Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Forum 148 : PLURI INTER TRANS – Disciplinarité discours, enjeux et pratiques dans le champ social

De
0 page

Ce numéro s’interroge sur la question du dépassement des clivages disciplinaires autour de trois domaines (plus ou moins reliés) : la recherche, l’action sociale et médico-sociale (pratiques professionnelles), la formation en travail social et intervention sociale: par-delà l'inflation des discours et la rhétorique de l'interdisciplinarité (pluri-inter-trans), qu'en est-il de ses enjeux et des pratiques ?


Quelques réponses particulièrement stimulantes pour la poursuite de la réflexion qui peuvent même guider les acteurs aux prises avec la mise en oeuvre du plan d'action gouvernemental en faveur du travail social et du développement social, adopté par le conseil des ministres du 21 octobre 2015. Ce plan invite notamment au développement de la coopération interprofessionnelle, à la reconnaissance de l'intervention sociale comme objet de recherche et à la participation active des personnes accompagnées dans les projets de développement social, de formation et de recherche.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

cover.jpg

Revue Forum

NUMÉRO 148 ANNÉE 2016

 

PLURI INTER TRANS – DISCIPLINARITÉ DISCOURS, ENJEUX ET PRATIQUES DANS LE CHAMP SOCIAL

Présentation du numéro :Ce numéro s’interroge sur la question du dépassement des clivages disciplinaires autour de trois domaines (plus ou moins reliés) : la recherche, l’action sociale et médico-sociale (pratiques professionnelles), la formation en travail social et intervention sociale: par-delà l'inflation des discours et la rhétorique de l'interdisciplinarité (pluri-inter-trans), qu'en est-il de ses enjeux et des pratiques ?

 

Quelques réponses particulièrement stimulantes pour la poursuite de la réflexion qui peuvent même guider les acteurs aux prises avec la mise en oeuvre du plan d'action gouvernemental en faveur du travail social et du développement social, adopté par le conseil des ministres du 21 octobre 2015. Ce plan invite notamment au développement de la coopération interprofessionnelle, à la reconnaissance de l'intervention sociale comme objet de recherche et à la participation active des personnes accompagnées dans les projets de développement social, de formation et de recherche.

Table des matières

 

Éditorial

Auteurs

PLURI INTER TRANS – DISCIPLINARITÉ DISCOURS, ENJEUX ET PRATIQUES DANS LE CHAMP SOCIAL

Interdisciplinarité et interprofessionnalité : proximité sémantique coïncidente ou construction d’un nouveau modèle d’activité ?

Les intentions de discours autour de l’interdisciplinarité et de l’interprofessionnalité

Discipline et savoirs professionnels pour une disciplinarisation annoncée du travail social

1. La disciplinarisation est aussi un projet politique

2. Un processus de disciplinarisation secondaire

3. Quels savoirs du travail social pour quelle institutionnalisation ?

La mobilisation d'approches de plusieurs disciplines dans les recherches conjointes : une des dimensions de la mise en discussion de points de vue diérents sur la réalité

Introduction

1. Quelques cas de figure d'ouverture aux éclairages d'autres disciplines

2. La mise en discussion de points de vue disciplinaires et interventionnels différents dans des espaces d'interlocution multiréférentiels

En guise de conclusion : une « révolution copernicienne » de la connaissance

La pluriet/ou l’interdisciplinarité à l’œuvre dans la construction du rôle professionnel des titulaires du Diplôme d’Etat d’Ingénierie Sociale

Introduction

1. Une combinaison de savoirs empiriques et disciplinaires

2. La transformation par la recherche du cadre en ingénierie sociale

Conclusion

L'injonction à l'interdisciplinarité : un symptôme de (dé) professionnalisation et une opportunité ?

