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Sexualités adolescentes

@ L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmarran.com diffusion.harmattan@Wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07734-8 ~:9782296077348

Marta Maia

Sexualités

adolescentes

Deuxième édition

@ Éditions Pepper

- L'Harmattan 2009

Sexualités adolescentes
par Marta Maia

Marta Maia est rattachée au Groupe

{(

Altérité, sexualités, santé »,

du Laboratoire d'Anthropologie Sociale du Collège de France. Ce livre reprend en partie la thèse de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie sOUtenue en 2002 à l'Ecole des HaUtes EtUdes en Sciences Sociales de Paris.

Maquette et conception graphique: Serdar Gündüz Couverture: <9Miké Coordination éditoriale: Colin Pénet et Sonny Perseil Avec la collaboration de Claire Barabé

COLLECTION SEXUALITE ET SOCIETE Dirigée par Marie-Élisabeth Handman

Éditions Pepper www.editionspepper.com

À Anne et à Loïc

Sommaire
Préface de Marie-Élisabeth Handman... Remerciements de l'auteur... Avertissement Mes enquêté(e)s
Introduction.

p. 9 ... p. 13 p. 15 p. 16

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 27

Première

partie:

les adolescents
et leur Vincennes. environnement. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 37 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 37

1. les adolescents Montreuil versus

l'institution
le lycée

Notre-Dame
Gregor Mendel..

de la Providence..

. . . . . . . . . . . . . . . . . p.

38

.. .. .. .. .. .. . .. . .. .. .. . .. .. .. . .. .. .. ... p. 45

le lycée Jean Jaurès .. .. .. .. .. .. .. . .. . .. .. .. . .. .. . .. . .. .. p. 50 le collège Fabien... . .. .. .. . . .. .. .. . . .. . . . .. . .. . .. .. .. . .. .. .. . p. 55 2. la banlieue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 57 l'identité 6 de groupe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 64

la hiérarchisation de la population d'origine étrangère. . .. p. 65 Multiculturalité, interculturalité et transculturalité. . . . . . . . . p. 67 " 3. l'expérience adolescente.. . .. .. .. . .. .. .. . .. . .. . .. .. . .. . .. ... p. 71
L'identité de genre.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 82

L'identité sociale et culturelle
les
le

p. 85
et la famille. . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 86 .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. . p. 107

rapports
corps.

avec

les parents

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 99

la sociabilité

et les confidents..

Deuxième
les
la la la

partie: la sexualité
p. 117
de genre.. . .. .. . .. .. .. .. .. . .. . .. .. . .. .. .. . p. 120

1.l'évolutiondes attitudes à l'égard de la sexualité
représentations
masturbation.. prostitution. pornographie..

2. les représentations

de la sexualité

.. .. .. .. .. .. .p. 123
125 129

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 123 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.

l'homosexualité..
le mariage.

...

...

p. 132
135

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.

3. le vécu de la sexualité.. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . . . .. . .. .. .. .. .. p. 137 le choix amoureux.. .. . .. . .. . .. .. .. . . . .. . .. .. .. . .. . .. .. .. .. .. . .. p. 137 les relations amoureuses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 143

l'entrée dans la sexualité:
le flirt et le premier

rapport

sexuel.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 149

Comment?

ou le jeu de la séduction.. ... .. .. .. .. .. . .. .. . .. .p. 159

Avec qui? ou l'origine culturelle des partenaires amoureux. .p. 163 Combien? ou le nombre de fréquentations amoureuses.. p. 164
La rupture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . . . p. 168

Monogamie sérielle et amourettes multiples

..........p. 170

Quand? ou la saison des amours.. . .. .. .. .. . .. .. . .. .. .. .. .. .. p. 173 Quoi? ou le répertoire sexuel.. .. .. .. .. .. .. . .. . .. . .. .. .. .. . . . .p. 175

Troisième partie: le sida
1. Les prises de risque.. .. .. . .. . .. .. .. . .. . .. .. . . .. .. . .. .. . .. .. .. p. 179
Le préservatif. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 184

Le partage des tâches.. .. .. . .. .. . ... .. . .. .. ... .. .. . .. . .. . .. .. .p. 185 Les stratégies de protection .p. 188 La perception du risque .. .. ... . .. ... .. .. .. .. . .. .. .. .. p. 191
La prévention. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . p. 192

2. Connaissances

et comportements

face au sida... . . . . . .p. 199

Les connaissances sur les MST .. .. .. ... .. .. .. p. 199 Les fausses croyances et les peurs irrationnelles ...p. 200 Les adolescents de parents arabes et portugais. ..........p. 204
Le test de dépistage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 206

Les attitudes à l'égard des personnes séropositives. .. ... p. 209 3. L'enquête statistique à Montreuil .. .. .. . .. .. . ... p. 217 Les connaissances sur le sida p. 218 Les moyens de contraception et de prévention.. ... .. . .. ..p. 219
L'enquête Sida. . . .. . . .. .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 221

