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Vivre et enseigner en milieu minoritaire

De
274 pages
Voici un éclairage nouveau sur le milieu minoritaire de l'Ontario français. En s'appuyant sur des principes de base en psychologie, éducation, bilinguisme et éducation, langues secondes, il fait valoir les aspirations de cette population. Il affirme la possibilité de faciliter l'épanouissement des communautés francophones pour que les jeunes francophones bilingues puissent opter positivement pour préserver leur héritage patrimonial français.Š
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Vivre et enseigner
en milieu minoritaire

















Du même auteur :

Essais :

Duquette, G. (1999). Vivre et enseigner en milieu minoritaire (deuxième édition).
Sudbury : Université Laurentienne. 83 pages.
Duquette, G. & Riopel, P. (dir.) (1998). Éducation en milieu minoritaire et la formation
des maîtres en Acadie et dans les milieux francophones du Canada. Sudbury : Presses de
l’Université Laurentienne. 230 pages.
Duquette, G. (ed.) (1997). Classroom methods and strategies for teaching at the secondary
level. Lewiston, New York : Edwin Mellen Press.
Duquette, G. (1995) (ed.). Second language practice: Classroom strategies for developing
communicative competence. Clevedon, England, Multilingual Matters, 153 pages.
Duquette, G. (1992). Méthodes et stratégies pour l'enseignement au secondaire. Welland :
Éditions Soleil. 262 pages.
Malavé, L. & Duquette, G. (Eds). (1991). Language, culture, and cognition: A collection
of studies in first and second language acquisition. Clevedon : Multilingual, 321 pages.

Recueils de poésie :

Duquette, G. (2010). Un rayon de lumière : de l’obscurité à la clarté du jour (poésie).
Nice, France : Bénévent.
Duquette, G. (2006). Sur les ailes du vent. Nice, France : Éditions Bénévent.
Duquette, G. (1995). The undiscovered country (Second Edition). Toronto : Edwin
Mellen Press. 114 pages.
Duquette, G. (1978). The undiscovered country (First Edition). Cobalt : The
highway Bookshop.





© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55064-3
EAN : 9782296550643
Georges Duquette








Vivre et enseigner
en milieu minoritaire

Théories et interventions
en Ontario français







Préface de Donald Dennie












Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.-P. Chagnollaud,
B. Péquignot et D. Rolland

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines » est
d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants
ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et
ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Derniers ouvrages parus

Irnerio SEMINATORE, Essais sur l’Europe et le système international. Crise,
multilatéralisme et sécurité, 2011.
Irnerio SEMINATORE, Six études sur les équilibres internationaux, 2011.
eFrançois HULBERT, Le pouvoir aux régions (2 édition), 2011.
Arno TAUSCH, Philippe JOURDON, Trois essais pour une économie politique du
21ème siècle, 2011.
Valérie LE HENO, La désobéissance : un moteur d'évolution, 2011.
Philippe BOUQUILLION et Yolande COMBES (sous la dir. de), Diversité et
industries culturelles, 2011.
Georges FERREBOEUF, Participation citoyenne et ville, 2011.
Philippe GOOSSENS, Les Roms : dignité et accueil, 2011.
André CHAGNON, Malades et médecins : pour mieux se comprendre, Eux et nous,
2011.
Philippe DELOIRE, Et si la France disait oui à l’Europe, 2011.
Jean MONTANIER et Alain AQUILINA, Violences, loi du silence, loi du plus fort,
2011.
Dominique ROTH, Economie et psychanalyse. Le progrès en question, 2011.
Claude OBADIA, Les lumières en berne ? Réflexion sur un présent en peine d’avenir,
2011.
Levent ÜNSALDI, Le développement vu de Turquie, 2011.
Maurice T. MASCHINO, Cette France qu’on ne peut plus aimer, 2011.
Véronique WASYKULA, RMI : vous devez savoir, 2011.
Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD, L’Impérialisme économique. La visée
hégémonique de la Chine, 2011.
Louis R. OMERT, Le Sursaut. Essai critique, social et philosophique, 2011.







Ce livre est dédié à toute personne, peu importe son âge, qui a grandi en
milieu minoritaire. Que votre éducation en langue française soit pour vous
une expérience positive, valorisante et enrichissante, ouvrant des portes pour
vous et vos enfants sur un avenir prometteur. Que votre bilinguisme soit un
modèle de tolérance et de respect pour les autres.