1-Evolutions du travail et du management des organisations et référence à l’interdisciplinarité

2-La référence à l’interdisciplinarité : entre projet institutionnel de professionnalisation et sentiment de déprofessionnalisation

3- Des enjeux épistémologiques et scientifiques : une interdisciplinarité et une dynamique de professionnalisation aux mains des acteurs

Scientifisation située et transdisciplinarité-en-acte au sein d’une équipe d’intervention précoce (Portugal):  Dimensions épistémiques du travail social

Introduction

Le mouvement social en faveur de l’autonomisation disciplinaire du Travail social: l’obtention du diplôme de Doctorat au Portugal

Brève présentation du cas étudié

Délimitation d’un cadre conversationnel de l’intervention précoce : les réunions d’équipe

Utilisation d’un logiciel d’analyse de données qualitatives (MaxQDA)

Enquête sur les enquêtes des praticiens-chercheurs : dimensions épistémiques du travail social

Les cadres locaux de la scientifisation endogène du travail social

Conclusion

L’élargissement de la coopération aux usagers et professionnels non spécialisés : une nécessité dans l’accompagnement des parcours des personnes en situation de handicap

La pluridisciplinarité mise au travail au sein d'une institution

L'exemple d'un dispositif de mise au travail des savoirs à l'épreuve de l'expérience professionnelle : l'interdisciplinarité en question en formation

1. Le dispositif de co-construction des savoirs professionnels : un dispositif plus pluridisciplinaire qu'interdisciplinaire

2. La coopération entre les différents professionnels et les étudiants : des apprentissages collectifs de pratiques professionnelles par-delà les disciplines académiques

En conclusion

ACTUALITÉ PLAN D'ACTION GOUVERNEMENTAL

Pour une recherche en travail social/intervention sociale orientée « analyse des métiers en actes et professionnalisation »

A- Les enjeux politiques et institutionnels du plan d’action gouvernemental

B- L’opportunité d’un projet ambitieux et original de recherche

C- Une orientation de recherche « analyse des métiers en actes et professionnalisation en intervention sociale» : de quoi s’agit-il ?

Appels

La santé au travail

Du travail social à l’intervention sociale : une voie vers l’innovation sociale ?

CHERCHER, LIRE, VOIR, ENTENDRE

OUVRAGES

REVUES

 

Éditorial

Patrick Lechaux

 

L'appel à contributions proposait de s’interroger sur la question du dépassement des clivages disciplinaires autour de trois domaines (plus ou moins reliés) : la recherche, l’action sociale et médico-sociale (pratiques professionnelles), la formation en travail social et intervention sociale : par-delà l'inflation des discours et la rhétorique de l'interdisciplinarité (pluri-inter-trans), qu'en est-il de ses enjeux et des pratiques ?

Les contributions reçues ont permis d'apporter des réponses particulièrement stimulantes pour la poursuite de la réflexion qui peuvent même guider les acteurs aux prises avec la mise en oeuvre du plan d'action gouvernemental en faveur du travail social et du développement social, adopté par le conseil des ministres du 21 octobre 2015. Ce plan invite notamment au développement de la coopération interprofessionnelle, à la reconnaissance de l'intervention sociale comme objet de recherche et à la participation active des personnes accompagnées dans les projets de développement social, de formation et de recherche.

Nous avons fait le choix de présenter le dossier en deux parties, la question de l'interdisciplinarité étant d'abord abordée dans le champ de la recherche puis dans celui de la coopération entre professionnels de métiers différents.

Un premier article, de Maude Hatanau-Chavildan, ouvre le dossier car il porte sur les deux versants. Après avoir présenté une analyse historique – très éclairante de l'évolution de la question et des discours sur l'interdisciplinarité et l'interprofessionnalité, elle rend compte de résultats de recherches portant sur la pratique en actes de l'interdisciplinarité et de l'interprofessionnalité. Ce qui la conduit à montrer l'importance d'un espace d'entre-deux entre les disciplines et les métiers, espace de rencontre et d'interlocution où s'élaborent des formes diversifiées, vivantes, évolutives de coopération, par-delà la normativité des rhétoriques actuelles.

Stéphane Rullac ouvre la partie relative au champ de la recherche. Prenant appui sur l'hypothèse annoncée par le plan d'action gouvernemental d'un objectif de « constitution d'une discipline universitaire en travail social », il expose à nouveau sa thèse selon laquelle les enjeux sont autant politiques (disciplinarisation du travail social) que scientifiques (scientifisation du travail social). Cela passe par la reconnaissance des savoirs du travail social comme relevant du transdisciplinaire mais également par une forme de révolution dans les rapports des travailleurs sociaux au savoir et à l'université, cette nouvelle acculturation reposant sur l'invention d'espaces de co-régulation de la formation et de la recherche en travail social associant universités et centres de formations sociales.