7

Les connaissances
Les attitudes
et des

des moyens de transmission du VIH.p. 221
du préservatif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 222

vis-à-vis

Les attitudes à l'égard du test de dépistage obligatoire
séropositifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 223

L'influence du genre et du contexte socioculturel sur les représentations .p. 224 4. L'enquête statistique à Vincennes ..p. 227 Les connaissances sur le sida. .. . .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. p. 227 Les attitudes vis-à-vis du préservatif. .... .. . .. .. . ... . .. .. .. .p. 228 Les attitudes à l'égard du test de dépistage obligatoire
et des séropositifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 229

L'influence du genre, de l'âge et du contexte socioculturel p. 230
Conclusion.
Références

. . .. . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 233
bibliographiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 243

Préface

Il m'est tout particulièrement agréable d'inaugurer la collection
« Sexualitéet société» des Éditions Pepper par l'ouvrage de Marta

Maia, Sexualités adolescentes.Qu'une jeune maison d'édition lance une nouvelle collection avec un livre dont les héros sont des adolescents, confère à cette entreprise un air de gaieté et en tout cas de dynamisme, même si le propos, sous des dehors souvent très drôles, reste grave de bout en bout. Car il s'agit bien, en cette période de recrudescence en France des maladies sexuellement transmissibles, d'un sujet très préoccupant. Marta Maia est une ethnologue, jeune elle-même, qui a mené une enquête dans la banlieue Est de Paris auprès de collégiens et lycéens scolarisés dans un périmètre de quelques kilomètres à peine et que séparent pourtant les frontières invisibles, mais formidablement tangibles, des classes sociales. Les uns, traités de « bourges »
par les autres, entrent assez tardivement dans la sexualité tant sont prioritaires pour eux les études; ils ont davantage de connaissances théoriques sur les dangers de contamination car ils reçoivent régulièrement de l'information dans le cadre scolaire ou familial, mais beaucoup moins d'aisance dans la pratique que ceux qu'ils traitent de
« racaille», autrement dit ceux qui appartiennent aux couchesdéfavoriséesde la population, pour qui les profs sont des « ennemis »,

9

qui ne reçoivent pas d'information sur les maladies sexuellement transmissibles ou qui, s'ils en reçoivent, ne sont pas en mesure de les saisir alors que leur vie sexuelle est déjà fort engagée; ils sont le plus souvent issus de l'immigration et vivent dans ce que Marta Maia appelle joliment la transculturalité, autrement dit dans la « synthèse

10

originale de diverses cultures », synthèse qui leur crée des repères d'identification. Les premiers sont les élèves d'une institution privée, Notre-Dame de la Providence, à Vincennes; les seconds, d'un lycée public situé sur le territoire de Montreuil. Entre ces deux extrêmes, un lycée professionnel privé sous contrat accueille des élèves socialement semblables à ceux du lycée public, mais encadrés d'une manière qui les rapproche de ceux de Vincennes. Grâce à cette variété, le livre de Marta Maia revêt une valeur paradigmatique, d'autant plus que son étude qualitative se double d'une enquête quantitative qui, même si elle ne concerne que 450 élèves, permet de confirmer les résultats obtenus dans les entretiens tout en pointant l'écart que permettent de déceler des entretiens plus fins entre discours et attitudes. Ce livre donne généreusement la parole aux adolescents interrogés et c'est de leurs propos et de l'observation que Marta Maia tire des considérations sur l'adolescence en général, allant souvent à l'encontre des idées reçues, du moins chez nos hommes politiques d'aujourd'hui, mais toujours énoncées sur un ton simple et d'une très grande clarté. C'est ainsi qu'elle peut affirmer que « la délinquance juvénile est le plus souvent d'ordre réactionnel. Lacte déviant apparaît rarement en dehors de toute carence sociale ou familiale. Le problème qui se pose est alors moins celui de la réhabilitation des délinquants que celui de la prévention de la déviance» ; ou encore, souligner que s'il n'y a pas d'initiation des adolescents dans nos

sociétés modernes, il n'yen a pas moins des « actes initiatiques» qui n'engagent qu'un individu (ou son groupe de pairs) et lui « confirent
un nouveau statut [...j, sans pour autant le premier être des rites de passage ». «cuite», le premier
de conduire. ..

Tels sont « le premier flirt, en boîte, la première
l'entrée au lycée, l'obtention

rapport sexuel, la première sortie <<joint»,
»

cigarette, la première

du bac et du permis

Qu'il s'agissedes élèvesde la Providence ou de ceux de Montreuil, l'enquête confirme que, en dépit de la « révolution sexuelle », perdurent les représentations de la femme comme liant indissolublement sexualité et sentiments, et de l'homme comme prédateur aux besoins irrépressiblesl, même si les Vincennois tendent, dans leurs discours, à atténuer la différence entre les garçons et les filles.

