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Une nouvelle page de la nouvelle université rwandaise

De
256 pages
Cet ouvrage relate les faits marquants de la journée de commémoration du 50e anniversaire de l'Université Nationale du Rwanda (UNR) et reprend les conférences et les témoignages en rapport avec cet évènement. Écrit par un ancien de l'UNR, le lecteur verra également les tractations ayant abouti à la création de l'UNR dont certaines n'étaient pas connues du grand public. Š
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Léonard Nduwayo
Cet ouvrage relate les faits marquants la journée de commémoration
edu 50 anniversaire de l’Université Nationale du Rwanda (UNR)
et reprend les conférences et les témoignages en rapport avec
cet événement. Écrit par un ancien de l’UNR, le lecteur verra Une nouvelle page également les tractations ayant abouti à la création de l’UNR dont
certaines n’étaient pas connues du grand public. Il trouvera aussi
les noms des premiers universitaires rwandais formés à l’étranger de la nouvelle université
avant la création de l’UNR, les lauréats de l’UNR de 1966 à 1988
et de NUR (National University of Rwanda) de 1994 à 2012, ainsi
que les différentes autorités académiques qui l’ont dirigée dès sa rwandaise
naissance jusqu’aux nouvelles autorités de l’Université du Rwanda
(UR) nommées au mois d’octobre 2013.
De Georges-Henri Lévesque
à Mike O’Neil
Léonard Nduwayo est né en 1958 à Nyanza dans l’ancienne commune
de Giti, au Rwanda. Docteur en Médecine de l’UNR, spécialiste en
Endocrinologie et métabolismes de l’Université de Tours, et diplômé en
génie biologique et médical de l’Université Pierre et Marie Curie, Paris VI,
il est chef du service d’Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition au Centre
hospitalier Geneviève de Gaulle Anthonioz à Saint-Dizier en France. Il est
l’auteur de Giti et le génocide rwandais (L’Harmattan, 2002).
Les impliquésISBN : 978-2-343-04667-9
Éditeur26 €
Une nouvelle page
Léonard Nduwayo
Les impliqués
É di teu r
de la nouvelle université rwandaise12




Une nouvelle page
de la nouvelle université rwandaiseLes Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Heckly (Christophe et Serge), Une famille vosgienne à travers les deux
guerres, récit, 2014.
Arnould (Philippe), Pichegru, général en chef de la République : imposture
et trahison, essai, 2014.
Damus (Obrillant), Le regard d’un loup-garou haïtien, roman, 2014.
Boulbès (Denis), Petites aventures drolatiques et vagabondes, récit, 2014.
Chaudenson (Robert), Chronique de la présidence très horrifique du petit
Nicolas, essai, 2014.
Pardini (Gérard), Dernier bordel, chroniques, 2014.
Simonot (Constant), Passer la frontière, nouvelles, 2014.
Fabiol (François de), Inconcevables destins, roman, 2014.
Veret (Gérald), Dictionnaire introspectif, essai, 2014.
Giannoni (Chantal), Encorselée, récit, 2014.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr Léonard NDUWAYO
Une nouvelle page
de la nouvelle université rwandaise
*
De Georges-Henri Lévesque à Mike O’Neil
Les impliqués Éditeur © Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-04667-9
EAN : 9782343046679 A la mémoire de l’ingénieur agronome Stanislas Niyibizi, alias Stany,
capitaine de l’équipe de basketball de l’UNR pendant 5 ans. Il m’avait
envoyé son témoignage avant sa disparition.
Au regretté ami Dr Jean Marie Vianney Mureganshuro, compagnon de
route depuis le Collège Saint André de Kigali et l’UNR.
A Nadine encore et pour toujours.
A mes enfants, Remy, Elvis Victor, Telly et Marcy, qui donnent à chaque
minute le sens à ma vie.
A Joachim et sa maman.
A toute ma famille et amis proches.
A tous les anciens de l’UNR/NUR.
7Remerciements
Mes remerciements s’adressent aux universitaires rwandais qui ont
collaboré à l’écriture de ce livre :
Simon Ntigashira, ancien secrétaire général au ministère de
l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et directeur du
Musée National du Rwanda (MNR), il est parmi les premiers universitaires
rwandais. Licencié en philosophie de l’université catholique de Louvain en
1961, il est un véritable dictionnaire de l’histoire des universitaires rwandais.
Gaudence Nyirasafari, ancienne directrice de l’office national de la
population (ONAPO) et licenciée en sociologie de l’université catholique de
Louvain (1963-1968), elle est la première universitaire rwandaise.
