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Un homme au primaire

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Ce livre est un acte de rébellion.
L’auteur est un enseignant qui a dédié vingt ans de sa vie
à travailler dans nos écoles primaires. Il nous livre ici un cri
d’indignation devant les soupçons aberrants auxquels sont soumis
les rares hommes qui travaillent auprès des enfants.
C’est une dénonciation d’un système dépassé et fossilisé qui est
incapable de remettre en question ses certitudes et ses dogmes. C’est
une mutinerie contre un régime empreint de misandrie envers les
hommes et les garçons qui le subissent jour après jour.
Ce livre est pour nos fils, nos frères et nos pères. Il est pour ces
hommes altruistes qui choisissent de consacrer leur vie à l’éducation
de la prochaine génération. Il est pour tous ceux et celles qui ont à
coeur le bien-être des enfants, l’égalité des sexes et la justice sociale.
C’est une sonnette d’alarme qui brise les tabous en faisant la
lumière sur une situation inadmissible qui a assez duré.
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UN HOMME AU PRIMAIRE Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Québec par l’entremise de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
PERRO ÉDITEUR 580, avenue du Marché, suite 101 Shawinigan (Québec) G9N 0C8 www.perroediteur.com
Infographie : Vanessa Vallières Révision : Stéphanie Veillette
Dépôts légaux : 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque nationale du Canada
ISBN papier : 978-2-924637-05-0 ISBN Epub : 978-2-924637-06-7
©Perro Éditeur, R.S. Capé, 2016 Tous droits réservés pour tous pays
Imprimé au Canada
R. S. CAPÉ
Un homme au primaire Essai
À mes fils adorés
Table des matières
REMERCIEMENTS9 PRÉFACE11 INTRO15 ÊTREUNHOMMEAUPRIMAIRE21 UNEÉCOLEÀCHANGER57 MAPHILOSOPHIE67 PREMIERSCONFLITS89 MONHISTOIREDHORREUR117 UNPROBLÈMEDESOCIÉTÉ235 CONCLUSION295 BIBLIOGRAPHIE305
Remerciements
Je tiens à remercier d’abord et avant tout ma famil le, c’est-à-dire ma douce et tendre épouse ainsi que mes deux fils, âgés de six et trois ans lors des événements relatés dans ce livre, sans laquelle je ne sais pas comment j’aurais tenu le coup. Mes deux petits amours ignorent tout du rôle primordial qu’ils ont joué dans le salut de leur papa, en étant tout simplement eux-mêmes, a vec leurs beaux yeux pétillants, leurs câlins affectueux et leurs jolis sourires. Merci à ma femme, qui m’a patiemment supporté et encouragé à travers ce calva ire qui a été terriblement éprouvant pour elle aussi. Je dois absolument adresser des remerciements tout particuliers à ma grande amie et ancienne collègue, Sylvie Croteau, une ense ignante hors normes que j’ai eu la chance inouïe de croiser sur mon chemin et qu i a si généreusement accepté de m’aider à faire de ce livre quelque chose de pré sentable. Sans elle, ces lignes n’auraient jamais été publiées. Cet essai n’aurait pas été possible sans le soutien et l’aide de mes amis et des lecteurs de mon blogue qui m’ont suivi, écouté, con seillé et épaulé. Un gros merci également à Bryan, Gabrielle et toute l’équipe de  erro Éditeur qui ont cru avec enthousiasme en mon manuscrit et dont le professionnalisme et l’excellence ont été d’une aide inestimable pour sa correction et son amélioration. Finalement, merci à vous, chères lectrices et chers lecteurs, pour votre curiosité et votre intérêt. Merci d’avoir investi quelques-uns de vos précieux dollars durement gagnés dans l’achat de ce livre. Merci de vous soucier du sort de nos enfants et de nos écoles.
