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Témoignages sur l'éducation

De
222 pages
Inspiré par les réalités quotidiennes, le thème de l'éducation est absorbé sous une approche historique comme les survivances des traditions dans la formation des enfants. L'importance de la parole dans la pratique éducative est soulignée, les relations complexes entre acteurs et partenaires du système éducatif sont examinées, une place de choix est consacrée au rôle des jeux.
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Fara Pascal TonguinoTémoignages sur l’éducation
Cet livre expose des récits, inspirés par les réalités quotidiennes, tadruisant
des relations humaines inluencées par des faits environnementaux .
Le thème central est celui de l’éducation, abordée sous une approche h tiosrique,
comme les survivances des traditions dans l’action formatrice des enafnts.
D’autres approches apparaissent également, comme l’importance Témoignages
de la parole dans la pratique éducative ; les rapports nourrissant les
valeurs complémentaires entre les activités éducatives et agriceos ; l
la place importante de l’institution scolaire pour le développement sur l’éducation des communautés ; mais aussi l’évocation des relations complexes
qu’entretiennent les acteurs et les partenaires du système éducatif. Une
place de choix a été consacrée aux jeux, dont ceux développant les vlaeurs
socio-culturelles véhiculées à travers les proverbes, adages, mmaxeis, etc.
Originaire de l’espace Tongui, quatrième fils d’une femme
de l’ethnie kissi de la forêt guinéenne (« Fara ») et baptisé
« Pascal » selon la foi catholique romaine, Fara Pascal
TONGUINO est né en 1947 dans la préfecture de Gueckédou,
village de Gbessé, dans la sous-préfecture de Nongoa. Après
ses études primaires et secondaires, il fut très tôt initié à
l’exercice de la profession enseignante à l’École normale primaire de Macenta
en 1963–1964. Cette formation professionnelle se poursuivit plus tard dans
les Écoles normales supérieures de Manéah (Guinée, 1982–1985) et Dakar
(Sénégal, 1986–1988). Il occupa plusieurs postes de responsabilité au service
des écoles guinéennes et de celles de la République populaire du Mozambique.
C’est à partir de l’un de ces postes, recteur de l’université privée (University
International college–UNIC), que fut consolidé en lui le désir de coucher sur
papier cet ouvrage.
Photographie de couverture de ludi, Pixabay (CC).
ISBN : 978-2-343-11237-4
22,50 e
Fara Pascal Tonguino
Témoignages sur l’éducation





























































Témoignages
sur l’éducation

Fara Pascal TONGUINO




Témoignages
sur l’éducation



















































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-11237-4
EAN : 9782343112374



SOMMAIRE
Dédicace ............................................................................. 9
Avant-propos .................................................................... 11
I- Survivances de la tradition en éducation ...................... 13
II- Valorisation du récit en éducation .............................. 23
III- De l’éducation à l’agriculture .................................... 79
IV- L’école dans la communauté ..................................... 91
V- « Notre, école enclavée » .......................................... 127
VI- « Notre école de la formation » .............................. 165
VII- « Notre école de la persévérance » ........................ 185
VIII- Les proverbes, adages, maximes en éducation ..... 203
7


DÉDICACE
Je dédie ce récit de ‘’Témoignages’’ aux deux autres
membres du ‘’TRIO EN FRATERNITÉ ET AMITIÉ’’ que
je constitue avec :
1-Maurice Faya Tomossi Milimouno, professeur de
Philosophie dont le nom éveille en moi, entre autres
souvenirs:
- mon premier contact avec l’assertion : ‘’LE MIEUX
EST L’ENNEMI DU BIEN’’ et
- le surnom de ‘’LA VRAIE’’ par lequel il appelait mon
épouse, signe de la fertilité de son intelligence créatrice et
symbole du caractère intime des rapports humains entre les
membres nos familles.
