Faut pas se fier aux apparences

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Surprenante Patricia Oszvald qui après un premier roman, Sàndor et plusieurs ouvrages dépeignant la société, ses contemporains et leurs travers avec un indéniable penchant pour l'humour, elle nous revient avec un thriller. Maniant avec dextérité le chaud et le froid, l'angoisse et la sérénité, la paranoïa et la manipulation psychologique de certains des personnages, on est immédiatement embarqué dans cette histoire qui nous tient en haleine pour nous surprendre et ce jusqu'aux dernières lignes.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 127
EAN13 : 9782304016864
Nombre de pages : 165
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2 Titre
Faut pas se fier aux
apparences

3Titre
Patricia Oszvald
Faut pas se fier aux
apparences

Thriller
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01686-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304016864 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01687-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304016871 (livre numérique)

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Du même auteur
Aux Éditions Le manuscrit

Sàndor, Roman humoristique, 2006.
Pourquoi… ?, Pensées / Aphorismes, 2007.
Success-Story, Scénario, 2007.
Vous les connaissez !. Pas de genre spécifi-
que, 2008.

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New-York. Brooklyn. Church Avenue, ven-
dredi 6 novembre. La ville était encore calme,
mi-éveillée, mi-endormie et émergeait lente-
ment de la nuit pour se glisser au grand jour
d’un automne déjà bien installé et qui prenait
parfois plaisir à se déguiser en hiver précoce.
Les immeubles carrés de briques ressemblaient
à s’y méprendre à des blocs de jeu de construc-
tion et côtoyaient les petits pavillons dont cer-
tains étaient agrémentés d’un petit jardinet en
façade, dans lesquels, hormis les bruyères, plus
aucune fleur ornementale n’osait s’offrir au re-
gard des passants. Les petits matins étaient de
plus en plus frais en cette saison bien que le
bulletin météo était optimiste en ce vendredi, au
point d’annoncer une journée ensoleillée, même
si les températures semblaient vouloir rester
sous la barre des dix degrés. Au moment le plus
agréable de la journée, il n’y aura que peu d’élus
pour apprécier les rayons du soleil léchant les
façades, les parcs et terrasses. Seuls les mères au
foyer et les vieillards pourront s’y réchauffer
l’espace de quelques heures. Il était 6 h 30 et
comme tous les matins à cette heure, du lundi
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au vendredi, la radio réveillait Sam Fletcher.
L’heure qu’il avait choisi de programmer pour
sortir brusquement d’un sommeil profond et
sauter ensuite de plein pied dans le vif d’une ac-
tualité pas toujours réjouissante, servie par un
journaliste qui semblait ravi que ce soit vendre-
di. Les premiers embouteillages se formaient à
l’entrée de la ville, ce qui laissait Sam complè-
tement indifférent puisqu’il n’avait pas de voi-
ture. Un flash spécial vint interrompre le débit
de banalités développées à cette heure de
grande écoute où, entre la hausse du prix du
pain, du baril de pétrole, une tempête de neige
dans le grand nord canadien – somme toute as-
sez normale pour la saison -, une catastrophe
aérienne s’était produite dans la nuit, dans des
circonstances inexpliquées pour l’heure, la visi-
bilité n’ayant pas été altérée par des conditions
climatiques difficiles. Les enquêteurs étaient à
pied d’œuvre pour déterminer les causes du
crash. La voix émue du commentateur terminait
en précisant qu’il n’y avait aucun survivant.
Sam, comme à son habitude, se brûla les lèvres
et la langue avec un café trop chaud et trop fort
et qui terminera sa vie dans l’évier. Comme
chaque matin aussi, au flash infos succédaient
douze minutes de musique ininterrompues, ce
qui lui laissait le temps de prendre une douche
qui le réveillera plus efficacement que son café
imbuvable. Quelques minutes plus tard, il sortit
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de la salle de bain, effectivement plus éveillé
qu’il n’y était entré, juste à temps pour entendre
son horoscope du jour. « Sagittaire : une jour-
née mouvementée, surtout entre neuf et onze
heures ; vous irez de surprises en surprises ! ».
« Super ! J’adore les surprises ! ». Sam avait déjà
ses petites habitudes de personne d’un certain
âge, bien qu’il n’avait que trente-trois ans.
C’était en effet à ce moment précis que, chaque
matin, au sortir de la douche, il voyait le voisin
d’en face faire ses étirements, en pyjama, sur
son balcon. « Ah ! La famille Cooper est de-
bout ! Bonne journée à vous, la famille Coo-
per ! ». C’était ainsi qu’il les avait baptisés. Il
n’avait aucune idée de leur identité, de leurs ori-
gines, ni de qui ils étaient, mais sur la façade de
leur immeuble récemment rénové en lofts, per-