Préface
Il est triste de constater que l’éducation au Québe c a très peu évolué depuis les années soixante. Des règles dépassées sont encore d e rigueur et même appliquées avec un certain dévouement, oserais-je dire. Toutes ces réformes mises de l’avant par le ministère de l’Éducation ne sont pas parvenues à changer la mentalité de plusieurs enseignants et directions d’ écoles. Ils reproduisent systématiquement la méthode d’enseignement qu’ils o nt connue étant enfant. J’ai vu des enseignants et des enseignantes au primaire se faire vertement reprocher, par des directions, leurs idées novatrices, pourtan t excellentes, parce qu’elles sortaient des cadres stricts de l’enseignement traditionnel. Le jeune enseignant qui arrive sur le marché du travail avec le but de changer le monde de l’éducation se fera vite rabrouer, surtout s’il enseigne au primaire et, particulièrement, s’il est un homme. Le monde présc olaire et primaire est majoritairement féminin et, depuis quelques décenni es, la société a créé une psychose face à l’enseignant masculin : elle véhicu le qu’il pourrait avoir des penchants pédophiles. Et tous les enseignants mascu lins ont, eux, développé une peur presque maladive d’être perçus comme tels. Et avec raison ! Leurs comportements sont scrutés à la loupe et il n’est pas question pour eux de mettre la main sur l’épaule d’un enfant, encore moins si c’est une fille. Ceci est valable à tous les niveaux : préscolaire, primaire, secondaire, collégial ou universitaire. Cette peur cachée et taboue, mais ô combien réelle, règne dans toutes les écoles. Les enseignants doivent, pour se protéger, demander à u ne collègue d’être présente lorsqu’ils sont seuls avec une élève. Enseignante depuis trente-trois ans, je ne peux plus compter le nombre de fois où un enseignant m’a demandé d’assister à une rencontre qu’il avait avec une élève. Oui, il y a eu des prêtres pédophiles, oui, il y a eu des entraîneurs de hockey pédophiles, mais doit-on mal juger tous les hommes qui exercent un travail auprès des enfants ? Pourrait-il y avoir discernement ? Il y a eu des religieuses voyeuses et méchantes et des enseignantes se conduisant en marâ tres qui anéantissaient l’estime des enfants qu’elles n’aimaient pas en les humiliant devant tous. Abus de pouvoir, dirons-nous, mais nous n’avons pas pointé du doigt toutes les enseignantes pour autant. De plus, l’enseignement au primaire est un milieu, comme je l’ai dit plus haut, majoritairement féminin avec une philosophie d’ense ignement féminine. Très peu d’hommes se retrouvent dans les écoles préscolaires et primaires au Québec, et ces derniers se heurtent à une double confrontation : non seulement ont-ils peur d’être jugés pédophiles, mais ils sont tenus de se conformer à la philosophie féminine de l’enseignement. J’ai malheureusement vu des hommes se faire crûment rabrouer par des femmes parce que l’enseignement du primaire leur revenait de
droit. S’ils ont la chance d’être deux ou trois enseignants, ils se tiendront ensemble mais, s’il est seul, l’enseignant se retrouvera isolé. L’école est, pour l’enfant du primaire, sa société. Il y passe plus de temps qu’à la maison. Pourrions-nous alors, s’il vous plaît, lui donner l’image que l’homme est, lui aussi, important ? Depuis quelques décennies, on ne cesse de se plaindre que l’école n’est pas faite pour les garçons, que le ta ux de décrochage est beaucoup plus élevé pour ces derniers par rapport à celui de s filles et quel exemple leur donne-t-on ? Celui que l’homme n’a pas vraiment sa place dans leur société. Celui que l’homme ne doit pas toucher à un enfant, quelle que soit la circonstance. Celui que l’homme est dénué de tendresse. L’enseignante d u milieu préscolaire et primaire est maternelle avec ses élèves et c’est très bien, car l’enfant en a besoin. Pourquoi l’enseignant, lui, ne pourrait-il pas être paternel ? Après tout, l’enfant du primaire