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Flux et langues en milieu urbain créole

De
216 pages
Cet ouvrage questionne le rôle et la place des langues à la Martinique et plus spécifiquement à Fort-de-France. L'île voit arriver sur son sol des milliers de migrants étrangers qui transitent ou s'installent. De plus, des migrations ont lieu à l'intérieur de l'île, la ville restant incontournable malgré un effort croissant de décentralisation. De ce fait, en plus du français et du créole, les langues en présence s'affrontent, s'entremêlent, cohabitent.
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Lorène LABRIDY
Flux et langues en milieu urbain créole
Étude de sociolinguistique urbaine à FortdeFrance
Flux et langues en milieu urbain créole Étude de sociolinguistique urbaine à Fort-de-France
Espaces discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot
La collectionEspaces discursifsrend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élabora-tion/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagiqres peuYent être réYélatrices de modi¿cations sociales(space de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique
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Lorène LABRIDYFlux et langues en milieu urbain créole Étude de sociolinguistique urbaine à Fort-de-France
Du même auteur
LABRIDY L. et BULOT T., 2009, « Fort-de-France mise en mots : hiérarchisation des langues et des espaces »,Cahiers de LinguistiqueVol 34/2, E.M.E., Cortil-Wodon, 11-38. LABRIDY L., 2008, « Catégorisation, « ditopie », urbanité : comment le locuteur fragmente sa ville » dansNormes identitaires et urbanisation des catégories discursives et des villes (Cahiers de Sociolinguistique n° 13), P.U.R., Rennes, 119-131. En collaborationBULOT Thierry (Dir.) avec la collaboration de Lorène LABRIDY, 2009 [2008], ‘Sociolinguistique urbaine des zones créolophones’,Cahiers de Linguistique, vol.34/2, E.M.E., Cortil-Wodon, 169 p.© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05204-5 EAN : 9782343052045
I NTRODUCTION
Deux principaux centres d’intérêts entrent en jeu dans cet ou-YUDJH  OH FRQFHSW GH © ÀX[ GH ODQJXHV» fondé sur les migrations et la situation sociolinguistique de Fort-de-France, chef-lieu de la 1 Martinique . En fait, il s’agit de deux tenants d’une même réalité, à savoir l’étroite et complexe relation entre langues, espace ur-bain et migrations en situation de diglossie. La diglossie, évoquée par Charles A. Ferguson en 1959, décrit une situation collective de bilinguisme où une langue aura un statut prestigieux et l’autre langue, un statut moindre. Ce concept est largement étudié dans l’ouvrage « Bilingualité et bilingualisme » de Josiane Hamers et Michel Blanc (1983).
La relation de ces trois objets - langues, espace urbain et migrations - peut être abordée de deux façons différentes. Tout d’abord, l’observation des mécanismes socio-langagiers spéci-¿TXHV j OD YLOOH pWXGLpH DPqQH j O¶DQDO\VH GH OHXUV LQÀXHQFHV VXU les objets évoqués. Par« mécanismes socio-langagiers », nous entendons les pratiques et les attitudes langagières quasi-systé-matiques relatives à un groupe donné. La récurrence, eta for-tioricohérence, des phénomènes observés liés à la langue, la qu’il s’agisse de son système certes, mais surtout de son contexte d’utilisation et des représentations qu’en ont les locuteurs, est un GHV FULWqUHV Gp¿QLWRLUHV GX PpFDQLVPH (QVXLWH OH UHFXHLO GHV discours sur ces objets permet de saisir les représentations des individus et de voir comment ils structurent leur espace à travers
