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L'imagination -épreuve de culture générale 2010-2011

De
256 pages
À mi-chemin entre travail philosophique et littéraire, la dissertation de culture générale nécessite un savoir-faire particulier qui en fait un véritable enjeu des concours des Grandes Écoles de Commerce. Cette épreuve peut, en effet, par les thèmes proposés, dérouter plus d’un candidat mal préparé. 
L’objectif de cet ouvrage est justement d’apporter aux élèves les clés pour se préparer sereinement à cet exercice qui, une fois maîtrisé, peut vite faire la différence aux concours.
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Première partie
L’imagination  à travers les siècles,  d’Aristote à Sartre  et Bachelard 
De l’Antiquité à l’âge classique 
Le point de vue d’Aristote 
Nous avons hérité d’Aristote la distinction entre les diverses facultés de connaissance : la sensation, l’imagination, l’entendement. L’imagination apparaît souvent comme une faculté intermédiaire entre la raison et la sensibilité. L’image, objet de l’imagination, est une apparence
. Elle est, dit Aristote, la « forme » du sensible. L’imagination est ainsi la faculté qui permet de se représenter un objet quand il n’affecte plus nos sens et de l’examiner malgré son absence. Elle réactive ou reproduit une sensation en nous faisant voir la chose « même quand on a les yeux fermés ». Aussi, pour Aristote, les vivants qui ont la faculté d’imaginer – ce qui n’est pas pour lui le seul privilège de l’homme – sont capables d’un comportement intelligent. Ils disposent d’un ensemble d’images qu’ils peuvent comparer avec leur situation présente, ce qui constitue ce qu’on appelle une expérience. Certes, ils peuvent se tromper mais ils peuvent aussi apprendre quelque chose de l’expérience précisément. Mais imaginer n’est pas juger, autrement dit penser. L’image étant une apparence dissociée de la présence de la réalité, celui qui imagine est affectivement neutre à l’égard de ce qu’il imagine : « Lorsque nous formons l’opinion qu’un objet est terrible ou effrayant, aussitôt nous éprouvons l’émotion correspondante – de même si l’objet est rassurant. Au contraire, dans le jeu de l’imagination, notre comportement est le même que si nous contemplions en peinture les objets terribles et rassurants. » (
De l’âme, 427b) 
Mais, si la pensée requiert l’imagination par laquelle la réalité nous apparaît, elle ne saurait s’y réduire, car penser c’est juger, c’est-à-dire se prononcer sur ce qui apparaît. L’imagination, intermédiaire entre la sensibilité et la pensée, assure le lien entre l’expérience sensible et sa détermination conceptuelle par l’intelligence. Aristote considérait que le propre de l’image est de nous détacher de l’affectivité, de solliciter notre attention et de nous faciliter la connaissance. Et, comme connaître est, pour les Grecs, toujours plus ou moins voir et qu’il y a un rapport entre voir et imaginer, l’imagination n’est pas l’objet de la vindicte qui marquera son statut à l’âge classique : puisque la vue est le sens par excellence, l’imagination (phantasia) a tiré son nom de la lumière (phôs
). L’imitation notamment théâtrale satisfait le désir de connaître, de se rendre compte. Aussi la tragédie purge-t-elle les passions. 