En dépit de la chaleur hautement affective entretenue de
près et de loin autour de sa personne, mais aussi, après un
long et précieux temps de combat contre la maladie, il finit
par répondre à l’inévitable appel du Tout Puissant et
Miséricordieux Créateur à la suite d’une existence terrestre
bien remplie de 1948 à 2011.
1- Pascal Tamba N’Daw Lèno dont la stature de ‘’poète
en herbes’’ demeure encore présente dans le cœur de
chacun de ses nombreux amis du secondaire et des
structures de formation professionnelle. Nous qui, dans
notre tendre jeunesse, avions savouré les poèmes de N’Daw
Pascal Lèno. Des poèmes malheureusement inédits du fait
des contingences environnementales et temporelles, mais
qui, pour moi, demeurent riches dans leurs contenus
stylistiques et sémantiques. Surtout que, l’une des
caractéristiques de ces productions est leur présentation esthétique
au plan scriptural. Ce sont des textes si soigneusement
9
écrits à la main, avec des caractères alphabétiques si bien
réguliers qu’ils justifiaient aux yeux de leurs lecteurs, le
pseudonyme de ‘’l’As de la Belle Écriture’’ qui, à son insu,
était affectueusement attribuée à leur auteur.
‘’Le petit village de la révolution’’ (Moilamilinndou
dans la Préfecture de Macenta) est le titre fétiche de l’un de
ces poèmes qui reste encore gravé dans ma mémoire
aujourd’hui sénile.
Au nom du ‘’Trio en fraternité et amitié’’ et
particulièrement à la mémoire de Maurice Faya Tomossi Milimouno,
‘’Témoignages’’ porte dans ses premières lignes en
direction des membres de chacune des familles Milimouno,
Lèno et Tonguino le pathétique message ainsi condensé :
‘’nous cédons la flamme de notre amitié ;
À toutes nos familles à unifier,
Avec pour mandat de nous la pérenniser.’’

10


AVANT-PROPOS
‘’TÉMOIGNAGES’’ est un ensemble de récits inspirés
des réalités quotidiennes du monde des hommes dans leurs
relations internes, en rapport avec les autres composantes
de leur environnement. C’est dire que dans la plupart des
cas, l’effectivité constitue l’essence des contenus véhiculés
dans ces récits. Mais ils sont agrémentés dans leur
présentation littéraire par le recours au style à prédominance
romanesque dont le caractère imaginaire favorise la
créativité et permet la diversification des visions dans
l’interprétation d’une association d’actes de
communication.
L’auteur est un modeste amateur de la lecture. Son
sursaut pour l’écriture fut davantage aiguisé par
l’observation apparemment anodine de l’un de ses amis d’enfance,
qui lui tint un jour les propos suivants : « Au lieu de passer
exclusivement ton temps libre à la lecture des ouvrages
écrits par d’autres mains, pourquoi n’écrirais-tu pas toi
aussi ? »
Tombé en terrain fertile ce message amical fut accueilli
en termes d’invitation à faire le saut fatidique dans la
pratique de l’écriture destinée au public ouvert. Dans cette
logique, il peut être retenu que : ‘’lire chaque fois que c’est
possible est un noble acte d’enrichissement des
compétences intellectuelles, mais écrire serait encore mieux, pour
proposer soi-même des idées à d’autres lecteurs’’ ainsi prit
corps, mûrit et se développa progressivement cette tentative
d’accumulation et d’arrangement de textes autour de
l’éducation comme thématique centrale, sur les relations
multidimensionnelles entre les membres d’un même
11
domaine, celui à la fois de l’enfance, des enfants et des
éducateurs.
Acteurs et partenaires en éducation, tout
l’environnement éducatif dans son ensemble trouve un tant soit peu
sa place dans ces lignes. Des lignes qui dépeignent
soigneusement quelques évènements tirés avec amour de
l’histoire de quelques zones rurales et urbaines d’un pays au
développement à la fois ardemment souhaité, promis,
compromis ou confisqué, mais historiquement attendu. Ceci
obéissant à la vision, au choix ou à l’interprétation de tous
ceux qui partagent les mêmes idéaux de progrès
universellement entretenus par les forces du développement.