1 Département français d’Amérique, situé dans l’archipel des Caraïbes.
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Flux et langues en milieu urbain créole
les mots, tout en prenant en compte leur vécu migratoire ou celui des autres. L’espace d’analyse, Fort-de-France PRQWUH XQH YLOOH VXI¿-samment importante pour rendre compte de phénomènes socio-linguistiques émergents à la Martinique. Les jeunes outils de la sociolinguistique urbaine aideront« à produire de l’intelligibilité sociale sur un terrain tendu socialement : laville » (Bulot 2001 : 5). De surcroît, la sociolinguistique, urbaine ou non, per-met d’« apporter une connaissance des systèmes linguistiques, émergents ou en continuité, issus de la culture urbaine »(Bulot 2001 : 5). Cette culture urbaine, par la proximité des locuteurs HQWUH HX[ IDYRULVH OHV FRQWDFWV HW ELHQ VRXYHQW OHV FRQÀLWV 2 entre les langues. Une sorte de « jeu des langues » se met en scène. Des tensions de toute nature se tissent entre les différents 3 groupes linguistiques , d’où une sorte d’urbanisation linguistique ou sociolinguistique. Le dynamisme de l’espace urbain est pris en compte dans tout ce qu’il a de spatial, de social et de linguis-WLTXH $¿Q GH VFKpPDWLVHU FH G\QDPLVPH OLQJXLVWLTXH O¶DWODV linguistique de la ville ou des quartiers choisis a été élaboré, en termes de répartitions spatiales des langues que sont le français et le créole. Des concepts jusqu’alors utilisés pour la description de la si-tuation sociolinguistique à la Martinique sont la proie d’une atten-tion nouvelle. La diglossie par exemple est revisitée sous l’angle de la spatialité. D’autres n’ayant jamais fait l’objet d’une concep-WXDOLVDWLRQ VXU FH WHUUDLQ VRQW GRQF H[DPLQpV SXLV WHVWpV D¿Q GH OHV DI¿QHU &¶HVW OH FDV GH OD WHUULWRULDOLVDWLRQ VRFLROLQJXLVWLTXH
2 En effet, dans cette étude, nous considérons plusieurs langues qui coha-bitent. Jean-Baptiste Marcellesi décrivait le « jeu des langues » à l’intérieur d’une même langue. 3 L’utilisation du syntagme « groupe linguistique », à la place de celui de « communauté linguistique » n’est pas anodine. En effet, le second syn-WDJPH j O¶RULJLQH GH UpÀH[LRQV SRXVVpHV 'XFRV   )LVKPDQ  doit être mentionné avec précaution. Cf. passages correspondants dans cet ouvrage.
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Introduction
la catégorisation linguistique ou encore de la mobilité spatiolin-guistique. La sociolinguistique urbaine n’est pas le seul domaine GRQW OHV DSSRUWV j FHWWH pWXGH VRQW EpQp¿TXHV $ERUGDQW OD QRWLRQ d’espace, mais surtout celles de territoire et de territorialité, les outils de la géographie sociale le sont tout autant. Le croisement de ces deux disciplines est quelque peu inévitable, à partir du moment où la ville est abordée comme lieu de hiérarchisations sociales et comme faisant l’objet d’une mise en mots structu-rante. En d’autres termes, la sociolinguistique urbaine et la géo-graphie sociale semblent nourrir« un intérêt convergent pour l’appropriation de l’espace » (Bulot & Veschambre 2006 : 9). « C’est cette conception commune de l’espace comme dimension dans laquelle se joue la construction hiérarchisée, inégalitaire de la société, qui permet à la sociolinguistique urbaine et à la géographie sociale d’engager un échange approfondi » (idem). Ainsi le concept de « traces », en termes de marquage identi-taire de l’espace, est-il emprunté à la géographie sociale. D’où l’introduction d’un autre domaine, celui de la littérature antillaise TXL pFODLUH QRQ VHXOHPHQW OHV © WUDFHV ª PDLV DXVVL OD Gp¿QLWLRQ du terme « créole ». Par conséquent, des auteurs issus des trois domaines évoqués plus haut sont cités tout au long de cet écrit. Mais le phénomène des migrationsHW OHXU LQÀXHQFH VXU OHV SRSX-lations étant lui aussi préoccupant, des ouvrages de géographes urbains et d’anthropologues apparaissent en bibliographie.
$X KDVDUG G¶XQH ÀkQHULH DX FHQWUHYLOOH GH )RUWGH)UDQFH, le passant ne s’étonnera pas d’entendre, dans certaines rues, parler des langues diverses : dans telle rue, un dialecte chinois, dans telle autre de l’arabe, sur telle place, du créole, sur telle autre de l’anglais. Ajoutées à cela, des conversations en français ou en français régional, français empreint d’expressions caractéris-tiques de l’île. La pluralité de ces langues interpelle puisque la Martinique est connue pour être un département où ne serait par-Op TXH OH IUDQoDLV ODQJXH RI¿FLHOOH HW OH FUpROH ODQJXH UpJLRQDOH