Dr Céline Uwera, elle est la première lauréate fille licenciée en
chimiebiologie et professeur à l’UNR jusqu’en 1994. Docteur en biologie appliquée
et environnement, elle a fait des travaux sur une plante médicinale
rwandaise, Umuravumboïde. Un alcaloïde stéroïdien fut isolé.
Stanislas Niyibizi, ingénieur agronome, il est issu de la première
promotion des ingénieurs agronomes de l’UNR.
Alphonse Mpatwenumugabo, journaliste et interprète, il fait partie des
lauréats de la première promotion des licenciés en Anglais de l’UNR.
Gaspard Musabyimana, écrivain, licencié en sciences de l’éducation, il
est également ancien président de l’Association générale des étudiants de
l’Institut Pédagogique National (AGEIPN).
Ma gratitude s’adresse également aux anciens enseignants à l’UNR qui
m’ont confié leurs témoignages publiés dans ce livre avec quelques faits
historiques qui n’étaient pas connus du grand public :
Père Guy Musy. Je le connaissais au club Rafiki de Nyamirambo à
Kigali. Je savais qu’il était dominicain d’origine suisse mais je ne savais pas
qu’il avait été aumônier catholique de l’UNR de 1970 à 1974. C’est en lisant
1son dernier livre que je l’ai appris. Il a représenté la communauté des
dominicains au jubilé d’or de l’UNR qu’ils ont créée. Il a co-animé la messe
1 Guy Musy, Au soleil de midi, 1970-1989, Editions La Sarine, Fribourg (Suisse), 2013.
9de l’anniversaire avec Mgr Vénuste Linguyeneza. Son intervention lors du
colloque-débat nous a appris beaucoup sur les débuts de l’UNR. Son
témoignage est repris dans son intégralité dans ce livre. Sa présence nous a
fait beaucoup de plaisirs.
Pr Luc-Normand Tellier. C’est par pur hasard que j’ai rencontré ce
professeur émérite à l’université du Québec à Montréal (UQAM). Arrivé au
Rwanda en septembre 1964 pour enseigner au Collège Saint André, il fut le
tout premier Canadien à avoir habité dans la ville de Kigali. Professeur
d’économie rurale et de commerce international à l’UNR en 1977 et en 1978
à la faculté d’Agronomie, Luc-Normand Tellier est un grand connaisseur de
l’histoire du Rwanda et de la société rwandaise. Il a représenté le Canada au
e50 anniversaire de l’UNR à Louvain-La-Neuve et son intervention reprise
dans ce livre nous a éclairés sur les relations entre le Québec et l’UNR. Je le
remercie encore une fois pour avoir accepté notre invitation. Ça aurait été
une tache si la chaise du Québec avait été vide.
Pr Serge Dubé. Professeur redouté mais très respecté, portant presque
tout le temps des lunettes fumées même en classe et au laboratoire, je ne
savais pas que derrière ses lunettes teintées et une voix unique grave dont
tous ses étudiants se souviennent, se cachait un véritable poète, un amoureux
du Rwanda et de l’Afrique. Serge Dubé fut mon professeur de chimie
organique en première année de médecine qui s’appelait à l’époque
prémédicale (année académique 1977-1978). Il était rigoureux et les
questions aux examens étaient dures. Les notes étaient très salées. Il y avait
pas mal de zéros pointés ! Il formait vraiment l’élite. Son cours était pourtant
clair et très agréable. La chimie analytique était dispensée par son collègue,
le professeur Ferenc Kalos, un excellent chimiste d’origine hongroise
naturalisé canadien après avoir fui son pays lors de la répression des jeunes
en 1956. Ferenc Kalos fut directeur du centre du calcul et directeur du centre
d’étude et d’application sur l’énergie au Rwanda (CEAER). Le Professeur
Serge Dubé a aidé beaucoup d’anciens de l’UNR pendant les tristes
événements qui ont endeuillé le Rwanda en 1994. Tout le monde dit du bien
de lui et sa bonté se lie aisément dans son témoignage émouvant repris dans
ce livre. Le souvenir personnel que j’ai de lui c’est une note de 19 sur 20 que
j’ai eue à son examen, la meilleure note sur les deux à trois cents étudiants
de la première année, agronomie, médecine (prémédicale), sciences toute
filière confondue sauf la filière math-physique exemptée du cours de chimie
organique. Nous étions entassés dans l’auditorium Lévesque pour cet
examen unique sans droit à une deuxième session de rattrapage. Je le
remercie infiniment pour avoir accepté de donner son témoignage à
l’occasion du cinquantenaire de l’UNR.