s’identifie à son enseignant ou à son ense ignante. Aussi bien lui donner l’image de quelqu’un sur qui il peut compter, le co mprendre, le consoler lorsqu’il pleure, le panser lorsqu’il se blesse et le féliciter pour ses bons coups. Et pour ça, l’enseignante n’hésitera pas à prendre un enfant da ns ses bras. Pourquoi l’enseignant ne pourrait-il faire de même ? Le père serait-il moins important que la mère dans notre société ? Lorsque j’enseignais en p remière année, un élève avait souillé son pantalon. J’ai lavé l’enfant et lui ai mis des vêtements propres. Le lendemain, sa mère est venue me remercier avec des fleurs. Aurait-on voulu qu’un enseignant le laisse dans sa souillure toute la journée simplement parce qu’il est un homme et qu’il ne peut toucher un enfant ? Ce livre dénonce ce fait et il est temps ! Mes deux garçons ont détesté l’école. J’aurais aimé qu’ils aient eu un enseignant de la trempe de cet auteur, quelqu’un avec une ment alité différente de celle qu’ils ont connue. Peut-être auraient-ils aimé un peu plus l’école ? Dans quelques années, ce sera au tour de mon petit-fils d’aller à l’école ; j’ose espérer qu’il s’épanouira dans un milieu qui le comprend et le respecte, mais je ne suis pas très optimiste. Tant que le monde de l’enseignement restera réfractaire au changement, tant que la société entretiendra cette phobie des enseignant s masculins travaillant auprès des jeunes, il y aura toujours aussi peu d’enseigna nts au primaire et c’est bien dommage pour tous les enfants. Sylvie Croteau
Intro
« Un livre, pour mériter d’être écrit, doit susciter des désastres, engendrer des perditions, des anéantissements, des trahisons de l’ordre social, il doit prodiguer le feu d’un incendie esthétique. » Maurice Dantec « Chaque fois qu’un homme défend un idéal, ou une action pour améliorer le sort des autres ou s’élever contre une injustice, il envoie dès lors une petite vague d’espoir. » Robert Fitzgerald Kennedy Périodiquement, on se lance dans de grands question nements pour tenter d’expliquer l’absence des hommes en éducation, part iculièrement au niveau primaire ; les enfants ont besoin de modèles mâles, disent les uns ; les petits garçons en bénéficieraient sûrement et décrocheraient moins, ajoutent les autres. Tout le monde semble être unanimement en faveur d’u ne plus grande présence masculine dans nos écoles. Mais lorsque vient le temps d’expliquer cette absence d’hommes dans les rangs du personnel enseignant, les théories les plus farfelues sont balancées à gauche et à droite dans les médias et les conversations. « Le s hommes aiment gagner de l’argent et l’enseignement ne paie pas assez ! » « Ce qui intéresse les hommes, c’est le prestige et le pouvoir, et l’enseignement n’en confère pas ! » « Les hommes n’ont pas de patience avec les enfants ! » « Les ho mmes ont besoin d’une profession qui confirme leur virilité ; pas d’un job de nounou ! » Même les syndicats d’enseignement se permettent des affirmations de ce genre. Tout récemment, un 1 article paru dans une publication syndicale qui s’intéressait à un employé masculin d’une école primaire ouvrait avec ces mots : « Peu d’hommes manifestent de l’intérêt, démontrent les qualités requises ou font preuve d’assez d’audace pour s’y aventurer. » Des élucubrations de ce genre, j’en entends depuis des années. Remarquez bien qu’elles ont toutes un fin détail en commun : celui de s’appuyer sur de supposées failles du caractère masculin. À mon avis, des affi rmations comme celles-là en disent plus long sur les préjugés sexistes des gens qui les formulent que sur la carence d’enseignants masculins elle-même. Cette pénurie d’hommes, à mon avis, n’est pas causée par une quelconque faille dans le caractère de ceux-ci, mais plutôt par une a tmosphère omniprésente de méfiance qui règne dans notre société, en particulier dans les écoles primaires, et qui fait planer sur eux une menace constante. Après deux décennies dans ce métier, mon expérience m’a démontré que les écoles primaires sont des lieux où les hommes sont vus comme des intrus. Ils y sont souvent observés avec soupçon et vivent sous la menace omniprésente de fausses accusations de comportements inappropriés avec les enfants. De plus, on