À l’exception des sujets expressément présentés comme
des thèmes en rapport immédiat avec l’Éducation
guinéenne, l’ambition profonde revendique le souhait de ne
directement indexer aucune personnalité, ni un groupe
d’intérêt, ni même une entité géographique dans ces récits.
L’auteur invite donc les lectrices et lecteurs à considérer
toute ressemblance comme une approche littéraire sans
appartenance physique effective et à l’interpréter comme
telle.







12
I- SURVIVANCES DE LA TRADITION
EN ÉDUCATION
Ce matin dans notre école, la seconde salve matinale des
sons de la cloche déclencha l’animation générale des élèves
prêts à rejoindre les classes. Initialement préparés à se
prendre collectivement en charge, ils veillèrent à la propreté
de la cour avant de suivre les ordres des chefs de classe
pour la formation des rangs devant chaque salle de classe.
Le constat du jour tournait autour de l’absence quasi totale
du personnel enseignant. Le seul maître présent fit d’abord
rentrer les quinze élèves de la promotion du cours moyen,
deuxième année puis les onze élèves du cours moyen
Première année. Les deux groupes étudiaient,
conjointement, dans la position de classes multigrades à deux
niveaux.
Ensuite et dans un temps record, il les plaça
partiellement en autonomie, avec du matériel didactique propice
aux activités adaptées par groupes de travail.
À la suite de cette manœuvre pédagogique, son attention
de gestionnaire aguerri de l’éducation revint sur les autres
élèves demeurés en rangs dans la cour de l’école. Cette
seconde prise en main se traduisit dans des termes aussi
solennels que professionnellement récurrents :
- Tendez les bras !
Fixe !
Repos !
Attention !
− Prêts !
− Repos. Écoutez-moi.
Aujourd’hui, les enseignants sont convoqués à une
importante réunion de travail au siège de la Délégation
13
scolaire de l’Enseignement élémentaire. L’Avis de réunion
nous est tardivement parvenu au cours de la nuit dernière.
Vous ne pouvez donc pas tous étudier dans les classes
dépourvues d’enseignants. Le jeudi prochain les cours de
rattrapage seront organisés à votre intention dans les classes
qui resteront fermées aujourd’hui.
Rentrez directement dans vos familles et informez
correctement vos parents ou tuteurs à propos de ce
changement d’activités de dernière heure intervenu dans
l’exécution de notre emploi du temps. Ensuite, vous
associerez vos efforts aux leurs dans l’exécution des
travaux quotidiens.
Puis le maître livra les dernières consignes de séparation
qui, volontairement redondantes, contenaient une partie de
sa communication introductive.
− Attention !
− Prêts !
− Au revoir les enfants. Prenez soin de vous
individuellement et mutuellement. Repartez immédiatement dans vos
localités d’habitation. Portez secours à vos parents ou
tuteurs aux champs et dans les travaux culinaires. Rompez
les rangs.
− Au revoir Monsieur ! répondent les enfants en chœur.
Par petits groupes ils se dirigèrent avec enthousiasme,
sans plus tarder, vers leurs villages d’origine, ou dans les
concessions du village d’accueil de leur école.
Dans l’agglomération forestière de Yilandou, les élèves
ainsi libérés furent surpris de trouver le vieux Foko qui
balayait la concession familiale. C’est l’une des filles de la
promotion quatrième année qui exprima son effet de
surprise à l’adresse du vieux patriarche :
− Bonjour grand-père. Acceptez-vous de nous instruire à
propos de votre attitude actuelle ?
14
− Je demeure toujours disponible pour dialoguer avec
vous, petits garçons et petites filles de ma généalogie. Mais
auparavant, puis-je connaître les raisons profondes de votre
pratique de l’école buissonnière alors que cette magnifique
journée ne donne aucun signe de mauvais temps susceptible
de compromettre la bonne tenue des cours à l’école ?
− Nous n’avons point abandonné les cours, grand-père.