Mes félicitations sont adressées également aux anciens de l’UNR qui ont
econtribué activement à l’organisation du 50 anniversaire de l’UNR à
l’université catholique de Louvain : Damase Birekeraho, Maître Joseph
10Mwanamayi Cikuru, Augustin Dusingizemungu, Jean Damascène
Kayombya, Didace Mudenge, Jean Damascène Ndayisaba, Dr Metusera
Nsengiyumva, Dr Eugène Shimamungu, Daniel Tuyizere, Maître Augustin
Twagiramungu, Dr Théogène-Octave Gakuba, et un autre qui n’a pas
souhaité que son nom soit mentionné pour des raisons personnelles.
Je remercie aussi le recteur de l’université catholique de Louvain (UCL),
le président de l’Association Perspectives Sud de Louvain-La-Neuve, le
professeur Filip Reyntjens de l’université d’Anvers et le professeur Jean
Paul Remon de l’université de Gand qui nous ont aidés à préparer le
cinquantième anniversaire de l’UNR.
Ma reconnaissance s’adresse aussi à d’autres anciens de l’UNR et de
l’IPN qui nous ont soutenus de près ou de loin et ceux qui ont fait le
déplacement pour honorer le cinquantième anniversaire de l’UNR, en
particulier le Dr Fidèle Sibomana élu doyen des participants à
Louvain-LaNeuve en tant que le plus ancien de l’UNR présent à la cérémonie. Le plus
jeune parmi les participants a terminé à l’UNR/NUR en 2011.
Enfin, mon coup de cœur va à madame Louise Gagné et à madame Marie
Marguerite Uenten. Elles ont connu toutes les deux les débuts de l’UNR. La
première de nationalité canadienne, fut secrétaire du premier vice-recteur de
l’UNR en 1964. Elle n’est restée au Rwanda que pendant un an mais elle
raconte les débuts de l’UNR avec une passion extraordinaire. « Je devais
copier des chapîtres du livre unique apporté par chacun des professeurs. Les
étudiants pouvaient alors consulter les 6 ou 7 copies stencils jusqu’à ce que
des livres soient acquis par la bibliothèque, à la fin de la première année ».
Madame Gagné a gardé des contacts avec ceux qui ont démarré l’UNR. Son
carnet d’adresses est bien garni. Elle m’a donné des conseils précieux. C’est
justement elle qui m’a présenté Marie Marguerite Uenten, une Belge qui a
enseigné la physique en première année de médecine et à la faculté des
sciences de 1963 à 1968. Son témoignage apporte des précisions sur les
débuts modestes de l’UNR
1112Introduction
Le 31 octobre 2013, l’Université Nationale du Rwanda (UNR), première
université rwandaise, a passé officiellement la main à l’Université du
Rwanda (UR). La cérémonie de passation des pouvoirs a eu lieu à Butare,
berceau de l’UNR. Depuis septembre 2013, l’UNR a fusionné avec cinq
autres institutions d’enseignement supérieur publiques pour former une
nouvelle entité appelée Université du Rwanda (University of Rwanda, UR en
sigle), dont la direction a été confiée à un Américain (Etats-Unis
d’Amérique), Mike O’Neil.
Fondée par un Canadien, le Père Georges-Henri Lévesque, l’UNR a
ouvert ses portes le 3 novembre 1963 dans la deuxième ville du Rwanda,
Butare (ancienne Astrida et actuellement renommée Huye), avec une
cinquantaine d’étudiants répartis dans deux facultés (médecine, sciences
sociales) et l’école normale supérieure (ENS). Arrivé au Rwanda le
12 janvier 1963, le Canadien, père « de la révolution tranquille », n’a
ménagé personne pour mettre sur pied cet institut du haut savoir.
Lorsque le Père Lévesque débarque, le Rwanda vient juste d’obtenir son
erindépendance l’année précédente le 1 juillet 1962, et c’est sur demande du
Président Grégoire Kayibanda, que ce dominicain se charge de réaliser ce
que tout le monde considérait comme une utopie en pleine brousse d’Afrique
centrale. Personne ne croyait à cette réalisation, personne ne croyait à sa
survie. Il lui donna une devise en latin « Illuminatio et Salus Populi »
(Lumière et Salut du Peuple).
Après sa création, l’UNR a vite embrassé le caractère transnational car
non seulement elle a formé les étudiants rwandais mais aussi ceux de
l’Afrique centrale. Francophone jusqu’en 1994 et vitrine du Québec en
Afrique et dans le monde, l’UNR est devenue bilingue (français-anglais)
puis anglophone.
En 1994, l’UNR n’a pas été épargnée par le génocide et les massacres
ainsi que leur onde de choc qui a endeuillé la région des Grands Lacs en
particulier en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs
étudiants et enseignants ont été tués.