Philippe Lyet invite ouvertement à s'affranchir du débat relatif à la question de l'interdisciplinarité en déplaçant le regard de la question des disciplines à celle des espaces de travail et des positionnements des acteurs impliqués. A partir d'un retour réflexif sur son propre parcours de chercheur, il montre comment la compréhension de la complexité de la question sociale et de l'activité des intervenants sociaux impose le croisement d'une multiplicité de points de vue sur celles-ci, entre chercheurs de disciplines différentes mais également entre chercheurs et intervenants sociaux dont les questionnements participent d'une dynamique de recherche en actes. Ce qui passe par des espaces d'interlocution et d'hybridation des savoirs à travers ce qu'il propose d'appeler des recherches conjointes.

Laetitia Naud aborde ces questions par une autre entrée : celle de l'ingénierie sociale et de la formation mise en oeuvre dans le cadre du DEIS (Diplôme d'Etat d'Ingénierie Sociale). Partant du fait que l'ingénierie sociale relève d'une figure professionnelle hybride (avec notamment une face de praticien chercheur) elle interroge les façons dont les dispositifs de formation appréhendent et travaillent la fabrication de cette figure. Elle montre que la finalité pragmatique de l'ingénierie sociale met en tension l'activité de recherche en tant que production de connaissances entre les normes de la recherche fondamentale et ce que l'on appelle recherche appliquée (application de savoirs existants).

La seconde partie porte sur l'interdisciplinarité en tant que croisement d'interventions de professionnels de métiers différents.

Richard Wittorski interroge les enjeux politiques, institutionnels et scientifiques d'une certaine forme d'injonction à l'interdisciplinarité dans les champs scientifique et professionnel. Il les met en relation avec les dynamiques de professionnalisation qui traversent ces champs : elles opposent d'un côté des projets institutionnels de reprofessionnalisation des travailleurs et des formateurs (et chercheurs) sous l'effet des mutations du travail et de la formation et de l'autre un sentiment de déprofessionnalisation de la part des professionnels de métiers qui perçoivent une menace pour leur autonomie et leurs cultures professionnelles. Il fait l'hypothèse qu'un chantier d'analyse de l'activité et de l'interactivité de ces professionnels, dans le cadre d'espaces partagés entre chercheurs universitaires, chercheurs des écoles en travail social et professionnels du social, pourrait constituer une opportunité pour envisager une dynamique de reprofessionnalisation aux mains des acteurs et non des seuls décideurs.

Michel G. J. Binet s'inscrit d'une certaine façon dans cette direction. A partir d'une analyse conversationnelle d’un corpus d’enregistrements de réunions d’une équipe interprofessionnelle d’intervention précoce, il montre que le travail social en train de s’accomplir mobilise des actes épistémiques qui le constituent. La description détaillée de ces activités épistémiques met en évidence un processus ordinaire de scientifisation située du travail social par les travailleurs sociaux eux-mêmes, praticiens-chercheurs qui sont amenés à répondre méthodiquement et ingénieusement à des questions de grande portée. Ce qui ouvre la voie à un programme ethnométhodologique de scientifisation secondaire ancrée dans l’analyse de pratiques interprofessionnelles.

Nous présentons ensuite deux interviews qui viennent donner un autre rythme à la lecture et à la réflexion. Philippe Mazereau, enseignant chercheur, présente une recherche portant sur l’activité générée par les parcours coordonnés de jeunes en situation de handicap du côté des parents et des professionnels. Il montre que se dessine une évolution : d’une coopération fermée entre professionnels du soin, du travail social et de l’enseignement au sein des établissements spécialisés (mettant relativement à distance les familles) à une coopération plus ouverte, à géométrie variable, entre ces professionnels et ceux de la vie dite ordinaire (professionnels de l’école, de l’apprentissage et de la vie professionnelle, des lieux culturels et sportifs, des transports en commun, …) en fonction de la façon dont les parents et les jeunes investissent la place qui leur est donnée par la loi, orientent le projet et donc le contenu de cet espace ouvert et mouvant de coopération. Cette nouvelle forme de coopération conduit à élargir l'espace des possibles du parcours des jeunes.

Tony Leblond, chef de service, présente une expérience d'analyse de pratiques en équipe pluridisciplinaire centrée sur le projet des jeunes accompagnés. Il montre que cet espace de réflexivité entre professionnels de métiers différents mais au service des jeunes et des familles participe du développement d'apprentissages qui contribuent à faire évoluer les réunions institutionnelles d'équipe : renouvellement des cultures professionnelles, une coopération plus apaisée par l'apprivoisement de la différence de l'autre comme une ressource.