sistaient les vestiges de l’enseigne à la peinture
jaunes de la fabrique de quincaillerie Cooper.
L’homme en question, à la silhouette rondouil-
larde, la petite moustache noire toujours prête à
lui prêter un peu plus de sévérité qu’il n’en avait
réellement et compensant un crâne largement
dégarni. Il faisait sa gymnastique matinale sous
l’œil attentif et rassuré de sa femme malgré son
embonpoint. Il pourrait s’appeler de mille fa-
çons, mais il pourrait bien aussi, simplement
s’appeler Cooper. Alors, l’affaire était enten-
due ; ce sera la famille Cooper ! S’il ne pouvait
s’empêcher de sourire quand il l’apercevait, il lui
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témoigna malgré tout une certaine indulgence
pensant que, peut-être, son destin sera proche
de celui de ce brave Cooper. Dans quelques an-
nées, après quelques possibles promotions, il
pourra également devenir propriétaire de son
logement. Chaque matin, il quittera Brooklyn,
direction Manhattan qu’il délaissera sur les
coups de dix-sept heures trente pour retrouver
femme et enfants à la tombée du jour. C’est
peut-être ça, le destin de tout New-Yorkais de
base. Bon, ce n’est pas tout ça, mais l’heure
tournait et s’il ne se dépêchait pas un peu, il se-
rait en retard et se ferait remonter les bretelles
par John Davis qui, tout sympathique qu’il soit,
ne ratait pas une occasion de rappeler à qui ne
l’aurait pas compris, qu’au troisième blâme ;
c’était la porte, sans indemnités, ni préavis. Et
dans ce cas ; il pourrait dire bye bye au loft à
crédit avec femme et enfants dedans. Une autre
certitude était que si Rosanna Fletcher, la mère
de Sam, voyait ce brave homme de Cooper ten-
ter de perdre quelques centimètres, par tous
temps et donc au péril de sa vie, ses instincts
maternels reprendraient les pleins pouvoirs car,
comme chacun sait, une mère juive couve non
seulement ses petits, mais également leurs amis
et voisins. Et il ne faisait aucun doute qu’elle
n’aurait pas mis longtemps à lui tricoter un
chandail dont elle seule avait le secret, pour lui
éviter une pneumonie ou pire encore. Sam ter-
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mina de s’habiller et courant dans tous les sens
à la recherche de sa deuxième chaussette ; il
trébucha sur le roman sur lequel il avait dû
s’endormir la veille. Il l’empoigna énergique-
ment et le posa, très délicatement, sur l’une des
deux colonnes de bouquins à l’architecture fu-
turiste et qui menaçaient de s’écrouler à tout
instant. « Faudrait vraiment que je pense à ache-
ter une étagère pour ranger tout ça ! ». Un der-
nier détour par le placard de la cuisine où, en-
dessous des bols de nouilles instantanées au
curry ou au poulet, l’attendaient des bagels de
chez H & H Bagels, achetés chaque jour pour le
petit déjeûner du lendemain. Il en prit deux, le
premier trouva naturellement place dans sa
bouche, alors que le second attendait son heure,
étranglé entre le pouce et l’index, les autres
doigts ayant déjà la charge du porte-documents.
La main droite restait ainsi libre pour fermer la
porte et allumer la lumière du palier. Les vibra-
tions causées par le passage du métro tout pro-
che anéantirent en quelques secondes les deux
tours de littérature qu’il avait mis des mois à
voir atteindre sa hauteur. « Cette fois, c’est dé-
cidé ; il ne faut plus penser, Sam ; il faut agir !
Ce week-end, destination Ikea ; j’achète une bi-
bliothèque ! Voilà, ça promet ; je commence à
parler comme ma mère ! ». 7 h 30 tapantes.
L’heure précise où chaque jour, Bruce Hanger,
son voisin de palier, un écrivain à succès, paraît-
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il, commençait à maltraiter sa vieille Remington
qui n’avait d’autre moyen de s’exprimer que par
un cliquetis de plus en plus plaintif et irrégulier.
Personnellement, il ne savait pas si son voisin
avait autant de succès qu’on le disait dans le
quartier. En plus, il avait toujours entendu dire
que les écrivains vivaient seuls et reclus, entou-
rés de chats. Si le grand escogriffe antipathique
répondait bien aux deux premiers adjectifs, Sam
n’avait jamais perçu le moindre miaulement
d’un quelconque félin. Sam sortit de chez lui,
ferma les deux serrures à double tour, se re-
tourna et tomba face-à-face avec Hanger, de-
bout dans l’entrebâillement de sa porte, un gros
chat roux dans les bras.
– Ah ! Bonjour, Monsieur Hanger ! Il est à
vous, ce chat ?
– Ce n’est pas un chat ; c’est Lily !
– Bien sûr ! Et bien, Lily, Monsieur Hanger ;
bonne journée !
Sam descendit précipitamment le large esca-
lier de béton. « Il faudrait peut-être que je lise
un de ses livres, finalement ! », s’amusa Sam.
Arrivé au rez-de-chaussée, comme souvent,
pour ne pas dire chaque jour, il y rencontra
Madame Weissman, qui ne devrait plus tarder à
entamer les fondations de l’immeuble à force de
nettoyer à grandes eaux le sol carrelé du hall
d’entrée.
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