UNE PRATIQUE DE L'ÉTONNEMENT

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Ce livre dévoile, dans les conditions difficiles que vivent aujourd'hui les enseignants, l'insaisissable cheminement d'une transmission. Chaque semaine, l'atelier d'écriture permet à des enfants ayant des difficultés d'expression de découvrir qu'ils savent - maladroitement - écrire. La clé de cette transmission réside dans l'étonnement qu'éprouve l'enseignante face à ses élèves, à leur violence, à leur refus d'écrire. Et quand dans l'oubli de la peur, de l'école, écrire devient un jeu, celui de la transgression de l'interdit d'écrire, on comprend que l'acte pédagogique est un étonnant paradoxe.
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
Lecture(s) : 310
EAN13 : 9782296274815
Nombre de pages : 228
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Evelyne DALLE

UNE PRATIQUE DE L'ÉTONNEMENT
Récit d'une transmission

dans un atelier d'écriture poétique à l'école

Préface d'Alain Bentolila

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Itafia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1582-6

à mes élèves

Tout mystère engendre une surenchère de théories. Les théories s'alimentent des expériences qu felles engendrent. Laurent Comaz ... avant que d'être hommes

Mon travail d'écriture compréhension enfants et de

et en filigrane dans cette

ma lente situation

de ce qui se jouait à l'insu des moi-même

éducative ont été éclairés par Laurent Cornaz, par son enseignement: l'impossible de sorte qu'au lieu-même de et de la transmission de l'écriture

naissent une parole, une pratique.

Préface

Lorsqu'elle devient systématique, indispensable à tout échange, la prévisibilité est l'ennemie du Verbe. Elle en constitue la plus dangereuse perversion parce qu'elle fait du « déjà-su» la condition nécessaire de la relation linguistique et plus largement sémiologique : je ne t'écoute, je ne te lis que si je te connais et si je peux prévoir par avance ce que tu vas me dire ou ce que tu as écrit. Le monde médiatique voue aujourd'hui un véritable culte au prévisible et tient l'imprévisible pour une erreur de stratégie. La publicité en est un exemple flagrant mais il faut reconnaître que beaucoup de la production audiovisuelle de nature fictionnelle ou ludique sacrifie une part importante de sa créativité sur l'autel de la prévisibilité. Entendons-nous bien! Je ne prêche pas pour une télévision qui imposerait au spectateur de constants efforts de découverte.

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J'ai plaisir, comme vous, je suppose, à regarder l'épisode d'une série dont on connaît tellement les règles de construction, les personnages et les décors que rien ne nous surprend vraiment. Il y a dans l'absence de questionnement une satisfaction qui tient sans doute à ce que nos hypothèses se voient presque toujours confirmées. Ces fictions familières nous portent comme nous porte la houle lente d'une mer tiède et grise; elle nous berce jusqu'à l'écœurement. Le danger est qu'à la longue, on finit par s'habituer à cette langueur balancée et qu'alors nous devient étranger le goût de la conquête et de l'exploration. Les premières pages d'un livre posent toujours au lecteur la même question: «Allez-vous me comprendre? ». Qui n'a pas ressenti cette anxiété propre aux commencements intellectuels? Rien n'est d'emblée assuré, rien n'est donné au départ, tout est à prendre ou du moins à comprendre. En ces débuts voilés, on ne prévoit rien ou si peu de chose; on doit découvrir, mettre au jour, se frayer des chemins. Et puis, peu à peu, les couloirs obscurs s'éclairent, notre regard porte plus loin, anticipant le prochain virage, la prochaine bifurcation. Ces personnages que l'on s'est donné la peine de connaître deviennent des alliés dont on prévoit mieux les comportements et les relations. Ces lieux dont on a, mots après mots, dessiné les contours deviennent le décor familier