1. L'enquête sur la sexualité en France menée en 1992 montrait que les deux tiers des femmes n'imaginaient pas pouvoir faire l'amour sans aimer leur partenaire. ce qui n'était le cas que d'un tiers des hommes. Cf. Alfred SPIRA, Nathalie BAJOS et al., 1993, Analyse des comportements sexuels en France, Paris, La Documentation française.

ne s'en laisse pas compter pour autant. Répondant à la question « Qu'est-ce que c'est pour toi la sexualité? », elle résume ainsi la situation: « C'est faire l'amour. En ce moment, les mecs, ils pensent pas vraiment comme nous. Nous, on est plutôt romantiques et les mecs, cest: on tire un coup et casse-toi. »

Sandrine,

élève à la Providence,

[enquête confirme également que les connaissances en matière de maladies sexuellement transmissibles ou de contraception ne suffisent pas à induire des comportements préventifs, mais aussi et surtour que les campagnes de prévention ne touchent guère une population partiellement déscolarisée,pour laquelle de toute manière, tout ce qui vient de l'école est sujet à caution, et où l'exercice de la sexualité, du moins pour les garçons, permet de retrouver une certaine estime de soi, estime mise à mal par la stigmatisation sociale ou raciale. Ceux qui vivent dans une très grande précarité ont d'autres priorités que la protection d'une santé dont ils ne voient pas qu'ils la mettent en danger... Ces résultats obtenus chez les adolescents recoupent ceux que Christelle Hamel a dégagés de son étude sur la sexualité chez les descendants de migrants maghrébins légèrement plus âgés (18-25 ans)2. Ils donnent fortement à penser que, plutôt que de stigmatiser davantage les jeunes défavorisés, il conviendrait de mettre en œuvre des campagnes de prévention adaptées à leur mode de vie et à leur langage. [ouvrage de Marta Maia persuadera le lecteur que ce langage, d'ailleurs fort savoureux, n'est pas exactement celui des techniciens de la politique...
Marie-Élisabeth Handman

11

2. Cf. Christelle HAMEL L'intrication des rapports sociaux de sexe, de « race ", d'âge ses effets sur la gestion des risques d'infection par le Vih chez les Français descendants du Maghreb, Thèse de l'EHESS, 2003.

et de classe: de migrants

Remerciements de l'auteur
Je ne remercierai jamais assez ma directrice de recherche, Marie-Élisabeth Handman, qui accompagne mon travail depuis une dizaine d'années, et qui m'a apporté une aide de tous les instants. Merci à mes enquêtés, drôles, touchants, révoltés, snobs, banlieusards, chagrinés, angoissés, joyeux, passionnés, jaloux, amoureux... qui m'ont confié leurs histoires d'amour et leurs secrets intimes. Je remercie Angela G., mon amie qui veille sur moi de loin; Bruno P., qui s'est donné la peine, avant le dépôt de ma thèse, de lire celle-ci en entier et de formuler des suggestions et des corrections; Khalid F., mon guide; Regina G. et Saguenail, qui ont rendu mon texte plus élégant; Sonny P., qui a cru en mon travail; et tous ceux sans qui cet ouvrage n'aurait pu être publié.

13

Avertissement

Ce livre est à l'origine un travail de thèse en anthropologie sociale, réalisé sous la direction de Marie-Élisabeth Handman, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris), avec le concours financier de la Fundaçiiopara a Ciéncia e a Teen%gia (Portugal). [objectif premier de ce travail était une comparaison permettant de montrer l'influence des facteurs socioculturels sur la sociabilité, les relations amoureuses et les représentations de la sexualité, ainsi que sur le risque d'infection par le VIH (virus de l'immunodéfidence humaine), des adolescents. Je suis alors partie en quête d'interlocuteurs, d'adolescents qui voudraient bien me raconter leur vie, surtoUt amoureuse, et pour cela je me suis adressée tout d'abord à des lycées. J'ai fait ce qu'en jargon d'anthropologues on appelle un terrain. Les collèges et lycées ont donc constitué mon terrain privilégié. Ces collèges et lycées, je les ai trouvés à Montreuil, la ville où je suis née, et à Vincennes, la ville où j'habitais à ce moment-là, entre 1996 et 2000. Le choix d'un « terrain» n'est jamais anodin... Mais au-delà des aspects plus personnels de ce choix, de par leur profil
(l'un
«

15

populaire », l'autre « bourgeois »), ces deux villes se prêtaient

parfaitement à l'objectif de ma recherche, celui de comparer des milieux socioculturels différents. Mais cela aurait aussi bien pu se passer ailleurs. À Saint-Denis et Versailles, à Bobigny et Neuilly, à Sarcelles et Levallois, dans le XVème et dans le XVIIIème arrondissements de Paris... Pour préserver l'anonymat de ces jeunes gens, je leur ai attribué des prénoms fictifs. [âge indiqué est celui qu'ils avaient au moment où je les ai rencontrés. Mes interlocuteurs sont les auteurs des mots et phrases entre guillemets et en italique. Une présentation de chacun suit cet avertissement. [enquête se compose d'un volet qualitatif (entretiens en face à face) et d'un volet quantitatif (questionnaires écrits).

