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Les campagnes dans les évolutions sociales et politiques en Europe

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266 pages

Les campagnes dans les évolutions sociales et politiques en Europe, des années 1830 à la fin des années 1920: étude comparée de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Italie.

Publié par :
Ajouté le : 21 octobre 2005
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782301001672
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Introduction
Il n'y a pas si longtemps que l'histoire rurale comparée a été proposée en France aux programmes des concours de recrutement des futurs professeurs d'histoire-géographie. En 1999 et 2000, les candidats au CAPES et à l'agrégation ont déjà eu à scruter l'évolution des campagnes en France et en Grande-Bretagne pour la période moderne. C'est l'époque dite « contemporaine » qui lui accorde une place majeure en 2005 et 2006. Les historiens ruralistes ne peuvent que s'en réjouir et, derrière eux, tous ceux qui ont réussi, depuis 1993, à faire de l'histoire des campagnes l'une des voies du renouvellement et de l'ouverture des sciences historiques. Il est symptomatique à cet égard de rappeler que les étudiants et leurs préparateurs disposent aujourd'hui de deux revues complémentaires pour trouver leur information et orienter leurs recherches, Histoire et Sociétés Rurales
(24 numéros parus depuis 12 ans avec de Premières tables décennales 1994-2003) et Ruralia (10 numéros parus depuis 1995). L'existence de ces deux instruments de travail - auxquels il faut ajouter la revue espagnole Historia agraria, toute récente aussi et une belle gerbe de travaux parus dans Le Mouvement social- change incontestablement la donne. Ils dotent en effet la nouvelle question d'histoire contemporaine d'un encadrement propice qui facilite les repérages - ne serait-ce qu'en raison des comptes rendus et des états bibliographiques -, balise les orientations thématiques - la simple fréquentation de leurs sommaires et de leurs éditoriaux fournit aux lecteurs les jalons essentiels de l'historiographie — et situe la question au concours dans un environnement diachronique et interdisciplinaire plus large. L'équipe qui a bien voulu accepter la rédaction de ce manuel est l'émanation de cette double appartenance. Il existe donc un retournement historiographique qui donne un sens aux programmes proposés aujourd'hui, qu'il aurait été difficile d'imaginer il y a une quinzaine d'années : il est important que les étudiants s'en rendent bien compte et mesurent que dans la discipline historique rien n'est jamais joué d'avance et qu'il n'est jamais inutile de poursuivre, après Lucien Febvre, des
Combats pour l'histoire.
Mais de quels combats s'agit-il ici ? « Les Campagnes européennes dans leurs évolutions sociales et politiques des années 1830 à la fin des années 1920 » : un siècle de mutations des populations majoritaires du Vieux-Continent en perte d'importance et d'influence dans les restructurations territoriales, économiques et culturelles que traversent alors les grandes puissances en cours d'industrialisation ? un siècle de « modernisation » et d'intégration politique et sociale d'espaces ruraux circonscrits et de sociétés attachées à leurs singularités ? Sans doute oui pour l'essentiel même s'il ne faut pas forcer le trait et réduire l'évolution à un seul « progrès » linéaire, défini après coup, par l'observateur d'aujourd'hui souvent enclin à une vision téléologique du passé. Alors que le politique, l'économie et la démographie assurent, plus ou moins rapidement, le virage qui les fait passer délibérément des « Anciens » aux « Nouveaux » régimes, les processus d'évolution diffèrent dans leurs modalités et leurs rythmes selon les contextes territoriaux. Pour en prendre la mesure, le programme propose une comparaison entre l'exemple français, lui-même riche de singularités - voire d'oppositions - régionales, et deux autres types de trajectoires : celui des espaces méditerranéens, à forte identité agricole, avec les exemples complémentaires de l'Espagne unifiée - sans unanimisme régional - et l'Italie, dont l'unité marque la modernité ; celui de l'Europe du Nord-Ouest qui, avec la montée en puissance de l'Allemagne, vient donner un exemple de l'essor des États industriels.
Le comparatisme a ici valeur pédagogique : il vise à mieux relativiser la singularité de la situation française dans l'espace européen en permettant d'esquisser plusieurs voies différentes d'ouverture et de développement des campagnes, de l'autre côté des Pyrénées, des Alpes et du Rhin. Indéniablement dans ce premier survol, les étudiants - mais aussi les préparateurs - ne pourront percevoir, dans les processus d'évolution, que les principaux facteurs d'unité ou de divergence. Dans la discipline historique, la temporalité n'est pas la même pour la recherche que pour les concours d'enseignement. Bien des aspects comparatifs, qui mériteraient d'assurer une représentativité statistique aux analyses effectuées ou d'ajuster les jeux d'échelles, aux différents niveaux d'appréhension des réalités historiques, articulant notamment le « local » et le « national », ne pourront intervenir validement : mais c'est là l'intérêt peut-être de la formation des enseignants que de contraindre à des synthèses provisoires en incitant aux enquêtes ultérieures.