Ce livre s’adresse aux responsables de l’éducation et aux chefs
communautaires en Ontario français afin que leurs décisions soient mieux
éclairées et répondent davantage aux véritables besoins de l’ensemble de
leur clientèle.














5










































L’auteur désire remercier sincèrement Monsieur Hermann Duchesne,
professeur au Collège universitaire Saint-Boniface, pour son encouragement
et ses nombreuses suggestions, rétroactions et critiques constructives.










































Ce livre a pour but de faire réfléchir. Il remet en question des attitudes, des
approches et des pratiques qu’on retrouve parfois en Ontario français et il en
propose de nouvelles. En revanche, son contenu ne vise négativement
aucune personne, ni population, ni groupe spécifique, mais vise seulement
des changements qui permettront à chaque personne de trouver sa place et de
se sentir bien en Ontario français.









































Une voix proclame :
Dans le désert, préparez un chemin pour le Seigneur…

Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées,
les passages tortueux deviendront droits,
et les escarpements seront changés en plaine.

Isaïe 40, 3-4














Que les gens se rendent compte que chaque fois qu’une personne menace,
fait souffrir l’humiliation, blesse sans raison, domine ou rejette un autre être
humain, elle constitue une force créatrice de pathologies, même si cette force
est petite. Qu’ils reconnaissent aussi que chaque fois qu’une personne est
gentille, serviable, honnête, psychologiquement démocratique, affectueuse et
chaleureuse, elle constitue une force psychothérapeutique, même si cette
force est petite.

Traduction libre d’A. H. Maslow, 1970, p. 254




Préface


Ce livre du professeur Georges Duquette est le fruit d’une longue
expérience en enseignement et en recherches au sein d’un milieu social
minoritaire qu’est celui de l’Ontario français. Cette vaste et longue
expérience contribue à rendre ce volume riche en réflexions et en conseils au
sujet de l’histoire et de l’évolution de l’Ontario français et surtout de la
méthode pédagogique à utiliser pour former les jeunes de l’Ontario français
dans ses systèmes d’écoles de langue française.
Le livre du professeur Duquette est construit à partir de trois sections, soit
la théorie, l’intervention ou les applications pratiques et les perspectives
d’avenir, lesquelles sont toutes instruites par son expérience dans les
domaines ci-haut mentionnés.
Dans la première partie, l’auteur s’appuie sur de nombreuses recherches,
qu’il a effectuées lui-même et en collaboration avec d’autres ou en
provenance d’autres chercheurs. Ces recherches portent essentiellement sur
les caractéristiques d’un milieu minoritaire tel l’Ontario français, le
bilinguisme qui est l’une des caractéristiques principales de ce milieu,
l’identité et, finalement, l’hégémonie et l’aliénation. L’une des thèses les
plus importantes de l’auteur est la suivante: le milieu minoritaire et surtout le
vécu des jeunes étudiants et étudiantes qui vivent dans ce milieu ne sont pas
valorisés et/ou compris suffisamment par les enseignants et les écoles
franco-ontariennes. Ce fait mène donc à une certaine aliénation de ces jeunes
par rapport à leur langue et leur culture d’origine. Cette réalité est due au fait
qu’en Ontario français existe une pensée unique, c’est-à-dire une idéologie
qui valorise une certaine façon de parler et de penser, laquelle n’est pas la
même que celle vécue par les jeunes ou même par l’ensemble de la
population de langue française vivant en Ontario. Selon l’auteur, une
certaine élite franco-ontarienne a, au cours de nombreuses années, défini et
véhiculé une idéologie de ce que constituait la francophonie en Ontario.
Cependant, cette idéologie n’est pas vécue ni partagée par l’ensemble des
jeunes franco-ontariens. Le professeur Duquette demande donc pourquoi ce
vécu réel (qui comprend bien sûr la valeur accordée au bilinguisme) n’est
pas davantage mis en évidence dans les écoles de langue française de
l’Ontario. Voilà une question primordiale que l’élite franco-ontarienne
refuse toujours de se poser et à laquelle elle est encore moins prête à
répondre. Toutefois, il est important de poser cette question et de tenter d’y
répondre si la francophonie doit avoir un avenir dans la province la plus
populeuse du Canada.
L’auteur ne se limite pas à soulever des questions théoriques fondées sur
d’innombrables recherches. Il tente aussi, dans la deuxième partie de son
livre, d’offrir des conseils et des pistes d’intervention afin de mieux aligner
15