À cause d’un changement d’activités indépendant de notre
volonté, les maîtres nous ont libérés aujourd’hui, avec la
promesse d’une compensation par les cours de jeudi
prochain.
− Bien mes enfants ! Maintenant, petite curieuse,
reformule pour mes oreilles fatiguées ce que tu voudrais
savoir à propos de mon comportement qui semble éveiller
ta curiosité. D’ailleurs, à partir de l’éclat de vos yeux, je
déduis que vous êtes nombreux, sinon unanimes à vous
intéresser à la réponse attendue.
− Grand-père, reprit une autre fille de la même classe du
cours élémentaire, à la faveur des travaux champêtres,
presque toutes les populations de nos villages se retrouvent
maintenant en quête des ressources alimentaires à travers
les bois, les vallées, les bas-fonds et les élévations de
terrains.
− Où veux-tu en venir, ma belle petite bavarde ?
S’impatienta le vieux sage.
Ce à quoi la petite interpellée répondit calmement et
avec assurance :
-Nous savons que les forces physiques ne vous
permettent plus d’aller durement travailler pendant de longs
moments aux champs ; sous les pluies ou sous le soleil ;
comme le font tant d’autres habitants de notre village. Mais
pourquoi choisissez-vous ces précieux instants de repos
pour balayer votre cour ? Une activité que tant d’autres
15
personnes sont censées mener avec autant de réussite, sinon
plus rapidement que vous-même.
− Mes enfants, vous faites bien de reconnaître que mes
muscles usés ne supportent plus les travaux harassants dans
la brousse. Je traverse la phase de l’existence humaine
durant laquelle une contradiction manifeste oppose les actes
qui sont censés prioritairement prendre appui sur le corps
physique et ceux qui sont surtout soutenus par la volonté,
‘’le cœur’’ ou le mental. Une certaine opinion qualifie ce
phénomène de problématique de la prédominance entre le
pouvoir et/ou le vouloir.
Mais mon corps a besoin de mouvements pour mieux
résister au risque d’épuisement prématuré de mes muscles.
En effet ne dit-on pas que le muscle soumis, pendant
longtemps et de façon soutenue, en position d’arrêt
permanent tend à s’atrophier.
Aussi, il ya de nombreuses manières d’occuper le temps.
C’est pourquoi, pour utilement meubler l’entièreté de ma
journée d’existence, j’alterne de temps en temps les menus
travaux et le repos dans mon hamac. D’ailleurs même en
position de repos, je garde généralement à portée de la main
des outils de travail tel que le balai à long manche ; des
outils qui peuvent servir à plusieurs usages, comme
éloigner de moi les méchants êtres ou ceux qui simplement
perturbent ma quiétude.
− Ah ! s’exclama l’un des enfants, avec une honte mal
dissimulée.
J’ai encore présent en mémoire et en mon corps la
réminiscence du sec, mais pénétrant coup de balai que j’ai
reçu de la part de grand-père le jour où j’ai tenté de prendre
à son insu les bananes mûres déposées à côté de son hamac.
− C’était donc toi petit Malin ? Alors, ne recommence
plus ce genre de manœuvres qui portent atteinte à nos
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mœurs sociales. Répliqua fermement Grand père avant de
poursuivre :
− Le balayage de la concession, ainsi que d’autres
activités me permettent de faire beaucoup de mouvements
utiles qui entraînent conséquemment l’ensemble de mon
corps à la culture physique. Cette pratique et les diverses
autres activités physiques que je réalise quotidiennement en
dehors du temps de repos compensent relativement les
effets énergétiques de ma non-participation directe aux
travaux dans les champs.
− Vous avez entendu ! s’exprima un jeune garçon avec
la fermeté que la force d’intervention correspondant à son
âge lui permettait : ‘’tout comme nos maîtres compensent
les cours perdus aujourd’hui par ceux à réaliser le jeudi de
la semaine suivante, grand-père aussi compense les
conséquences de ses absences aux champs par des acquis
des diverses activités qu’il mène en dehors des travaux
champêtres’’.
− Très bien mes petits-enfants. Votre camarade vient de
faire, pour un garçon de son âge, une excellente conclusion.