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de nouveaux événements. Ce qui, au commencement, n'était qu'une terre inconnue et inquiétante, se transforme progressivement en lieu de retrouvailles et de reconnaissance. C'est avec cet espoir d'une aube promise que, lecteurs de l'œuvre d'un autre, nous acceptons le moment si difficile de l'abord. L'instant où s'impose l'effort intellectuel permettant de dissiper les ténèbres et d'ainsi mériter le privilège de devancer un peu les mots. La prévisibilité ne s'octroie pas; elle se gagne. En plaçant l'offre de prévisibilité au centre même de sa démarche de séduction, la production audiovisuelle risque de faire perdre à nos enfants l'audace, le courage et l'envie d'apprivoiser le sens d'un autre. En prenant cette inquiétante habitude de dévoiler par avance dans la plupart de ses séries, sagas et autres feuilletons, les péripéties les plus importantes de l'épisode à venir, la télévision nous délivre régulièrement ce message insidieux: « Restez donc avec nous puisque vous savez déjà ce qui va se passer ». Et ainsi s'installe une culture du pré-dit, du pré-vu, qui nous propose une sorte de contrat d'assurance contre tous les risques d'ambiguïté, de malentendu ou d'incompréhension qui sont justement ceux qui font de la découverte littéraire une aventure proprement humaine.

Il

n est dit dans le Livre des livres que Dieu créa les hommes
parce qu'il aime les histoires. J'aime tout particulièrement cette phrase; elle met Dieu «à l'écoute» des formes narratives que les hommes donnent à leurs espoirs, à leurs doutes, à leurs ambitions et à leur détresse. L'Histoire des hommes apparaît ainsi comme le produit, constamment renouvelé, de l'imagination de chaque homme. Dieu serait l'ultime confident ou... l'ultime prétexte des récits qui, d'âge en âge, tentent de donner sens à la vie humaine. Etonner Dieu, émerveiller les hommes, tel est l'objet de la transmission littéraire: elle invite à la conquête et au désir, non aux fades retrouvailles.

Alain Bentolila

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Propos pour introduire

De la transmission

Parler de transmission là où on s'accorde généralement sur le terme d'éducation est un choix théorique: une transmission n'est pas l'effet plus ou moins prévisible d'une volonté d'éduquer, mais celui, incalculable, d'un dispositif signifiant. Laurent Comaz L'écriture ou le tragique de la transmission

La transmission échappe à la volonté d'éduquer

Éduquer ses enfants, ceux des autres, relève d'une volonté. Transmettre un savoir relève du désir de chaque parent, de chaque éducateur mais aussi de chaque enfant, de chaque élève.

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Un désir se constate après-coup: il s'infère d'effets qu'il aura produits. Il échappe au vouloir. L'idée de communication suppose qu'il y ait un récepteur et un émetteur, un rapport de cause à effet entre le message émis et la réponse donnée en retour. La transmission dont il s'agit ici, échappe aux schémas de la communication. La transmission d'un savoir ne dépend pas, selon un principe de cause à effet, de ce qu'on appelle « méthodes pédagogiques». Ce qui se transmet est un savoir non voulu. La méthode scientifique réduit le réel aux résultats que l'on peut observer, contrôler, mesurer. Les objectifs à atteindre sont alors des conduites observables et mesurables qu'il est possible d'évaluer. La pédagogie qui se veut scientifique ne tient pas compte d'un travail qui serait imprévisible et caché: ce qui échappe au contrôle et qu'on ignore.
L'analyse des pratiques prévenir. Les imprévus éducatives dans cette perspective sont imputés à des carences

d'efficacité contrôlée se propose de réduire l'imprévu, de le techniques que la technique peut elle-même corriger.

