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Profession géographe

De
75 pages
Pour révéler les multiples facettes de la profession de géographe, Rodolphe De Koninck a choisi la veine autobiographique. Ses lecteurs le suivront donc de l’Ouganda aux Cent-Îles du lac Saint-Pierre, de la Malaysia à la Grèce, de l’Indonésie à la Nouvelle-Orléans. Ils découvriront l’importance de la cartographie, ils verront comment la géographie a partie liée avec l’urbanisme et les sciences de l’environnement, ils revivront des crises (le tsunami de 2004, l’ouragan Katrina de 2005). Ils suivront à la trace un pédagogue et un citoyen engagé. Surtout, ils devront constater la place centrale que la géographie occupe dans leur vie.
Rodolphe De Koninck a été professeur au Département de géographie de l’Université Laval (Québec, Canada) de 1970 à 2002. Depuis 2002, il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques de l’Université de Montréal. Il est l’auteur de vingt livres, directeur de publication de quinze autres et de plus de 140 articles scientifiques parus dans 25 revues et journaux, dans douze pays et en cinq langues. Spécialiste de l’Asie du Sud-Est, Rodolphe De Koninck s’est aussi beaucoup intéressé à la géographie québécoise. En 1990, il a été élu membre de la Société royale du Canada. En 1998, il a reçu le prix Jacques-Rousseau (interdisciplinarité) de l’ACFAS et, l’année suivante, le prix Innis-Gérin (sciences humaines) de la Société royale du Canada.
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Extrait de la publication
Profession géographe
Profession P
Collection dirigée par Benoît Melançon
L’auteur remercie Marc Girard, technicien dessinateur-cartographe au Département de géographie de l’Université de Montréal, pour la préparation des cartes.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Koninck, Rodolphe de Profession, géographe (Profession) Comprend des réf. bibliogr.
isbn 978-2-7606-2050-6 eisbn 978-2-7606-2512-9
1. Géographes. 2. Géographie - Aspect social. I. Titre. II. Collection: Profession (Montréal, Québec).
g65.k66 2008
910.023
c2008-940229-4
er Dépôt légal : 1 trimestre 2008 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2008
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide finan-cière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition. Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des Arts du Canada et la Société de développe-ment des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
imprimé au canada en mars 2008
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rod ol ph e de kon i nc k
Profession géographe
Les Presses de l’Université de Montréal
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Page laissée blanche
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Enseigner pour apprendre
«C’est de la philosophie qu’est venue à l’origine l’idée de dresser la carte du monde.» Paul Pédech,La géographie des Grecs, 1976
enseigne la géographie universitaire depuis J’ 1970, année où, après avoir complété mes études doctorales à l’Université de Singapour, j’ai été engagé à l’Université Laval, à Québec. Je suis resté à l’emploi de cette institution jusqu’en 2002, alors que je me suis joint à l’Université de Montréal. Mais, à vrai dire, j’avais commencé à enseigner la géographie avant même d’entamer mes études supérieures à Bordeaux, en France, en octobre 1963. En effet, au tout début de septembre 1962, soit moins de trois mois après avoir complété mes études collégiales sous la forme d’un cursus classique au Petit Séminaire de Québec, je m’étais vu confier la responsabilité d’assurer la totalité des cours de géographie offerts dans un col-lège préuniversitaire établi près de Fort Portal. Cette petite ville est elle-même située au cœur de l’Afrique, plus précisément dans le sud-ouest de l’Ouganda, non loin des sources du Nil, dans la région des Grands Lacs et au pied des imposants monts Ruwenzori, les «Montagnes de la Lune» des Anciens. Comment j’en étais arrivé là à l’âge de 19 ans serait trop long à expliquer.
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Ce qu’il importe de dire ici, c’est que pendant les douze mois de mon rattachement au St Leo’s College il me fallut dispenser chaque semaine 24 heures de cours de géographie, une matière que je n’avais jamais beaucoup étudiée formellement. Certes, j’avais déjà un peu voyagé – y compris sillonné l’Europe pendant 70 jours avant de faire le saut vers l’Afrique – et lu bien des livres que l’on pourrait qua-lifier d’intérêt géographique, c’est-à-dire des récits de voyage ou d’exploration et des romans d’aventu-res, dont beaucoup se déroulant dans le Grand Nord canadien, en Afrique et en Asie. J’avais aussi apporté avec moi quelques livres savants fort précieux et déjà parcourus, dont deux classiques de la géographie: le deuxième volume duTraité de géographie physique d’Emmanuel de Martonne etPrincipes de géographie humainede Paul Vidal de la Blache. Mais, à juste titre, je me sentais bien démuni pour affronter la tâche qui m’était confiée. Car il s’agissait de préparer quelque 240 collégiens africains aux examens qui, si réussis, leur permettraient d’obtenir un diplôme délivré par la métropole coloniale, en l’occurrence l’Overseas Cambridge Certificate. (L’Ouganda est devenu indé-pendant en octobre 1962, mais le système scolaire y est demeuré de type britannique.) Une fois obtenu, un tel diplôme autorisait son détenteur à poser sa candidature à des études supérieures, y compris dans ladite métropole coloniale. Je dus donc m’atteler à la tâche consistant à mettre au point et à offrir des cours de géographie, en anglais, aux élèves inscrits aux quatre niveaux de ce Senior Secondary College: au total, huit classes rassemblant chacune en moyenne une trentaine délèves,dontplusieursayantquasimentmonâge.Tout ou presque y est passé: la cosmographie et l’his-toire de la géographie, la géographie physique, dont
