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Introduction générale
Dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert donne cette définition : « ARGENT : Cause de tout le mal. Auri sacra fames. Le dieu du jour (ne pas confondre avec Apollon). Les ministres le nomment traitement, les notaires émoluments, les médecins honoraires, les employés appointements, les ouvriers salaires, les domestiques gages. L’argent ne fait pas le bonheur. »
I. DIEU ET MAMMON
« Cause de tout mal » : en effet, c’est la « faim sacrée de l’or » (auri sacra fames) qui pousse aux plus grands crimes. On sait cela depuis le temps où les Hébreux, en l’absence de Moïse se mirent à adorer le Veau d’or, l’idole par excellence. Le Christ répète cet enseignement : « Nul ne peut servir deux maîtres ; ou bien il faut haïr l’un et aimer l’autre, ou bien se vouer à l’un et faire fi de l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matthieu, VI, 24). Mammon est le symbole de la richesse. Le pouvoir de l’argent bafoue toute justice. Les oracles d’Amos contre les crimes d’Israël – aux temps d’Ozias et de Jeroboam – le disaient aussi : « Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales, parce qu’ils brisent sur la poussière du sol la tête du pauvre et qu’ils égarent les petits » (Amos, II, 6). L’amour de l’argent est un esclavage. Le désir d’argent n’est jamais rassasié. La vraie richesse n’est pas sur terre, mais dans les cieux :
il ne faut pas accumuler de trésors sur la terre où la rouille et les mites rongent, où les voleurs percent et dérobent. Accumulez des trésors dans le ciel où ne rongent ni les termites ni la rouille, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là sera ton cœur (Matthieu, VI, 19).
« Dieu du jour » : c’est Locke qui s’émerveille devant les possibilités infinies de « l’argent monnayé ». « Argent facile » : la requête sur Google donne 464 000 réponses (environ) pour le domaine francophone. « Easy money », donne 140 000 000 de pages… C’est dire : toutes ou presque sous le titre « Comment gagner de l’argent facile ? ». Dénoncé il n’y a encore pas si longtemps, l’argent facile est l’obscur objet de tous les désirs.
Entre le Dieu argent et le crottin diable (« l’argent est le crottin du diable » dit un proverbe populaire), l’argent subit toutes les métamorphoses.
II. MÉTAMORPHOSES
Il est moyen de paiement, unité de compte, réserve de valeur, disent les économistes. Ce n’est plus le sang (« la race » disait-on jadis) qui fait le statut social, c’est l’argent. Mauvaise habitude : on qualifie souvent de « matérialistes » (toujours « bassement » car on ne peut être que « bassement matérialiste » !) ceux qui soumettent leur vie à l’appât du gain et pourtant il n’y a rien de plus immatériel que l’argent. Il n’est qu’une promesse, éventuellement une marque de confiance, mais rien de palpable, surtout depuis que la « monnaie sonnante et trébuchante » a fait place à la monnaie papier (ces lettres de changes qui circulaient déjà dans toute l’Europe au Moyen Âge) et à la monnaie électronique. Molière se moque d’Harpagon, l’homme aux écus, parce que le temps de l’homme aux écus est passé et que le capitaliste doit prendre la place. Le capitaliste, celui qui fait circuler l’argent dans les veines de la société, c’est lui l’homme nouveau de l’âge classique. L’argent qui circule, c’est la vie : la métaphore revient souvent dans les propos du Saccard de
L’Argent de Zola. Harpagon, qui met toute son âme dans sa cassette, c’est l’argent mort, l’argent refroidi.
Pour circuler, l’argent se déguise et porte toutes sortes de noms d’emprunt. L’argent, c’est la monnaie, le numéraire. Toutes sortes de choses font office d’argent : les métaux précieux, le sel, les pièces frappées, les billets à ordre, les opérations d’écriture sur des fichiers informatiques. Il change de nom avec les frontières et parfois même à l’intérieur des frontières nationales, les drachmes, les sesterces, les deniers et les sous, les marks, les florins, les louis et les napoléons… des noms dont l’origine historique est toujours riche de signification. Dans le langage populaire et argotique, l’argent a autant d’appellations que l’exige son importance – il y a plus de mots d’argot pour parler d’argent que pour parler de sexe, ce qui n’est pas peu dire : le fric, le pèse, le pognon, la fraîche, les fifrelins, les talbins, le blé, l’oseille, la galette, la thune, le flouze, sans parler des unités de compte : le sac, la brique, etc.
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