13En 2007, l’UNR fut dénommée « The National University of Rwanda »,
(NUR en sigle) avec comme nouvelle devise « Excellence in Education and
Service to the People ». C’est en 2008 que le français fut remplacé par
l’anglais comme langue d’enseignement à l’UNR et dans toutes les écoles et
autres universités rwandaises. Le 30 novembre 2009, le Rwanda est devenu
membre du Commonwealth, une communauté regroupant les anciennes
colonies britanniques. Le Rwanda était une colonie allemande jusqu’en 1918
puis sous mandat et tutelle belge jusqu’à son indépendance en 1962, mais les
cadres du Front patriotique rwandais (FPR) qui a pris le pouvoir le 4 juillet
1994 étaient en majorité anglophones formés en Ouganda.
Le 3 novembre 2013, l’UNR a fêté exactement 50 ans. Au Rwanda il n’y
ea pas eu de commémoration du 50 anniversaire mais des anciens étudiants
de l’UNR regroupés dans des associations basées dans l’Union Européenne
ont pris l’initiative de l’organiser en Europe. Ils ont commencé depuis le
mois d’avril 2013 à informer les anciens de l’UNR à propos de
l’organisation de cette commémoration. L’objectif était de mobiliser pour
cette fête, les anciens de l’UNR et de l’Institut Pédagogique National (IPN),
deux établissements au départ réunis en une seule entité, ce qui est devenu
l’IPN étant alors appelé Ecole Normale Supérieure, puis séparés, puis réunis
encore en octobre 1981. L’UNR compte actuellement plusieurs lauréats et
lauréates qui résident au Rwanda et dans la diaspora rwandaise dispersée
partout dans le monde surtout sur le sol européen compte tenu des liens
historiques entre l’Europe et l’Afrique. Le gros contingent se trouve en
Belgique, l’ancienne métropole.
L’objectif était également d’associer à cette fête la famille des
dominicains basés en Europe qui a été représentée aux cérémonies par le
Père Guy Musy, ancien aumônier de l’UNR de 1970 à 1974. Un hommage a
été rendu aux Pères Fondateurs : Georges-Henri Lévesque qui en fut le
fondateur et le premier recteur, Pierre Crépeau premier vice-recteur et le
Père Gilles Marius Dion, secrétaire général, ainsi que les Pères Bélanger et
Yvon Pomerleau.
L’UNR a bénéficié notamment de la coopération bilatérale des pays de
l’Union Européenne : des universités belges dont l’université de Gand,
l’université d’Anvers ; des universités françaises en général et
particulièrement l’université d’Aix-Marseille, l’université de Nice et
l’université de Bordeaux. L’anniversaire fut l’occasion de rendre hommage à
ceux qui se sont dépensés sans compter pour que l’UNR puisse exister et
dispenser aux jeunes rwandais le haut savoir universel.
Cette fête fut également celle de tous les Rwandais car l’enseignement
supérieur et l’éducation en général, a été longtemps tributaire du service
public. C’est-à-dire que l’UNR a survécu grâce aux impôts de tous les
citoyens qui permettaient notamment d’octroyer une bourse d’études à
14chaque étudiant rwandais qui fréquentait l’université, jusqu’à une époque
très récente.
Cet ouvrage relate les faits marquants de cette journée de
ecommémoration du 50 anniversaire de l’UNR et reprend les conférences et
les témoignages en rapport avec cet événement. Ceux qui n’ont pas pu se
déplacer pour des raisons diverses ont envoyé des témoignages qui sont
repris dans ce livre.
Le lecteur y verra également des tractations ayant abouti à la création de
l’UNR dont certaines n’étaient pas connues du grand public. Il trouvera aussi
les noms des premiers universitaires rwandais formés à l’étranger avant la
création de l’UNR, les lauréats de l’UNR de 1966 à 1988 et de NUR de 1994
à 2012, ainsi que les différentes autorités académiques qui l’ont dirigée dès
sa naissance jusqu’aux nouvelles autorités de l’UR nommées au mois
d’octobre 2013.
1516Chapitre I
Les universitaires rwandais
avant la fondation de l’UNR
1. Les premiers Rwandais diplômés de l’enseignement supérieur (1950-1962)
par Simon Ntigashira, Licencié en Philosophie (Université de Louvain,
1961)
« Sous le régime colonial, les territoires belges d’Afrique étaient
pratiquement dépourvus de cadres autochtones de niveau universitaire. Dès
lors, l’indépendance, les cadres inférieurs ont accédé sans transition aux plus
hauts grades, notamment dans l’administration et l’armée. Mais au Rwanda,
la situation étaient particulièrement grave (…). Le Rwanda s’est trouvé
littéralement dépourvu de cadres (…). A notre connaissance, une telle
situation ne s’est présentée nulle part ailleurs en Afrique (…) » (Fernand
Bézy, Rwanda 1962-1989. Bilan socio-économique d’un régime,
Louvainla-Neuve, I.E.D., 1990, page 10).