Mes enquêté(e)s
Du collège et lycée Jean Jaurès, à Montreuil

Les filles
Amanda a 15 ans et habite à Montreuil, dans une cité. Son père est italien, sa mère réunionnaise, tous les deux sont informaticiens. Ses parents sont divorcés, elle vit avec son père et sa belle-mère, avec qui elle ne s'entend pas bien du tout. Faure d'un aurre interlocuteur, elle raconte ses problèmes à son journal intime et prie quand elle est déprimée.

Christèle a 14 ans, vit à Montreuil, ses parents sont français, son père est ingénieur et sa mère employée. Comme sa copine Amanda, ses parents sont divorcés, elle vit avec son père et sa mère lui manque beaucoup. Pour occuper le temps, elle écrit des poèmes.
Franceline a 15 ans, ses parents sont tous deux: gabonais, retraités et protestants. Elle a six frères et une sœur chez qui elle vit, à Montreuil. Elle est en Troisième et veut « aller jusqu'à la Terminale ». Elle aime sortir avec

16

sa nièce, qui a 19 ans. Elle m'a demandé
« on attrape le sida en faisant ça. »

«

comment on dit une pipe» et si

Josiane a 16 ans et habite à Bagnolet. Elle est née de parents français, l'un employé, l'autre au chômage. Elle souffre du manque d'affection dans sa
famille. Elle n'aime pas « lesprofs et les élèves de ce bahut» car « c'est violent, même lesfilles se bagarrent avec des coups de poing et tout. » Juliette a 17 ans, elle vit à Montreuil, dans une cité et au sein d'une modeste famille française dont le père est ouvrier imprimeur et la mère aide ménagère. Josiane est la copine avec qui elle « traîne» le plus. Elle «passe la vie devant la télé. » Plus tard, elle aimerait « trouver un bon métier et sortir de la banlieue. » Kenza a 17 ans, habite à Montreuil, dans une cité. Née de parents marocains, son père est électricien et sa mère aide ménagère. Elle trouve que les

garçons ne « pensent qu'à ça. » Lina, 16 ans, est la fille d'un maçon et d'une femme de ménage portugais. Elle habite à Montreuil, où elle trouve qu'il y a « trop de racaille. »
Comme la plupart de ses copines, elle ne veut pas faire d'études supé-

rieures. Elle a peur, plus tard, « de ne pas trouver un logement. » Elle n'a « pas encore eu de petit copain. » Son frère «fait attention» pour qu'elle n'ait «pas de mauvaises fréquentations. »

Loubna, 14 ans, est née de parents algériens. Son père est agent d'atelier chez Citroën et sa mère ne travaille pas. Elle habite une cité de Montreuil qu'elle aime parce que c'est sa cité et qu'elle y vit depuis toujours. Maryam, 17 ans, vit dans une cité de Montreuil. Elle est née de parents

maliens, qui sont l'un ouvrier,l'autre au chômage. Sesparents « sonttoujours en train de s'engueuler, pour un oui, pour un non. » Elle aimerait avoir un copain à qui elle pourrait parler de ses problèmes. Mélissa a 16 ans, elle habite à Bagnolet, son père est au chômage et sa mère est secrétaire. Il est français et elle est algérienne. Mélissa préfère la culture de sa mère: il y a plus de solidarité. Elle n'a jamais eu de petit copain et trouve que les garçons sont « attardés », « ils ne pensent qu'au sexe », mais a

déjà été amoureuse. Il y a une homosexuelle dans sa famille, qui
la face» à ce sujet.

« se voile

Nadia a 16 ans, ses parents sont marocains, son père est canalisateur et sa mère vendeuse. Elle aussi habite dans une cité de Montreuil. Elle est
inquiète face à
«

tant de racisme.

»

Nawal, 14 ans, a un père maçon et une mère au foyer, tous deux égyptiens, qui la surveillent
«

tout le temps », qui «disent trois mots de français»

17

et qui lui interdisent « tout dix fois sur dix. » Ils veulent bientôt retourner en Égypte, ce qui l'angoisse. C'est la seule, à Montreuil, chez qui je sois allée. Nora, 14 ans, est née de parents algériens. Son père est électricien et sa mère aide ménagère. Elle vit dans une cité, à Montreuil. Elle a trois frères
et une sœur. Nora est
«

un garçon manqué»

et

«

traîne avec les garçons.