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Nous cherchons à perfectionner nos méthodes, nos techniques pédagogiques, nos savoir-faire, mais ne demeuret-il pas en chaque apprentissage une part inaccessible et secrète qu'aucune technique ne peut prévoir ni évaluer? Nous voulons qu'une éducation réussisse, mais y a-t-il une maîtrise des techniques d'apprentissage, un dispositif d'évaluation pour garantir la transmission rêvons? dont nous

L'école transmet un certain nombre de savoirs et de savoirfaire que nous pouvons pour une part caractériser, évaluer mais que pour une part nous continuons d'ignorer. L'acte pédagogique comporte une contradiction, un étonnant paradoxe: la transmission du savoir se fait pour une part, la part la plus intime, la plus formatrice peut-être, dans l'ignorance... Aucun éducateur ne peut se trouver dans cette position de se porter garant du savoir transmis. Il Y a bien au cœur de l'éducation, un secret qui s'interpose entre les méthodes pédagogiques et les résultats surtout si on envisage l'acte éducatif dans ce qu'il peut apporter de durable dans le développement d'un élève.

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L'hypothèse de la transmission d'un savoir insu ne va pas de soi. Elle m'invite à m'interroger sur mon désir de transmettre, sur le savoir que je veux transmettre et sur ce savoir que j'ignore mais qui, à l'insu des enfants et de moimême, se transmet... quand même.

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L'inconscient de la transmission

L'hypothèse d'une telle transmission ne peut s'entendre que prise dans son lien à l'inconscient. Après avoir mis à jour sa découverte de l'inconscient, Freud n'a cessé de proclamer tout au long de son œuvre qu'une conscience pure, transparente n'est pas l'unique lieu de I'homme. L'homme n'a pas la maîtrise de son monde intérieur: toute conscience est couplée à un inconscient. À côté du « Moi », il y a le « Surmoi» et le « ça ». Les perspectives ouvertes par la psychanalyse mettent en cause le statut du sujet tel qu'il a été conçu dans la tradition classique où tout gravitait autour de la pure certitude de soi - que revendique le sujet. Elles me permettent aujourd'hui de soutenir mon étonnement et mon sentiment d'étrangeté lorsque je réfléchis à ce que je fais lorsque je veux éduquer, lorsque j'ai le projet de rendre compte de ma pratique et de ses effets*.
* « Reconnu ou nié, l'inconscient est dans la classe et parle. Mieux vaut l'entendre que le subir ». Ce constat effectué par Fernand Oury et Aïda Vasquez, les pionniers de la pédagogie institutionnelle a été repris et largement développé par Francis Imbert dans son livre, L'inconscient dans la classe. Il fait écho à cette réflexion en écrivant:

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L'étonnement, c'est la dimension inconsciente de la transmission, la rencontre du signifiant. C'est « le laisser en suspens ». Supporter de ne pas comprendre immédiatement. Accepter de ne pas savoir. L'inconscient est un savoir que nous ne saurions appréhender directement Nous ne connaissons pas l'inconscient. Nous ne pouvons pas le
S3.1S1r.

Freud nomme cet insaisissable. Il met un nom à l'événement inattendu, au rêve qui surprend. Nommer n'est pas seulement donner un nom. Nommer est un acte qui fait exister dans la langue. La chose existe dans la langue. On la désigne de ce nom d'inconscient.

« Les pratiques pédagogiques, à l'instar des pratiques thérapeutiques ou politiques, mobilisent des forces qui sont irréductibles à toute approche rationnelle et que l'enseignant doit reconnaître pour ne pas être emporté par elles à son insu». L'institution scolaire nous laisse souvent entendre que tout doit être clair et rationnel et tendre au statut de la science. Les pratiques pédagogiques se réclament œ la rationalité et espèrent éclairer ce qui se passe dans la classe à l'aide d'outils strictement didactiques et de méthodes capables de prescrire ce qui " va marcher à coup sûr"... De sorte que reconnaître l'inconscient à l'œuvre dans l'institution scolaire amènerait à constater que ce qui reste voilé, détermine la pratique pédagogique autant que ses objectifs manifestes. Quels que soient ses objectifs manifestes, la pratique instituante ou instituée n'échappe pas aux effets de la lutte des pulsions. Et l'enseignant à son insu est emporté...