1.1. Introduction
Terminologie :
Par Rwandais diplômés de l’enseignement supérieur il faut entendre les
Rwandais détenteurs de titre académique de ce niveau.
Les personnes bénéficiaires de l’enseignement supérieur non sanctionné
par des diplômes ad hoc à cette époque ne sont pas concernées. Il s’agit donc
d’une distinction formelle. C’est le cas de la plupart des anciens étudiants
des grands séminaires du Karagwe, de Kabgayi et Nyakibanda qui sont, au
demeurant les pionniers de ce niveau d’enseignement. Il y a lieu de noter
cependant que, depuis quelques années, le grand séminaire de Nyakibanda
délivre à ses étudiants ayant réussi des examens ad hoc le diplôme de licence
en théologie.
Intérêt du sujet :
17– Connaître les Rwandais lauréats de l’enseignement supérieur avant la
fondation de l’UNR ;
– Permettre aux jeunes Rwandais de savoir que quelques-uns de leurs
aînés avaient obtenu des diplômes d’études supérieures depuis plus de 50
ans ;
– Montrer les difficultés d’accéder à l’enseignement de ce niveau avant
l’indépendance du Rwanda en 1962.
Problèmes des sources documentaires :
– Sauf pour Kisantu et l’université Lovanium, il existe très peu de sources
écrites sur le sujet en général et plus particulièrement en ce qui concerne
l’enseignement supérieur non universitaire.
– La documentation disponible est par ailleurs souvent incomplète et
imprécise.
Contenu du document :
Le lecteur trouvera dans le présent exposé les données suivantes :
– La liste des établissements fréquentés par les diplômés ;
– les diplômés qui ont été identifiés en Afrique et en Europe ;
1.2. Etablissements fréquentés par les diplômés
1.2.1. Afrique
– Centre universitaire congolais « Lovanium » à Kisantu (Congo Belge)
– Université Lovanium de Léopoldville (Congo Belge)
1.2.2. Europe
Belgique
– Université catholique de Louvain
– Université Libre de Bruxelles
– Université d’Etat de Liège
– Institut Supérieur de Commerce Saint Ignace (Anvers)
– Institut d’Etudes Sociales à Heverlee
Italie
Etablissements d’enseignement supérieur dépendant du Vatican (à
Rome) :
– Université Grégorienne
– Université Urbanienne
1.3. Diplômés des établissements du Congo Belge
1.3.1. Centre universitaire congolais « Lovanium » à Kisantu
Licenciés en sciences politiques et administratives en 1955 :
1. Cyimana Gaspard (1922-1980)
2. Karekezi Paul (né en 1927)
183. Makuza Anastase (1927-1980 ?)
4. Nzeyimana Isidore (1926-1995 ?)
1.3.2. Université Lovanium
Diverses facultés :
1. Kamiya Ildefonse (1922-1991), licencié en sciences pédagogiques en
1958
2. Nsengiyumva Déogratias, licencié en sciences économiques en 1960
3. Bisengimana Barthélemy, ingénieur civil électricien en 1961
4. Katabarwa André, ingénieur électricien en 1961
5. Harelimana Gaspard (décédé), ingénieur agronome en 1961
6. Hitayezu Emmanuel (décédé), ingénieur agronome et agrégé de
l’enseignement moyen du degré supérieur en 1961.
Faculté de théologie :
1. Gakwandi Edouard (1931-1994), licencié en sciences bibliques en
1961
2. Nyabyenda Boniface (né en 1929), licencié en sciences bibliques en
1961 et docteur en théologie en 1962
3. Rubwejanga Fréderic (né en 1931), licencié en sciences dogmatiques
en 1961 et docteur en théologie en 1962
4. Mutembe Protais (né en 1931), licencié en sciences bibliques en 1962.
1.4. Diplômés des établissements en Europe
1.4.1. Belgique
1. Mulenzi Janvier (né en 1922), docteur en sciences politiques et
diplomatiques, licencié en sciences de l’éducation (Louvain, 1958 ?)
2. Sebudandi Gaëtan (né en 1930), licencié en philosophie (Louvain, 1956 ?)
3. Kagiraneza Jean (né en 1922), licencié en sciences de l’éducation
(Liège, 1956 ?)