le vécu des jeunes au monde de l’enseignement. Enfin, dans la troisième
partie, l’auteur puise non seulement dans les recherches et les conseils
pratiques, mais aussi dans sa propre expérience, son propre vécu dans ce
milieu minoritaire pour réfléchir sur l’avenir de la francophonie en Ontario
et au Canada. Et c’est en répondant à la question suivante à savoir est-ce que
la francophonie canadienne et ontarienne va survivre ou au contraire
s’assimiler que cet avenir trouvera réponse.
Ce livre offre donc des perspectives intéressantes sur le milieu minoritaire
franco-ontarien, sur son milieu d’éducation ainsi que sur son avenir en
société.


Donald Dennie
Professeur émérite en sociologie
et membre de l’Institut franco-ontarien
Université Laurentienne

16

Introduction


L’Ontario français cherche à se définir et à s’épanouir. Pour réussir, cette
population doit être inclusive et représentative de tous ses membres, se
connaître, se comprendre et s’apprécier selon ses expériences, son contexte
de vie, ses normes et ses valeurs.
Pour réaliser cela, le monde de l’éducation a besoin de s’acquitter de deux
responsabilités : en premier lieu, il doit se renseigner sur le contexte de vie
dans lequel les jeunes grandissent, les valeurs qui sont au cœur de la famille
et qui sont véhiculées par les personnes de souche qui sont nées et qui ont
grandi en milieu minoritaire. Les facteurs positifs de vivre en Ontario
doivent être renforcés. Ensuite, il sera possible de définir selon les
caractéristiques de population de l’Ontario, des expériences vécues, du
contexte de vie, des normes et des valeurs de l’ensemble des gens qui
constituent la population de l’Ontario… et pour que cette éducation soit de
qualité, les enseignantes et les enseignants doivent en deuxième lieu
apprendre comment bien intervenir sur le plan pédagogique en milieu
minoritaire et permettre aux élèves d’acquérir une image positive d’eux-
mêmes comme citoyens de langue française dans cette province.
Dans ce livre, on postule que les Ontariens de souche canadienne-française
doivent figurer au premier plan de cette définition, non seulement parce
qu’ils constituent le plus grand nombre de personnes qui envoient leurs
enfants dans les écoles de langue française de l’Ontario, mais aussi parce
qu’une identité doit se construire à partir d’un vécu collectif et que les
« Ontariennes et Ontariens de souche » sont nés et ont grandi en Ontario.
Pour survivre, une population doit tenir compte des besoins et des
aspirations de l’ensemble de ses membres, surtout de sa jeunesse.

Les buts de ce livre sont d’aider :
a) les enseignantes et les enseignants de l’Ontario ainsi que les chefs
communautaires à mieux comprendre et respecter leur clientèle et à mieux
intervenir auprès d’elle ;
b) les jeunes francophones de langue minoritaire de l’Ontario à mieux se
connaître et s’apprécier en relation avec leur contexte de vie.
Ainsi, les futures générations de jeunes francophones en Ontario pourront
être appréciées et incluses pour leurs talents et leur potentiel plutôt que
dévalorisées et exclues à cause de leurs limites linguistiques, ce qui, en
principe, devrait favoriser leur sens d’appartenance et leur enracinement en
Ontario français.
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SECTION 1

THÉORIE











Partie 1

Principes de base





Chapitre 1

L’enfance, l’adolescence et la famille


Pour bien comprendre les processus de croissance et avant d’intervenir en
salle de classe, il faut tenir compte de certains principes établis qui nous
aident à comprendre le développement des périodes de l’enfance, de
l’adolescence et du rôle de la famille.

