnEllEs PErmETTEnT dE FavOrisEr UnE aTTiTUdE ET UnE aPTiTUdE à cOnnaîTrE lE « vécU » cUlTUrEl dEs élèvEs. CE PrO-BlèmE, jE lE PEnsE, dEmEUrE valaBlE aUssi BiEn En GUadElOUPE QUE dans UnE BanliEUE ParisiEnnE.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant