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Protagoras

De
268 pages
Cédant à la demande du jeune Hippocrate, Socrate vient interrompre un meeting de sophistes et demande à voir le plus célèbre et le plus brillant d’entre eux, Protagoras. La question mise à l’ordre du jour est : la vertu peut-elle s’enseigner ? Faute d’avoir préalablement défini la vertu, la réponse à cette question demeurera jusqu’au bout incertaine.
Mais le face-à-face entre le philosophe et le sophiste acquiert vite une intensité dramatique rarement égalée dans l’œuvre de Platon. Les pièges se multiplient et le lecteur ne sort pas épargné de cette succession inattendue d’épreuves.
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Platon
Protagoras
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 1997.
ISBN Epub : 9782081405387
ISBN PDF Web : 9782081405394
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080707611
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentationdel'éditeur dant à lademandedu jeune Hippocrate, Socrate vient interrompreun meetingde sophisteset demandeà voirleplus célèbreet leplus brillantd’entreeux,Protagoras. La question miseà l’ordre dujourest : la vertupeut-elles’enseigner? Fauted’avoirpréalablementdéfini la vertu, laréponseà cettequestiondemeurera jusqu’aubout incertaine. Mais leface-à-faceentrelephilosopheet lesophisteacquiert viteuneintensitédramatiquerarement égaléedans l’œuvredePlaton. Les pièges se multiplientet le lecteur ne sort pas épargnéde cette succession inattendued’épreuves.
Protagoras
REMERCIEMENTS
Je remercie tout d'abord Daniel Loayza pour l'aide patiente et les conseils inlassables qu'il m'a prodigués tout au long de mon travail Je remercie chaleureusement, pour leurs judicieux conseils, Luc Brisson, Jacques Brunschwig, Catherine Dalimier, Philippe Hoffmann, Myriam Revau lt d'Allonnes, Jean Schneider et Francis Wolff. Mes remerciements s'adressent enfin à Barbara Cassin pour les remarques qu'elle m'a faites. Mon travail doit beaucoup aux deux récentes édition s duProtagoras, l'édition française de Paul Demont et Monique Trédé et l'édit ion anglaise de C.C. W. Taylor, auxquelles je rends ici hommage.
INTRODUCTION
Ladatedramatique
Ladatedramatiquedudialogueest situéetraditionnellement quelques mois avant ledébutdela 1 premièreguerreduPéloponnèse, autourde431 avant J.-C .Mais cettedatation nous confronteàun certain nombred'anachronismescequi n'est pas inhabituel chezPlaton : si la scènesepassedans la maisondeCallias, qui a alorsdéjà hérité,elledevrait sesitueraprès la mortdeson pèreHipponicos, en 423-422. Cequeconfirmeraientd'unepart Eupolis (dans lesFlatteurs,représentéeselon Athénée 2 en 422/421,Protagorasestdepassageà Athènes ),d'autrepart l'allusion,en 327d, auxSauvagesde Précrate, montée aux précédentes Lénéennesen 421-420.Maisdans ceni cas, Paralos ni Xanthippe, pourtant présentsdans ledialogue, n'auraient pudiscuter avecProtagoras lorsde son secondséjourà Athènes, puisquePériclès mouruten 429,et sesdeux filsencoreplus tôt. 3 Lepassageen 317c ainsi queletémoignageduMénonconstituent les meilleurs éléments pour 4 fixer lesdatesdeProtagoras , quidevait être plus âgé que Socratede vingtou trente ans, ce qui situerait sa naissanceaux alentoursde500ou490 avant J.-C. ; il seraitdonc mort soixante-dix ans plus tard, autourdeDans la m 430-420. esureoù ilest censé êtreencoreen vie au momentde la 5 créationdesFlatteursd'Eupolis,e, sn 422/421 esdatesdevraient être 490-420.Protagoras aurait 6 donc cinquante-sept ans aumomentdudialogue, Socratetrente-sept anset Alcibiadedix-sept ans .
Ladatedecomposition
On classed'ordinaire leProtagorasdans la sériedesdialoguesdits socratiquesregroupant le Lachès, qui porte sur le courage, l'Euthyphron qui traitedepiété la et leCharmidede la sagesse. Commecesdialogues, il abordela questiondela vertu; à leurdifférence, il neconsidèrepas telleou tellevertu, mais portel'interrogation surla vertuen général,dont les cinq parties, conformément à la morale populairede l'époque, sont la sagesse, la justice, la piété, le savoir, le courage. Dans le Lachès, Socratechoisitdes'attacheraucourage, commeunedes partiesdela vertu, aumomentoù 7 l'enquêtesurla « vertutoutentière» apparaît commeune« besogneexcessive» . L'enquêtesurla vertuest manifestement plus ambitieusedans leProtagoras quedans les autresdialogues socratiquesdontelle semble synthétiser l'interrogation, puisque,débutant surq la uestionde l'enseignementdela vertu,elleposela questiondesonunité,desonrapport à sesdifférentes parties etdesonrapport ausavoir. Après s'êtreattaché àdémontrerque« toutes choses justice, sagesse, 8 courage sont science [S] », ocrate soulignera que l'enquête ne pouvait aboutir, puisque la définitiondela vertus'avérait nécessaireà qui voulaitrépondreà la question poe: la vertupeut-elle s'enseigner ? Dec' fait, est la question : « qu'est-ce que la vertu ? » que leMénon viendra 9 reprendre,en parachevant l'enquêtesurlesrapportsentrela vertuet lesavoir. LeProtagoras, qui paraît prochede l'Euthydèmerelativement à l'attitudede Socrateet au moded'argumentation, pose 10 enfindes problèmesdedatationrespectiveparrapport auLachèset parrapport auGorgias, qui ne pourront êtreabordés qu'aufildel'analyse. Mais leProtagoras ne saurait seréduire àundialogue sur la vertu, fût-il ambitieux. Le Protagorasestun joyaudramatique, hérissédedifficultésd'unegrandecomplexité, qui, à l'enquête dialectique, associe à la foisun tableau socialet culturel artistiquement brosséetune parodie piquante. L'actionet l'argumentation sont si intriquées, les thèmes abordés sont sidiverset siriches, qu'ilestdifficiledelui assignerunobjetunique.
Les personnages
LeProtagorasn'est pas seulement larencontreentreProtagoraset Socrate: commel'indiquele sous-titre, c'estun véritablemeetingde sophistes qui se tientdans la maisonde Callias,etPlaton 11 s'est attaché à présenterchacundela manièrela plus typique.On associed'ordinaireà l'appellation de« sophistes » la connotation péjorativequelui a attachéela philosophieplatonicienne.Mais avant dedevenir les adversaires privilégiésdePlaton, qui condamne leurappa « rencede savoirl », es sophistes,du grecsophós, qui signifiesavant », étai « entdes penseurs itinérants qui, moyennant rétribution, s'engageaient àenseigner leur savoir première figurede l'enseignant moderne,du dagogueetdel'intellectuel.
Callias entre 455et 450 à Athènes, il était issud'une famille qui s'occupaitdecéléb la rationdes 12 mystèresd'Éleusis. Son père Hipponicos épousa vers 450 l'ancienne femmedePériclès, qui lui donnadeux fils, XanthippeetParalos, présentsdans leProtagoras.était Callias un personnage retors, qui trempadansdesombres affairesd'incesteetdepouvoir. Beau-frèred'Alcibiade, il épousa en secondes noces la filled'un certain Ischomachosetde Chrysilla, puis,un an plus tard, il épouse cettefois la mère, Chrysilla, qu'ilrépudietrès peudetemps après, alors qu'elleattendaitunenfantde lui : il commença parrenier l'enfant, qu'ilreconnut plus tard, au momentoùd'ailleurs ilreprit Chrysilla. Callias, qui avait héritéune immense fortuneen mines,demeures,etc.,est lerichissime bienfaiteurdes sophistes : il aurait payé à lui seulun plus large tribut aux sophistes que tous les 13 autres hommes prisensemble. Ilentretenaitenoutredes liens étroits,directsou indirects, avec Socrateet ses proches.
Prodicos Prodicosestun sophisteoriginairede Céos,une îledes Cyclades,dont Socrate sedit souvent 14 l'élèveoul'ami . Il naquit aux alentoursde470-460et étaitencorevivant à la mortdeSocrateen 399 avant J.-C. Envoyé parses concitoyensen ambassadeà Athènes, il s'y installaet y fit fortuneen monnayant son savoirencyclodique (rhétorique, médecine, astronomie…). Ilenseigna également 15 dansd'autres cités. Son célèbre« apologue» , qui nous présenteraclès confronté auchoixentre la vertuet levice, étaitextraitd'un grandouvrageintitulé lesSaisons(oulesHeures[Hṓrai]),dont unedes parties portait le titreSurnat la urede l'homme. Le sophiste semble s'y être attaché à développerunehistoireetunethéologienaturelles.MaisProdicos était spécialisédans la «division ̂ des noms »(diairesis tōnonomátōn), c'est-à-direl'étudedesdifférentes significationsdes motset la 16 17 distinctionrigoureusedes synonymes ,dont son interventiondans leProtagoras nousdonne l'exemple.