4. Gatarayiha Gaëtan (né en 1933), diplôme de sciences sociales
(Heverlee, 1957)
5. Rwubusisi Isidore (décédé), docteur en droit (ULB, 1959 ?)
6. Cyimana Gaspard 1928-1980, licencié en sciences commerciales et
financières (Anvers, Insititut Saint Ignace, 1959 ?)
7. Ntigashira Simon (né en 1936), licencié en philosophie (Louvain,
1961)
8. Nkundabagenzi Fidèle (1933-2004), diplômé en sciences sociales
(Heverlee, 1957) et licencié en sciences politiques et sociales (Louvain,
1962)
9. Ruhashyankiko Nicodème (né en 1934, décédé), docteur en droit
(Louvain, 1962)
10. Ngirumpatse Epaphrodite (né en 1933), docteur en droit (ULB, 1962)
191.4.2. Italie
1. Mbandiwimfura Déogratias (1918-1971), docteur en droit canon
(Rome, Université Urbanienne, 1950)
2. Kagame Alexis (1912-1981), docteur en philosophie (Rome,
Université Grégorienne, 1955)
3. Manyurane Bernard (1913-1961), docteur en droit canon et licencié en
théologie (Rome, Université Urbanienne, 1959 ?)
4. Ntagara Augustin (1931-1994), docteur en philosophie et licencié en
théologie (Rome, Université Urbanienne, 1961 ?).
1.5. Liste des prêtres diplômés
1. Mbandiwimfura Déogratias (1918-1971), docteur en droit canon
(Rome, Université Urbanienne, 1950)
2. Kagame Alexis (1912-1981), docteur en philosophie (Rome,
Université Grégorienne, 1955)
3. Kagiraneza Jean (né en 1922), licencié en sciences de l’éducation
(Liège, 1956 ?)
4. Mulenzi Janvier (né en 1922), docteur en sciences politiques et
diplomatiques, licencié en sciences de l’éducation (Louvain, 1958 ?)
5. Kamiya Ildefonse (1922-1991), licencié en sciences pédagogiques
(Lovanium, 1958)
6. Manyurane Bernard (1913-1961), docteur en droit canon et licencié en
théologie (Rome, Université Urbanienne, 1959 ?
7. Ntagara Augustin (1931-1994), docteur en philosophie et licencié en
théologie (Rome, Université Urbanienne, 1961 ?)
8. Gakwandi Edouard (1931-1994), licencié en sciences bibliques en
1961 (Lovanium)
9. Nyabyenda Boniface (né en 1929), licencié en sciences bibliques en
1961 et docteur en théologie en 1962 (Lovanium)
10. Rubwejanga Fréderic (né en 1931), licencié en sciences dogmatiques
en 1961 et docteur en théologie en 1962 (Lovanium)
11. Mutembe Protais (né en 1931), licencié en sciences bibliques en 1962
(Lovanium).
2. Les premières Rwandaises dans l’enseignement supérieur
Par Gaudence NYIRASAFARI, licenciée en sociologie. Agrégée pour
l’enseignement secondaire supérieur (Université catholique de Louvain,
1963-1968).
Je voudrais tout d’abord féliciter les organisateurs de cette cérémonie
commémorative de l’U.N.R pour cette initiative combien louable à tous égards et
je les remercie de m’avoir invitée à y participer. Je me réjouis particulièrement de
voir que cette commémoration soit organisée à l’UCL, que beaucoup des
20Rwandais ont fréquentée sans discontinuer. C’est d’ailleurs grâce à cette
Institution que les Rwandaises ont eu accès à l’enseignement universitaire.
L’enseignement supérieur féminin au Rwanda a été fort tardif non pas
parce que les filles n’étaient pas aptes à suivre les études, ou qu’elles
manquaient d’intérêt, mais parce qu’elles se heurtaient à de réelles difficultés
qui leur barraient les portes de l’enseignement en général.
Quels sont les obstacles rencontrés par les Rwandaises dans leurs aspirations
scolaires et quels sont les facteurs ayant favorisé l’accès aux études ?