»

Elle trouve qu'il y a beaucoup de bagarres « entre les cités». Il lui arrive d'ailleurs de se bagarrer avec les filles. Siham a 15 ans. Son père, marocain, est au chômage, sa mère, française, est sans profession. Elle aussi vit dans une cité, à Montreuil. Elle a du mal à s'exprimer et à comprendre ce que je lui dis. Elle ignore presque tout au sujet de la sexualité et du sida. Elle ne pense pas à « ça.
})

Souad, 17 ans, a des parents algériens. Elle habite à Rosny. Son père est entrepreneur et sa mère est secrétaire. Elle a quatre sœurs. Souad a des sentiments ambigus envers la culture de ses parents, confondant vouloir et devoir. Elle pratique la religion musulmane et envisage de se marier à un Algérien. Elle se définit comme algérienne.

Les garçons
Adam, 15 ans, est« issu de l'immigration}). Son père, malien, est ouvrier et sa mère, mauritanienne, est au chômage. Ses parents ne lui ont «jamais rien interdit. }) Adam habite, lui aussi, l'une des nombreuses cités de Montreuil. Grégory, âgé de 14 ans, résidant à Montreuil, est né de parents français. J'apprendrai par la suite que sa mère est sénégalaise, mais Grégory semble vouloir omettre ce détail. Son père est ingénieur et sa mère restauratrice.
En amour, il préfère
«

les métisses, elles sont plus chaudes.

})

Hugo, 17 ans, est né de parents portugais. Son père est électricien et sa mère sans profession. Il a toujours vécu à Montreuil. Il « bosselëté pour
avoir de l'argent de poche}) mais passe aussi quelques semaines de vacances
})

au Portugal. Son premier rapport sexuel, « cëtait à 14-15 ans.

18

Luc a 20 ans, ses parents sont français, son père est au chômage, travaillant au noir de temps à autre, et sa mère est secrétaire. Il vit dans une cité, à Montreuil, depuis qu'il est né. Toutes ses « dents de devant sont fausses, à causedes bagarres.}) Ça fait longtemps qu'il fait du « business. » Il a « com-

mencé à vendre des barrettes,à 14 ans, comme tout le monde. Il a déjà « kiffé
})

des meufi

}),

mais n'est jamais

«

tombé sérieusement amoureux.

})

Luc est mon

informateur privilégié pour le lycée Jean Jaurès. Rachid, 15 ans, est né de parents marocains. Son père est au chômage et sa mère sans profession. Il habite à Montreuil. Il a « déjà redoublé deux fois. Les campagnes d'information sur le sida, « ça [le} traumatise. Les conquêtes amoureuses, il pense qu'il «faut les sélectionner,faut pas jouer
}) })

avec la mort.

})

Samir, 16 ans, est né de parents tUnisiens. Son père est chauffeur et sa mère aide ménagère. Il habite à Montreuil. Il s'est « déjàfait virer une semaine coup de potes.
})

})

du collège et, comme son copain Rachid, a redoublé deux fois. Il a « beau-

Du lycée professionnel

Gregor Mendel, à Vincennes

Les filles
Betty, 16 ans, est fille unique. Ses parents sont français et tous deux employés, elle habite à Vincennes et est en Seconde. Elle a déjà eu son

premier rapport sexuel et trouve que le préservatif,
biance. » Elle a eu une dizaine de petits copains.

«

ça casseun peu l'am-

Edwige, 19 ans, a des parents français, divorcés, l'un agent technique, l'autre hôtesse d'accueil. Pour sa mère, c'était un deuxième divorce. Elle vit à Montreuil et n'aime ni sa ville, ni son « bahut», parce qu'il y a « trop de caillera.» Elle est en Première et ne se sent pas soutenue par ses parents.

Elle garde « l'argentdu midi» pour acheterce dont elle a envie.
Élisabeth, 16 ans, a des parents divorcés, comme son inséparable copine Edwige. Sa mère, « d'origine» russe, est hôtesse d'accueil, son père, français, est steward. Élisabeth n'a pas pu faire des études de sport parce qu'elle n'avait pas « le niveau. » Elle habite à Pontault-Combault.
Esther a 17 ans, ses parents sont français, son père est ingénieur et sa mère directrice de ressources humaines. Elle vit à Alfortville et passe ses vacances en Lozère, où elle a une jument que ses grands-parents lui ont offerte. Elle n'aime pas tomber amoureuse « parce que ça fait souffrir. »

Jocelyne, 16 ans, est née de parents congolais. Son père est ingénieur et sa mère infirmière. Quand elle veut sortir, elle dit à ses parents qu'elle va chez sa meilleure amie. Elle habite à Lésigny.
Linda, 17 ans, est fille d'un commerçant, portugais, et d'une mère italienne, sans profession. Elle est née à Montreuil et vit à Romainville. Elle n'aime pas la Providence «parce qu'il n'y a que des bourges là-bas» et estime

19

qu'elle n'a «pas de stylepour aller là-bas. » Elle sort avec David.
Maria a 18 ans et habite Neuilly. Elle est née de parents portugais. Son père

est maçon et sa mère mécanicienne en confection. Son père « s'énervesur
[elle] » et elle a «fait de la boulimie. » Ses parents «parlent immigrant. » Elle a eu beaucoup de petits copains mais jamais de rapports sexuels, car elle voudrait « donner» sa virginité à son mari. Elle n'a pas aimé son premier baiser, « c'était tout baveux! »
Marie-Ange a 17 ans, ses parents sont français, son père est cadre, sa mère
« cooL »

sans profession. Elle est parisienne.

