//img.uscri.be/pth/41a1e966d2f509fe89f8e7d2bb5bfdec4d59bf75
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Profession musicologue

De
75 pages
La musique, c’est bien connu, est avant tout source d’émotion et de plaisir. Elle accompagne notre vie quotidienne, dont elle constitue le paysage sonore sans même que nous nous en rendions compte. Alors, pourquoi y a-t-il des musicologues, c’est-à-dire des chercheurs qui prétendent aborder la musique d’un point de vue scientifique ? Quelles questions se posent-ils ? Quels problèmes cherchent-ils à résoudre ? Comment travaillent-ils et où ? Le discours sur la musique ne serait-il pas quelque peu parasitaire ? Que peut-il apporter aux mélomanes et aux amoureux de la musique ? Telles sont quelques-unes des questions que le grand public se pose souvent au sujet de la profession de musicologue, et auxquelles Jean-Jacques Nattiez tentera de répondre en empruntant des exemples concrets à ses propres champs de recherche : la musique de Wagner et celle… des Inuit.
l’auteur
Jean-Jacques Nattiez est professeur titulaire de musicologie à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et pionnier de la sémiologie musicale, une des branches contemporaines de la discipline. Ses champs de recherche spécifiques ont porté sur les opéras de Wagner, les rapports entre musique et littérature, les écrits du compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez et, en tant qu’ethnomusicologue, sur la musique des Inuit, des Aïnou (Japon), des Tchouktches (Sibérie), des Baganda (Ouganda) et des Amérindiens Nahuas (Mexique).
Voir plus Voir moins
Extrait de la publication
Profession musicologue
Extrait de la publication
Profession P
Collection dirigée par Benoît Melançon et Florence Noyer
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Nattiez, Jean-Jacques, 1945-Profession, musicologue (Profession) Comprend des réf. bibliogr. isbn 978-2-7606-2049-0 eisbn 978-2-7606-2499-3
1. Musicologues. 2. Musicologie - Orientation professionnelle. 3. Ethnomusicologie - Orientation professionnelle. I. Titre. II. Collection: Profession (Montréal, Québec). ml3797.n283 2007 780.72’023 c2007-941163-0
e Dépôt légal : 3 trimestre 2007 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2007
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide finan-cière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition. Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des Arts du Canada et la Société de développe-ment des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
imprimé au canada en août 2007
Extrait de la publication
j e a n -jac qu e s n at t i e z
Profession musicologue
Les Presses de l’Université de Montréal
Extrait de la publication
Page laissée blanche
Extrait de la publication
On trouvera sur le site w w w.pum.umontreal.ca/ musicologue/ les références précises aux sources d’information et aux citations utilisées dans ce livre, ainsi que les exemples sonores qui y sont commentés. Les fac-similés des exemples 2, 3 et 4 sont repro-duits avec la permission de la Nationalarchiv Der Richard-Wagner-Stiftung de Bayreuth (Allemagne fédérale). L’auteur remercie chaleureusement pour leurs commentaires et suggestions critiques ses proches, amis, collègues, collaborateurs et doctorants: Marie-Hélène Benoit-Otis, Sylveline Bourion, Marie-Alexis Colin, Lucie Delalande, Rita Ezrati, Nathalie Fer na ndo, Ma r ie -T hérè s e L efe bv re , Ma r t i ne Rhéaume, Catherine Steinegger, Caroline Traube, Michel Duchesneau, Jonat ha n Gold ma n, Jea n Molino et Reno de Stefano.
Page laissée blanche
Leoulesmusicologues ?