Maintenant, poursuivez vos routes jusqu’aux champs où
d’importantes activités attendent leur exécution dans les
normes du calendrier agricole. Menez ces activités au
mieux en compagnie de vos parents. Ce sera, entre autres
faits, l’une de vos participations aux abondantes récoltes
attendues au cours des prochains mois.
Avant que les enfants ne le quittent pour le reste de la
journée, grand-père leur promit que les dispositions
conséquentes seront prises au niveau du village, pour
l’organisation et le développement des séances
d’information sur l’histoire locale et quelques faits socio-historiques
pouvant servir d’exemples pour l’épanouissement culturel
des générations montantes.
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Durant tout le reste de cette journée et même au cours
d’autres jours qui suivirent, le vieux Foko n’a cessé de
rechercher les moyens pour intéresser les autres décideurs
du village à la satisfaction de la promesse faite aux enfants.
En effet, profondément moulé dans les valeurs
traditionnelles de son milieu, et nonobstant les acquis de son statut
d’ancien combattant, Grand Père Foko reconnaît que la
transmission de certaines valeurs culturelles aux
générations montantes obéit aux normes traditionnelles de
la formation. Il possède au tréfonds de lui des notions non
négligeables sur les principaux contours éducatifs liés au
développement humain, subdivisés en enfance, jeunesse,
vie adulte et vieillesse ou troisième âge. Il a la conscience
du fait que traditionnellement, des contenus éducatifs
correspondent à chaque catégorie de cette organisation
sociale. À ce titre, l’éducateur populaire dont il doit
pérenniser les valeurs soutient qu’en fonction du genre et de
l’âge, les enfants puis les jeunes et les adultes jouissent
progressivement des différentes étapes de leur initiation
évolutive vers le stade de l’Homme en plénitude ou celui de
la Femme mûre. Toute dérogation aux normes éducatives
traditionnelles est mal perçue, difficilement acceptée ou
même, des fois pas du tout retenue, voire sévèrement
réprimée par une partie de la population, dont les sages qui
participent aux prises de décisions collectives.
− « Le développement du réseau des établissements
scolaires a permis l’accroissement exponentiel des effectifs
scolaires. Il a contribué au soutien des mutations profondes
dans l’environnement des sociétés. L’avènement et
l’accroissement des communications nationales et celles
internationales favorisent inexorablement l’émergence de
comportements nouveaux, particulièrement sous-tendus en
éducation par des changements notables dans l’éveil et
l’épanouissement des enfants scolarisés, déscolarisés et non
scolarisés. Leurs potentialités de compréhension, de
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synthèse et d’interprétation des phénomènes offrent plus de
possibilités d’acquisition des connaissances, ainsi que des
velléités évidentes de perception du milieu. Cet ensemble
de considérations inspire par les temps qui courent une
certaine révision de quelques-unes de nos normes
traditionnelles de la formation… »
Ainsi intervenait le vieux Foko dans le but d’amener les
sages décideurs de sa contrée à accepter la réforme de leur
système d’éducation traditionnelle. Selon lui, ladite réforme
pourrait porter sur les modifications à observer dans
l’application de certaines rigueurs de la tradition éducative.
C’est par exemple le cas de la réduction des âges des
candidats aux épreuves des initiations, le cas de
l’enrichissement des contenus ainsi que celui de l’adaptation des
méthodes de la formation au contexte socio- éducatif. Car si
notre éducation comporte bien de valeurs universelles à
entretenir, nombreux sont ses croyances, faits et gestes qui
nécessitent une adaptation à travers la réforme en débat.