Ses parents sont

Elle a eu son

premier rapport à l'âge de 16 ans et a « toujours utilisé la capote. » Mélissandre, 18 ans, est fille de fonctionnaires français qui vivent à Nancy. Elle habite à Paris avec son frère aîné. Contre l'avis de ses parents, elle s'est fait des piercings. Elle est « dans le privé» depuis la sixième. Elle sort avec Alain, avec qui elle a «couché le premier soir» parce qu'elle

i(

savait que cëtait le bon» et n'a jamais utilisé de préservatif avec lui. À son
»

avis, le sida existe à cause « des immigrations d'Aftique.

Nathalie a 17 ans. Ses parents, français, sont divorcés. Son père est architecte et sa mère est responsable de vente. Elle habite à Vincennes. Elle a des relations amoureuses surtout pendant les vacances.
Salomé, 18 ans, vit à Livry-Gargan. Son père est cadre et sa mère agent

commercial. Elle est «fille unique, mais [a} un chien. » Elle parle de tous
ses problèmes à sa mère et se confie aussi à sa tante et à une copine avec

qui elle maintient une correspondance. Elle a « horreur defaire ça dans le

jour. »
Sara a 16 ans. Son père, français, est commerçant, sa mère, malienne, est sans profession. Elle vit à Fontenay, fait du baby-sitting le soir et travaille pendant les vacances pour avoir de J'argent de poche. Elle a eu son premier rapport sexuel avec son premier petit copain, à l'âge de 15 ans. Stéphanie a 17 ans, ses parents sont tous deux français et employés. Ils sont divorcés. Elle habite à Boissy, « dans la zone pavillonnaire », avec sa
20 mère. Elle « aime bien sortir avec [sa) mère », qu'elle « considère, desfois, un peu comme [sa} sœur. ». Elle a « toujours été dans l'enseignement privé. »

Véronique, 16 ans, vit à Montreuil. Je l'ai rencontrée alors qu'elle séchait un cours d'espagnol. Ses parents, français, sont employés. Sa relation la plus longue a duré un an et deux mois et la plus courte cinq minUtes. Lorsque je l'interroge, elle a «un peu trop jùmé. » Lorsqu'elle me dit qu'elle a eu son «premier rapport à 13 ans, avec un mec plus âgé », des larmes coulent sur son visage.

Les garçons
Abdel a 18 ans et habite à Champigny, dans une cité
«

immense. Tu vois

même pas l'autre bout à l'horizon!» Son père, marocain, est peintre en bâtiment et sa mère, algérienne, ne travaille pas. Il a eu « des délires hors du commun. » Ce qui l'a le plus marqué dans la vie, « c'estla mort d'un pote. Il s'est endu. » Il aime bien « [se) débrouiller tout seul» et n'aime pas « demanp
der à [ses) parents. » En amour, Abdel ne sera fidèle qu'à sa femme.

Adamo, 18 ans, vit depuis peu à Joinville. Avant, il était dans la même cité que son copain Abdel. Son père est informaticien et sa mère employée de banque. Il s'est fait virer de deux lycées»et a redoublé deux fois. IJa «plein
({

de potes étrangers» mais ne sortirait «jamais avec une noire» parce qu'il « n'aime pas », ni avec des arabes «parce qu'elles sont intouchables. ), Il n'a
jamais fait le test de dépistage parce qu'il n'a «pas envie de savoir une mauvaise réponse.
»

Alain, 17 ans, est né d'un second mariage d'un infirmier avec une secrétaire médicale. Ses parents sont français, il a une sœur et il réside à BoisFleuri. C'est « stressant les vacances avec [ses]parents parce qu'il faut qu'on soit tous la petite famille, les Bidochons sur la plage, on va à un endroit et cest visite à fOnd!» Alain est le petit copain de Mélissandre.
Bruno a 18 ans. Son père, français, est chauffeur, sa mère, italienne, est labo-

rantine, il a un frère et habite « limite Montreuil Fontenay, dans un pavillon. » Il a déjà fréquenté la Providence, qui est « encore plus stricte qu'ici. » Pour lui
«

-

leplus important avec unefille cest quelle prenne sonpied (...) parceque si la
et ses copines...
»

fille crie pas, ça te monte au moral. (...) parce que si tu fais jouir une nana, elle
va le dire à ses copines,