L’enfance

1. L’enfance est caractérisée d’abord par une période de croissance
accélérée et ensuite régulière jusqu’à l’adolescence (Cloutier, Gosselin,
Tap, 2005).
Sur le plan physique, le poids double en trois mois et triple la première
année et ensuite continue à être rapide jusqu’à 4 ans. Le cerveau et la tête
sont à 60 % de la taille adulte vers 2,5 ans et à 100 % vers l’âge de 13 ans
(pp. 107-108, 112). Les habiletés motrices se développent entre 0 et 15 mois
(pp 141-146), les habiletés à manger de 15 à 36 mois et les habiletés à
l’habillage de 15 à 60 mois (p. 146).
Sur le plan cognitif, Piaget a identifié trois grandes périodes, la période
sensorimotrice de 0 à 2 ans, pré opératoire de 2 à 6-7 ans (pré conceptuelle
de 2 à 4-5ans et intuitive de 4-5 ans à 6-7 ans) et opératoire concrète de 6-7
ans à 11-12 ans (pp 152-185).
Sur le plan intellectuel, Howard Gardner identifie différents types
d’intelligence tels que linguistique-verbale, logico-mathématique, musicale,
spatiale, corporelle/kinesthésique, interpersonnelle, intra personnelle et
d’autres (naturaliste, spirituelle, existentielle). Aujourd’hui nous parlons
beaucoup de l’intelligence émotionnelle (pp 207-208).
Sur le plan psychologique, le psychologue renommé Erik Erikson présente
4 stades à bien franchir au cours de l’enfance si on souhaite qu’il réussisse
bien sa vie. Le premier stade, celui de la confiance-méfiance (0 à 1 an), est le
pilier des autres et se développe en relation avec la personne qui lui prodigue
les soins. Si une confiance dans la relation se développe, l’enfant sera
encouragé à poursuivre la relation, à se sentir bien et à développer la
confiance en lui-même ; s’il y a méfiance, ce sera le contraire. Le deuxième
stade, celui de l’autonomie ou du doute et de la honte (1 à 3 ans).
L’autonomie, c’est « la réussite et le contrôle », tandis que le doute et la
honte, c’est le contraire. Une relation de confiance au début permet à
l’enfant d’expérimenter, de tenter de contrôler et que l’encouragement qui
s’ensuit lui permettra de mieux réussir. Le troisième stade est celui de
l’initiative ou de la culpabilité (4 à 5 ans) car l’enfant comme personne veut
23

être comme ses parents et réaliser des choses sans être culpabilisé. Le
quatrième stade, celui de la compétence versus l’infériorité (6 ans à la
puberté), permet à l’enfant de réussir dans son monde comme à l’école ou de
se considérer inférieur aux autres (pp. 10 à 16).
Sur le plan social, si l’apparence semble jouer un rôle au niveau de
l’acceptation d’un enfant par les autres, le comportement est encore plus
important. Ceux et celles qui réussissent le mieux sont « plus coopératifs,
plus amicaux, meilleurs à résoudre des problèmes et ont plus de sensibilité
dans leur communication avec les autres » (p. 376).
2. Le développement ontogénique (Gesell, 1963 ; Meyer, 2008 ; Wallon,
1945, 1942) explique le développement de l’enfance en termes de stades
qui doivent être franchis les uns après les autres, le dernier stade
incorporant ceux qui ont déjà été franchies. L’environnement joue un
rôle déterminant dans l’actualisation du développement qui a lieu.
Ce principe a des implications pour la pédagogie car il s’applique non
seulement au niveau du développement des processus de maturation et du
développement physique de l’enfant, mais aussi au niveau du développement
de ses compétences physiques, cognitives et intellectuelles.
3. L’enfant apprend à travers ses sens (Cloutier, Gosselin et Tap, 2005,
Osterrieth, 1973, Piaget, 1963). Un bon encodage est nécessaire pour
assurer un bon apprentissage (Katz, 2001; Lasky and Katz, 1983).
Les sens sont la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat. Une simple
infection d’oreille à un jeune âge peut conduire à des difficultés langagières
et scolaires, comme d’ailleurs une mauvaise vision non diagnostiquée. Plus
tard, c’est moins sérieux une fois que les encodages ont été faits.
4. Sur le plan socioculturel, l’enfant se développe d’abord en étroite
relation avec sa famille et son milieu familial et ensuite, graduellement,
avec ses camarades de classe. Il est le reflet de son milieu familial et de
son milieu social (pp. 354-362, 369-376). La langue maternelle est acquise
dans la culture du foyer. La langue scolaire et le français standard sont des
langues secondes pour plusieurs des enfants et devraient être enseignées
selon les méthodes et la pédagogie préconisées dans cette discipline.