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Fort-de-France,« capitale »(Jalabert   GH FHWWH vOH dont on disait, il y a 50 ans qu’elle était le carrefour de la Caraïbe (Joyau    HVW FRQIURQWpH j XQ SKpQRPqQH PRQGLDO  OHV migrations. Les migrations de toute nature (économiques, géo-graphiques, sociales) génèrent des échanges, voire des confron-tations, linguistiques auxquels les locuteurs, naturellement im-prégnés, ne prêtent pas attention. Ces locuteurs se rencontrent sur des espaces donnés. D’autres ne se rencontrent jamais. Les SDVVDJHV GH WHOV j WHOV OLHX[ LQÀXHQW VXU OHV HQGURLWV WUDYHUVpV mais aussi sur les langues présentes et leurs représentations. Les pFKDQJHV j OD EDVH GH © ÀX[ ª GH ODQJXHV, témoignent d’un phé-nomène linguistique sans cesse en mouvement. Par conséquent, GH O¶DWODV OLQJXLVWLTXH PRXYDQW DX[ PXOWLSOHV SUR¿OV GH ORFXWHXUV HQ SDVVDQW SDU OHV SROLWLTXHV G¶DPpQDJHPHQW OLQJXLVWLTXH ÀRW-tantes, tout porterait à croire que la ville de Fort-de-France se-rait un terrain révélateur des mécanismes linguistiques urbains si GLI¿FLOHPHQW VDLVLVVDEOHV
De statut inégal, le français et le créole cohabitent depuis 300 ans maintenant. Il y a 20 ans encore, une forte diglossie caracté-risait la situation sociolinguistique de la Martinique. Cependant, avant de questionner le rapport entre ces deux langues, force est de constater que d’autres langues ont fait leur apparition. Des po-pulations nouvelles, en petit nombre certes, ont investi quelques espaces avec leur bagage linguistique et culturel. Ces popula-WLRQV G¶RULJLQHV GLYHUVHV SRXVVHQW j H[DPLQHU OHV ÀX[ PLJUDWRLUHVdans l’île, eta fortiorià Fort-de-France $X ¿O GX WHPSV, ils ont WRXV HX XQ LPSDFW VXU OD YLOOH /HV ÀX[ DQFLHQV HW H[WHUQHV RQW contribué au peuplement de l’île et à la répartition sociale qui, SRXU FHUWDLQV JURXSHV HVW HQFRUH YDODEOH DXMRXUG¶KXL /HV ÀX[ anciens et internes sont nés de déplacements au sein même de l’île. Ils laissent supposer qu’ils ont eu des incidences sur la créa-WLRQ GH )RUWGH)UDQFH /HV ÀX[ UpFHQWV HW H[WHUQHV FRQFHUQHQW O¶DUULYpH GH PLJUDQWV FHV GHUQLqUHV DQQpHV /HV ÀX[ UpFHQWV HW LQ-ternes constituent, semble-t-il, les mouvements pendulaires qui font que cette ville est quotidiennement la scène de circulations
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Introduction
incessantes d’hommes et de biens. C’est pour cela que sont asso-FLpV OHV ÀX[ PLJUDWRLUHV DX[ ÀX[ GH ODQJXHV. En effet,« […] les languespas sans les gens qui les parlent, et l’histoire n’existent d’une langue est l’histoire de ses locuteurs » (Calvet 2002 : 3). Par conséquent, le besoin de donner forme à l’expression person-QHOOH © ÀX[ GH ODQJXHV ª FRPSRVH HQ SDUWLH OD VXEVWDQFH GH FHU-tains passages.
'¶DLOOHXUV FH VRQW FHV ÀX[ TXL VRQW DX F°XU GH OD TXHVWLRQ FHQWUDOH  O¶H[LVWHQFH GHV ÀX[ GH ODQJXHV FRQYHUJHDQW YHUV OD YLOOH 4 de Fort-de-France est-elle effective ? D’autres questions en dé-coulent évidemment. À savoir : comment est construite, sociolin-guistiquement parlant, la ville de Fort-de-France, si tant est que l’on puisse dresser un état des lieux de la situation sociolinguis-tique foyalaise, quand on sait son caractère changeant et en per-pétuel mouvement ? Des questions d’ordre plus théorique émer-JHQW DXVVL 3DU H[HPSOH SDUWDQW GH O¶LQÀXHQFH GHV PLJUDWLRQVsur la situation sociolinguistique d’une ville, celle de Fort-de-France en l’occurrence, quels seraient les concepts attribuables j O¶pWXGH TX¶LO IDLOOH YDOLGHU " 2X PrPH TX¶LO IDLOOH UHGp¿QLU DX cas où le milieu étudié, de par ses caractéristiques historiques, géographiques, culturelles et linguistiques, présenterait des dis-VHPEODQFHV VXI¿VDPPHQW IRUWHV G¶DYHF OHV WHUUDLQV GpMj YLVLWpV sous l’angle de la sociolinguistique urbaine ?Ou encore, com-ment rendre compte des mécanismes socio-langagiers, de façon méthodique et méthodologique, c’est-à-dire en fondant les outils d’analyse existants sur la sensibilité que le chercheur a de l’ap-proche du terrain ?
Les questions sont nombreuses et jalonnent les chapitres qui essayent modestement d’y répondre. Incontestablement, aucun état des lieux ne saurait être exhaustif. Tout schéma général
4 « effective », au sens de « qui existe réellement », mais aussi, plus ancien, de « qui produit un effet » (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales – CNRTL. Portail lexical en ligne – consulté pour la dernière fois le 09 juillet 2013 : www.cnrtl.fr/lexicographie/effectivité)
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