David, âgé de 18 ans, est né de parents portugais. Son père est artisan taxi et sa mère sans profession. Il vient de Créteil. Durant les vacances, il va toujours au Portugal. « Ça [le] déstabilise beaucoup, la France. » Le week-end, il ne va pas en boîte parce qu' « on sefait rejeter. Il y a un bonhomme qui tend la main et si tu passes en dessous tu rentrespas. » Ses meilleurs copains sont portugais. Le portugais est sa langue préférée. Franck a 19 ans, son père est publicitaire et sa mère serveuse à mi-temps.
«Avant, ils étaient chauffeur routier et coiffeuse. » Ses parents sont français. Il vit dans une cité, à Fontenay. Le dimanche il va jouer au foot. « Si [il] lit,
cest le journal
serait débiteur

21

j"~sportif,
de 5 000

de préférence.
Francs (750

Il a connu
« euros) !
»

son actuelle

petite

copine

au ski. Il n'utilise pas de préservatif car

au rythme auquel [il] lefait, [il]

Grégoire a 15 ans, ses parents, français, sont l'un commerçant et l'autre
comptable. Il habite Les Pavillons. Il pense que le préservatif, moyen de se protéger qu'un moyen de contraception. »
«

cest plus un

Joseph a 18 ans. Son père, français, est agent de la RATp, sa mère, également française, est commerciale. Son logis est à Maison-Alfort. Comme son copain Grégoire, ses parents sont juifs. Il est en Terminale. C'est sa mère qui a trouvé l'école et c'est lui qui a choisi la filière: sciences techniques de laboratoire.
Jean, 18 ans, est né dans une famille de la classe moyenne française. Son père est « conducteur de trains à la RATP» et sa mère « travaille à la Sécu. » Il habi-

te à Paris, dans le XXème. Il a un demi-frère et une demi-sœur. Ses parents ne sont pas mariés. Son grand-père était roumain et orthodoxe. Il sort
«

avec les copains, en grappe de dix» et n'a pas d'heure pour rentrer.

José a 17 ans. Il est né de parents portugais, comme son copain David. Son père est électricien et sa mère concierge, à Paris, où il vit. Il n'est pas bavard et, fait rare, ne répond pas à toutes mes questions. Comme Linda, la petire copine de David, il voudrait partir vivre au Portugal.
Noé a 18 ans, ses parents sont français, son père est architecte, sa mère est institUtrice et il vit à Paris, dans le )CIIème. Dans son ancien lycée, SaintMichel de Picpus, également privé, il a été orienté vers le lycée Gregor Mendel, parce qu'il n'avait «pas le niveau pour suivre une section S. » Son

père lui a dit : « Si tu veux, tu ramènesdesfilles à la maison. » Paul, 18 ans, parents français, père commercial, mère comptable, réside à
Bagnolet. Il n'aime pas la télé,
«

mais quand on sefait chier, il faut bien faire

quelque chose.» On lui a refusé une sodomie, mais lui, il est ouvert à tout. Ses potes: Bruno et Pierre.
22

Pierre a 17 ans. Ses parents: français. Son père: chef d'entretien. Sa mère: comptable. Lieu de résidence: Bagnolet, comme son copain Paul. Né d'un second mariage,il a deux demi-frèreset un frère « entier. » Thomas, 17 ans, est né de parents camerounais. Son père est professeur et sa mère comptable. Il vit à Noisy-le-Grand avec son oncle. Ses parents
sont restés au Cameroun. Son oncle l'a « ramené ici en France pour pouvoir [se} guérir. » Il a vécu un an dans une famille d'accueil. Cela fait huit ans qu'il ne voit pas ses parents. Il a « tellement vécu de choses dures dans [sa} vie, qu'fil] a appris à faire face... »

De l'Institution Notre-Dame de la Providence, à Vincennes

Les filles
Aline a 18 ans et parle avec éloquence. Son père, français, est chauffeur de taxi. Sa mère, anglaise, est secrétaire dans un cabinet d'avocats. Son domici-

le est à Nogent. Elle voit l'adolescence comme « le moment où on sëpanouit, où on affirme notre identité» et n'y voit « que des aspectspositifs. »

Annie, 16 ans, a des parents français, tous deux greffiers en chef Elle habite à Rosny. Quand elle se brouille avec ses parents, elle « laissecogiter
et [elle} revient après.. mon papa, ma maman chéris!» Elle a une sœur. Elle voudrait faire des étUdes de médecine. Elle n'a pas de petit copain. Audrey, 16 ans, domiciliée à Villiers, a des parents français et chefs d'établissements scolaires. Quand, un jour, elle couchera avec son copain, c'est

qu'elle l'aimera et le connaîtra bien. La première fois, elle voudrait « utiliser lepréservatif, mais après,quand ça devient sérieux... » Ses parents avaient un copain homo qui est mort du sida, donc ils parlent de cette maladie. Aurélie a 17 ans, des parents français, un père ingénieur et une mère responsable commerciale. Elle dit qu'elle ne s'est «jamais engueulée» avec ses parents. Elle a deux sœurs. Elle estime qu'en allant à l'école, elle construit
son avenir. Elle aura son premier rapport
«

quand le moment seprésentera.