ourquoi avoir accepté avec joie de rédiger une P présentation de mon métier? Parce qu’il fait l’objet d’interrogations constantes de la part du grand public. Lorsque je mentionne ma profession à quel-qu’un, on me demande immédiatement, en général: «Vous jouez d’un instrument?». Je réplique alors: «J’ai fait du piano comme tout le monde» (ce qui est évidemment une exagération!). Si je précise: «Un musicologue, c’est d’abord une personne qui parle de musique et qui écrit sur le sujet», un point d’interro-gation s’inscrit au milieu de la figure de mon inter-locuteur. Si j’ai l’audace d’ajouter: «La musicologie, c’est l’étudescientifiquede la musique», on ne me comprend plus. Pour la plupart des gens aujourd’hui, la musique, c’est ce que l’on appelait autrefois les musiques de variétés, aujourd’hui la musique popu-laire — la chanson, la musique de danse, les musi-ques pop et rock, le country, le disco, le rap, le tango, la samba, le zouk, etc. —, mais aussi les musiques de film et de télévision, des publicités, des jeux vidéo et des sonneries de téléphone. Depuis que le jazz a été en quelque sorte légitimé par les élites culturelles, je ne crois pas devoir l’ajouter à cette liste. Il représente
10
J e an - J a c qu e s Nat t ie z
désormais un secteur à part, coincé entre les musi-ques dites savantes et les musiques dites populai-res. La musique, c’est aussi ce fond sonore que nous entendons — plus que nous ne l’écoutons — dans les supermarchés, dans la salle d’attente du médecin ou du dentiste, dans le taxi, sur son baladeur, en faisant la vaisselle. Jusqu’à une date relativement récente, la musique des mélomanes et des musicologues, c’était ce qu’on appelle encore parfois (voyez les diver-ses «Radio-Classique» de par le monde, au Québec comme en France, et sous d’autres noms — souvent e «3 programme» — ailleurs en Europe) «la musique classique» que l’on fait généralement débuter avec Monteverdi pour aller, dans le meilleur des cas, jus-qu’auSacre du printempsde Stravinski. Et comment pourrait-on consacrer une activitéscientifique à cet art pratiqué pour procurer plaisir et émotion?! L’incrédulité de mon interlocuteur est à son comble si je précise qu’en tant que musicologue je tra-vaille sur les opéras de Wagner, la pensée de Pierre Boulez et la musique des Inuit. «Wagner? Comme c’est de la musique difficile, on ne retient rien de ses opéras quand, par extraordinaire, on en écoute un. Boulez, qui c’est celui-là? Ah! oui! un compo-siteur de musique… comment déjà, ah! contem-poraine? Celle qui vous déchire les oreilles?! Et puis, la pensée, pourquoi la pensée? Je croyais qu’il s’agissait de musique. Et les Inuit, ils font donc de la musique?!» Car ce n’est pas seulement le fait que la musique puisse faire l’objet d’une activitéscientifique qui dérange. C’est aussi la grande diversité des faits sonores que l’on désigne par le mot «musique» qui étonne, et le grand nombre de domaines que la musi-cologie étudie pour mieux comprendre comment fonctionne la musique, pardon,lesmusiques.
Profession musicologue
Le vaste champ musical
11
En fait, il me faut répondre à la question: «Mais à quoi sert le musicologue?» qui, tel l’oiseau de Minerve, se met au travail une fois les œuvres ache-vées. Son rôle est de contribuer à permettre au plus grand nombre de prendre conscience de la diversité des phénomènes que recouvre le terme «musique». J’ai parlé plus haut des musiques populaires, des musiques d’ambiance, du jazz, de la musique clas-sique. La liste était incomplète: la musicologie s’in-téresse aussi aux musiques dites de tradition orale, celles des chasseurs-cueilleurs comme les Pygmées africains, ou des chasseurs-pêcheurs comme les Inuit, ou aux musiques qui ressemblent assez peu aux musiques européennes classiques, mais qui, comme elles, font l’objet de théories élaborées: les musiques du monde arabo-musulman ou les musiques de cour ou de théâtre en Asie (Inde, Corée, Viêt-nam, Chine, Japon). Toutes ces musiques sont étudiées par une branche particulière mais essentielle de la musico-logie: l’ethnomusicologie. Pourquoi «essentielle»? Parce que si, aujourd’hui, de plus en plus de gens sont convaincus qu’il faut inclure dans la musicolo-gie l’étude des musiques pop et de variétés, ne serait-ce que parce qu’elles représentent 90 ou 95% de la musique qui se joue dans le monde, si une petite niche est accordée à l’étude du jazz dans un nombre grandissant de départements de musicologie ou de conservatoires, l’étude des musiques qui intéressent l’ethnomusicologue nous met en présence de types de musique qui sont souvent tout à fait étrangers à notre culture. Sait-on qu’en Papouasie-Nouvelle Guinée un musicien produit une musique, pour nous étrange, en attachant par une patte à un brin de paille un coléoptère qui est maintenu devant sa