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la géomorphologie, l’hydrologie et la climatologie, la géographie humaine, dont les géographies rurale et urbaine, enfin la géographie régionale, en parti-culier celle des îles britanniques et celle de l’Afrique orientale. J’en vins rapidement à éprouver un intense plaisir à étudier et à enseigner la géographie de cette formidable région du monde au cœur de laquelle je me trouvais. Je ne me fis pas prier pour profiter de chacune de mes fins de semaine ainsi que de mes périodes de vacances pour partir à la découverte, en moto ou en Land Rover, des paysages et pays environnants, sou-vent d’une beauté à couper le souffle. Je parcourus, en particulier, le district ougandais de Toro, du nom de l’ancien royaume précolonial et dont Fort Portal était le chef-lieu. Je réalisai aussi des virées dans le reste du pays, tout comme dans l’Est congolais, au Rwanda et au Burundi, au Kenya et au Tanganyika (devenu en 1964 la Tanzanie) jusqu’aux rives de l’océan Indien, me rendant même jusqu’au Nyassaland (le Malawi d’aujourd’hui), au sud, et jusqu’au Soudan, au nord. Les admirables hauts plateaux d’Afrique orien-tale ont laissé chez moi des souvenirs impérissables. Traversés par la double Grande Vallée d’effondre-ment, ouRift Valley, ils sont couverts de volcans et de lacs, de forêts et de savanes, ces dernières immenses et largement peuplées d’une multitude d’espèces de mammifères et d’oiseaux. L’ensemble est animé par des peuples bigarrés, pour la plupart agriculteurs ou éleveurs, et, à mes yeux d’alors, tous plus exotiques les uns que les autres. Ils constituent un véritable manuel de géographie à ciel ouvert. Surtout, s’agissant de géographie, il me fut d’un grand secours de pouvoir utiliser ce que j’apprenais sur le tas, ce qui m’émer-veillait, pour tenter d’expliquer aux élèves un élément du paysage, qu’il s’agisse d’une forme volcanique,
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d’un type d’élevage, de l’implantation d’une ville, d’un réseau de pistes ou d’un parc national. Pour ce qui est d’apprendre sur le tas, je n’avais pas le choix. Je me résolus vite à ne pas abuser du som-meil, tout affairé que j’étais à préparer jusqu’à tard dans la nuit tel ou tel cours portant sur un sujet dont je ne savais pas grand-chose la veille. Il faut recon-naître aussi que je découvris vite combien la biblio-thèque du collège n’était pas si mal pourvue. Enfin, mes collègues me furent d’un grand secours, en par-ticulier le professeur de littérature anglaise. Celui-ci, un Britannique cultivé, originaire de Manchester, résidait tout comme moi sur le campus du collège et me laissait libre accès à sa riche collection de livres que je m’empressai de piller, tout comme j’avais appris à le faire dans ma jeunesse avec celle de ma famille. Dans chacune de mes classes se trouvaient bien quelques élèves insuffisamment préparés, voire peu intéressés, mais, plus nombreux, beaucoup d’élèves curieux et attentifs me mitraillant de questions. Je n’oublierai jamais combien il me fallut déployer d’énergie et d’ingéniosité pour satisfaire leur curio-sité. J’appris ainsi à donner des exemples, à établir des comparaisons et, lorsque nécessaire, à élargir le propos, parfois même avant que les questions ne soient posées car déjà apparentes dans les regards interrogateurs, même sceptiques, de mes élèves. Cela était particulièrement fréquent lorsque j’abordais les preuves de la rotondité de la terre, la théorie de la dérive des continents, les types de projection carto-graphique… ou les raisons de la présence coloniale britannique en Afrique! Élargir le propos, jouer avec les échelles des enjeux, voilà où je veux en venir. Je crois bien que c’est de cette façon que j’ai compris en quoi devait consister la géo-graphie: explorer, analyser et expliquer le monde – le
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déchiffrer, comme dirait Roger Brunet – et ses com-posantes, en examinant, tout à la fois avec rigueur et imagination, les phénomènes de répartition et les processus qui les animent, à plusieurs niveaux, à plu-sieurs échelles, tant spatiales que temporelles. Toutes choses permettant, le cas échéant, de proposer des formes d’adaptation au territoire, voire de compro-mis avec celui-ci. Je n’ai jamais pensé en termes de carrière – d’ailleurs je n’aime pas ce mot –, mais il me faut aujourd’hui reconnaître que ma formation de géographe et ulté-rieurement mon exercice de la profession ont été largement orientés au cours de cette année à la fois intense et fabuleuse, pleine de péripéties, passée à l’ombre des «Montagnes de la Lune». Mon initia-tion à la vie y a été accélérée par ce premier véritable apprentissage tant de la géographie même que de son enseignement. À force d’étudier et de partager avec mes élèves le peu de choses que je savais du monde, j’ai commencé à comprendre combien était indispen-sable le regard du géographe sur celui-ci, ses beau-tés, sa richesse, ses contradictions, ses misères, ses conflits et ses drames. J’appris à renseigner, certes, mais aussi, je crois, à éveiller et à enseigner. Car la géographie est d’abord une discipline qui s’enseigne ou qui devrait s’enseigner, du primaire à l’université. Cela m’apparaît lié à son ancienneté, non seulement comme outil universel d’appréhension du monde qui nous entoure et auquel, faut-il le rappeler, nous appartenons, mais aussi comme discipline for-melle. Après tout, dans le monde antique, la géogra-e phie a pris forme dès levisiècle avant notre ère. C’est en effet à cette époque qu’Anaximandre de Milet aurait réalisé ce qui est encore de nos jours considéré comme la première véritable carte du monde. Parmi les enseignements fondamentaux, précisément, de