24

L’adolescence

1. L’adolescence est caractérisée par une période de croissance
accélérée et de changements majeurs (Cloutier et Drapeau, 2008, Cloutier,
1996).

À titre d’exemples
Sur le plan physique, le système endocrinien est responsable du
déclenchement de la puberté. Il libère des hormones de croissance (Cloutier,
2008, pp. 38-39), le rythme de croissance devient plus rapide jusqu’à la
maturité sexuelle (chez les filles de 10 à 16 ans, chez les garçons de 11,5 ans
à 18 ans (Cloutier et Drapeau, 2008, p. 41). Le système cardio-vasculaire
accroît son volume sanguin, mais ralentit en même temps son rythme
fonctionnel (Cloutier, 1996, p. 43).
Sur le plan sexuel, la maturation est marquée par le développement des
caractères sexuels primaires (gonades ou glandes sexuelles : les ovaires et
les testicules et le développement des caractères sexuels secondaires (les
seins, la voix, le poil pubien, etc.) (Cloutier et Drapeau, 2008, pp.-39-40). Le
critère de maturation sexuelle le plus reconnu chez le garçon est caractérisé
par l’apparition de la première éjaculation (ou plutôt la preuve de la fertilité
de cette substance) et chez la fille par la première menstruation (ou encore
des preuves de fertilité chez la fille) (Cloutier et Drapeau, 2008, pp.43-44).
Sur le plan cognitif, l’adolescent constate que son environnement d’enfant
est devenu plus petit (Cloutier, 1996, pp.73-74). L’arrivée de la pensée
formelle selon Piaget permet l’élaboration de nouvelles stratégies de
résolution de problèmes (Cloutier, 1996, p. 80). La cognition sociale est une
autre sphère importante… : il s’agit de la compréhension du point de vue des
autres, de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs intentions, de leurs
attitudes (Cloutier, 1996, p. 90). On observe en principe de nouvelles
capacités morales, par exemple la capacité de tenir compte des besoins des
autres (Cloutier, 1996, p. 113).
Sur le plan intellectuel, on observe des progrès intellectuels importants : la
capacité de mémoriser des contenus, l’aptitude à rechercher de l’information
pertinente en cas de problème et à poser des hypothèses, l’habileté à élaborer
des concepts intégrateurs, la capacité de se représenter mentalement l’espace
physique et d’opérer des transformations sur ces représentations et la
capacité générale de résoudre des problèmes complexes (Newman et
Newman, 1979; Steinberg, 1989 dans Cloutier, 1996, p. 106).
Sur le plan psychologique, c’est à l’adolescence que le sujet devient un
acteur autonome, qu’il acquiert les moyens physiques, sexuels, intellectuels,
sociaux et professionnels pour s’établir de façon indépendante dans la vie
(Cloutier, 1996, p. 182), même si dix années séparent l’âge de la maturité
sexuelle de celui de l’indépendance socio-économique (Cloutier, 1996, p.
149).
25