Enfin pour conclure ce dossier, Anne Barriol, présente une expérience similaire, mais cette fois du côté du dispositif de formation, entre assistants de service social, le dispositif mixant des professionnels (formateurs terrain) et des étudiants en stage. Elle montre comment les éclairages pluridisciplinaires viennent soutenir la réflexivité sur les pratiques, l'élaboration des savoirs professionnels et de pratiques pertinentes, mettant sans doute en route un processus de transformation interdisciplinaire des compétences et du positionnement professionnel, interdisciplinarité toutefois invisible et indicible.

À la lecture de ces contributions particulièrement riches, on voit, de notre point de vue, se dessiner une ligne de convergence autour de la question de l'affranchissement sinon de la transgression – à l'égard des frontières entre territoires institutionnels opposant historiquement science et intervention sociale, universités et écoles en travail social, les disciplines scientifiques entre elles, les métiers entre eux, la recherche scientifique académique et la recherche en écoles de travail social.

S'il existe désormais une forme d'appel et d'autorisation politiques et institutionnels à ce franchissement des frontières, il n'en reste pas moins que les socialisations professionnelles et scientifiques de chacun (majoritairement d'un seul métier ou d'une seule discipline), sans parler de la méfiance de la communauté scientifique ou professionnelle d'appartenance à l'égard de toute velléité de pas de côté ou de pratique hétérodoxe, constituent des empêchements à traverser les frontières, le « trans » étant vécu comme transgression.

De ce point de vue, la création institutionnelle d'espaces de travail en commun (recherche conjointe, action collective, espace de réflexivité) mis en scène dans différentes contributions peut sans doute faciliter le développement de nouvelles pratiques de la recherche et du « travail du social ». Expression que nous empruntons à Michel Chauvière en vue de mettre l'accent sur le travail social et l'intervention sociale considérés d'abord comme TRAVAIL de fabrication du social par une activité de recherche ou d'accompagnement de personnes ou de groupes (allant au-delà des différentes figures institutionnelles que l'expression de travail social a pris au début du 20° siècle, dans l'après guerre, dans les années 70 ou aujourd'hui).

Plusieurs auteurs mettent également l'accent sur l'importance de mettre l'activité du travail (qu'il s'agisse de la recherche ou de l'intervention) au coeur de ces espaces de travail en commun afin de traverser le miroir de la rhétorique et d'engager des chantiers opérationnels qui participeront du développement et de la reconnaissance de la recherche en travail social et d'une nouvelle professionnalisation du travail du social.

Le V° séminaire d'épistémologie de la recherche en travail social que l'AFFUTS organise en 2016 représentera un temps fort pour poursuivre la réflexion engagée par ce dossier qui a mobilisé des auteurs aux profils diversifiés : enseignants chercheurs de l'université, chercheurs d'écoles en travail social, praticiens en établissements, formateurs. Auteurs qui semblent toutefois partager une même composante identitaire : celle de praticien chercheur et donc de passeur entre le monde de la recherche et le monde dit de l'action ou de la pratique.

On donnera pour conclure la parole à Michel Warschawski :

« La frontière est un lieu de confrontation. Les conflits frontaliers sont souvent destinés à préserver des identités et à défendre leur droit à l'autonomie. Mais elles peuvent être l'expression d'une volonté d'expansion et de négation de l'autonomie de ceux qui se trouvent de l'autre côté. (…)

La frontière n'est pas seulement un lieu de séparation où s'affirme la différence ; elle peut être aussi un espace d'échange et d'enrichissement, où peuvent se former des identités plurielles. (…)

La double nature de la frontière peut donc nous pousser à être à la fois des garde frontière, respectueux de la souveraineté de l'autre, de sa liberté et de son indépendance, et passeur qui oeuvre à l'échange et au métissage des réalités humaines que la frontière sépare ».

Michel Warschawski, Sur la frontière, Editions Stock, 2002, pp. 11-13.

 

Excellente lecture.

 

Deux parutions toutes récentes à signaler en phase avec ce numéro :

Leclercq, C., Lizé W., Stevens, H, (dir), Bourdieu et les sciences sociales. Réception et usages, Paris, La Dispute, 2015. Le chapitre introductif s'intitule : « Pour une interdisciplinarité réflexive ».