Hippias Hippias (443 ?-343 ?)estoriginaired'Élis, cité grecqueproched'Olympie. Enseignant itinérant, 18 « philosophe-ambassadeur», cesophiste, qui était également écrivaindeproseetdepoésie, était surtout célèbrepoursa polymathie, qui pourrait êtrel'applicationdeson irénismedans ledomainede la culture. Il aurait cherché àdépasserles clivagesdela culturegrecquedeson temps :entretravail 19 20 manuelet travail intellectuel ,entre science (astronomie, mathématiqueet physique)et humanismeéthiqueet politique. Également spécialistedegénéalogie,demythologieetd'histoire, il 21 était l'inventeurd'unemnémotechnique. Nous trouvons chez Hippias , à ladifférencedeCalliclès, uneidéologieégalitairedistinctedeladémocratiela natureest principed'égalité,et cesont les lois qui introduisent l'inégalité parmi les hommes.
Alcibiade Alcibiade (451/450-404), filsde Clinias, issud'une famille illustre, pupilledePériclès, fut le 22 plus brillantdisciplede Socrate,et son aimé . Ildevintdès 420 leleaderdesdémocrates extrémistes ; il futdésigné, avec Nicias, pourdiriger l'expéditionde Sicile qui tourna audésastre. Accudecomplicitédans la mutilationdes Hermèsen 415, il seréfugia à Sparte,où il prit part à la guerre contreAthènes. Aprèsunretour triomphal à Athènesen 407, il participa à la poursuitedes orations contreSparteet ses alliés jusqu'à ladéfaitedeNotion,en 406 ; ildutrepartirenexilet fut 23 assassinéen 404 avec la complicitédugouvernement athénien .
Critias Personnage controversé, Critias (460-403) était le cousinet tuteurde Charmide, également présentdans leProtagoras, qui était l'onclematerneldePlaton ; avec son cousin Critias, il participa à larévolutionoligarchiquede 404et fut tué au combat. D'origine aristocratique,descendantde 24 Solon, Critiasest le petit-filsdu Critias quidonne son nom audialoguedePlaton . Il suit l'enseignementdes sophistes, puis, avec Alcibiade, celuide Socrate, qu'il abandonne brutalement pour se lancerdans la politiqueet auquel il voue par la suiteune farouche hostilité au pointde 25 chercher à lui interdire légalementd'enseigner l'artde l'argumentatioAssn . ociéd'Alcibiade, opposantdeladémocratieathénienne, il participeà la mutilationdes Hermèsen 415. Ilest possible qu'il ait fait partiede l'oligarchiedes Quatre-Centsen 411 ; il contribua auretourd'Alcibiade à Athèneset futundesTrentetyrans, ladictatureoppressivequidirigeAthènesde404 à 403. Il meurt au combaten 403,dans la guerreentre lesdémocrateset lesoligarques. Sophiste,rhéteur, ilest également poète,dramaturge, écrivain. Ilest l'auteur présudu célèbre fragmentextraitdu 26 Sisyphe:l'inventiondela craintedudivin yest présentéecommeidentiqueà l'inventiondudivin lui-mêmeet commelesoutien nécessaireà l'efficacitédes lois.
Les autres personnages
27 De nombreux personnagesduProtagoras seretrouventdans leBanquet. Éryximaque, decin, filsd'Acoumène, lui-même médecin,etPdredeMyrrhinonte, quidonne son nom au dialoguedePlatonetest présentédans leBanquetcommeun amateurdediscours, portantun intérêt tout particulier à l'amour, furent tousdeux impliquésdans le sacrilègede; 415 Pausaniasde 28 29 Kéraméeest aussi présentdans leBanquet. Xénophon fait allusion à sarelation à Agathoicin , très jeune, quidevaitdevenirun tragédien célèbreetdont la maison sertde cadre auBanquet ; 30 Andron, filsd'Androtion,est mentionnédans leGorgias comme l'undes quatre membresd'un groupede jeunes gens associésdans l'étudede lasophía, compoencorede Calliclès,Tisandre d'Aphidnaet NausycidedeColarge.