1. Les facteurs de blocage
– La mentalité traditionnaliste qui considérait que la place de la femme
est au foyer et qu’elle n’avait donc pas besoin des études pour être une
bonne épouse et une bonne procréatrice ;
– Le système colonial favorisait la formation des garçons destinés à être
auxiliaires administratifs des cadres coloniaux ;
L’enseignement missionnaire visait aussi principalement la formation des
séminaristes, candidats prêtres et des catéchistes, tandis que la formation des
religieuses se limitait à l’alphabétisation et au catéchisme ;
2. L’émergence de l’enseignement féminin
– L’influence de certains colons et missionnaires : il fallait former les
filles futures épouses des cadres rwandais « évolués ». Pour ces
colonisateurs, le savoir-vivre oblige. Leur mission civilisatrice devait sortir
ces filles des pratiques traditionnelles qui leur paraissaient sauvages. D’où la
création des foyers sociaux pour les arts ménagers en 1948 ;
– Recrutement des religieuses par les missionnaires a sorti les filles du
milieu traditionnel et a généré une vision positive de l’épanouissement des
filles qui paraissait à tous comme une promotion importante ;
– Au début des années 50, la formation des filles a été orientée vers
l’enseignement moyen et pratique (sections ménagère, pédagogique, sociale
et infirmière..) : Muramba, Save, Kabgayi, Kigali, Byimana, Rwamagana,
Kigeme, Gisagara-Karubanda (D4 et D5) ;
Au cours des années 60, dans certaines écoles, le niveau scolaire a été
élevé au cycle complet des humanités : Save, Kigali, Muramba, Karubanda,
Byimana, Rwamagana, Kabgayi (D6 et D7).
– L’évolution des mentalités : les autorités mais aussi la population
voyaient progressivement la nécessité de la formation des cadres féminins
pour les différents secteurs de la vie communautaire. Cet enseignement
moyen et pratique a conduit petit à petit à l’enseignement supérieur ;
– La réforme scolaire amorcée en 1976 amena la mixité et l’ouverture à
d’autres secteurs d’enseignement jadis fermés aux filles (agronomie, école
supérieure militaire et sciences) ;

21– L’impact des premiers cadres féminins salariés : Avec leurs salaires,
elles ont contribué à l’amélioration des conditions de vie des familles, à
l’évolution du milieu rural sur le plan socio-économique, culturel, politique,
à la confirmation des capacités intellectuelles des filles, mais aussi à
l’ouverture au monde extérieur ;
3. Les premières femmes de l’enseignement supérieur
Les premières filles rwandaises ont eu accès à l’enseignement supérieur à
l’étranger, car elles n’étaient pas admises dans les établissements nationaux
(UNR, IPN) destinés aux garçons.
Quelques-unes filles ont pu suivre les études supérieures à l’étranger et
les premières ont été diplômées en 1965-1966, notamment Immaculée
Kanakuze, Immaculée Mukakigeri, Hélène Nyirandabukiye, Gaudentia
Mukakabego, Claudia Akimana (Ecole sociale), Sr Jean-Baptiste Mukanaho
(Régendat pédagogique). Ces pionnières ont pu terminer le cycle supérieur à
l’étranger (Niveau A 1). Les deux dernières ont complété plus tard leurs
études à l’université respectivement en sociologie et en pédagogie.
Dans la même période, une autre fille a commencé dans le cycle
universitaire, Gaudentia Nyirasafari (1963-1968).
A partir de l’année 1968, les filles ont été formées à l’UNR et à l’IPN,
d’autres en Belgique et en URSS.
En 1976 les premières lauréates de l’UNR étaient au nombre de 6.
Depuis lors, le nombre des filles dans l’enseignement supérieur et
universitaire ne cesse d’augmenter. Les estimations actuelles donnent un
chiffre de 20% d’effectifs.
Conclusion
Les mères ayant fait des études supérieures encouragent les filles à faire
de même. Actuellement comme partout ailleurs, il faut stimuler les filles à
poursuivre les études menant à des carrières professionnelles sûres au même
titre que les garçons, les études.
Les mères gardiennes des valeurs et éducatrices doivent s’investir
davantage dans les actions de développement intégral du pays, en vue
d’améliorer leur participation au niveau de la prise des décisions.
Dans l’éducation des enfants, elles sont plus indiquées à orienter les
mesures qui insistent sur la sauvegarde des valeurs humaines et le
développement harmonieux des communautés (respect des droits pour tous).
Il faut que le rôle spécifique des femmes soit déterminant dans
l’orientation humanitaire des sociétés par la mondialisation de la solidarité
(arrêts des guerres, des pillages des pays pauvres, et détériorations de
l’environnement).
Il faut consolider la solidarité avec les femmes d’autres pays en vue
d’œuvrer pour un développement mondial équilibré visant le bien-être des
populations en général et des femmes en particulier.