L’imaginatio au xvie siècle : une puissance de réalisation 
L’imagination, vectrice d’énergie 
Parler de l’imagination comme d’une « fonction de l’irréel » aurait beaucoup surpris les hommes de la Renaissance. Loin d’être investie du pouvoir de produire de la fiction, la fonction principale de l’imaginatio était de faire passer le « phantasme » dans le réel. « Une imagination active crée l’événement »1 disaient les clercs que cite Montaigne, parlant de la « force de l’imagination » dans ses
Essais (I, XXI). L’imagination est, en effet, une force capable soit de matérialiser l’objet du désir soit de rendre possible la perception des objets par leur quasi figuration mentale. L’imaginaire est ainsi inséparable d’un désir de réel ; on peut même dire que c’est sa caractéristique fondamentale qui le différencie de la fiction qui, elle, affiche d’emblée le caractère irréel de ses représentations. « La vertu imaginative » est une « potentialité de l’âme », un dynamisme psychique doté de capacités d’action sur le réel, une faculté efficiente, comme l’indique le mot facultas qui vient du verbe latin facere, faire. « L’imaginatio est de manière générale, un facteur de matérialisation : c’est une force psychique qui tend à la réalisation physique de ses productions. »
2 Le fantasme lui-même n’est jamais pensé comme dissocié d’un support matériel. On le dote d’une réalité objective. Le problème, dit Gilbert Dubois, est que « les mots n’ont pas le même sens d’un auteur à l’autre ». On comprend, dès lors, la puissance de suggestion des images et le mécanisme de projection sur le réel qu’un imaginatif,dans l’excès comme l’est Don Quichotte, soit victime de cette illusion. Si, comme le dira cet autre espagnol Calderon (1600-1681), « la vie est un songe », on ne voit guère pourquoi le songe ne pourrait être la vie même… 
« Quoi qu’il en soit, imaginatio, phantasia, visio désignent diverses formes de réalisation des images, mais au pluriel, “imaginations”, “fantaisies”, “visions” renvoient péjorativement à l’irréalité, sauf le dernier mot qui est à double usage. » (p. 16) 
L’idée aujourd’hui commune de l’imagination comme faculté d’évasion du réel occulte le caractère d’action matérialisante qu’elle avait alors. Au temps de Montaigne, la
vis imaginatrix transforme le fantasme en acte. Paracelse (1493-1541), médecin et alchimiste de la Renaissance définit le pouvoir de l’imagination sur la réalité par ses fonctions énergétiques et opératoires. Les images sont vectrices d’énergie et informent activement la matière3
Par ailleurs, la production des images est de nature spéculaire (de speculum : miroir) : elle imite, représente les choses en dehors de leur présence, remplit le vide de leur absence dont a horreur la nature. Au-delà de la perception sensible, l’imagination multiplie les modes d’approche des phénomènes. « L’imagination donne à voir au-delà du visible, et fait sentir corporellement les présences au-delà du sensible. Il y a continuité de la vue à la vision, et de la vision à la voyance » écrit Gilbert Dubois4
. Si Kant a condamné l’extravagance des visionnaires selon l’esprit rationaliste des Lumières, on ne trouve aucune réticence de ce genre à la Renaissance, bien au contraire. Au xvie siècle, « les ailes des anges font, disait d’Aubigné, de tout l’air un soleil »5
Imagination, principe d’identification et médecine 
La façon dont procède l’imagination est semblable mais plus rapide. Elle brûle les étapes par la force du désir qui la porte irrésistiblement vers son objet qu’elle incorpore : « Si tu t’imagines véritablement êtrefeu, dit Paracelse, tu es feu. » Le processus à l’œuvre est ici l’identification et non l’imitation. « L’imaginaire est une voie d’accès au réel qui procède par hyperbole et accélération. La connaissance rationnelle poursuit la même fin, mais n’emprunte pas le même chemin. La différence dans les modalités d’accès ne peut occulter l’objet convergent du travail, qui est la réalisation du désir, pris dans les pièges de la spécularité. »
6
Les médecins de la Renaissance et leur postérité ont attribué à l’imaginatio une force telle que le mimétisme qui la caractérise était capable de mettre en danger ceux qui y succombaient. Paracelse la comparait à un coureur ou à un messager qui, allant de ville en ville, pouvait répandre une épidémie de peste partout où il passait. Il suffisait, en effet, de penser à la peste pour la voir se déclarer. Le mimétisme imaginaire jouait, pensait-on, un rôle dans la genèse des maladies, le corps humain réagissant à son environnement comme le caméléon ou comme cet animal fabuleux à la peau de miroir capable de changer de couleur, la tarande, dont parle Rabelais dans le chapitre 2 du Quart Livre, consacré au mimétisme et à la représentation. C’est l’imaginatio
qui est à l’œuvre dans le phénomène mimétique, qui fait reproduire par le corps l’image qui l’active. C’est ainsi que Montaigne, dans le chapitre XXI du livre I des Essais, intitulé « Sur la force de l’imagination », propose des exercices de la volonté pour neutraliser les effets pernicieux de l’imitation. « Je suis de ceux, avoue-t-il, qui sentent une grande force de l’imagination. Chacun en est heurté, mais certains en sont renversés. La pression qu’elle exerce sur moi me perce. Et mon art est de lui échapper, non de lui résister… La vue des souffrances d’autrui me fait souffrir physiquement et mon sentiment a souvent usurpé le sentiment d’un tiers. Un tousseux continuel irrite mon poumon et mon gosier. Je saisis le mal auquel je prends intérêt et le loge en moi. »7
Un médecin de l’époque, Thomas Feyens rapporte que la seule vue d’une crise d’épilepsie est la cause chez certains du déclenchementd’une crise semblable