Protagoras Protagoras, filsdeMénandrios,originaired'Abdère,est l'initiateurdu mouvement sophistique. Sesdates sont incertaines : si l'on suit la chronologied'Apollodore, il serait néen 492. Il serait mort en 422 après avoirexercé sa profession pendant quaranteans. Selon certains, il aurait été lemaîtrede Démocrite, selond'autres, sondisciple. Certaines versionsrapportent que, néd'un pèretrèsriche, il aurait été éleenfant pardes mages persesouqu'issud'unefamillemodeste, il aurait commencé par exercerun métiermanuelet aurait inventé latúlē, surlaquelleon portait les fardeaux. 31 Il fut lepremieràrevendiquerletitredesophisteet lepremierégalement àdonnerdes cours 32 rémurés. C'estun grandpenseurdont lesdifférentsouvrages serattachaient vraisemblablement àdeuxœuvres principales : lesAntilogies,etLa VéritéouDiscoursrenversants(katabállontes), que
l'ondésignesous letitredeGrandTraité(Mégas lógos). LeprincipedesAntilogiesnousestexpo33 parDiogèneLaërce:Protagoras « fut lepremieràdirequesurtoutechoseil y adeux arguments, qui s'opposententreeux ;et il présentait ces argumentsopposés, chose qu'il fut le premier à 34 35 faire ». Ilest possible qu'un passageduSophiste,dans lequel le sophisteestdéfini comme contradicteur, nousdonne le plandesAntilogiesdeProtagoras,endécoupant ledomainede l'invisible,où se pose le problèmedudivin, puis ledomainedu visible,où se pose celuide la cosmologie,del'ontologie,dela politiqueetdes arts. Elles auraient comprisun traitéSurlesdieux, dont la premièrephraseattesterait l'agnosticismedusophiste: « Desdieux, jenepuis savoirni qu'ils existent ni qu'ils n'existent pas ; car beaucoupd'obstaclesempêchentde le savoir, l'obscurité [de la question]et la brièvede la viede l'homme. » Sa théoriedec la onnaissance consisteenun relativisme, qu'exprimé la célèbreformulequiouvrait son traitéLa VéritéouDiscoursrenversants: « L'hommeest la mesuredetoutes choses,decelles qui sont, qu'elles sont,decelles qui nesont pas, 36 qu'elles ne so. »nt pas Protagoras était également célèbre pour ses préoccupations 37 linguistiques . LeProtagorasconstitue, avec leThéétète, notretémoignagefondamental surla théorieéthiqueet politiquedeProtagoras, qui apparaît comme l'élaboration théoriquede ladémocratiedirecte 38 athénienne, ainsi quesurson anthropologie.
Del'art à l'art politique(310b-319b)
LeProtagorasprésentetrois conceptionsrivalesdel'éducation (paideía)etdela vertu(aret): la conception traditionnelledes sophistes, éducateursdela Grèce; la conception antérieuredes poètes ; 39 enfin leprojetd'uneconception socratique, fondéesurlaréversibilitéentresavoiret vertu. Audébutdudialogue, Socratemeten causel'enseignement sophistique,en amenant Hippocrateà interrogerledésirqu'il éprouved'apprendredeProtagoras lesavoirqu'il possède. Si l'on serendchez un technicienet sion lerémurepourapprendreafindedevenirtechniciendumêmeart, Hippocrate doitreconnaître qu'il cherchep à rendredes cours auprèsdu sophiste, pourdevenir lui-même sophiste. Lerépit que Socrate lui accorde peut-être l'enseignementdu sophistedoit-il être considéré commecomparableà l'enseignementdumaîtred'écriture,dumaîtredecithareetdumaître 40 de gymnastique, que l'on ne suit pas pourdevenir professionnelde leur art, mais qui vise plus généralement à l'éducationdu simple particulieretde l'homme libreestde courtedurée. C'est le soindeson âmequ'Hippocrates'apprêteeneffet à confieràun sophiste, sans savoiraujustecequ'est un sophiste, sans savoir« surquel sujet lesophisterendhabileà parler» : la prétention sophistiqueà êtrehabileà parlersurtout sujet s'opposeà la nécessairedéterminationdel'objetdela compétence 41 technique. De même, la première manièredontProtagoras cette fois présente sonenseignementest imprécise: si l'élèveprogressechaquejour,dès lepremierjouroù il suit l'enseignementdusophiste, resteàenvisagerdans queldomaineil progressera.Protagorasdéclarealors queson «enseignement portesurla manièredebiendélibérerdans les affaires privées, savoircomment administreraumieux sa propremaison, ainsi que,dans les affairesdela cité, savoircommentdevenirleplus à mêmedeles 42 traiter,en actes commeen paroleLs ». eProtagorasprésentelesdeux motivationsdistinctes qui amènent à fréquenterles sophistes : certains, commeHippocrate, veulentdevenirsophistes ;d'autres suivent leurs cours pourréussirdans la cité. C'est Socratequi identifiela compétencedeProtagoras à « l'art politique»,et cetengagement commeceluidefairedes hommesdebons citoyens. Socrate adressealorsdeuxobjections àProtagoras quidéterminent toutela premièrepartiedudialogue.
LesdeuxobjectionsdeSocrate(319b-320c)