refuse de leur reconnaître une place qui leur resse mble vraiment. Les écoles primaires sont des endroits très réfractaires aux i dées neuves et à l’innovation. L’originalité y est très mal accueillie. Je ne me surprends donc pas du tout qu’au Québec, seulement 8 % des enseignants titulaires de classe au primaire soient des 2 hommes ! Enseigner au primaire est un travail qui est déjà terriblement exigeant pour tout le monde. La charge de travail ne cesse d’augmenter ch aque année, les classes débordent de cas d’élèves aux multiples besoins spéciaux, les services d’aide dont ont besoin ces élèves sont de moins en moins access ibles et notre tâche se bureaucratise et s’alourdit à mesure qu’on nous impose de nouveaux formulaires et de nouveaux comités. Ajoutez à ça un salaire qui est bien insignifiant lorsqu’on le divise par le nombre d’élèves et d’heures réelles passées à travailler. Il ne s’agit là que de quelques-unes des réalités qui rendent déjà ce métier bien peu attrayant. Or, pour les hommes qui le choisissent, c’est encore pire. Si j’avais su, à l’époque, ce que je sais maintenant à propos de ce métier, jamais je n’aurais choisi une carrière dans l’enseignement. Du moins, certainement pas au primaire ! Mon objectif en écrivant ce livre est triple. Premièrement, je souhaite briser le silence et lever le voile sur les situations discriminatoires que subissent beaucoup d’hommes dans ce métier. J’ai la profonde convictio n que toute situation de discrimination doit être dénoncée et combattue, et celle-ci a été ignorée beaucoup trop longtemps. Deuxièmement, je souhaite qu’il serve d’avertissement à tous les jeunes hommes qui songent à une carrière comme enseignant au primaire. J’aurais bien aimé avoir la chance de mettre la patte sur un ouvrage comme celui-ci avant d’arrêter mon propre choix de carrière. J’espère qu e la lecture de ce livre leur donnera une idée plus réaliste et une meilleure compréhension des problématiques qui y perdurent et des dangers auxquels ils s’exposent. Finalement, j’espère qu’il en fera réfléchir certains et qu’il donnera envie aux gens qui travaillent dans nos écoles de combattre et de dénoncer les pratiques et propos discriminatoires qui persistent autour d’eux. Ce livre ne fera pas consensus et ce n’est d’ailleu rs pas du tout le but de l’exercice. Je ne me gênerai pas pour marcher sur les pieds de beaucoup de monde pour raconter mon histoire telle que je l’ai vécue, sans compromis. Si je réussis mon pari, de nombreux tabous seront malmenés et exposés au grand jour. Les lecteurs et lectrices seront amenés à remettre sérieusement en question leurs propres attitudes et mentalités. Si cela peut alimenter un sain débat, alors tant mieux ! Ma plus grande crainte en l’écrivant est de voir mes intentions mal interprétées et qu’on me soupçonne de vouloir faire un règlement de compte sur la place publique. Ce n’est pas le cas. Je ne souhaite nullement salir la réputation de qui que ce soit publiquement. Ce n’est pas un quelconque désir de vengeance, mais plutôt un sens du devoir qui me pousse à dénoncer cette discrimination et à prendre le risque de rendre mon histoire publique. C’est d’ailleurs avec cet objectif en tête que j’ai décidé d’utiliser un pseudonyme et de préserver l’anonymat de tous les gens impliqués. Si vous me reconnaissez en lisant ce livre, je vous remercie de préserver mon anonymat. En effet, il ne fait aucun doute dans mon esprit que je subirais des représailles cinglantes si j’étais démasqué. C’est connu, les gens sont très
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