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Freud met un nom pour reconnaître et analyser des faits de notre expérience quotidienne qui se présentent comme incohérents et incompréhensibles: les rêves, les symptômes, les actes manqués, les lapsus, les mots d'esprit. Des pensées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine et dont l'élaboration nous demeure cachée. L'inconscient gît, surgit dans le présent d'un acte manqué, d'un symptôme insistant. Le mot d'esprit est sous l'emprise de l'inconscient parce que sa formulation n'est pas intentionnelle, parce qu'elle n'est pas maîtrisable tout comme ne le sont pas les rêves*.
* « Le rêve est la voie royale qui conduit à l'inconscient ». Freud s'est

appuyésur son étude des rêves, pour montrer comment nos désirs, ne
pouvant s'exprimer à travers les signes convenus et transparents que l'homme se donne, adoptent toutes sortes de stratégies de camouflage. Comment nos désirs se présentent à notre conscience dès notre réveil, sous forme d'un langage déguisé. Et comment ces désirs imprévisibles, surprenants, inconscients trouvent à s'exprimer dans les récits insensés que nous faisons de nos rêves. En s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles des vœux secrets se transforment pour constituer le récit du rêve (suite souvent incohérente d'images, d'actes et de paroles), Freud a été amené à placer le rêve sur le même plan que le symptôme. Ainsi la théorie de l'Inconscient est venue s'appuyer sur la description de quelques mécanismes précis. Le rêve dont il est question en analyse est le récit que peut en faire le rêveur quand il en a pris conscience. Freud ne retient que le récit du rêve et les mots que ce récit rappelle au rêveur. Il réfute l'idée de chercher dans le rêve lui-même un message venu de l'enfance, à destination de notre conscience qui aurait à le recevoir et à le décoder.

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Freud met l'accent sur le côté actuel de la parole, sur la portée inconsciente de toute parole. Quelque chose se dit à notre insu, nous traverse, disparaît sans se laisser saisir, insiste. Quand nous parlons, construisons des phrases, émettons des sons, mais aussi bien quand nous dormons, quand nous oublions, nous nous laissons dépasser par une parole qui s'énonce malgré nous. Nous n'en découvrons parfois le sens que d'une manière inattendue, dans l'aprèscoup. Nous sommes étonnés. Nous découvrons que notre parole dit plus que nous le voulions ou le dit autrement. Et bien souvent le sens de ce « dit» inattendu, nous ne le reconnaissons pas tout à fait...

Le rêve est un «travail» qui s'élabore à partir des souvenirs. II représente l'accomplissement déguisé d'un désir oublié ou une tentative d'accomplissement qui vient se mêler à la réalisation d'un désir plus actuel en utilisant des éléments et des événements de la journée qui précèdent. Le récit du rêve que produit le rêveur n'est pas le rêve. Nous ne connaissons le rêve que par le souvenir de ce qui survient après notre réveil. Il apparaît comme quelque chose d'étranger dont l'origine nous reste cachée. L'origine du rêve est le désir toujours prêt à se frayer un chemin jusqu'aux lieux où il aurait la chance de se faire entendre. Ce qui lui tient de raison d'être vient de l'énonciation du rêveur, dans l'après-coup.

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L'hypothèse de Freud m'a permis, sinon d'expliquer, peutêtre d'admettre que ces petits faits troublants qui jalonnent notre vie quotidienne ne relèvent pas de purs mystères mais d'un désir qui nous habite. Ils informent notre vie, donnent forme à nos gestes, à nos paroles. Ils sont nos manques, nos lacunes, nos oublis, les apparentes absurdités qui surgissent dans notre discours. Ils révèlent qu'une part de nous-mêmes échappe au contrôle de notre conscience. Ils relèvent d'un désir: nous ne pouvons le faire nôtre que quand il s'impose à notre conscience*. * Lacan reprend l'hypothèse de Freud. Il renomme l'inconscient nommé par Freud. L'inconscient n'est pas une instance occulte, déjà là, en attente d'une interprétation qui viendrait la révéler. Lacan lie par un lien intrinsèque l'inconscient au langage. L'inconscient, dit-il, est un événement de langage, absurde, imprévisible comme le destin.
* Dans un petit livre intitulé Freud et le désir, Marie Cariou explique les limites de cette prise de conscience. Elle écrit: «Aucune expérience ne dira jamais s'il y a une existence correspondant à l'objet du désir puisque toute expérience est expérience de désir, dont le pôle est inaccessible ».