22Chapitre II
La création de l’UNR
1. Les Dominicains dans le processus de création de l’UNR
Par Père Guy Musy op, ancien Aumônier de l’UNR de 1970 à 1974
Mon exposé, ou plutôt cette évocation, voudrait répondre à cette
question : « Pourquoi et comment les Dominicains sont-ils entrés dans le
processus de création d’une Université Nationale au Rwanda ? » J’aurai à
consulter quelques documents d’archives dominicaines et surtout les
« Souvenances » du P. Georges-Henri Lévesque qui fut le recteur fondateur
de cette institution.
Un Suisse à l’origine
Un Suisse fut au départ de cette aventure : Mgr André Perraudin. Un
homme qui aurait fortement marqué et même influencé le cours de l’histoire
de votre pays. Dès les années 1955, le Vicaire Apostolique de Kabgayi était
soucieux. Le Rwanda marchait vers son indépendance, des élites se
formaient pour prendre la relève des cadres coloniaux. Une nouvelle étape
devait donc être franchie dans la pastorale de l’Eglise. Le temps était venu
d’appeler de nouveaux missionnaires – autres que les Pères Blancs – pour un
apostolat plus intellectuel qui aurait comme objectif « un approfondissement
par une pastorale rénovée, plus intellectuelle et plus suivie ». C’est en ces
termes que le Vicaire Apostolique s’exprimait en 1955 dans une lettre
adressée au Maître de l’Ordre des Dominicains, lui demandant d’envoyer ses
«Frères Prêcheurs » au Rwanda. Pourquoi les Dominicains ? Mgr
Perraudin avait-il eu vent du désir des Dominicains suisses, ses
compatriotes, d’ouvrir une mission en Afrique ? (En fait, cette mission sera
fondée en 1960 à Bukavu au Congo Belge voisin.) Le prélat valaisan se
souvenait-il des Dominicains présents à la Faculté de Théologie de
l’Université de Fribourg ? Le fait est que le Maître de l’Ordre de ce temps,
23le P. Brown, invita ses frères du Canada à envisager une telle perspective.
Mais pourquoi le Canada ?
Pourquoi le Canada ?
A cette époque, la province dominicaine du Canada comptait près de
400 religieux et songeait à une deuxième implantation missionnaire au-delà
de ses frontières. La première fut le Japon qui semblait avoir atteint sa
vitesse de croisière. Autre argument en leur faveur, les Canadiens n’ayant
pas participé directement à l’expansion et l’exploitation coloniale étaient
sans doute bien placés pour prendre la relève des religieux Belges ou
Français, impliqués dans la première évangélisation du Rwanda.
Après de longues réflexions et tergiversations, la Province dominicaine
canadienne s’engage finalement à ouvrir une mission au Rwanda. Mais quels
en seront le lieu et les activités ? Mgr Perraudin, mis au courant sans doute
par le P. Gobert, assistant du P. Brown, saisit la balle au vol et fit le
13 août 1959 une offre précise au P. Rondeau, provincial des Dominicains
canadiens. Le Vicaire Apostolique proposait aux Dominicains du Canada,
« dans la ligne de leur vocation propre » de prendre pied à Astrida où une
maison sera mise à leur disposition. Trois ministères leur étaient proposés :
l’apostolat de ce que Mgr. Perraudin appelait la « bonne presse », en fait, la
direction et l’animation d’une librairie catholique, l’apostolat dans le milieu
intellectuel, en particulier au Groupe Scolaire d’Astrida et finalement des
prédications dans les « centres » qui commençaient à prendre forme urbaine
à travers le pays. L’évêque précisait aussi que les frères dominicains chargés
de ce ministère devaient connaître la langue du pays.
La communauté dominicaine d’Astrida
La mission devient effective avec le départ de Montréal le 10 janvier
1960 des quatre premiers Dominicains canadiens. Il s’agit des frères
Boisvert, Tremblay – qui ne feront que passer – et de Bertrand Bélanger qui
sera pendant plusieurs années aumônier et professeur au Groupe Scolaire
d’Astrida, devenu entre-temps Butare, et Gérard Rodrigue, libraire, puis plus
tard chargé du service des achats de la future université. Ce dernier achèvera
sa vie et sa course africaine à Kinshasa en 1991, tandis que le P. Bélanger vit
une retraite active dans son couvent de Montréal.
La caravane arrive à Astrida une dizaine de jours plus tard, soit le 23
janvier 1960 et le ministère des frères débute, comme ils l’écrivaient, « dans
les affres de la révolution ». C’est vrai que le Rwanda connaissait à cette
époque des heures particulièrement difficiles. A ce premier groupe
s’adjoindra très vite un jeune frère, particulièrement dynamique, brillant
intellectuel, promis à occuper une position clef dans la future université : le
frère Pierre Crépeau qui en sera le premier vice-recteur et l’adjoint précieux
du P. Lévesque.
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