Mais beaucoup de ses interlocuteurs aux cheveux blancs
ne manquaient pas d’arguments, eux qui étaient réticents à
la vision révolutionnaire ou du moins évolutive du vieux
Foko:
− Attention Foko ! Je ne sais pas d’où tu tires cette
volonté de changer nos traditions éducatives. Mais les
valeureux fondateurs de nos cités ancestrales, les initiateurs
des idées et des pratiques qui servent de références à notre
culture depuis les temps immémoriaux jusqu’à nos jours,
nos aïeuls ont tout planifié. Ils nous enseignent par exemple
qu’aux enfants il ne faut parler que des choses dont ils
comprennent le sens. Il ne faut leur montrer que les choses
dont ils sont en mesure de percevoir les contours, les
formes et les sensibilités. C’est la raison des cérémonies
initiatiques et le but de la gradation dans la transmission des
connaissances aux fils des hommes selon les genres et les
âges. Franchement, j’ai du mal à te comprendre, en dépit de
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tous les efforts que tu te donnes pour respecter les formes
requises de la communication dans le milieu des porteurs de
cheveux blancs. Oui ! Même avec tous les égards que je
m’efforce d’observer par rapport à ton discours, ma
position de résistance demeure. Comme c’est aussi l’avis de
nombreux compères présents et absents.
En réponse le vieux patriarche partisan de la réforme en
éducation répliqua avec patience et persévérance :
− Nous saluons les mérites des anciens dans leurs actions
d’organisation conduisant au choix de finalités, des
méthodes et contenus en matière d’éducation de nos enfants
qui, progressivement finissent par devenir les bâtisseurs et
animateurs de nos sociétés. Nous le savons tous, cette
immense œuvre est le résultat de très nombreuses années de
labeur à base musculaire et mentale. Mais l’environnement
qui joue un rôle fondamental dans toutes nos actions
humaines est à prendre en compte. Dans cette optique, il est
indéniable que des changements notables différencient
l’environnement qui a sous-tendu notre éducation
traditionnelle de l’environnement actuel, creuset de la nouvelle
éducation en évolution. Aussi, il y a lieu de considérer dans
leurs moindres manifestations les mouvements des
populations qui parcourent l’univers dans les différents sens
où la fréquentation est possible. Ces populations
commercialisent entre elles leurs identités et d’autres ressources
humaines. Les modifications proposées dans ce projet
éducatif obéissent harmonieusement à cette logique
environnementale. Mais surtout, force est de reconnaître
l’inéluctabilité de ces changements qui ont le mérite de
suivre le mouvement autorisé de la roue de l’Histoire.
− Il y a une grande part de vérité dans cette logique
éducative qui prend en charge les incidences
environnementales influençant les acteurs et partenaires de chaque
système d’éducation. Dans ce cadre, nous sommes en
présence d’un cas d’adaptation en éducation. Les enfants de
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nos jours sont mieux éveillés que nous ne le fûmes dans
notre propre enfance. Ils s’expriment plus aisément. Ils
abordent des sujets plus ouverts, surtout ceux qui
fréquentent l’École. Mieux que nous dans notre enfance, les
enfants de nos jours affichent d’importantes capacités de
résolutions des problèmes au quotidien. Ils pratiquent avec
beaucoup de réussite des opérations à caractère scientifique
dont la compréhension approfondie et la maîtrise de
l’interprétation relèvent des compétences des milieux
éducatifs.
− Alors ! Les enfants de nos jours dont les éducateurs
reconnaissent les performances psychologiques certifiées
acceptables doivent-ils attendre une autre maturité pour être
informés sur des sujets jadis qualifiés de ‘’curiosités
inappropriées pour nos progénitures de leurs âges’’ ?
Encouragé par l’attitude plus conciliante de l’assistance,
un public plus attentif à son argumentation, Foko développa
davantage :
− Dans les milieux scolaires qui reçoivent des enfants
d’âges variés, les pratiques éducatives recherchées reposent
de plus en plus sur les relations développées au sein des
groupes d’enfants eux-mêmes.
Un des enseignants du village participait à cette assise
particulière. Homme adulte, bien informé sur la culture du
milieu d’accueil de l’école, il avait réussi à s’intégrer
suffisamment dans les réseaux des influences de la
communauté villageoise. Cette marque de confiance fit de
lui, à titre consultatif, un des membres de l’organe de prise
de décisions en éducation.
Il en profita pour soutenir la mouvance progressiste et
appuya les arguments en faveur du développement ancré
sur le brassage socioculturel et économique ; renforçant du
coup les valeurs positives des systèmes éducatifs suivis,
entretenus et diversement appuyés.
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