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« D'où mon expression de parlêtre qui se substituera à l'les de Freud », dit Lacan dans «Joyce le symptôme ». Lacan s'appuie sur la différence établie par Saussure entre langue et langage: la langue est le langage parlé. La différence entre langage et langue permet de penser le rapport de l'enfant avec sa mère. La langue particulière, la langue d'avant les mots est celle où l'inconscient se structure comme un langage. Il le fait exister autrement dans lalangue. Lacan écrit lalangue. Il souligne que l'inconscient se manifeste dans lalangue et qu'il est structuré comme un langage. La condition pour supposer l'inconscient, est que l'enfant parle. C'est un fait. Un fait paradoxal puisque l'enfant commence à parler dans l'ignorance de la langue commune. L'enfant entre dans l'existence, assujetti au langage, pris dans un discours où sa place est inscrite à sa naissance - ne serait-ce que par son nom. L'enfant est parlé avant de parler. L'inconscient habite le langage de l'enfant qui joue, de l'homme qui rêve, de celui qui parle. Cette proposition laisse entrevoir la conception lacanienne du sujet. « Je » n'est jamais là où du sens se produit.

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« Je » désigne le fait que « ça parle» pour mon compte, sur mon compte, à ma place qui est un vide. Le sujet ne tient pas son langage, le langage tient le sujet, le porte, le conditionne. Mon discours m'institue comme sujet «absent », sans maîtrise réelle de ce que « je » dis/dit - et là est l'les, nommé par le jeu de mots « pariêtre ». Nous ignorons pourquoi nous rêvons, pourquoi nous énonçons certaines paroles. Nous ignorons l'écho que trouvent en l'autre, nos propres paroles. L'exemple du « mot d'esprit» montre que le sujet qui parle est dépassé par son dire, que c'est cependant le mot juste qui est dit, et au bon moment, puisque tous rient et sont surpris. Un mot d'esprit se réalise quand au fil d'une conversation, une personne accueille, d'un rire qui lui échappe, ce qui échappe à l'intention affichée du dire d'une autre personne. Ce qui échappe à l'intention affichée du dire représente ce qui lie dans l'instant et à leur insu les deux personnes. C'est un effet de l'inconscient. Un tel dit ne vaut pas pour lui-même, en tant que mot, ni pour la valeur expressive de sa réalité sonore, ni pour le sens qu'il peut exprimer, ni par les images qui peuvent lui être associées. Ce dit doit être entendu pour sa valeur signifiante c'est-à-dire comme un signifiant attaché à un ensemble

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d'autres signifiants organisés selon une certaine logique, pris dans une structure, pris dans le langage. Dans toute relation éducative, les corps sont pris, l'inconscient est en jeu dans la parole. Nous pouvons nous laisser surprendre par ce que nous n'avions pas imaginé: une parole, un silence, un geste... Quelque chose s'énonce malgré nous, se dérobe, nous échappe... Quelque chose est insaisissable dans la relation de parole et d'écoute que nous vivons... nous sommes étonnés. Nous n'en comprenons pas le sens. L'idée que nous ne maîtrisons pas cet événement - nous ne pouvions pas le prévoir -, nous permet d'imaginer que l'autre ne le maîtrise pas non plus. Si la structure de l'inconscient est dépendante de celle du langage, l'inconscient ne m'appartient pas, n'appartient pas à l'autre pas plus que ne m'appartiendrait la langue que je parle. L'inconscient de l'un qui parle à l'inconscient de l'autre qui entend ne font pas deux inconscients mais l'inconscient qui est enjeu dans la parole, dans les corps ravis par lalangue.

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