La diversité et la complexité des phénomènes sont telles en histoire que la recherche se satisfait davantage de travaux à grande échelle, au niveau de la famille, du village, de la « petite patrie » ; elle est souvent plus sectorielle ou régionale que comparative ou internationale, une tendance que renforce par ailleurs notre tradition historiographique. Par nature, en revanche, les programmes des concours choisissent généralement une orientation plus ample, plus intégratrice et plus encline à la petite échelle. C'est là un constat assez banal. Depuis Marc Bloch et Lucien Febvre, la critique de ce décalage inéluctable est un exercice assez aisé. Sans en nier la part de vérité - que les étudiants auront intérêt à bien marquer -, il me paraît plus constructif d'en souligner les vertus : la vulgarisation des acquis de la recherche et la nécessité de bilans intermédiaires.
Sans doute cependant serait-il utile d'inciter le Ministère à définir et à rendre publics beaucoup plus tôt - deux ans à favance ? - les questions qu'il souhaiterait proposer aux concours des futurs professeurs d'histoire. Les manuels gagneraient en solidité et le milieu des chercheurs trouverait davantage à valoriser ses compétences. Une vision à long terme des programmes est souhaitable. Pour l'heure, dans le contexte imposé, les manuels qui répondent au cahier des charges connu au dernier moment, ne sauraient avoir la prétention de véritables synthèses. Rédigés dans l'urgence, pour le service des étudiants et des préparateurs impliqués dans cet effort important, ils ont pour principale vertu d'offrir un cadre général de réflexion, de rassembler des éléments fondamentaux et de résumer quelques apports essentiels du travail de l'historien. L'exercice est délicat et convie en général le lecteur à de nécessaires inflexions et à d'inévitables compléments.
C'est donc à un premier bilan que s'est attelée l'équipe réunie ici et dont je tiens à remercier l'effort et le sens du service puisqu'il a fallu travailler en à peine plus de deux mois, jusqu'à la mi-septembre 2005. Il s'agit donc d'un bilan pédagogique, au rythme des changements de programme, et dans le volume limité imparti par l'éditeur - sans l'iconographie qu'il avait paru souhaitable - et non pas une synthèse de longue haleine, issue d'une œuvre collective mûrie au cours de plusieurs années. Ces limites reconnues, le public trouvera dans l'ouvrage au moins deux avantages. D'une part, les spécialités de recherche des auteurs rassemblés, complémentaires, fournissent de premières mises au point qui rendront service au-delà des concours : les rapports entre agronomie et agriculture, les modalités de la structuration du monde agricole, l'intégration politique des campagnes ou les réactions de protestation au sein du monde rural donnent lieu, dans les pages qui suivent, à des éclairages fort nets. D'autre part, l'abnégation des uns et des autres a permis de baliser les principaux aspects de la question au programme, en assurant, pour chaque chapitre, un regard comparatif, à partir de la France sur l'environnement économique et démographique aussi bien que sur les processus d'évolution socio-politiques. Il n'y a donc pas juxtaposition mais essai réel de comparatisme.
Neuf séquences viennent ainsi composer le tableau d'ensemble : huit concernent essentiellement un long XIXe siècle « libéral » (de 1830 à 1914) en passant en revue successivement, l'évolution des paysages ruraux et de leur appropriation territoriale, les équilibres socio-démographiques, les fondements de la culture matérielle, les mutations du secteur agricole et les prémisses de son organisation, des formes d'intégration et d'opposition politiques ; le passage dans le XXe siècle après le traumatisme du Premier conflit mondial justifie, quant à lui, une neuvième séquence qui situe la situation socio-politique des campagnes à l'heure de la montée des extrémismes.
Par souci de lisibilité, les notes de pages ont été réduites à l'indication des auteurs et des dates, références que la bibliographie générale alphabétique, présentée en fin d'ouvrage, permettra de retrouver aisément. Le lecteur qui souhaiterait avoir une vision d'ensemble de la bibliographie aura intérêt à se reporter aux deux contributions successives publiées en juin et en décembre 2005 par Gilles Pécout dans les numéros 23 et 24 d
'Histoire et Sociétés Rurales.
Au-delà de notre souci d'offrir aux étudiants et à leurs préparateurs un outil commode d'analyse, si ce manuel, tout imparfait qu'il soit, contribuait à éveiller des vocations de chercheurs ou, tout simplement, à convaincre des lecteurs de l'importance des questions rurales, il aurait bien répondu à la confiance que les éditions Armand Colin ont bien voulu nous apporter.
Jean-Marc Moriceau
Chapitre 1
Cadres en mutations : paysages et appropriations des territoires
« Derrière les traits sensibles du paysage, les outils et les machines, derrière les écrits en apparence les plus glacés et les institutions en apparence les plus complètement détachées de ceux qui les ont établies, ce sont les hommes que l'histoire veut saisir [...]
Un pour Un
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