»

Célia, 18 ans, est née de parents portugais. Son père est chauffeur de taxi et sa mère est employée de banque. Elle vit à Montreuil, dans une zone pavillonnaire. Elle n'y a pas d'amis, « c'estplutôt à l'école.» Elle a fréquenté Jean Jaurès pendant un an. À la Prol, « il y a de la méchancetépure. » Mais
elle ne regrette pas d'avoir changé de lycée, bien au contraire. Célia est mon informatrice privilégiée pour la Providence. C'est aussi la seule, parmi les élèves du privé, chez qui je sois allée. 23

Fabienne a 17 ans; ses parents, français, sont l'un chef d'entreprise et l'autre enseignante. Elle vient de Fontenay. Chez elle, il n'y a jamais eu de télé. Elle va beaucoup au cinéma. Ses parents « s'inquiètent beaucoup» pour ses études. Quand ils lui interdisent quelque chose, elle se résigne. » La
({

famille ({est très importante. »

Inès a eu ses 18 ans. Son père est « d'origine palestinienne », attaché administratif de profession, mais aussi traducteur. Sa mère est « d'origine maro-

caine» et professeur de musique. Elle vit à Ormesson. Marcelle, 17 ans, parents français, père technicien, mère cadre hospitalier, domicile à Lognes. Les parents « moralement, ils sont toujours derrière notre dos. » Elle est à la Pro depuis la Sixième. Elle fait de la danse. Marjolaine, comme sa copine Marcelle, a 17 ans, des parents français et habite Lognes. Comme Célia, elle a tOus ses copains à l'école, car Lognes,
«

c'est trop la zone ». Son père est artisan pâtissier et sa mère coiffeuse. Sa

famille est catholique et elle a fait « {son} catéchisme,[sa)première communion, [sa} profession de foi. » Elle fréquente l'enseignement privé depuis
qu'elle est
«

toute petite.

»

1. Diminutif de l'Institution

Notre-Dame

de la Providence.

Océane a 16 ans; elle aussi a des parents français. Son père est ingénieur et sa mère professeur des écoles. Elle vient de Champs-sur-Marne. Ses parents l'aident pour les devoirs. Ils savent où elle va et à quelle heure elle rentre;

ils lui «font confiance. » Le premier rapport sexuel,

«

il nefaut pas lefaire
"

juste pour s'en débarrasser au plus vite. Il faut faire attention.

Sandrine, âgée de 15 ans, née de parents français, habite à Bagnolet. Son père est agent de maîtrise et sa mère expert-comptable. Son père est catholique et sa mère est juive. Elle a trois sœurs. Elle a 110 euros (700 FF) par mois d'argent de poche (et pour manger, à midi, quatre jours par semaines). Plus tard, elle aimerait être chercheur en génétique. la seule noire à la Pro », a 17 ans, est née de père guinéen et de mère antillaise, technicien et cadre industriel de profession. C'est aussi la seule, à la Pro, dont les parents soient divorcés. Elle habite à Noisy-le-Sec,
Ségolène,
{(

« dans le

bon côté.» Elle fait de la danse et du tennis. Avecses parents,
{(

catholiques, elle va à la messe tous les dimanches. Sa mère a choisi la Pro parce que c'est une écolede bonne réputation. Ségolène, la plus précoce " des filles de la Pro, a eu son premier rapport sexuel à 15 ans.
24

Séphora a 16 ans et habite à Montreuil (mais pas dans une cité). Ses parents, français, sont aide-soignant et technicienne. Quand elle ne bosse pas pour l'école, elle fait de la danse classique ou écoute la radio. Simone, 16 ans, a un papa garde républicain et une maman sans profession, tous deux français, et vit à Champigny. Elle a une sœur, qui est aussi à la Pro. Elle a eu son premier rapport à 15 ans et demi (donc, la deuxième place en précocité sexuelle parmi les filles rencontrées à la Pro) et a utilisé le préservatif « au début »...
Vera a 15 ans, son père est polonais et sa mère portugaise, l'un cadre et l'autre employée de banque. Elle vit à Nogent. Elle n'a eu qu'un seul petit copain, c'était en colo, ça a duré une semaine. Elle a un frère, qui est aussi à la Pro. Elle " trouve qu' avoir des rapports sans s'aimer, c'est dégueulasse, c'est trop con.
{( {(

"

Viki, 16 ans, née de parents cambodgiens, vit à Fontenay. Son père: ingénieur. Sa mère: fleuriste. Ils sont bouddhistes. Avec ses parents, elle n'est pas en
{(

désaccord» et se « plie à leurs exigences.

"

Elle veut devenir médecin

spécialiste.

Les garçons
Adriano a 17 ans. Son père est portugais. Il est garagiste. Sa mère est française. Elle est secrétaire. Il vient de Romainville. Blagueur, il dit que ce qui