Sur le plan des valeurs, « l’adolescence est, plus que tout autre, la période
au cours de laquelle le sujet découvre les principes et les valeurs qui
gouvernent les individus et la société… appelé lui-même à faire des choix
pour son avenir, l’adolescent se rend compte qu’entre l’idéal et la réalité,
l’écart est souvent important » (Cloutier et Drapeau, 2008, p. 74).
Sur le plan social, le monde de l’adolescent s’élargit surtout avec une
liberté accrue et l’accès à l’automobile. De la famille, des amis voisins et de
l’école, l’adolescent développe de nouvelles amitiés sur un territoire élargi,
fait des rencontres avec le sexe opposé, cherche et trouve du travail,
s’implique dans des activités sportives et récréatives, effectue des voyages,
etc. Les amis jouent un rôle central entre 12 et 18 ans puisque c’est vers eux
que se tourne l’adolescent lorsqu’il prend ses distances par rapport à ses
parents (Cloutier, 1996, p. 231). Malgré tout l’intérêt que les jeunes
accordent aux sorties avec l’autre sexe, les amis demeurent les personnes les
plus importantes dans le monde social des adolescents (Steinberg, 1989 dans
Cloutier, 1996, p. 231). La maturation neurologique, les expériences du
monde physique et des contextes sociaux et l’activité de l’adolescent
donnent lieu à une plus grande conscience (Cloutier et Drapeau, 2008, p.
44). La période de l’adolescence est une insertion au sein de la société
(Coslin, 2006) et l’intégration à une société majoritaire est un processus
normal (Corbo, 1992).
2. Puisque l’adolescence est remplie de nombreux changements et de
grandes insécurités, l’adolescent est plus vulnérable. Vous retrouverez à
l’adolescence de nombreux exemples de mécanismes de défense pour
protéger le moi et éviter des blessures. Voici quelques exemples retrouvés
souvent dans des comportements adolescents et qui causent des problèmes
aux enseignants : le négativisme, le mensonge, l’agressivité, la
rationalisation, le déni, la maladie, le refoulement, l’identification, la
réaction, la projection, la dénégation, l’humour (parfois mal placé), le goût
de malmener les autres (Duquette, 1992, pp. 21-23; Hilgard et Bower, 1975;
Wikipédia).
3. L’adolescence est une période de la construction du « moi ». Selon
le psychologue Erik Erikson (1980, 1968), la réussite de chaque stade de
développement est essentielle à la création d’une identité personnelle et
d’une identité sociale claires et, par conséquent, à une adolescence
réussie. Selon sa théorie, si les stades de l’enfance sont réussis, meilleures
seront les chances pour l’adolescent de se définir une identité claire.
Cependant, comme il en sera discuté au cours du livre, le processus de se
définir une identité peut être compliqué en milieu minoritaire.
4. L’adolescent recherche d’abord l’estime de soi et l’acceptation des
autres (Cloutier et Drapeau, 2008, pp. 49-53 ; Henson, 1997) ; aidons-le à
développer son estime de soi.
Selon Duclos (2002), l’adolescence est une période cruciale de
développement qui permet la consolidation de l’estime de soi. C’est à ce
26

moment de la vie que chaque individu doit trouver son identité. Le type
parental démocratique est associé à une adaptation plus positive, ainsi qu’à
une meilleure estime de soi (Cloutier et Drapeau, 2008, p. 175).
Pour renforcer l’estime de soi, acceptons-le dans son entité. Reconnaissons
ses talents et donnons-lui des exemples. Encourageons-le à développer ses
habiletés. Il ne faut pas dire à un enfant qu’il n’est pas bon dans une matière
ou dans une langue (ceci risque de le plafonner), mais plutôt soigneusement
l’aider à identifier de façon précise une faiblesse à combler en lui donnant
les instruments pour s’améliorer.
5. Pour l’anthropologue Margaret Mead, l’adolescence est d’abord un
phénomène social (Cloutier, 1996, p. 29). Dans ses travaux, elle a démontré
que dans certaines sociétés primitives qui favorisaient une insertion sociale
précoce dans un rôle social bien défini, il n’y avait pas de délinquance.
Puisque 10 ans environ séparent la maturité sexuelle de l’indépendance
économique, l’adolescent d’aujourd’hui cherche à s’intégrer, à travailler et à
participer au cycle de l’économie et de la vie (Cloutier 1996, Cloutier et
Drapeau, 2008, pp. 12-13).
6. Selon Havinghurst (Cloutier et Drapeau, 2008, p. 128), voici les tâches
développementales à réussir au cours de son adolescence :
1. Accéder à l’indépendance émotionnelle et comportementale face aux
parents et aux adultes.
2. Choisir un métier et s’y préparer.
3. S’assurer une indépendance économique.
4. Se préparer à la vie conjugale et familiale.
5. Développer des habiletés intellectuelles et les concepts nécessaires à
l’acquisition des rôles civiques.
6. Acquérir un comportement social responsable.
7. Élaborer un système de valeurs et de règles éthiques.
8. Établir des relations nouvelles et plus adultes avec les pairs des deux
sexes.
9. Assumer un rôle social masculin ou féminin.
10. Accepter son corps tel qu’il est et l’utiliser efficacement.

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